Albert EDELFELT – Lumières de Finlande …

« Edelfelt ne pouvait passer inaperçu. Sa taille était au-dessus de la moyenne, ses cheveux drus coupés en brosse poussaient droits, l’ovale de son visage était pur, son menton marqué par une fossette, son nez assez court, son col élancé. Il portait une moustache blonde. Ce qui surtout rendait sa physionomie inoubliable, c’étaient ses yeux. Des yeux clairs, des yeux pâles, d’une intensité lumineuse extraordinaire. Ils apparaissaient doux, riants, ironiques ou terribles suivant son humeur.  » Henri AMIC ( Romancier et auteur dramatique français )

Albert EDELFELT 1854/1905

Après avoir proposé de poser un regard sur un peintre venu de la Suède, puis du Danemark, c’est la Finlande qui est à l’honneur au Petit Palais. L’exposition s’intitule Albert EDELFELT-Lumières de Finlande. Elle se tiendra jusqu’au 10 juillet 2022.

Comme ses collègues Carl Larsson et Anders Zorn, venus eux aussi à Paris pour y acquérir une certaine reconnaissance, Edelfelt a eu beaucoup de succès dans notre pays, ce qui est incroyable vu que, de nos jours, il reste méconnu aux yeux d’un grand nombre de personnes. Pourtant, je suis sure qu’un jour vous avez vu un de ses magnifiques tableaux, notamment le beau portrait qu’il a peint du scientifique, chimiste, physicien français Louis Pasteur, spécialiste en microbiologie, un tableau que l’on retrouve dans un grand nombre de livres, qui fut encensé par la critique, acquis par l’État français et qui vaudra à Edelfelt la Légion d’honneur, la reconnaissance nationale et internationale car au-delà d’un simple portrait, il représente aussi un hommage rendu à la science.

Edelfelt et Louis Pasteur seront de grands amis. Il faut dire que le scientifique appréciait énormément le milieu artistique. C’est par son fils, Jean-Baptiste, critique d’art, qu’il rencontrera Edelfelt en 1881. Le peintre deviendra un proche de la famille Pasteur et portraitisera un grand nombre de ses membres

« Portrait de Louis Pasteur » 1885 Albert EDELFELT (Musée d’Orsay à Paris)
 » Portrait de Jean-Baptiste Pasteur » 1881 (Collections du Musée Pasteur, Institut Pasteur à Paris)

Edelfelt est toujours resté proche de la France, même lorsqu’il retournera définitivement en Finlande. Il fut, entre autres amitiés et connaissances françaises, un grand admirateur de Zola qu’il rencontrera d’ailleurs de nombreuses fois. Il avouera souvent avoir été séduit par ce beau parleur à la vive intelligence. Il deviendra le meilleur ami (jusqu’à sa mort) du peintre Pascal Dagnan-Bouveret et sera considéré (je l’ai indiqué ci-dessus) comme un proche de la famille Pasteur.

 » Au parc de Saint-Cloud » 1905 Albert EDELFELT (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
 » Au jardin du Luxembourg  » 1887 – Albert EDELFELT (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)

Si notre pays a quelque peu oublié ce pionnier de l’art moderne, un peintre reconnu comme étant un des plus doués de sa génération, il est une véritable gloire en Finlande, son pays natal, où il a beaucoup agi pour un renouvellement de l’art. Certes il va séjourner en France, mais il retournera là-bas , chaque été, plus précisément à Haikko (bourgade au sud-est) , dans la maison familiale où il s’était fait construire un atelier. Il y peindra ces si beaux paysages à la nature sauvage, ses forets immenses, et autres scènes rurales qui plaisaient beaucoup ailleurs en Europe et notamment à Paris .

« Vue sur Haikko » 1899 Albert EDELFELT (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
 » Haikko  » 1870 – Albert EDELFELT (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
 » Coucher de soleil sur les collines de Kaukola » 1889 – Albert EDELFELT (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
 » En route pour le baptème » 1880 Albert EDELFELT (Collection particulière)
 » Devant une église en Finlande » 1887 Albert EDELFELT(Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
« Service divin au bord de la mer en Finlande  » 1881 Albert EDELFELT (Musée d’Orsay à Paris)

Un lien viscéral le reliera toujours à son pays et il profitera, un jour, de toute la notoriété qu’il va pouvoir acquérir, pour lutter en faveur de l’indépendance de la Finlande contre la Russie.

Fin du XIXe siècle, en effet, la politique de Nicolas II, tsar en Russie, refusait l’indépendance de la Finlande. Edelfelt vivra très mal cette injustice. Il va tout faire pour contribuer à aider son pays : il mettra en place un réseau culturel pour obtenir de nombreuses signatures en Europe, fera passer des messages politiques au travers de ses tableaux, portraitisera de nombreuses personnalités très connues de son pays, mais aussi tout ce qui fait les us et coutumes de son peuple , le monde de la ruralité, des paysans, et celui des marins.

A l’époque où il est né, la Finlande était sous domination suédoise, colonisée au Moyen-Âge, et gouvernée depuis Stockholm. A la fin de la guerre entre la Suède et la Russie de 1808 à 1809, la Finlande sera annexée à la Russie. Helsinki devient la capitale du pays. Elle obtiendra son indépendance après la Révolution russe de 1917. Edelfelt n’assistera pas à cette victoire car il est mort en 1905.

A une certaine époque, aux environs de 1880, bien avant qu’il ne s’engage pour l’indépendance de son pays, il a honoré des commandes venues de la Cour impériale d’Alexandre III (tableaux de ses enfants Mikhail et Xenia) , et un portrait en pied du tsar Nicolas II (successeur d’Alexandre) , commande de l’Université Impériale d’Helsinki, et une copie pour le Sénat impérial de Finlande. Nicolas II apportera même son aide au peintre pour le pavillon finlandais à l’Exposition universelle de 1900 à Paris…. Oui mais voilà Nicolas II voulait une russification forcée de la Finlande., mais il se retrouvera devant un mur d’hostilités qui le fera renoncer peu à peu.

 » Mikhail et Xenia, les enfants du Tsar Alexandre III  » – 1882 Albert EDELFELT (Collection particulière)
 » Portrait en pied de l’empereur russe Nicolas II  » 1896 Albert EDELFELT (Collections de l’Arppeanum à Helsinki)

C’est donc une chance que de pouvoir se rendre au Petit Palais pour voir cette exposition qui est une première, un savoureux mélange de tableaux parisiens et finlandais. Il se trouve que fin mars le Musée des Beaux-Arts Ateneum d’Helsinki va fermer ses portes pour une grande période de rénovations qui vont durer une bonne année. Du coup, deux musées français vont profiter de prêts d’œuvres sorties des collections de cette institution ( d’autres également et collections particulières) : le Petit Palais avec Edelfelt, et le Musée Jacquemart-André avec Akseli Gallen-Kallela, autre peintre finlandais.

Albert Edelfelt (debout devant et Akseli Galien-Kallela (extrème droite assis) à Imatra (Ville finlandaise à la frontière russe)

De base il a reçu une formation académique et au départ il s’est tourné vers la peinture d’histoire. Mais il va très vite se sentir attiré par le côté novateur du pleinairisme (sorte de trait d’union entre le naturalisme et l’impressionnisme) qu’il découvrira avec le peintre français Jules-Bastien Lepage ; mais aussi les écrits de Emile Zola et Alphonse Daudet qui le feront changer d’optique.

Il va très vite se faire remarquer par sa grande maîtrise de la lumière, son côté émotionnel, sa subtilité et virtuosité picturales, son sens aigu de l’observation dans la nature, l’authenticité de ses personnages.

C’est vraiment une fort belle et lumineuse exposition, pleine de poésie, de douceur, de sensibilité, entre portraits et paysages . Des paysages qui ne laissent vraiment pas indifférents tant ils sont sublimes, avec des lumières vraiment particulières, crépusculaires et captivantes. Un parcours au travers d’une centaine d’œuvres qui nous permettent de mieux le connaitre puisque l’on assiste à l’évolution de sa carrière.

Certes les paysages plaisent mais c’est dans le portrait qu’il va être le plus demandé. Ces derniers couvrent quasiment la moitié de sa production. Ses premiers modèles ont été les membres de sa famille. Il aura beaucoup de succès, et nombreuses sont les personnalités qui feront appel à lui : des écrivains, savants, artistes lyriques, aristocrates, peintres, etc… et pas uniquement des français, mais également des russes, des suédois, des allemands. Il sera très sollicité ! Les portraits vont lui apporter non seulement le succès, mais l’argent aussi, ce qui lui permettra de vivre très confortablement.

« Portrait de sa sœur Berta  » 1884 – Albert EDELFELT (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
 » Blanche de Namur reine de Suède avec le prince Haquin » (dite La reine blanche) 1877 ( (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
« Au piano » 1884 Albert EDELFELT (Collections du Musée d’Art de Göteborg) –
 » Les meilleurs amis : Berta et Capi  » 1881 – Albert EDELFELT (Collections du Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg)
« Aïno Ackté en Alceste sur les rives du Styx » 1902 Albert EDELFELT ((Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki) Edelfelt a beaucoup aimé se rendre au théâtre ou à l’Opéra Garnier lorsqu’il vivait à Paris, ce qui l’a amené à faire des portraits des divas à succès de l’époque dont Aïno Ackté. Ils se sont rencontrés au Cercle Suédois qui se trouvait rue de Rivoli.
« Larin Paraske(Incantation) 1893 Albert EDELFELT (Collections du Musée d’Art de Hämeenlinna Fondation Vyborg à Hämeenlinna)

Il faut dire qu’il va vraiment exceller dans le genre. Il a l’œil très pointu, observateur, scrutant le moindre détail, doué pour la ressemblance, sachant capter la personnalité de chacun, offrant de les placer dans de très beaux et élégants décors, ce qui rend le tout très harmonieux, lumineux, raffiné. La lumière est souvent délicate.

Il est né en 1854 à Porvoo dans une famille plutôt aisée. Son père, Carl-Albert était architecte. Sa mère, Alexandra, s’occupait de lui et de ses trois sœurs : Ellen (1859) – Anna (1866) et Berta (1869) – Elle a énormément compté pour lui et ils entretiendront toujours une longue correspondance. Sa mort sera un déchirement. A l’âge de 15 ans il perd son père et vivra entouré de femmes. Passionné par le dessin, le jeune Albert va, dès 1871, se former à Helsinki auprès de Adolf Von Becker. C’est auprès de lui qu’il aborde la peinture à l’huile. Après l’obtention d’une bourse d’État, il part en Europe, Anvers d’abord à l’Académie royale des Beaux-Arts où il décrochera un prix d’excellence.

En 1874 il arrive à Paris. Il intègre alors l’École des Beaux-Arts où se trouve l’atelier de Jean-Léon Gérôme spécialiste des scènes historiques, mythologiques et religieuses . La peinture d’histoire est un genre qui ne lui était pas étranger, il l’appréciait même beaucoup d’autant qu’il réunissait le côté national et l’académisme. Il l’avait déjà abordé à Anvers et on peut dire qu’il s’est montré très bon dans cet exercice.

Deux ans plus tard, il découvre la peinture de Jules-Bastien Lepage , qui deviendra par la suite son mentor. En 1879, il obtient un premier succès au Salon avec Le village incendié épisode de la révolte des paysans finlandais. Après quoi il abandonne la peinture d’histoire pour se tourner vers le plein air et s’installe dans son propre atelier avenue de Villiers. Quelques années plus tard, il voyagera jusqu’en Espagne, se présentera au Salon de 1882, obtiendra une médaille avec Service divin au bord de la mer, une toile acquise par l’État français.

 » Le village incendié : épisode de la révolte des paysans finlandais en 1596  » 1879 Albert EDELFELT ( (Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)

L’impressionnisme va le séduire, l’inspirer, oui mais attention : il ne sera jamais un peintre classé comme impressionniste. Ce ne sont pas tant les principes exprimés par les peintres de ce mouvement qui lui plaisent, mais tout ce qui est en extérieur : la nature, les jardins, les fleurs, la lumière, la mer, les plages, le ciel etc… toutes les fluctuations que la météo peut avoir sur tout cela , et auxquelles il va apporter personnellement une forme de spiritualité, d’harmonie audacieuse . Les tableaux peints à cette époque-là sont très beaux, empreints de délicatesse.

Côté privé, il a eu des liaisons avec certains de ses modèles notamment une certaine Antonia Bonjean et une autre répondant au prénom Virginie, une parisienne qui aurait été sa maitresse durant assez longtemps et avec laquelle, semble t-il, il aurait eu deux enfants. Si la relation reste réelle, rien ne confirme cette paternité. Ce n’est pas elle qu’il épousera finalement, même si il l’avait envisagé, mais une amie d’enfance, en 1888, devenue la baronne Anna Elise de La Chapelle qui lui donnera un fils Erik . Ce ne fut pas un mariage heureux. Il aura de nombreuses maitresses.

 » Au fond de moi, j’ai toujours voulu être loyal envers les femmes, ne pas promettre plus que je ne peux tenir et être le plus gentleman possible. Ayant vu tant de bassesses de si près, ce souhait est d’autant plus important pour moi. Des milliers de personnes passent leur vie sans aucune idée de l’amour passionné. J’en ai fait l’expérience, ne serait-ce qu’un instant, mais néanmoins assez longtemps pour savoir à quel point c’est une émotion profonde et grandiose.  » A.E.

« Virginie » 1883 – Albert EDELFELT (Collections du Musée d’Art de Joensuu)

En France, comme je l’ai dit, il a eu beaucoup de succès et la conséquence première aura été de faire connaitre la Finlande. Son influence, l’importance qu’il a pu avoir en tant que peintre finlandais ayant réussi au-delà des frontières de son pays, va influencer de nombreux artistes dont celui que je nommais en début de ce post, à savoir Akeseli Gallen-Kallela. Il va conseiller également la jeune génération de peintres finlandais à la fin de sa vie, les aidera pour entrer dans divers ateliers d’artistes connus etc…

Il meurt d’une insuffisance cardiaque en 1905 à Haikko et sera enterré au cimetière de Hietaniemi à Helsinki. Son fils le suivra 5 ans plus tard. Le compositeur Jean Sibelius, son ami, écrira un Chœur symphonique pour ses funérailles, inspiré par un poème de Johan Ludvig Runeberg, notamment la dernière strophe : Sans lamentations, ta mémoire survivra …  »

 » Enfant au bord de l’eau » 1884 Albert EDELFELT ((Collections du musée d’art de l’Ateneum Helsinki)
« Les constructeurs de navires » 1886 – Albert EDELFELT (Collection particulière)
« Les apprentis tailleurs dans un asile pour enfants en Finlande  » 1885 Albert EDELFELT (Collections de la Fondation Lauri et Lasse Reitz à Helsinki)

Un petit roseau m’a suffi …

 » Un petit roseau m’a suffi

Pour faire frémir l’herbe haute

Et tout le pré

Et les deux saules

Et le ruisseau qui chante aussi ;

Un petit roseau m’a suffi

A faire chanter la forêt.

Ceux qui passent l’ont entendu

Au fond du soir, en leurs pensées

Dans le silence et dans le vent,

Clair ou perdu,

Proche ou lointain.

Ceux qui passent en leurs pensées

En écoutant , au fond d’eux-mêmes

L’entendront encore et l’entendent

Toujours qui chante.

Il m’a suffi

De ce petit roseau cueilli

A la fontaine où vint l’Amour

Mirer, un jour,

Sa face grave

Et qui pleurait,

Pour faire pleurer ceux qui passent

Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;

Et j’ai du souffle d’un roseau

Fait chanter toute la forêt.  » Henri DE RÉGNIER (Écrivain et poète français / Extrait de son recueil Les jeus rustiques et divins/1897)

Il y a dans la lecture …

« Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l’irrationnel. Avant d’avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C’est l’alchimie invisible des signes tracés sur une feuilles qui s’impriment dans notre cerveau. J’étais un lecteur compulsif. Je lisais en marchant. Il me fallait quinze minutes pour aller au lycée. C’était mon quart d’heure de lecture qui s’étirait en une demi-heure ou plus et j’arrivais souvent en retard … J’ai fini par classer les écrivains en deux catégories : ceux qui vous laissaient arriver à temps et ceux qui vous mettaient en retard. Quand, quelque jours plus tard, j’ai expliqué à l’appariteur que mon retard était dû au suicide de Anna Karénine , il a cru que je me foutais de lui. J’ai aggravé mon cas en avouant que je n’avais pas compris pour quel motif elle se suicidait ! J’avais été obligé de revenir en arrière par peur d’en avoir manqué la raison. Il m’a collé pour deux jeudis : un pour cet énième retard, et l’autre parce que c’était une emmerdeuse qui ne méritait pas autant d’attention. » Jean-Michel GUENASSIA (Écrivain français- Extrait de son livre Le club des incorrigibles optimistes)

Jean-Michel GUENASSIA

Quand un animal …

« Quand un animal tisse un lien étroit avec son maître au point d’être plus fort qu’une relation entre deux personnes, et que ce lien devient si fort qu’il s’instaure une sorte de communication télépathique entre les deux, l’animal devient une étincelle, une partie de l’âme de son maître  » Jenny SMEDLEY (Écrivain, journaliste américaine, animatrice télé, psychologue spécialisée dans les vies antérieures-Extrait de son livre Les chiens et les chats ont aussi une âme)

Manon LESCAUT … Giacomo PUCCINI

(Vidéo : Preludio Intermezzo – Antonio PAPPANO et l’ORCHESTRE du ROYAL OPÉRA de LONDRES )

Manon est un opéra captivant, exigeant, avec des arias et duos inoubliables. Plus on avance dans les actes et plus c’est beau ! Il fut créé à Turin en 1893. Le livret est de Luigi Illica, Giuseppe Giacosa, Mario Praga, Domenico Liva, Giulio Ricordi, d’après le roman de l’Abbé Prévost Manon Lescaut (une histoire qui fait partie d’un roman-mémoires en sept volumes, rédigé entre 1728 et 1731 Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde)

C’est un drame lyrique qui va beaucoup plaire et obtiendra un franc succès le soir de la première, conférant ainsi une belle notoriété à Puccini. Il disait je crois en mon héroïne et il aura raison car l’opéra est vraiment sublime.

Puccini avait bien étudié l’œuvre de Jules Massenet, écrite avant la sienne. Toutefois, il souhaitera que sa Manon soit différente. Pour lui elle ne sera pas écervelée et frivole, mais audacieuse, passionnée, sensuelle. Il dira :  » Massenet a ressenti ce sujet avec de la poudre et des menuets. Moi je la vois comme un Italien, dévorée par la passion. »

(Vidéo :  » Sola, perduta, abbandonata  » (Acte IV) Kristina OPOLAIS)

L’histoire on la connait tous me semble t-il : elle est triste et tragique. Manon est une jeune femme attirée par l’argent et le luxe. Elle vivra une passion amoureuse avec le Chevalier des Grieux qui est totalement obsédé par elle. Mais la jalousie, la trahison, l’infidélité et le manque d’argent seront toujours au centre de leur tumultueuse relation. Manon sera emprisonnée, déportée. Il la suivra, fuiront ensemble dans le désert, épuisés. Elle va mourir dans les bras de son amant.

La musique est à l’image de l’histoire, magnifique, subtile, passionnée . Elle démontrera une fois de plus que Puccini fut un compositeur avec une grande maîtrise de l’orchestration, capable d’innovations harmoniques.

(Vidéo : Jonas KAUFMANN  » Donna non vidi mai  » Acte I )

A propos des pâtes …

«  Les pâtes c’est toute l’hospitalité et la convivialité dans une assiette » Sophie COTTIN (Rédactrice publicitaire, scénariste française, auteure) & Francesca ARBOGAST-ALBANESE (Auteure italienne en recettes de famille) Extrait de leur livre Les pâtes de Francesca-Viva la pasta)

 » Ce doit être un moment extraordinaire que celui dans lequel l’inventeur de la fourchette, des spaghetti et de la tomate se rencontrent  » Fabrizio CARAMAGNA (Auteur italien)

« Les pâtes alimentaires sont constituées de farine et d’eau. Elles nous apparaissent comme un aliment de base dans notre alimentation, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Il existe deux grands pays des pâtes : l’Italie et la Chine. Bien que l’on ait souvent dit que Marco Polo avait ramené les pâtes de Chine en Italie, cela parait peu probable car il ne cite que deux fois le mot lazanas, ancêtre de notre mot lasagne, dans son Livre des Merveilles ou Le dévissement du Monde concernant la Chine :  » Et le froment, ils le mangent seulement en lasagne ou autres plats de pâtes » (Livre XCIX) .

L’autre citation ne concerne pas les pâtes sensu stricto, mais l’utilisation en Indonésie d’une farine d’arbres : il s’agit là d’une farine d’arbre, le Sagou :  » On la prépare et on en fait des lasagnes. Et cette farine, moi Marco Polo, j’en ai rapporté un peu à Venise. Le pain de cette farine est comme le pain d’orge et il en a la saveur  » (CLXXI). Le rôle de Marco Polo dans l’invention des pâtes en Italie est sans doute une légende, car le Livre des Merveilles est souvent une œuvre de fantaisie, car les pâtes existaient déjà en Italie en 1295 date du retour à Venise de Marco Polo.

Il faut rechercher les ancêtres des pâtes dans l’Antiquité dans le croissant fertile : la mouture du blé par des meules en pierre connues depuis les Sumériens, a permis d’obtenir une farine de froment à l’origine du pain qui remplaça progressivement les bouillies de céréales et notamment de millet et, sans doute, aussi des pâtes. Les Égyptiens étaient déjà qualifiés, par les grecs, de mangeurs de pain.

La fabrication des pâtes / Illustration XVe siècle

A Rome, il existe des indices littéraires sur l’existence des pâtes, les lazanas, dans doute différentes de nos pâtes actuelles. Cicéron parle de mambranulas es farina e acqua : c’est-à-dire de fines bandes de farine et d’eau, cuites dans du bouillon gras, et assaisonnées de fromage, de cannelle, de poivre et de safran. Apicius, au premier siècle de notre ère, les servait frites.

Les nouilles sont apparues en Chine au Ier siècle de notre ère, et ont fait partie de la Cour impériale à partir du IIe siècle. Leur fabrication a été rendue possible par une invention qui venait des « Pays de l’Ouest » c’est-à-dire des royaumes d’Asie Centrale, contrôlés par les Parthes, puis les Sassanides : l’utilisation des meules en pierre pour moudre le grain et obtenir de la farine. Le blé venait des pays de l’Ouest et avait conquis la Chine du Nord, peu propice à la culture du riz 2000 ans avant notre ère. Contrairement à l’idée reçue des pâtes chinoises ramenées par Marco Polo de Chine en Occident, c’est l’Occident qui a ramené le blé, la mouture des céréales et donc les nouilles en Chine.

Nouilles chinoises

Les nouilles devinrent vraiment populaires sous la dynastie des Tang (618/907) et furent désignées par un nom générique bing ou hubing (nouilles étrangères). On les mangeait sur toutes les tables et on les servait dans la rue. Le plus souvent cuites à la vapeur. Elles étaient vendues dans la rue, souvent par des cuisiniers étrangers issus de l’Empire Sassanide. Il est également probable que certaines préparations, comme les raviolis, soient venues d’Asie Centrale en Chine par ce biais. L’invention chinoise, ensuite, multiplia les formes de pâtes (vermicelle, udon, somen) les produits utilisés (farine de riz, farine de sarrasin) et les mode de consommation (chaudes, froides, en soupe de miso) et conquit tout l’Extrême Orient à commencer par le Japon et la Corée.

Mais comment les pâtes sont-elles arrivées en Italie ? Les traditions gastronomiques romaines s’étaient perdues avec la chute de l’Empire Romain, mais de nouveaux envahisseurs, les Arabes, avaient conquis l’Afrique du Nord qui était le grenier de Rome. La culture du blé dur a conduit à des produits comme la semoule de blé dur ou couscous, mais aussi à des feuilles de pâte comme la pâte à brick utilisée dans la pastilla. La seule différence entre le brick et les pâtes est leur utilisation et leur mode de cuisson.

Mangeurs de pâtes à Naples (Photo Giorgio SOMMER)
 » le vendeur de pâtes ambulant  »(Lithographie de CUCINIELLO & BIANCHI)

Il est vraisemblable que les Italiens aient connu ces produits par la conquête de la Sicile par les Arabes et par la reconquête des Normands au XIe siècle. Les macaronis sont mentionnés pour la première fois à Gênes en 1279. Boccace écrit un pays de cocagne, Bengode, où il y avait une montagne de fromage parmesan râpé sur laquelle il n’y avait des gens qui ne faisaient rien d’autre que confectionner des macaronis, des raviolis et les cuire dans un bouillon de chapon, et plus on en prenait, plus il y en avait. »

Si les pâtes sont devenues le plat national italien, l’introduction en France fut beaucoup plus longue. Marie de Médicis, en épousant le roi Henri II, les aurait rapportées d’Italie avec les haricots. Plus tard, les troupes espagnoles, en se rendant aux Pays-Bas durant la guerre de Trente Ans, les auraient diffusées en Alsace, à l’issue de leur long voyage à pied depuis l’Italie par la Valteline et la Franche-Comté : c’est l’origine des Spätzeles alsaciennes et des Nudels allemandes à l’origine du mot français nouilles que l’on sert souvent frites.

Louis XV aimait beaucoup le vermicelle dans son potage. Alexandre Dumas aimait aussi les pâtes et les pizzas que son compère en gastronomie, Giacchino Rossini s’acharna à les lui faire aimer :  » mon cher Dumas, je ne donne pas ma recette, elle est trop précieuse, mais venez manger du macaroni chez moi et si vous êtes aussi bon cuisinier qu’on le dit !  » – Il faut dire que Rossini farcissait ses macaronis avec un mélange de foie gras, de beurre et de parmesan râpé qu’il introduisait dans les macaronis avec une seringue en argent spécialement réservée à cet usage.

Les pâtes ne devinrent populaires en France qu’après 1850 avec l’apparition des fabriques industrielles de pâtes alimentaires qui avaient l’avantage de se conserver et d’être facile à préparer. Leur succès dure toujours, bien que les vrais gastronomes et les amateurs de cuisine italienne préfèrent les pâtes fraîches. En Italie, il existe des machine à fabriquer les pâtes, facilement utilisables à domicile.

Le succès des pâtes est devenu mondial au XXe siècle : les émigrations italiennes et chinoises dans le monde moderne ont popularisé ces plats dans le monde entier. Il existe partout des restaurants italiens et des restaurants chinois, même à l’extrême pointe de l’Amérique du sud à Ushuaia.

Leur histoire nous rappelle l’histoire du monde et la mondialisation à toute époque et en tous lieux des produits alimentaires. Contrairement aux idées reçues, les nouilles chinoises sont venues de l’Occident et les nouilles italiennes, disparues depuis l’époque romaine, sont issues des invasions sarrasines en Sicile. Et tout nous ramène à l’invention de la mouture du blé à l’aube de l’humanité à Sumer.  » Jean VITAUX (Docteur français , spécialiste gastro-entérologue, fin gastronome et auteur de nombreux livres sur la gastronomie)

 » Une femme qui sait faire des pâtes à la perfection, a un prestige qui résiste, encore aujourd’hui, à toute autre appel du temps.  » Sophia LOREN (Actrice italienne/Sur la photo)

« Ce n’est pas un hasard si l’on associe une forme de pâtes à une sauce particulière. Hormis la préférence régionale que l’on peut avoir pour une forme particulière, l’aptitude des pâtes à bien tenir la sauce est importante. Les formes tubulaires, comme les penne, sont parfaites pour les sauces épaisses. Tandis que les pâtes plates ou longues sont généralement servies avec des sauces fluides ou onctueuses. » Régine FERRANDIS (Auteure française – Extrait de son Grand livre de pâtes)

 » Jeune paysan mangeant des pâtes » un tableau peint par le Maître de l’Annonce aux Bergers qui était un peintre baroque italien au XVIIe siècle

« L’amour des pâtes est un fait national : sèches ou faites maison, au beurre ou à l’huile, au pecorino ou au parmesan, aux légumes ou à la viande, au poisson, ou tout simplement aux herbes fraîches et parfumées, les pâtes apparaissent sur nos tables au moins une fois par jour du nord au sud de l’Italie. Ses formes sont infinies et la façon de les assaisonner aussi. Mais deux règles strictes : les pâtes doivent être « exprimées » et égouttées al dente ». » Grazia BALDUCCI (Auteure italien/Extrait de son livre La pastasciutta)

Tableau de Rose HARTWELL

Le bourgeon …

Comme un diable au fond de sa boîte,
le bourgeon s’est tenu caché…
mais dans sa prison trop étroite
il baille et voudrait respirer.
Il entend des chants, des bruits d’ailes,
il a soif de grand jour et d’air…
il voudrait savoir les nouvelles,
il fait craquer son corset vert.
Puis, d’un geste brusque, il déchire
son habit étroit et trop court
« enfin, se dit-il, je respire,
je vis, je suis libre… bonjour ! » Paul GÉRALDY (Poète et dramaturge français)

Les Sonates de Domenico SCARLATTI …

Domenico SCARLATTI
Domenico SCARLATTI 1685/1757

«  Les grains ruissellent le long des gradins lisses et roses  où l’eau dévale en cascatelles. Les perles se multiplient, fine grêle, roulent de tous côtés, brillent résonnent, rebondissent, se mêlent au ruissellement. On dirait des bulles précieuses de l’eau, ou bien des gouttes de la beauté ruisselantes : ce sont les Sonates de Domenico Scarlatti. » Gabriele d’ANNUNZIO (Poète italien)

« Les Sonates de Scarlatti sont des comprimés de bonheur » Jean GIONO (Écrivain français)

«  Les Sonates de Scarlatti : c’est le peuple qu’il aime. C’est surtout la rue qui l’attire. La rue grouillante et bariolée » Wanda LANDOWSKA (Pianiste et claveciniste polonaise)

( Vidéo : Wanda LANDOWSKA au clavecin – Sonate K.32 )

( Vidéo : Scott ROSS au clavecin – Sonate K.556 )

Domenico Scarlatti est issu d’une famille de musiciens. Son père, Alessandro, fut très célèbre pour ses opéras. Il est né à Naples en 1685 (mort à Madrid en 1757). Il n’a pas vraiment eu d’enfance, puisqu’elle a été complètement engloutie dans la musique. Il a passé des heures à jouer du clavecin alors que les autres s’amusaient à l’extérieur. C’est ce qui, probablement explique, qu’il s’est accordé beaucoup de distractions  lorsqu’il était adulte ! De plus, il a eu face à lui un père, Alessandro, avec une personnalité forte, incroyablement exigeant, pas très présent en tant que parent, mais célèbre et imposant dans son métier. Donc pas facile pour un enfant, portant ce nom, de se faire un prénom dans la musique . Mais il y est arrivé parce qu’infiniment doué, original, imaginatif   !

Sa carrière s’est faite en deux périodes : celle des nombreux voyages en Italie et des œuvres sacrées, (Domenico a eu, très jeune, une véritable passion, voire même une fascination, pour les églises, le lieu, l’atmosphère, les odeurs etc…., mais également  les prières, les chants, la musique)  et celle qu’il a passé en Espagne lorsqu’il fut appelé, en 1720, comme professeur de musique de la jeune princesse Maria Barbara de Bragance, à Lisbonne ( Portugal ). Il s’y était installé à la mort de son père . Maria était la fille de Jean V du Portugal et Marie-Anne d’Autriche. Domenico la suivra à Madrid  lorsqu’elle deviendra reine d’Espagne en épousant Ferdinand VI.

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« Portrait de Maria Barbara de Bragance  » par Domenico DUPRA

A l’époque où elle se marie, Domenico lui avait convolé en justes noces depuis peu avec  Maria Catalina Gentili. Il avait 42 ans, elle 16. Il avait quitté l’Italie et n’y retournera jamais plus.

La reine sera sa bienfaitrice, tout comme elle sera celle du castrat Farinelli, présent lui aussi à la Cour avec Domenico Scarlatti. Lorsque le roi va malheureusement sombrer dans une sorte de démence, seul Farinelli , en chantant, réussira à lui apporter la sérénité qui lui permettait de trouver le sommeil. Il deviendra d’ailleurs le responsable des œuvres lyriques à la Cour.

Scarlatti se tiendra un peu à l’écart des fêtes fastueuses organisées par Farinelli pour le couple royal. Mais il reste toutefois important  lui aussi, en tant que compositeur et professeur exclusif de la musique de la reine, musique dont l’exécution se faisait en privé, lors de soirées musicales qu’elle donnait dans ses appartements. Malgré tout l’attachement qu’ont pu avoir Scarlatti et Maria Barbara, celle-ci lèguera toutes ses partitions, livres de musique, et clavecins à Farinelli. Lui ne recevra qu’une bague.

C’est à Madrid qu’il composera, pour elle, 555 Sonates, des pièces courtes (1 à 7 minutes) sortes de miniatures pourrait-on dire (et pourtant tellement grandes !) écrites comme différents exercices terme donné par Scarlatti) pouvant enseigner de nombreuses choses  à sa brillante élève, laquelle était une claveciniste douée. Elles n’ont rien à voir avec des Sonates de type classique. C’est probablement ce qui les rends irrésistibles.

Ce sont  des pièces parfaitement équilibrées, inventives d’un point de vue harmonique, aux quelles on peut facilement attribuer tellement d’adjectifs : virtuoses, vivaces, espiègles, délicates, poétiques, touchantes, délicates, lumineuses, sensibles, sensibles, graciles, chantantes,  mais aussi vivaces, nerveuses, sans oublier fantaisistes, ne serait-ce qu’en raison de toutes les expérimentations pratiquées sur elles par le compositeur . Toutes différentes, d’une grande richesse instrumentale, mélodieusement italiennes, rythmiquement espagnoles.

Elles ont été composées à l’origine pour le clavecin, mais sont tout aussi délicieuses et un bonheur pour l’oreille lorsqu’elles sont  interprétées au piano. On peut également les entendre dans autres instruments comme le luth, la harpe, le violon, la flûte, la mandoline, la guitare et même l’accordéon.

Elles sont très recherchées par les pianistes pour la qualité de leur sonorité et le fait qu’elles sont très techniques.

( Vidéo : Glenn GOULD au piano – Sonate K.9)

(Vidéo : Vladimir HOROWITZ au piano / Sonate K.466)
(Vidéo : Mikhaïl PLETNEV au piano / Sonate K.141)

( Vidéo Emil GILELS au piano – Sonates K.141/K.518/K.32/K.466/K.533/K.27/K.125)