Danse et langage …

 » La vie est mouvement, la danse universelle. Thérapeutique dans son essence, elle convoque la partie sensible et vivante en chacun de nous. Cette partie désirable et aimable qui fait rayonner, avec grâce, notre réelle beauté. Notre corps créé de la pensée et la danse est son langage  » Dominique HAUTREUX (Psychologue clinicienne et danse thérapeute française)

Histoire d’un ballet :  » Le songe d’une nuit d’été  » … De Mendelssohn à Ashton, en passant par Balanchine et Neumeier …

 » Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants et l’imagination si fertile, qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. » William SHAKESPEARE (« Le songe d’une nuit d’été » en 1600)

A 17 ans Mendelssohn découvre Shakespeare grâce à son oncle qui fait des traductions du poète anglais. Là, il tombe amoureux du Songe d’une nuit d’été, comédie féérique et fantastique qui conte les aventures amoureuses de couples croisés.

Il décide alors de mettre cette pièce en musique et compose ce qui deviendra, plus tard, l’Ouverture de sa partition. A noter qu’elle sera jouée en concert de son vivant. Il l’appelait mon chef-d’œuvre de jeunesse, un morceau dont Berlioz affirmait qu’il n’existait rien de plus shakespearien !

En 1841, Mendelssohn est un compositeur fort apprécié, nommé musicien à la Cour . Il fondera en 1843 le Conservatoire de musique de Leipzig. En 1843, il reçoit une commande royale qui souhaitait un ballet à partir de la comédie de Shakespeare Le songe d’une nuit d’été. Mendelssohn repense alors à sa jeunesse et à son Ouverture. Il va l’intégrer à sa partition (c’est le numéro 7 – Elle correspond à la marche nuptiale lors du mariage entre Bottom et Titiana dans le ballet. Une marche qui sera propulsée à la reconnaissance internationale le jour où la reine Victoria demandera qu’elle soit jouée au mariage de son fils en 1858) et composera 13 autres morceaux.

La musique de Mendelssohn est réellement jubilatoire, vivace, une pièce phare du romantisme pour son lyrisme, son atmosphère particulière. Il y a des rythmes brillants, une sonorité orchestrale très raffinée, colorée, et d’une grande richesse. La légèreté, la poésie et l’humour sont au rendez-vous aussi.

La danse a été très sensible à un tel sujet et une si belle musique. Marius Petipa va proposer sa version en 1875. Il fera appel à Ludwig Minkus pour apporter quelques arrangements à la partition. Ce petit ballet mignon en un acte comme il disait, sera créé en 1876 à Saint-Pétersbourg. Il fera appel à Ekaterina Vazem, l’Étoile du Ballet Impérial, pour Tatiana. On lui avait imposé la danseuse pour La Bayadère, et il ne l’avait jamais regretté, tout au contraire elle deviendra sa muse. La rumeur disait qu’il en était amoureux.

MIDSUMMER NIGHT’S DREAM – George BALANCHINE :

Balanchine a 8 ans lorsqu’il assiste pour la première fois à une représentation de ce ballet dans la version de Marius Petipa. Lorsqu’il deviendra l’immense chorégraphe que l’on connait, il sera contacté, en 1950 par le American Shakespeare Theatre de Stratford dans le Connecticut (Etats-Unis) en tant que consultant musical d’une pièce sur le Songe d’une nuit d’été.

Balanchine se souviendra du ballet qu’il avait vu enfant, sur ce thème, et cela va lui donner fortement l’envie d’en présenter sa propre version chorégraphique. Finalement, c’est bien plus tard, à 58 ans, qu’il le fera ! Il la révisera en 1862, faisant de ce ballet une véritable féérie musicale pour le New York City Ballet, sa compagnie. Comme souvent, il réussira une véritable grande et riche alchimie entre musique, danse, pantomime, théâtre.

C’est une fort belle chorégraphie, immergée dans le monde de la fable, une sorte de divertissement dansé, à la fois étrange, fantaisiste, flamboyant, avec du rêve et des quiproquos qui amènent un côté drôle.

Balanchine a son style bien caractéristique et particulier, individualisé à chaque personnage et en accord avec un tempo musical bien précis. Pour la musique, il a repris celle de Mendelssohn écrite pour le Songe, mais il a ajouté d’autres pièces de ce compositeur comme L’ouverture de la Belle Mélusine, celle d’Athalie, et certains autres passages de la Symphonie N°9.

Deux de ses grandes muses en furent les Étoiles : Melissa Hayden qui le subjuguait par sa grâce et Suzanne Farell à la beauté candide et pleine de mystère. Le succès du ballet sera époustouflant et fera partie non seulement du répertoire du New York City Ballet, mais d’autres aussi comme l’Opéra de Paris ou la Scala de Milan.

THE DREAM – Frederick ASHTON :

Ashton a été un superbe chorégraphe. Il a toujours eu une grande capacité à savoir mettre en valeur le talent de ses interprètes, particulièrement celui de ses danseuses qui furent ses muses. Il n’a pas uniquement privilégié la technique, bien qu’elle fut importante pour lui. Elle n’a jamais pris le dessus sur l’expression poétique de la danse.  Un détail primordial pour lui.

The Dream est un ballet en un acte créé en 1964 au Royal Opéra House de Londres pour le 400e anniversaire de la naissance de Shakespeare. Le livret est de Ashton, en collaboration avec Henry Bardon. Il fut interprété, à l’époque, par Anthony Dowell et Antoinette Sibley qui, à partir de là, vont former un incroyable partenariat au sein de cette compagnie.

C’est une chorégraphie épurée, qui sous une sorte de simplicité apparente reste, malgré tout, assez complexe. Elle est très inventive, subtile, magique, enchanteresse,  gracieuse , espiègle, exubérante, émouvante, pleine d’humour et très harmonieuse  . Même les ânes dansent sur les pointes ! Il nécessite des interprètes intenses, profonds, crédibles, jamais ennuyeux, sachant s’exprimer merveilleusement au travers de la danse.

Les arrangements musicaux, sur la partition de Mendelssohn, sont ceux de John Lanchbery.

MIDSUMMER NIGHT DREAM – John NEUMEIER :

La version proposée par John Neumeier est un savoureux mélange de romantisme et de modernisme : classique pour les êtres humains, et contemporain pour les êtres féériques. La trame de la comédie de Shakespeare est bien respectée par le chorégraphe, il a gardé les personnages, modifiant légèrement l’histoire.

De plus, il a fait la distinction entre trois monde : celui du rêve, de la réalité et du théâtre. Comme il l’a indiqué, l’intrigue entre les quatre amoureux est ce qu’il lui a semblé le plus important à développer. C’est un ballet varié, intelligent, qui ne manque pas d’humour et de gravité, rigoureux dans la technique et la virtuosité, avec de très nombreux Pas de Deux, des Portés audacieux et éblouissants.

Pour la musique, il a choisi de nombreux morceaux, différents selon les personnages : les êtres royaux de la Cour dansent sur du Mendelsson ; les êtres féériques évoluent sur une musique électronique moderne mais aussi sur des airs de la Traviata de Verdi et l’Ouverture de la Cavalerie de Suppé.