James MC NEIL WHISTLER – Chefs-d’œuvre de la FRICK COLLECTION …

« L’art doit rester à part et s’adresser à la sensibilité artistique de l’œil nu ou de l’oreille, sans se confondre avec des émotions qui lui sont totalement étrangères telles que la dévotion, la pitié, l’amour ou le patriotisme. » James MCNEILL- WHISTLER

James MCNEILL-WHISTLER

Comme beaucoup le disent à son sujet : Whistler fut américain de naissance, français de formation et britannique pour sa carrière. Il a eu une vie bien remplie que ce soit de par les rencontres qu’il a pu faire à titre personnel ou professionnel, les voyages, et le monde aristocratique dans lequel il a évolué quel que soit le pays où il se trouvait.

Ses œuvres quittent rarement leur écrin à la Frick Collection de New York sauf cas exceptionnel. Compte tenu, d’une part, que ce lieu devait faire l’objet de transformations, agrandissements et rénovations qui vont durer jusqu’en 2023 , et d’autre part de la demande d’une exposition de la part du Musée d’Orsay, l’occasion d’en prêter certaines était intéressante. L’expo s’intitule James MCNEILL-WHISTLER/Chefs d’œuvre de la Frick Collection de New York, jusqu’au 8 mai 2022.

C’est une exposition plutôt intimiste de par l’espace et le nombre d’œuvres, 22 au total entre celles prêtées par la Frick Collection ( des pastels, peintures et eaux-fortes) et celles détenues par le Musée d’Orsay. Toutefois, je vous conseille, si vous le pouvez, de la voir parce que ce n’est pas si souvent que nous avons l’occasion d’admirer ce peintre, alors autant en profiter !

Whistler est le nom de son père, McNeill celui de sa mère irlandaise . Il a souhaité porter les deux. Dès son arrivée à Paris on lui attribuera des surnoms : le frisé car ses cheveux étaient très bouclés , ou l’Apollon de poche en raison de sa petite taille, mais on l’appréciera car, malgré son fichu caractère, son opportunisme et son excentricité, il était extrêmement drôle.

Henry Clay Frick, magnat américain, fut un très grand collectionneur. Il avait un bel hôtel particulier sur la 5e avenue à New York, dans lequel était accroché ses trésors. A sa demande, l’ensemble sera légué à la ville à sa mort . De gros travaux furent alors entrepris et ce qui fut sa demeure , deviendra le merveilleux et célèbre musée que l’on connait face à Central Park.

Frick a fait fortune très jeune puisqu’il était milliardaire à 30 ans ! Le charbon d’abord, la sidérurgie ensuite, lui ont permis de le devenir. Sous une apparence qui pouvait faire supposer que le monsieur était quelqu’un de plutôt sympathique, il y avait un homme redoutable, intraitable avec ses ouvriers. Il a, d’ailleurs, failli perdre la vie lors d’une grève terrible, durant laquelle l’un d’entre eux a tenté de le tuer en tirant sur lui.

Devenu collectionneur (tableaux, sculptures, mobilier d’époque , pièces d’orfèvrerie), il s’est d’abord intéressé aux maitres anciens flamands, espagnols et italiens. L’intérêt pour Whistler ne viendra que tard dans sa vie. C’est entre 1914 et 1919 qu’il va acquérir le plus grand nombre de ses œuvres.

Whistler, comme je l’ai mentionné en début d’article, a eu trois patries : les Etats Unis, la France et l’Angleterre. Ses deux genres de prédilection furent les portraits et les paysages. Pour ces derniers, il fut un peintre à la fois rural et urbain aussi. Il trouvait autant de poésie dans un paysage de campagne que dans un paysage industriel avec des ciels sombres emplis de fumée.

Globalement il fut un peintre incompris durant toute sa carrière Pourtant, il a toujours beaucoup travaillé pour faire évoluer son art, un art pour lequel il avait des idées bien précises. Un obsédé toujours à la recherche de nouvelles techniques, expérimentations, en quête (de façon approfondie, préoccupante et incessante) de plus d’esthétique, de la beauté plastique dégagée de toute source historique, sociale, morale qui étaient de mises à l’époque.

De nos jours, on admire son travail et on apprécie ses beaux et séduisants tableaux, savoureux mélange de réalisme, d’avant-gardisme et aussi d’un petit côté de préraphaélisme, la délicatesse, la finesse, la subtilité de son coup de pinceau.

Si on devait lui attribuer un style pictural plus précis, on dirait que c’est un symboliste. Il a fait partie de ceux qui ont eu pour crédo l’art pour l’art. Toutefois, et comparativement à ceux qui en ont fait partie , il a été beaucoup moins attaché au côté métaphysique prôné par le mouvement et davantage intéressé par le côté esthétique. Il a aimé l’impressionnisme(notamment Monet) , mais aussi le réalisme de Courbet et fut attiré par les estampes japonaises qui, elles aussi, l’influenceront (il en collectionna beaucoup).

Pour info :  » Princesse du pays de porcelaine  » 1863/64 James MCNEILL-WHISTLER (Le tableau se trouve à la Gallery of Art de Washington)

Il est né en juillet 1834 à Lowell (Etats Unis). Son père, George, était ingénieur dans une société ferroviaire. Sa maman, Anna, une femme très pieuse, s’occupait des trois enfants que son mari avait eu d’une précédente union (George, Joseph, Deborah) et des cinq qu’elle eut avec lui ( James, William, Kirk, Charles et Jean).

 » Arrangement en gris et noir N.1 : portrait de la mère de l’artiste  » 1871 James MCNEILL-WHISTLER – (Le tableau fait partie des trois œuvres de ce peintre que détient le Musée d’Orsay/Paris)

James va passer une partie de son enfance en Russie, à Saint Pétersbourg. Son père avait été appelé pour superviser une ligne de chemin de fer importante et travailler pour le tsar Nicolas Ier.

Il va très tôt se montrer doué et vivement intéressé par le dessin. Adolescent cette vocation artistique va se confirmer. En 1849, il perd son père. Toute la famille, retourne, dans un premier temps, en Angleterre, puis aux Etats Unis, dans le Connecticut. Comme le voulait la tradition, il entre à l’Académie militaire de West Point. Ses résultats ne sont franchement pas bons et son manque de rigueur prôné par l’institution finiront par une exclusion. Par contre il excelle toujours dans le dessin. C’est à cette époque qu’il apprend la technique de l’Eau-forte.

A 21 ans, il décide définitivement de devenir peintre, abandonne tout projet de carrière militaire, quitte l’Amérique et se rend eu Europe. A Paris, il arrive en pleine Exposition Universelle où il découvre Courbet, s’installera au Quartier Latin et, comme beaucoup d’artistes, mènera une vie de bohème. Il se liera d’amitié avec certains peintres français dont Henri Fantin-Latour, Alphonse Legros, Carolus Duran, Félix Braquemont, Edouard Manet, Gustave Courbet et sera apprécié par Mallarmé(un ami) Baudelaire, Proust, Wilde, et bien d’autres .

Il eut un comportement pour le moins étrange avec certains de ceux dont il était proche, notamment Oscar Wilde, dont il disait apprécier la plume. Pourtant il ne manquera pas de le railler ouvertement lorsqu’il apprendra son homosexualité. Il fut l’élève et l’ami de Courbet, affirmant que ce dernier était son maitre, et pourtant il écrira un jour dans une correspondance que l’influence de Courbet fut dégoutante , entendant par là qu’il rejetait totalement le réalisme du peintre français, puis abandonnera le côté épais de la peinture pour quelque chose de plus léger et transparent. Il fut un ami très proche du poète Swinburne qui écrira un texte magnifique influencé par l’un de ses tableaux, et pourtant il reniera ses liens amicaux lorsque ce dernier critiquera sa conférence.

Pour mieux se former en peinture, il rejoint l’atelier de Charles Gleyre, visite le Musée du Louvre, celui du Luxembourg et travaille sur des copies, et suivra les cours de dessin à l’Académie impériale. Au départ, son intérêt va se porter sur tous les grands maîtres hollandais, espagnols et italiens. Ses premières œuvres à l’eau-forte voient le jour, des séries d’estampes aussi. Il portait un grand intérêt aux scènes de genre, aux effets du clair-obscur.

Très inspiré par la musique de l’époque romantique, il a donné, très souvent, des noms de compositions comme Nocturne, Harmonie, Variation, Arrangement ou Symphonie, par exemple, à ses tableaux. Il a assimilé ces termes musicaux aux couleurs de sa peinture. Il les a vues telles des notes subtiles sur sa toile, pouvant surtout atteindre la sensibilité de celles et ceux qui les regardent . Les premiers Nocturnes ont vu le jour à partir de 1866.

Ce terme Nocturne en peinture, a été le premier inventé par Whistler. Il avait parmi ses amis un grand admirateur de Chopin, Frederick Richard Leyland. C’est lui qui lui conseillera de donner ce terme. Les autres suivront. Elles seront nombreuses, toutes dotées d’une grande expressivité poétique.

 » la nature contient les éléments, couleurs, et formes de toute peinture, comme le clavier contient les notes de musique. Mais l’artiste est né pour en sortir, choisir et grouper avec science les éléments, afin que le résultat soit beau comme le musicien assemble ses notes et forme des accords jusqu’à ce qu’il éveille du chaos, une glorieuse harmonie. » J.A.W.

« Symphonie en gris et vert : l’océan  » 1866 James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection/New York)
 » Symphonie en couleur chair et rose : portrait de Mrs Frances Leyland  » 1871/74 James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York) Ce tableau illustre l’affiche de l’expo.
 » Harmonie en rose et gris : Lady Meux  » 1881/82 – James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York)
 » Arrangement en noir et or : comte Robert de Montesquiou-Fezensac  » 1891/92 James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York)
 » Arrangement en brun et noir : Rosa Corder  » 1876/78 James MCNEILL-WHISTLER(Frick Collection New York)
 » Variation en violet et vert  » 1871 James NCNEILL-WHISTLER (Musée d’Orsay Paris – Le tableau fait partie des trois œuvres de ce peintre que détient le Musée d’Orsay/Paris)

On a souvent dit de lui qu’il fut un libertaire, ombrageux, un dandy arrogant avec un esprit assez acéré, doté d’un caractère bien trempé, n’ayant pas sa langue dans sa poche, n’appréciant pas vraiment que l’on puisse donner un avis critique sur ses tableaux et ne manquant pas de le faire savoir à qui voulait bien l’entendre. C’est ainsi qu’il intentera un procès en 1878 au critique d’art John Ruskin qui avait osé ne pas apprécier l’une de ses toiles (Nocturne en noir et or) et l’avait vivement condamnée : « J’ai vu et entendu beaucoup de choses jusqu’à maintenant, mais je n’aurais imaginé voir un dandy demander 200 guinées pour un pot de peinture jeté à la face du public !  » – Whistler lui demandera des excuses, elles ne viendront pas. L’offense sera validée par le tribunal qui la jugera recevable, tout en accordant une petite somme au peinture pour le dédommager.

Le problème est qu’il dut payer des gros frais de justice qui l’amèneront à la faillite. De plus, le tableau n’attirera plus personne et ce n’est qu’en 1892 qu’il trouvera un acheteur !

Whistler effectuera de très nombreux voyages entre la France et l’Angleterre à partir de 1850. A Londres il apprécie le fait qu’un esprit libéral et novateur comme lui soit bien accepté. D’ailleurs son travail va beaucoup plaire aux peintres préraphaélites et poètes anglais comme John Everett Millais, William Rossetti, voire même le président de la Royal Academy, Charles Eastlake.

Pour info :  » Au piano  » 1858/59 – James MCNEILL-WHISTLER (Il se trouve au Taft Museum de Cincinnati) – C’est ce tableau qui sera vivement apprécié des peintres préraphaélites anglais

S’il a excellé dans l’art du portrait, il fut talentueux dans le genre du paysage. C’est les estampes japonaises qui l’ont influencé dans ce domaine. Il a effectué de nombreuses vues marines à l’eau-forte qui émerveilleront Charles Baudelaire : « Tout récemment un jeune artiste américain, Mr Whistler, exposait à la galerie Martinet une série d’Eaux-fortes subtiles, éveillées comme l’inspiration et l’improvisation , et représentant les bords de la Tamise…  » Il trouvera l’inspiration en Bretagne, en Angleterre, et au Chili aussi où il va beaucoup développer ses recherches sur les paysages de bord de mer.

Lors de la guerre qui opposera l’Espagne au Chili dès 1865, il décidera de se rendre dans ce pays, un an plus tard, afin d’apporter sa contribution à ce conflit, porter secours aux Chiliens, mais aussi aux ressortissants anglais, américain et français qui se trouvaient là-bas. Des tableaux ont vu le jour là-bas notamment Crépuscule en couleur chair et vert : Valparaiso qu’il aurait commencé la veille du bombardement dans la ville, ou Nocturne en bleu et or : baie de Valparaiso.

Pour info :  » Crépuscule en chair et vert : Valparaiso  » 1866 – James MCNEILL-WHISTLER (Ce tableau se trouve à la Tate Britain de Londres )
Pour info :  » Nocturne en bleu et or : la baie de Valparaiso – 1866 – James MCNEILL WHISTLER ( Le tableau se trouve à la Freer Gallery of Art de Washington)

Après l’affaire qui l’opposa à Ruskin, Whistler se rendra à Venise. Il y avait très longtemps qu’il voulait faire le voyage. Il avait beaucoup admiré Canaletto et Guardi à la National Gallery. Ses vues de Venise seront un peu différentes de celles que l’on avait l’habitude de voir. Il travaille sur le motif, aime à arpenter les petites ruelles, s’émerveille devant les façades rongées par l’humidité. Il écrira :  » J’ai appris à connaitre une Venise dans Venise que les autres ne semblent avoir jamais perçue ». Arrivé en 1879, il restera un an au lieu des trois mois prévus.

 » Après la pluie, les couleurs des murs et leurs reflets dans les canaux sont plus somptueux que jamais. Et quand le soleil brille sur le marbre poli, mêlé aux briques aux riches tonalités et au plâtre, cette stupéfiante ville de palais se transforme en un royaume féérique dont on dirait qu’il a été créé tout spécialement pour le peintre. » J.A. W.

 » Le cimetière à Venise  » 1879 – James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York)
« Canal vénitien » 1880 – James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York)
 »Nocturne Venise » 1880 – James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York)
 » Première Suite vénitienne : La Piazzetta  » 1880 – James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York)
 » Première Suite vénitienne : la Riva  » 1880 James MCNEILL-WHISTLER (Frick Collection New York)

Côté privé, il y a eu des femmes qui ont compté plus que d’autres : Joanna Hifferman, rencontrée en 1860. Elle sera son modèle et sa maitresse durant six ans. Elle deviendra peintre.

C’est elle que l’on peut voir dans Symphony in white N.1 un tableau qui sera refusé à la Royal Academy de Londres parce que jugé vulgaire, puis accepté au Salon des Refusés de Paris où on la placera face au Déjeuner sur l’herbe de Manet. Par contre, Symphony in white N.2 sera fort apprécié à la Royal Academy en 1863 et sera même une source d’inspiration, deux ans plus tard, pour son ami Algemon Swinburne dans son poème Before the mirror.

Pour info :  » Symphony en blanc N.1  » James MCNEILL-WHISTLER 1862 (Elle se trouve à la National Gallery de Washington)
Pour info :  » Symphonie en blanc N°2 – 1863 – James MCNEILL-WHISTLER (Le tableau se trouve à la Tate Britain de Londres)

Avec Joanna, ils ont fréquenté les Cercles et Salons les plus côtés. Par contre, la jeune femme était très mal vue par la famille de Whistler, notamment sa mère. On la congédiait poliment lorsque cette dernière rendait visite à son fils. Et puis un jour, Joanna va poser pour Courbet notamment pour L’origine du monde et entamera une liaison avec lui, qui offensera profondément Whistler. Mis au courant du scandale provoqué par le tableau et il fera l’objet de railleries dans Paris. Il en sera profondément blessé et va rompre avec elle.

Malgré leur séparation elle continuera d’élever l’enfant que Whistler avait eu avec l’une de leurs domestiques, James Whistler Hanson né en 1870. Elle se rendra discrètement aux obsèques du peintre en 1903. Il semblerait qu’il lui ait laissé un petit quelque chose sur son testament.

Beatrice Philip, qui avait fait des études d’art, était veuve de l’architecte Edward William Godwin. Elle avait un fils. Elle posa en 1880 pour Whistler (notamment Harmony in red : Lamplight, La sieste) et devient son élève. Le peintre l’épouse en 1888. Elle va travailler la gravure à ses côtés, s’occupe de leur atelier commun, conçoit des vitraux. Leur mariage sera plutôt heureux. Elle meurt d’un cancer en 1895.

Les années 1890 furent fructueuses pour lui picturalement parlant puisque ses œuvres se vendaient très bien. On peut même affirmer qu’il avait atteint la gloire et la reconnaissance mondiale de son vivant . Pourtant, Whistler finira sa vie malade, rongé par une terrible dépression nerveuse que la mort de son épouse n’avait pas arrangé . Il meurt à Londres en 1903 et sera enterré à l’Église St Nicholas (Chiswick/Londres) auprès de Beatrice.

 » L’homme à la pipe » 1850 James MCNEILL-WHISTLER (Musée d’Orsay Paris – Le tableau fait partie des trois œuvres de ce peintre que détient le Musée d’Orsay/Paris)

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