Oh aime tant que tu peux aimer ! …

 » Oh aime, tant que tu peux aimer !
Oh aime, tant que tu veux aimer !
L’heure viendra, l’heure viendra
Où près d’une tombe tu gémiras !

Et veille à ce que ton cœur brûle
Qu’il soigne l’amour, qu’il porte l’amour,
Tant qu’un autre cœur, d’un amour chaud,
lui répond de son battement !

Et pour qui t’ouvre son cœur,
Oh, fais tout ce que tu peux, par amour pour lui !
Rends pour chaque heure une heure de joie,
Pas une seule heure de chagrin !

Et garde bien ta langue,
Un mauvais mot est vite dit !
Mon Dieu, ce n’était pas à mal,
Mais l’autre s’en plaint et fuit !

Oh aime, tant que tu peux aimer !
Oh aime, tant que tu veux aimer !
L’heure viendra, l’heure viendra
Où près d’une tombe tu gémiras !

Agenouillé au bord du gouffre,
Tu caches tes yeux troublés de larmes,
Ils ne le verront plus jamais
Dans l’humide herbe longue du cimetière.

Et tu diras : Jette sur moi tes yeux,
Toi que je pleure à ta tombe !
Pardonne, mes mots qui t’ont blessé !
Mon Dieu, ce n’était pas à mal !

Mais lui ne te voit ni t’entend,
Ne vient pas, que tu l’embrasses de ton bonheur,
Les lèvres, que souvent tu baisais, ne diront
Plus jamais : je t’ai pardonné depuis longtemps !

Il le fit, te pardonna depuis longtemps,
Mais bien des larmes brûlantes
Coulèrent pour toi et ta parole amère –
Mais silence – il repose, il est au bout du chemin.

Oh aime, tant que tu peux aimer !
Oh aime, tant que tu veux aimer !
L’heure viendra, l’heure viendra
Où près d’une tombe tu gémiras ! « Ferdinand FREILIGRATH (Poète et traducteur allemand-Traduction en français par Anne WEDDIGEN, agrégée en Lettres classiques et traductrice)- Ce texte a inspiré Franz LISZT pour son Liebestraum)

Ferdinand_FREILIGRAPH( 1810/1876) par Johann HASENCLEVER

Liesbestraum ( Rêves d’amour ) … Franz LISZT

Liebestraum est l’un des trois Nocturnes pour piano réunis dans un recueil qui fut publié en 1850.

C’est une pièce très célèbre, bien plus que ne le sont les deux autres. Elle fut inspirée à Liszt par le poème de Ferdinand Freiligraph, dédiée à celle qui fut sa compagne : Marie d’Agout, et composée à une époque où il était séparé d’elle par ses concerts.

La partition est complexe harmoniquement parlant, virtuose, pleine d’espoir, de finesse, de délicatesse, d’amour bien sur, troublante, dans l’émotion également.

(Vidéo : Jorge BOLET au piano)