BOILLY-Chroniques parisiennes …

C’est une très intéressante à laquelle nous convie le Musée Cognacq-Jay de Paris puisqu’elle concerne un peintre d’une grande diversité, virtuose, fécond, novateur, exigeant, très précis, toujours à l’affût du moindre détail (ce qui explique sa grande attirance pour la peinture hollandaise qui n’en manquait pas) assez provocateur, inspiré , original, facétieux, inventif, attachant, inclassable, pas très souvent abordé, mais qui n’en demeure pas moins important à savoir : Louis Léopold BOILLY.

Louis Léopold BOILLY ( Autoportraits)

Au travers de ses scènes galantes, scènes de genre parfois cocasses, sa frivolité, son humour incisif, son côté coquin, il y a aussi chez lui beaucoup de tendresse et de poésie. Durant près de soixante ans, fasciné par la capitale française en pleine évolution à l’époque, il a aimé arpenter les rues, aller à la rencontre de la foule, regarder les allées et venues des fiacres, se rendre dans la cour des messageries pour assister aux départ et arrivées des voyageurs, observer l’entrée et la sortie des théâtres, voir la réaction des spectateurs, s’insérer dans l’activité mondaine et populaire, fréquenter les cafés à la mode, se promener dans les jardins publics, les intérieurs notamment les boudoirs, mais aussi se rendre dans les ateliers de ses confrères comme souvent chez le sculpteur Houdon ou le peintre Isabey.

Tout cela lui a fourni des sujets pour sa peinture. Il a toujours tenu à créer à partir de dessins préparatoires aussi détaillés et précis que possible.

 » L’atelier de Houdon  » 1803 Louis Léopold BOILLY (Musée des Arts décoratifs/Paris)
 » L’arrivée d’une diligence dans la cour des messageries  » – Louis Léopold BOILLY (Musée du Louvre/Paris)
 » Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey  » Louis Léopold BOILLY ( Musée du Louvre/Paris)
 » Les deux amies qui s’embrassent  » 1789/93 Louis Léopold BOILLY ( Ransbury Manor Foundation)
 » Le Doux réveil  » 1795/1800 Louis Léopold BOILLY (Musée Cognacq Jay)
« L’Indiscret « 1795/1800 Louis Léopold BOILLY (Musée Cognacq-Jay / Paris)
 » L’averse  » 1812/1814 Louis Léopold BOILLY (Musée du Louvre /Paris)
 » Distribution de vin et comestibles aux Champs-Elysées  » 1822 Louis Léopold BOILLY( Musée Carnavalet/Paris)
 » Entrée au théâtre comique de l’Ambigu pour une représentation gratuite  » 1819 Louis Léopold BOILLY (Musée du Louvre /Paris)
« Le spectacle ambulant de polichinelle « 1822 Louis Léopold BOILLY – (Ransbury Manor Foundation)

Au travers de sa peinture, il fut un véritable témoin de son temps, n’ayant cesse cesse de s’intéresser, et se documenter, sur les mœurs françaises tout au long des époques qu’il a traversées, à savoir de la Monarchie à la Révolution, en passant par l’Empire et la Restauration, que ce soit dans la bourgeoisie comme dans la classe populaire.

Cet observateur curieux, pointilleux, ce chroniqueur ayant maitrisé avec brio et humour la vie politique et sociale, s’est montré brillant dans les scènes de genre, l’art de l’illusionnisme et du trompe-l’œil..

Portraitiste très doué et fécond, il fut aussi un caricaturiste assez incisif, n’hésitant pas à se ridiculiser dans des autoportraits pleins de dérision. Ses portraits sont très expressifs, réalistes, enjoués, les regards souvent malicieux, quelques-uns affublés de grimaces qui le ravissaient. Ils étaient réalisés en très petits formats, sorte de photos d’identité de l’époque, et non seulement cela plaisait beaucoup, mais il était très recherché dans cet exercice. On pense qu’il en a immortalisé environ 5000 – 800 ont été recensés et une quarantaine font le tour des expositions.

« Autoportrait en sans-culotte 1793 env. Louis Léopold BOILLY (Collection particulière)

Il a utilisé divers supports : lithographies, dessin, peinture. Cette dernière fut très prolifique. Il y a une grande vivacité du trait, de la précision, de belles couleurs.

Sa notoriété a dépassé nos frontières. Il connaitra le succès de son vivant, sera très populaire et vivra confortablement de son art, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il ne traversera pas des périodes plus difficiles mais comparativement à d’autres, il s’en sortira plutôt bien. Il a été très populaire et le restera jusqu’à sa mort à l’âge de 84 ans. Il a reçu de nombreuses récompenses et distinctions dont la légion d’honneur.

L’expo s’intitule BOILLY-Chroniques parisiennes et se tiendra jusqu’au 26 juin 2022. Elle nous permet d’admirer près de 130 œuvres (une première en France) prêts de collections particulières, de la Ransbury Manor Foundation, ainsi que différents musées français dont le Musée Cognacq-Jay.

Il est né en 1761 à La Bassée (Nord de la France), dans une famille modeste mais pas pauvre. Son père était sculpteur sur bois.

Louis Léopold montrera un vif intérêt pour la peinture dès son plus jeune âge, ce qui ne comblera pas son père de joie, lui qui savait combien le métier d’artiste était difficile. Il fut très précoce : on sait qu’il a commencé à vendre des petits tableaux à 12 ans !

Il sera formé par un miniaturiste réputé de Douai : Dominique Dancre qui lui apprendra, entre autres, l’art du trompe-l’œil notamment.

Il se rendra ensuite à Paris. Compte tenu qu’il n’était pas membre de l’Académie royale, il ne pouvait prétendre exposer dans les salons du Louvre. Donc, au départ, il présentera ses tableaux en plein air, durant les expositions en extérieur. Lorsque le Louvre ouvrira ses portes à tous les artistes, en 1793, il va y exposer très souvent, ce qui confortera sa réputation, et il le fera longtemps à savoir jusqu’en 1833.

En 1787 il a épousé Marie-Madeleine Desligne qui lui donnera trois fils qui deviendront, eux aussi, des peintres : Julien en 1796, Edouard en 1799 et Alphonse en 1801. En 1788, il rencontrera son premier mécène, le marquis Antoine Calvet de Lapalun, qui lui achètera de nombreux tableaux. Leur collaboration va durer assez longtemps. Chaque mécène rencontré tout au long de sa vie, lui a permis de pouvoir s’insérer dans la société et pouvoir se faire d’autres relations.

Durant la Révolution, il passera une période assez difficile compte tenu du fait qu’un peintre révolutionnaire connu, très puritain, et les Jacobins n’apprécieront pas du tout sa peinture, trouvant que certains de ses tableaux étaient obscènes . Cela est allé très loin puisqu’il a failli en passer par l’échafaud. Mais il fera un portrait de Marat ( et d’autres assez patriotiques) et sera réhabilité.

Boilly est mort en 1845. Il est enterré au Cimetière du Père Lachaise.

 » Jean qui rit (autoportrait) 1806/10 Louis Léopold BOILLY (Collection particulière) Ce tableau illustre l’affiche de l’expo
« Le triomphe de Marat » 1894 – Louis Léopold BOILLY (Musée des Beaux Arts de Lille)
« Trompe-l’œil en cartes et pièces de monnaie » 1808/1815 Louis Léopold BOILLY (Palais des Beaux Arts de Lille)
« Une loge au théâtre, jour de spectacle gratuit  » 1830 Louis Léopold BOILLY( Musée Lambinet/Versailles)
« Les malheurs de l’amour  » 1790 Louis Léopold BOILLY (Wallace Collection)
 » Le souper » Après 1830 Louis Léopold BOILLY (Collection particulière)