Manon LESCAUT … Giacomo PUCCINI

(Vidéo : Preludio Intermezzo – Antonio PAPPANO et l’ORCHESTRE du ROYAL OPÉRA de LONDRES )

Manon est un opéra captivant, exigeant, avec des arias et duos inoubliables. Plus on avance dans les actes et plus c’est beau ! Il fut créé à Turin en 1893. Le livret est de Luigi Illica, Giuseppe Giacosa, Mario Praga, Domenico Liva, Giulio Ricordi, d’après le roman de l’Abbé Prévost Manon Lescaut (une histoire qui fait partie d’un roman-mémoires en sept volumes, rédigé entre 1728 et 1731 Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde)

C’est un drame lyrique qui va beaucoup plaire et obtiendra un franc succès le soir de la première, conférant ainsi une belle notoriété à Puccini. Il disait je crois en mon héroïne et il aura raison car l’opéra est vraiment sublime.

Puccini avait bien étudié l’œuvre de Jules Massenet, écrite avant la sienne. Toutefois, il souhaitera que sa Manon soit différente. Pour lui elle ne sera pas écervelée et frivole, mais audacieuse, passionnée, sensuelle. Il dira :  » Massenet a ressenti ce sujet avec de la poudre et des menuets. Moi je la vois comme un Italien, dévorée par la passion. »

(Vidéo :  » Sola, perduta, abbandonata  » (Acte IV) Kristina OPOLAIS)

L’histoire on la connait tous me semble t-il : elle est triste et tragique. Manon est une jeune femme attirée par l’argent et le luxe. Elle vivra une passion amoureuse avec le Chevalier des Grieux qui est totalement obsédé par elle. Mais la jalousie, la trahison, l’infidélité et le manque d’argent seront toujours au centre de leur tumultueuse relation. Manon sera emprisonnée, déportée. Il la suivra, fuiront ensemble dans le désert, épuisés. Elle va mourir dans les bras de son amant.

La musique est à l’image de l’histoire, magnifique, subtile, passionnée . Elle démontrera une fois de plus que Puccini fut un compositeur avec une grande maîtrise de l’orchestration, capable d’innovations harmoniques.

(Vidéo : Jonas KAUFMANN  » Donna non vidi mai  » Acte I )

A propos des pâtes …

«  Les pâtes c’est toute l’hospitalité et la convivialité dans une assiette » Sophie COTTIN (Rédactrice publicitaire, scénariste française, auteure) & Francesca ARBOGAST-ALBANESE (Auteure italienne en recettes de famille) Extrait de leur livre Les pâtes de Francesca-Viva la pasta)

 » Ce doit être un moment extraordinaire que celui dans lequel l’inventeur de la fourchette, des spaghetti et de la tomate se rencontrent  » Fabrizio CARAMAGNA (Auteur italien)

« Les pâtes alimentaires sont constituées de farine et d’eau. Elles nous apparaissent comme un aliment de base dans notre alimentation, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Il existe deux grands pays des pâtes : l’Italie et la Chine. Bien que l’on ait souvent dit que Marco Polo avait ramené les pâtes de Chine en Italie, cela parait peu probable car il ne cite que deux fois le mot lazanas, ancêtre de notre mot lasagne, dans son Livre des Merveilles ou Le dévissement du Monde concernant la Chine :  » Et le froment, ils le mangent seulement en lasagne ou autres plats de pâtes » (Livre XCIX) .

L’autre citation ne concerne pas les pâtes sensu stricto, mais l’utilisation en Indonésie d’une farine d’arbres : il s’agit là d’une farine d’arbre, le Sagou :  » On la prépare et on en fait des lasagnes. Et cette farine, moi Marco Polo, j’en ai rapporté un peu à Venise. Le pain de cette farine est comme le pain d’orge et il en a la saveur  » (CLXXI). Le rôle de Marco Polo dans l’invention des pâtes en Italie est sans doute une légende, car le Livre des Merveilles est souvent une œuvre de fantaisie, car les pâtes existaient déjà en Italie en 1295 date du retour à Venise de Marco Polo.

Il faut rechercher les ancêtres des pâtes dans l’Antiquité dans le croissant fertile : la mouture du blé par des meules en pierre connues depuis les Sumériens, a permis d’obtenir une farine de froment à l’origine du pain qui remplaça progressivement les bouillies de céréales et notamment de millet et, sans doute, aussi des pâtes. Les Égyptiens étaient déjà qualifiés, par les grecs, de mangeurs de pain.

La fabrication des pâtes / Illustration XVe siècle

A Rome, il existe des indices littéraires sur l’existence des pâtes, les lazanas, dans doute différentes de nos pâtes actuelles. Cicéron parle de mambranulas es farina e acqua : c’est-à-dire de fines bandes de farine et d’eau, cuites dans du bouillon gras, et assaisonnées de fromage, de cannelle, de poivre et de safran. Apicius, au premier siècle de notre ère, les servait frites.

Les nouilles sont apparues en Chine au Ier siècle de notre ère, et ont fait partie de la Cour impériale à partir du IIe siècle. Leur fabrication a été rendue possible par une invention qui venait des « Pays de l’Ouest » c’est-à-dire des royaumes d’Asie Centrale, contrôlés par les Parthes, puis les Sassanides : l’utilisation des meules en pierre pour moudre le grain et obtenir de la farine. Le blé venait des pays de l’Ouest et avait conquis la Chine du Nord, peu propice à la culture du riz 2000 ans avant notre ère. Contrairement à l’idée reçue des pâtes chinoises ramenées par Marco Polo de Chine en Occident, c’est l’Occident qui a ramené le blé, la mouture des céréales et donc les nouilles en Chine.

Nouilles chinoises

Les nouilles devinrent vraiment populaires sous la dynastie des Tang (618/907) et furent désignées par un nom générique bing ou hubing (nouilles étrangères). On les mangeait sur toutes les tables et on les servait dans la rue. Le plus souvent cuites à la vapeur. Elles étaient vendues dans la rue, souvent par des cuisiniers étrangers issus de l’Empire Sassanide. Il est également probable que certaines préparations, comme les raviolis, soient venues d’Asie Centrale en Chine par ce biais. L’invention chinoise, ensuite, multiplia les formes de pâtes (vermicelle, udon, somen) les produits utilisés (farine de riz, farine de sarrasin) et les mode de consommation (chaudes, froides, en soupe de miso) et conquit tout l’Extrême Orient à commencer par le Japon et la Corée.

Mais comment les pâtes sont-elles arrivées en Italie ? Les traditions gastronomiques romaines s’étaient perdues avec la chute de l’Empire Romain, mais de nouveaux envahisseurs, les Arabes, avaient conquis l’Afrique du Nord qui était le grenier de Rome. La culture du blé dur a conduit à des produits comme la semoule de blé dur ou couscous, mais aussi à des feuilles de pâte comme la pâte à brick utilisée dans la pastilla. La seule différence entre le brick et les pâtes est leur utilisation et leur mode de cuisson.

Mangeurs de pâtes à Naples (Photo Giorgio SOMMER)
 » le vendeur de pâtes ambulant  »(Lithographie de CUCINIELLO & BIANCHI)

Il est vraisemblable que les Italiens aient connu ces produits par la conquête de la Sicile par les Arabes et par la reconquête des Normands au XIe siècle. Les macaronis sont mentionnés pour la première fois à Gênes en 1279. Boccace écrit un pays de cocagne, Bengode, où il y avait une montagne de fromage parmesan râpé sur laquelle il n’y avait des gens qui ne faisaient rien d’autre que confectionner des macaronis, des raviolis et les cuire dans un bouillon de chapon, et plus on en prenait, plus il y en avait. »

Si les pâtes sont devenues le plat national italien, l’introduction en France fut beaucoup plus longue. Marie de Médicis, en épousant le roi Henri II, les aurait rapportées d’Italie avec les haricots. Plus tard, les troupes espagnoles, en se rendant aux Pays-Bas durant la guerre de Trente Ans, les auraient diffusées en Alsace, à l’issue de leur long voyage à pied depuis l’Italie par la Valteline et la Franche-Comté : c’est l’origine des Spätzeles alsaciennes et des Nudels allemandes à l’origine du mot français nouilles que l’on sert souvent frites.

Louis XV aimait beaucoup le vermicelle dans son potage. Alexandre Dumas aimait aussi les pâtes et les pizzas que son compère en gastronomie, Giacchino Rossini s’acharna à les lui faire aimer :  » mon cher Dumas, je ne donne pas ma recette, elle est trop précieuse, mais venez manger du macaroni chez moi et si vous êtes aussi bon cuisinier qu’on le dit !  » – Il faut dire que Rossini farcissait ses macaronis avec un mélange de foie gras, de beurre et de parmesan râpé qu’il introduisait dans les macaronis avec une seringue en argent spécialement réservée à cet usage.

Les pâtes ne devinrent populaires en France qu’après 1850 avec l’apparition des fabriques industrielles de pâtes alimentaires qui avaient l’avantage de se conserver et d’être facile à préparer. Leur succès dure toujours, bien que les vrais gastronomes et les amateurs de cuisine italienne préfèrent les pâtes fraîches. En Italie, il existe des machine à fabriquer les pâtes, facilement utilisables à domicile.

Le succès des pâtes est devenu mondial au XXe siècle : les émigrations italiennes et chinoises dans le monde moderne ont popularisé ces plats dans le monde entier. Il existe partout des restaurants italiens et des restaurants chinois, même à l’extrême pointe de l’Amérique du sud à Ushuaia.

Leur histoire nous rappelle l’histoire du monde et la mondialisation à toute époque et en tous lieux des produits alimentaires. Contrairement aux idées reçues, les nouilles chinoises sont venues de l’Occident et les nouilles italiennes, disparues depuis l’époque romaine, sont issues des invasions sarrasines en Sicile. Et tout nous ramène à l’invention de la mouture du blé à l’aube de l’humanité à Sumer.  » Jean VITAUX (Docteur français , spécialiste gastro-entérologue, fin gastronome et auteur de nombreux livres sur la gastronomie)

 » Une femme qui sait faire des pâtes à la perfection, a un prestige qui résiste, encore aujourd’hui, à toute autre appel du temps.  » Sophia LOREN (Actrice italienne/Sur la photo)

« Ce n’est pas un hasard si l’on associe une forme de pâtes à une sauce particulière. Hormis la préférence régionale que l’on peut avoir pour une forme particulière, l’aptitude des pâtes à bien tenir la sauce est importante. Les formes tubulaires, comme les penne, sont parfaites pour les sauces épaisses. Tandis que les pâtes plates ou longues sont généralement servies avec des sauces fluides ou onctueuses. » Régine FERRANDIS (Auteure française – Extrait de son Grand livre de pâtes)

 » Jeune paysan mangeant des pâtes » un tableau peint par le Maître de l’Annonce aux Bergers qui était un peintre baroque italien au XVIIe siècle

« L’amour des pâtes est un fait national : sèches ou faites maison, au beurre ou à l’huile, au pecorino ou au parmesan, aux légumes ou à la viande, au poisson, ou tout simplement aux herbes fraîches et parfumées, les pâtes apparaissent sur nos tables au moins une fois par jour du nord au sud de l’Italie. Ses formes sont infinies et la façon de les assaisonner aussi. Mais deux règles strictes : les pâtes doivent être « exprimées » et égouttées al dente ». » Grazia BALDUCCI (Auteure italien/Extrait de son livre La pastasciutta)

Tableau de Rose HARTWELL