Le bourgeon …

Comme un diable au fond de sa boîte,
le bourgeon s’est tenu caché…
mais dans sa prison trop étroite
il baille et voudrait respirer.
Il entend des chants, des bruits d’ailes,
il a soif de grand jour et d’air…
il voudrait savoir les nouvelles,
il fait craquer son corset vert.
Puis, d’un geste brusque, il déchire
son habit étroit et trop court
« enfin, se dit-il, je respire,
je vis, je suis libre… bonjour ! » Paul GÉRALDY (Poète et dramaturge français)

Les Sonates de Domenico SCARLATTI …

Domenico SCARLATTI
Domenico SCARLATTI 1685/1757

«  Les grains ruissellent le long des gradins lisses et roses  où l’eau dévale en cascatelles. Les perles se multiplient, fine grêle, roulent de tous côtés, brillent résonnent, rebondissent, se mêlent au ruissellement. On dirait des bulles précieuses de l’eau, ou bien des gouttes de la beauté ruisselantes : ce sont les Sonates de Domenico Scarlatti. » Gabriele d’ANNUNZIO (Poète italien)

« Les Sonates de Scarlatti sont des comprimés de bonheur » Jean GIONO (Écrivain français)

«  Les Sonates de Scarlatti : c’est le peuple qu’il aime. C’est surtout la rue qui l’attire. La rue grouillante et bariolée » Wanda LANDOWSKA (Pianiste et claveciniste polonaise)

( Vidéo : Wanda LANDOWSKA au clavecin – Sonate K.32 )

( Vidéo : Scott ROSS au clavecin – Sonate K.556 )

Domenico Scarlatti est issu d’une famille de musiciens. Son père, Alessandro, fut très célèbre pour ses opéras. Il est né à Naples en 1685 (mort à Madrid en 1757). Il n’a pas vraiment eu d’enfance, puisqu’elle a été complètement engloutie dans la musique. Il a passé des heures à jouer du clavecin alors que les autres s’amusaient à l’extérieur. C’est ce qui, probablement explique, qu’il s’est accordé beaucoup de distractions  lorsqu’il était adulte ! De plus, il a eu face à lui un père, Alessandro, avec une personnalité forte, incroyablement exigeant, pas très présent en tant que parent, mais célèbre et imposant dans son métier. Donc pas facile pour un enfant, portant ce nom, de se faire un prénom dans la musique . Mais il y est arrivé parce qu’infiniment doué, original, imaginatif   !

Sa carrière s’est faite en deux périodes : celle des nombreux voyages en Italie et des œuvres sacrées, (Domenico a eu, très jeune, une véritable passion, voire même une fascination, pour les églises, le lieu, l’atmosphère, les odeurs etc…., mais également  les prières, les chants, la musique)  et celle qu’il a passé en Espagne lorsqu’il fut appelé, en 1720, comme professeur de musique de la jeune princesse Maria Barbara de Bragance, à Lisbonne ( Portugal ). Il s’y était installé à la mort de son père . Maria était la fille de Jean V du Portugal et Marie-Anne d’Autriche. Domenico la suivra à Madrid  lorsqu’elle deviendra reine d’Espagne en épousant Ferdinand VI.

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« Portrait de Maria Barbara de Bragance  » par Domenico DUPRA

A l’époque où elle se marie, Domenico lui avait convolé en justes noces depuis peu avec  Maria Catalina Gentili. Il avait 42 ans, elle 16. Il avait quitté l’Italie et n’y retournera jamais plus.

La reine sera sa bienfaitrice, tout comme elle sera celle du castrat Farinelli, présent lui aussi à la Cour avec Domenico Scarlatti. Lorsque le roi va malheureusement sombrer dans une sorte de démence, seul Farinelli , en chantant, réussira à lui apporter la sérénité qui lui permettait de trouver le sommeil. Il deviendra d’ailleurs le responsable des œuvres lyriques à la Cour.

Scarlatti se tiendra un peu à l’écart des fêtes fastueuses organisées par Farinelli pour le couple royal. Mais il reste toutefois important  lui aussi, en tant que compositeur et professeur exclusif de la musique de la reine, musique dont l’exécution se faisait en privé, lors de soirées musicales qu’elle donnait dans ses appartements. Malgré tout l’attachement qu’ont pu avoir Scarlatti et Maria Barbara, celle-ci lèguera toutes ses partitions, livres de musique, et clavecins à Farinelli. Lui ne recevra qu’une bague.

C’est à Madrid qu’il composera, pour elle, 555 Sonates, des pièces courtes (1 à 7 minutes) sortes de miniatures pourrait-on dire (et pourtant tellement grandes !) écrites comme différents exercices terme donné par Scarlatti) pouvant enseigner de nombreuses choses  à sa brillante élève, laquelle était une claveciniste douée. Elles n’ont rien à voir avec des Sonates de type classique. C’est probablement ce qui les rends irrésistibles.

Ce sont  des pièces parfaitement équilibrées, inventives d’un point de vue harmonique, aux quelles on peut facilement attribuer tellement d’adjectifs : virtuoses, vivaces, espiègles, délicates, poétiques, touchantes, délicates, lumineuses, sensibles, sensibles, graciles, chantantes,  mais aussi vivaces, nerveuses, sans oublier fantaisistes, ne serait-ce qu’en raison de toutes les expérimentations pratiquées sur elles par le compositeur . Toutes différentes, d’une grande richesse instrumentale, mélodieusement italiennes, rythmiquement espagnoles.

Elles ont été composées à l’origine pour le clavecin, mais sont tout aussi délicieuses et un bonheur pour l’oreille lorsqu’elles sont  interprétées au piano. On peut également les entendre dans autres instruments comme le luth, la harpe, le violon, la flûte, la mandoline, la guitare et même l’accordéon.

Elles sont très recherchées par les pianistes pour la qualité de leur sonorité et le fait qu’elles sont très techniques.

( Vidéo : Glenn GOULD au piano – Sonate K.9)

(Vidéo : Vladimir HOROWITZ au piano / Sonate K.466)
(Vidéo : Mikhaïl PLETNEV au piano / Sonate K.141)

( Vidéo Emil GILELS au piano – Sonates K.141/K.518/K.32/K.466/K.533/K.27/K.125)