Placidité …

 » Depuis que j’ai capitulé devant le temps,
je sens vivre en moi quelque chose,
une sérénité ardente et merveilleuse.
Depuis que je badine sans façon
avec les jours avec les heures,
mes lamentations sont closes.
Et d’un seul mot franc et direct
me voici délivré du fardeau
de mes fautes qui me nuisent :
le temps est le temps, il peut s’endormir,
il me trouvera toujours, brave
homme, fidèle au poste. » Robert WALSER (Poète et écrivain suisse de langue allemande – Extrait de son recueil Au bureau-Poèmes de 1909 )

Robert WALSER 1878/1956

La tasse Farnèse … Mystère !

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Tasse Farnèse ( Musée archéologique de Naples-Italie )

 » Conservée au Musée archéologique national de Naples, la coupe dite tasse Farnèse, est le plus prestigieux objet d’art antique en sardonyx conservé. En septembre 1471, ainsi que le relata lui-même, Laurent de Médicis acquit à Rome, la tasse Farnèse, œuvre dès lors la plus prisée de son cabinet. A l’occasion du remariage en 1527 de la veuve d’Alexandre de Médicis, Marguerite d’Autriche, avec Octave Farnèse, elle passa néanmoins dans les mains des Farnèse puis, par succession , aux Bourbons de Naples.

Attestée à Constantinople au début du XVe siècle, la coupe avait du venir en Italie vers 1453, en liaison avec le sac de la ville par les Ottomans. Réalisée en sardonyx d’Inde, agate rubanée présentant ici trois couches déclinées en blanc, l’orangé et le rouge brun, elle figure, avec ses vingt centimètres de diamètre, comme le plus grand objet de pierre dure à double face sculptée. Parmi les rares objets de ce type à effets lumineux quasi magiques, la coupe dite des Ptolémées se présente sous une forme plus modeste de calice à deux anses et sans décor intérieur. La gravure en camée sur une seule face plane pouvait atteindre également des tailles impressionnantes, comme dans le Grand Camée de France, travail romain conservé aujourd’hui à la Bibliothèque nationale.

L’iconographie de la tasse Farnèse a suscité la perplexité de l’époque de la Renaissance. S’il était aisé de reconnaître sur la face extérieure la tête tranchée de la Gorgone-Méduse, avec ses cheveux métamorphosés en serpents propres à effrayer les ennemis, la scène intérieure fut interprétée différemment. Les uns y voyaient une apothéose royale, d’autres une scène purement mythologique. Au début du XIXe siècle, la reconnaissance dans la coupe de l’art gréco-égyptien développé par les Ptolémées dans leur capitale , Alexandrie, poussa un érudit italien à y voir la glorification du fondateur de la dynastie, le Macédonien Ptolémée Ier ( vers -368/-283), déifié dans l’homme barbu au côté de sa quatrième épouse et veuve Bénénice Ier, accoudée à un sphynx. Au début du XXe siècle, un historien allemand ne vit plus dans la coupe qu’une allégorie de bienfaits du Nil symbolisé par l’homme barbu, au côté d’Euthénia, déesse de la pluie, le jeune guerrier debout désignant Triptolème, héro initiateur de la culture des céréales. En bordure de la coupe, les jeunes femmes et hommes nus héroïsés, figuraient les saisons et les vents bienfaiteurs.

Cette vision allégorique, sans personnification historique, se trouva réfutée au motif que l’œuvre, exigeant de longues années de travail, ne pouvait renfermer, outre une allégorie du Nil, une figuration royale répondant à une commande royale. En 1958, Jean Charbonneaux semblait avoir résolu l’énigme : selon lui, il s’agissait d’une glorification de Ptolémée V Épihane, au côté, non d’Euthénia, mais de la déesse Isis sous les traits de sa veuve Cléopâtre Ière. Triptolème se confondait alors avec l’un des fils du couple, Ptolémée VI, l’objet étant daté entre -181 et -173.

Plus récemment, entre 2013 et 2017, François Queyrel rejeta ces identifications : l’absence du bandeau royal dans la chevelure de Triptolème écartant, selon lui, l’assimilation à un souverain. Remarquant, après d’autres, la ressemblance du visage avec celui du Celte de marbre héllénistique de la Mort du Galate, il proposait de voir en Triptolème, une allusion rétrospective à l’installation par Ptolémée II d’une tribu galate, vaincue en -275, dans la région égyptienne de Fayoum. La sœur et épouse de Ptolémée II, Arisinoé II, divinisée après sa mort, figurerait alors en Isis-reine. Pour l’historien, la coupe  » proposerait un clair symbole de l’efficacité divine de la puissance royale, en liaison avec la continuité dynastique des Ptolémées » … Mais quelle date assigner, dès lors, à cette coupe ? D’origine alexandrine quasi certaine pour elle ainsi que pour la coupe des Ptolémées , et romaine pour le Grand Camée de France, ces objets fastueux semblent renvoyer au Ier siècle avant J.C., ainsi qu’au début de notre ère.

A ce moment, Alexandrie venait de développer une technique d’imitation de l’effet camée à partir de couches de verres de différentes couleurs. A Rome, l’atelier des Dioskouridès dût cultiver les deux techniques au début du Ier siècle. Symbole du syncrétisme religieux et politiques cher au Ptolémées avant la conquête romaine, actée en -30, la tasse Farnèse n’aurait donc pas livré encore tous ses secrets. » Hervé GRANDSART ( Journaliste français , écrivain, historien de l’art )

Tasse Farnèse recto
Tasse Farnèse verso