L’art d’être un canard …

 » C’est tout un art d’être canard
C’est tout un art
D’être un canard
Canard marchant
Canard nageant
Canards au vol vont dandinant
Canards sur l’eau vont naviguant
Etre canard
C’est absorbant
Terre ou étang
C’est différent
Canards au sol s’en vont en rang
Canards sur l’eau s’en vont ramant
Etre canard
Ca prend du temps
C’est tout un art
C’est amusant
Canards au sol cancanant
Canards sur l’eau sont étonnants
Il faut savoir
Marcher, nager
Courir, plonger
Dans l’abreuvoir.
Canards le jour sont claironnants
Canards le soir vont clopinant
Canards aux champs
Ou sur l’étang
C’est tout un art
D’être canard. « Claude ROY (Poète, écrivain et journaliste français)

20.03.2022 : c’est le printemps !

 » On dit qu’au printemps la nature verdoie. Ce n’est pas absolument vrai car elle se pare aussi de bourgeons roses et écarlates. Il y a des bourgeons d’un pourpre foncé et d’un rouge brutal ; d’autres sont gris et gluants comme la poix ; d’autres sont blanchâtres comme le feutre qui recouvre le ventre d’une hase ; mais il y en a aussi qui sont violets et fauves ou sombre comme du vieux cuir. Quelques-uns rappellent des verrues. Les uns s’enflent, deviennent charnus, se couvrent de duvet et sont trapus comme des jeunes chiens ; d’autres poussent des queues hérissées et fragiles.

Croyez-moi, les bourgeons sont aussi étranges et aussi divers que les feuilles ou les fleurs. Il faut vous arrêter et alors vous verrez les lèvres entrouvertes et les regards furtifs, les doigts mignons et les armes levées à tout de bras, la fragilité du nouveau-né et l’élan agressif de la volonté de vivre, et c’est alors que vous entendrez tout bas la marche des bourgeons.

Voilà, tandis que j’écrivais ceci, le signal, semble-t-il, a été donné ; les bourgeons, qui ce matin encore, étaient entortillés dans leurs langes, ont donné naissance à de petites pointes de feuilles, les tiges de forsythia rayonnent d’étoiles d’or, les plus gonflés des bourgeons de poiriers se sont tendus et sur la pointe de je ne sais quels petits boutons étincellent des yeux jaunes et verts. Les écailles résineuses ont livré passage à une jeune verdure, les gros boutons ont percé et il en sort une filigrane de coches et de plis.

N’aie pas peur petite feuille vermillon, ouvre-toi éventail replié, étire toi dormeur couvert de duvet, l’ordre de marche vient d’être donné. Éclatez-vous prélude de cette Marche non écrite. Brillez au soleil cuivres dorés, retentissez tympanons, jouez flûtes, regardez votre pluie d’harmonie innombrables violons, car le jardin calme, gris et vert, s’est mis victorieusement en marche !  » Karel CAPEK (Écrivain tchécoslovaque – Extrait de son livre L’année du jardinier)