Madame la marquise de Pompadour … par Maurice Quentin de La Tour

  »» Élaboré et peint entre 1752 et 1755, année au cours de laquelle il fut exposé au Louvre à l’occasion du Salon de l’Académie royale de peinture et de sculpture, le portrait de Mme de Pompadour est le chef-d’œuvre de Maurice Quentin de La Tour. Sa récente restauration a permis d’en souligner la beauté, mais aussi d’en percer certains secrets.

Resté en possession du frère de la marquise, le marquis de Marigny, le pastel passa avant 1796 entre les mains de la famille Lespinasse d’Arlet et fut acquis par le musée du Louvre en Juillet 1803. Exposé dans un premiers temps au Musée spécial de l’école française, au château de Versailles, il revint à Paris en septembre 1823 et fut présenté sur les cimaises du Louvre à partir de 1838. Par ses dimensions, par le brio de sa technique et la célébrité de son modèle, le portrait s’imposa rapidement parmi les chefs-d’oeuvre des collections nationales.

Comme pour toutes ses oeuvres de grandes dimensions, La Tour dut assembler et superposer huit feuilles de papier bleu marouflées sur une toile. Il traça ensuite sur ce support, les lignes principales de son oeuvre, avant de coller deux nouvelles feuilles de papier, l’une portant la tête et le buste de la marquise, l’autre sa main droite. Il semble qu’il ait utilisé pour le visage l’une de ses études ou  » préparations « . Cette étude fut ensuite mise en couleurs afin de restituer les tons de la vie.

La main droite de la marquise est également peinte au pastel sur une pièce de papier qui fut ajoutée sur le support. La Tour repris, en effet, l’orientation de la main et pour pouvoir coller le morceau de papier dissimulant la première version, il fut contraint de gratter son premier travail. Ce ne fut pas là sa seule hésitation. Non seulement il modifia sur la console l’emplacement du tome IV de l’Encyclopédie, mais il retravailla aussi le pied gauche de la marquise après avoir abrasé le papier d’oeuvre.

Mme de Pompadour chercha à partir du début des années 1750 à changer son image et multiplia, à cet effet, les commandes de portraits. Grâce à La Tour, elle s’affiche ainsi en femme à la mode, en protectrice des arts et de son temps, en artiste qui pratiquait la gravure et l’intaille et en femme d’esprit sensible aux idées nouvelles. Le choix des livres posés sur la console n’est pas le fruit du hasard : le Pastor Fido de Guarini est peut être une allusion à la passion de Louis XV pour la chasse et celle de la marquise pour le théâtre ; La Henriade de Voltaire, De l’esprit et des Lois de Montesquieu, et l’Encyclopédie mettent en valeur des idées et des hommes que Louis XV n’aimait pas. Seule Mme de Pompadour pouvait se permettre d’afficher une telle liberté de penser.  »

Xavier SALMON ( Responsable du département des Arts graphiques du musée du Louvre, conservateur général du patrimoine. Il a été responsable des collections de peintures du XVIIIe siècle et arts graphiques au château de Versailles, chef de l’inspection gélérale des musées de France, directeur du patrimoine et des collections du château de Fontenaibleau .)

Mme la Marquise de Pompadour
 » Portrait de Mme la Marquise de Pompadour  » – 1752/55 – Maurice Quentin de LA TOUR

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