L’escalier …

 »  Avec ses marches usées par d’innombrables pas
Avec sa rampe où la main se pose en passant
Avec l’air à la fois confiant et distrait
Des choses qui n’ont aucun doute
Sur leur raison d’exister

Mais entre terre et ciel à même le vide
Entre rêve et réalité à même l’angoisse

Un escalier qui ne mène nulle part
Sans portes sans paliers sans rien qui le prolonge
Un escalier qui s’enroule autour du vertige

Un escalier suspendu dans l’impossible
Pour combien de moments encore ? « 

Daniel LEFÈVRE (Poète français)

Carol MILNE et l’art du verre tricoté …

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Carol MILNE

«  Je vois mon travail tricoté comme une métaphore de la structure sociale. Les brins individuels sont faibles et cassants par eux-mêmes, mais d’une incroyable force trompeuse lorsqu’ils sont liés ensemble. Vous pouvez casser des fils sans que toute la structure ne se désagrège, et même lorsque la structure est brisée, les pièces restent liées entre elles. Les connexions sont ce qui apporte force et intégrité à l’ensemble et le garde intact. – C’est un travail assez difficile, mais s’il ne l’était pas je m’ennuierais et j’arrêterais de le faire. Chaque pièce est un nouveau défi, et avec le verre, l’échelle est le plus grand défi, parce que les gros travaux nécessitent des gros moules et que ces derniers sont difficiles à fabriquer et lourds à déplacer. « Carol MILNE

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MILNE Carol Détail
Entrer une légende

Carol Milne est une incroyable artiste canadienne née en 1962.  Elle  vit à Seattle aux Etats Unis. Diplômée de l’Université de Guelph à Toronto ( Canada ) elle s’est très tôt intéressée à la sculpture sur différents matériaux : bois, fer, argile, béton, bronze, mosaïque, objets de la vie quotidienne etc… avant de se tourner définitivement vers le verre.

Elle est considérée comme une pionnière dans le domaine du verre tricoté, dont elle a, d’ailleurs, inventé la technique (brevetée en 2006) mise au point afin d’arriver à obtenir ce genre de pièces. C’est ce qui a fait sa réputation. Elle utilise pour ce faire, au départ, de la cire ; laquelle cire est fondue grâce à de la vapeur d’eau très chaude pour l’obtention de moule. Vient ensuite le travail avec le verre ( cristal au plomb )  coulé au four à l’intérieur du moule, ce qui permet la création de ses tissages en verre translucide.

Ce sont des pièces insolites,  étonnantes, originales, innovantes, qui paraissent délicates et fragiles mais sont fortes, créées comme elle l’a souvent expliqué, comme un hommage aux travaux manuels, au tricot en particulier, une passion pour elle

Elle est internationalement reconnue et a reçu de nombreux prix .

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MILNE carol Waterwings
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MILNE Carol Warped Warp Knitting
MILNE Carol chaussettes

Écrire …

 » Écrire c’est la solitude d’une pièce qui se transforme, peu à peu, en une prison, une cellule de la torture. C’est la peur de la page blanche qui vous scrute moqueuse. C’est la torture du mot que vous ne trouvez pas, et lorsque vous le trouvez, il faut qu’il rime avec mot qui est juste à côté. C’est le martyre de la phrase boiteuse, de la métrique qui ne tient pas, de la structure qui ne tient pas non plus, de la page qui ne fonctionne pas, du chapitre que vous devez arrêter … et refaire, refaire, refaire, jusqu’à ce que les mots semblent une nourriture qui s’échappe de la bouche affamée de Tantale. C’est le renoncement au soleil, au ciel bleu, au plaisir de se promener, de voyager, de bouger tous son corps, pas uniquement les mains et la tête. C’est une discipline de moine, un sacrifice de héros.  » Oriana FALLACI (Écrivain, essayiste et journaliste italienne)

Saisir l’instant …

 » Saisir l’instant tel un bouquet

et de sa fraicheur s’en imprégner,

et de ses couleurs se gaver …

Saisir l’instant. S’y réfugier.

S’en repaître. En rêver.

Le mettre à l’éternel présent…

Saisir l’instant à peine né

et le bercer comme un enfant .. »

Esther GRANEK (Poétesse belge-israélienne francophone – Vers extraits de l’un de ses poèmes / Recueil Je cours après mon ombre )

Un jour …

 » Un jour j’ai été un cri

Un souffle ,nouvelle au monde

du présent d’une mère.

Des âmes anciennes ont tissé ma mémoire

de rêves primitifs, ont enfermé en cellules

d’instinctives révoltes.

Des amours anciennes du même nom

se sont inscrites dans le livre des morts.

J’ai habité l’arbre de mes familles.

Autre, je me suis reconnue dans leur regard.

Un si long temps de vie traversé

j’ai joué, souvent ri, appris,

aimé beaucoup.

Toujours j’ai été une enfant mourant de ses pleurs

grisée du jour naissant.

Aujourd’hui les rues de la ville promènent

des regards d’hommes ,des claquements de talons

et des robes légères.

Les rues bourdonnent et butinent la vie.

Je suis ici entre soleil et pluie.

Passage d’une femme dans le silence.

Demain, plus tard, je ferai, j’irai,

j’aimerai beaucoup,

je serai celle que j’ignore,

Je serai dans le regard des arbres

dans l’ovale d’un galet,

Je serai dans les rires des enfants curieux

dans les souvenirs des amoureux.

Je serai un cri, un dernier souffle  » Jany COTTERON (Poétesse belge, a enseigné et a assuré des formations en français , à l’école primaire, en Suisse où elle vit depuis de longues années) – Extrait de son recueil Le chant des pierres et de l’eau)

Jany COTTERON

L’art de la danse …

 » Pour qu’il redevienne créateur, pour qu’il soit fort, vibrant et sain, l’art de la danse doit retrouver le souffle puissant, non pas humain mais surhumain, qui participe de la passion. La danse offre même son visages aux morts. C’est parce que la danse symbolise les éléments les plus essentiels de la destinée que j’y trouve mon repos autant que mon équilibre quotidien  » Serge LIFAR (Danseur, chorégraphe et pédagogue ukrainien naturalisé français)

Serge LIFAR 1905/1986

Histoire d’un ballet : SUITE EN BLANC de Serge LIFAR …

 » En composant Suite en Blanc je ne me suis préoccupé que de danse pure, indépendamment de toute autre considération : j’ai voulu créer de belles visions, des visions qui n’aient rien d’artificiel, de cérébral. Il en est résulté une succession de véritables petites études techniques, de raccourcis chorégraphiques indépendant les uns des autres, apparentés entre eux par un même style néo-classique.  C’est un ballet où l’on danse naturellement selon mon style néo-classique, où l’arabesque est déviée dans tous les sens, et n’est pas seulement une arabesque académique » Serge LIFAR  (Danseur français ( né à Kiev-naturalisé français), chorégraphe, maître de ballet, pédagogue, conférencier)

( Vidéo : Aurélie DUPONT & Hervé MOREAU  » Adage  » )

Serge Lifar a appris la danse  auprès du grand professeur italien  Enrico Cecchetti , puis a intégré l’école de  Bronislava Nijinska ( sœur de Vaslav Nijinski) . Par la suite, il fut à la fois premier danseur dans la compagnie de Serge Diaghilev, Les Ballets Russes, où il a tenu, dès 1923,  les rôles principaux des ballets proposés à l’époque par Léonide Massine et George Balanchine, tout en étant chorégraphe lui-même. Puis, premier danseur à l’Opéra de Paris, chorégraphe, maître de ballet tout en travaillant parallèlement à l’Opéra de Monte-Carlo.

Il eut la réputation d’être  un excellent technicien, un danseur félin, expressif, avec beaucoup de charme et de charisme sur scène. Sa beauté assez sculpturale l’a souvent  conduit à des rôles issus de la mythologie grecque, mais il fut excellent aussi dans  ceux du répertoire classique. En tant que chorégraphe il laisse derrière lui un nombre très important de ballets .

Il a voué toute sa vie à la danse, a écrit de nombreux ouvrages sur cet art , s’est souvent exprimé à son propos durant des conférences.  Il a éprouvé une réelle, sincère et intense passion pour la danse. On lui doit d’avoir ajouter deux nouvelles positions de pieds aux cinq qui existaient déjà depuis des siècles : la 6e (pieds parallèles et bien serrés) et la 7e ( à savoir 4e parallèle en pieds plats ou sur pointes avec le genou plié ) Il fut, par ailleurs, un éminent pédagogue.

Traité de collabo parce qu’il avait rencontré Hitler qu’il invitait à l’Opéra, et entretenait une amitié avec Joseph  Goebbels ( des faits qu’il ne contestera jamais ) , il est renvoyé de l’institution française. Il y reviendra en 1949 à la demande insistante des danseurs qui vont faire pression sur la direction pour obtenir son retour. Il y restera jusqu’en 1956. A partir de là, il définira le style de son travail comme définitivement néo-classique, mettra en place de très grandes réformes à l’Opéra , créera une classe d’adage, et revalorisera l’image des danseuses et danseurs.

Suite en blanc est un ballet sans intrigue qui se présente en huit différentes parties, totalement indépendantes les unes des autres : La Sieste – Thème varié – Sérénade – Pas de Cinq – Cigarette – Mazurka – Adage – La flûte – La musique est celle que le compositeur Édouard Lalo avait écrit en 1881 pour un ballet de Lucien Petipa : Namouna, (complètement oublié d’ailleurs). Lifar va avoir la bonne idée de la ressortir de l’abîme dans lequel elle était tombée et se servira de l’Ouverture + huit autres extraits.

(Vidéo : « Pas de Cinq » Mathilde FROUSTEY )

Ce ballet est un des chefs-d’œuvre de ce chorégraphe. Assez épuré, bien structuré, empreint de beauté, d’absolu, d’un certain lyrisme, d’une réelle élégance, de grâce, très technique, exigeant, harmonieux, romantique, brillant, avec des variations qui furent si novatrices et importantes ( pour ne pas dire essentielles ) dans la danse, qu’elles sont reprises chaque année au concours de l’Opéra.  La création se fera en 1943 avec Serge Lifar et Yvette Chauviré. Il a connu un immense succès et a fait l’objet de 400 représentations.  Il est repris depuis par toutes les grandes compagnies dans le monde et fait partie du répertoire de l’Opéra.

La petite anecdote à son propos :  En 1946 le chorégraphe le  remontera sous un autre titre, Noir et Blanc, à Monte-Carlo. A l’époque cette compagnie ( Les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo) était dirigée par le mécène Jorge Cuevas-Bartholis dit le  marquis de Cuevas. Lorsque ce dernier voulut donner Noir et Blanc avec sa troupe, au théâtre des Champs-Elysées en 1949, Lifar était revenu à l’Opéra de Paris après en avoir été banni et contraint à l’ » exil  » . Il s’opposera  fermement aux représentations. Mais le marquis n’eut que faire de son interdiction. Il le maintiendra au programme. Lifar, présent ce soir-là, va très mal le prendre, tout comme il n’appréciera pas les mimiques du marquis qui faisait mine de lui donner une petite gifle du bout des doigts. Se sentant humilié il demandera réparation en le provoquant en duel . Cette confrontation à l’épée aura lieu  au Bois de Boulogne !  Lifar en ressortira avec quelques petites égratignures au bras. Le duel prit fin dans les larmes et les embrassades des deux hommes réconciliés !

Je voulais aussi rajouter qu’en 1926 et 1927, Léo Staats ( danseur, chorégraphe et pédagogue français) mis au point et présenta  le premier Grand Défilé du Ballet de l’Opéra de Paris, sur la Marche de l’opéra Tannhauser de Richard Wagner. En 1945 Serge Lifar décide de le remettre à l’honneur, change la musique et opte pour celle des Troyens de Hector Berlioz :  » J’ai voulu faire la plus grande parade artistique de l’Opéra de Paris qui ressemblera aux grandes parades militaires sur la Place Rouge à Moscou ….  » disait-il . La danse est confiée à Albert Aveline.  A partir de là, ce Grand Défilé aura lieu assez souvent et c’est avec lui qu’il fera d’ailleurs ses adieux à la scène en 1958, vivement acclamé par le public.

Depuis lors, cet événement  ne se produit que pour de grandes occasions officielles et exceptionnelles. A noter que les tutus et costumes portés par les danseuses et danseurs ont été influencés par le ballet Suite en Blanc de Serge Lifar.

(Vidéo : « Mazurka » Jean-Guillaume BART)

PHAÉTON … L’imprudent ambitieux

» Durant toute son enfance, Phaéton ignora l’existence de son père. Lorsqu’il atteignit l’âge adulte, sa mère, Clyméné lui révéla qu’il était le fils du Soleil. La fierté de Phaéton fut alors à son comble. Tandis qu’il se vantait d’appartenir à une famille divine, sa parole fut mise en doute. Phaéton demanda alors à son père un signe de sa naissance et pour lui prouver son amour filial, Hélios (Soleil) promit d’accepter tout ce qu’il pourrait lui demander.

Phaéton n’eut qu’un désir : celui de conduire la course du Soleil durant un jour. C’était demande l’impossible car Phaéton était un mortel, mais Hélios dut respecter son serment. Après lui avoir donné mille recommandations, il confia les rênes de son char à son fils.

L’imprudent manquait de force pour diriger l’attelage. Il monta d’abord très haut dans le ciel, jetant sur la terre un froid glacial. Puis, inquiet par l’altitude, il s’écarta de la route. Livré à lui-même, le char descendit au plus près de la terre, enflammant les montagnes, et projetant les fleuves en nuées de vapeur. D’un trait de foudre, Zeus mit fin à la dangereuse chevauchée et détruisit le char. Dans sa chute, Phaéton se tua. Ses sœurs, les Hélliades, recueillirent son corps dans le fleuve Éridon et l’enterrèrent. Elles pleurèrent tant la disparition de leur frère, qu’elles attirèrent la compassion des dieux. Pour soulager leur peine, ils les transformèrent en peupliers et changèrent leurs larmes en gouttes d’ambre.  » Marguerite FONTA (Écrivain, passionnée de littérature et d’Histoire de l’art.)

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 » La chute de Phaéton  » – marbre de Simone MOSCA – Musée Bode à Berlin (Allemagne )

PHAÉTON … Jean-Baptiste LULLY

( Vidéo : Ouverture : Christophe ROUSSET à la direction des TALENS LYRIQUES )

C’est Jean Racine qui , semble t-il, aurait été  le premier à proposer à Lully un opéra sur ce personnage. Il avait même émis l’idée d’apporter sa contribution pour le livret   avec Nicolas Boileau. Mais Lully refusa ce projet avec eux , ce qui provoquera colère et rancune principalement de la part  du second.

Toutefois, le sujet sur ce fils du Soleil impertinent et ambitieux, ne  déplaisait pas à Lully. Il le reprendra donc avec son librettiste attitré    : Jean-Baptiste Quinault. Ce sera d’ailleurs la dernière fois qu’ils aborderont la mythologie grecque. Le roi et la Cour venaient de s’installer au château de Versailles et compte tenu du fait qu’il n’y avait pas de salle de spectacle prévue à cet effet, l’œuvre fut créée à la salle des Manèges. Le roi assistera  aux sept représentations qui seront données en ce lieu. Après quoi, elle fut présentée, quatre mois plus tard, à l’Académie royale de musique à Paris.

Si le roi appréciait tant cette tragédie lyrique, c’était très certainement parce qu’elle n’était pas sans lui rappeler l’épisode de Nicolas Fouquet, son surintendant des finances,  qui avait voulu l’éblouir en le recevant de façon fastueuse en son château de Vaux-le-Vicomte. Un affront fait à sa majesté qui provoquera sa chute et son emprisonnement. Cet opéra était une façon détournée de Lully et Quinault pour prévenir de ce qui pourrait arriver à quiconque aurait envie d’agir de la sorte en envisageant de vouloir être au-dessus du roi.

C’est véritablement une œuvre d’ambition et de pouvoir, expressive, pleine de grâce et de charme, subtile, dramatiquement intense, très originale, brillante, lumineuse, raffinée, pittoresque, émouvante aussi, moderne pour son époque, instrumentalement inventive et  rythmiquement conquérante comme savait si bien le faire ce merveilleux compositeur, avec des envolées vocales magnifiques.

L’amour est présent également : celui de Phaéton et Théonie, qu’il délaissera pour vouloir épouser Libye et devenir roi d’Égypte, alors qu’elle est aimée de Epaphus. Jaloux, ce dernier va le narguer et le provoquer au sujet de sa filiation de naissance, à savoir fils du Soleil. C’est pour cette raison que Phaéton demandera à son père de conduire son char dont il perdra le contrôle provoquant la colère de Jupiter qui, dans un éclair, entraînera sa chute et sa mort.

Après avoir longtemps été l’opéra du roi ,le musicographe français Jean-Laurent Le Cerf de la Vieville en parlera comme étant l’opéra du peuple( dans son ouvrage Comparaison de la musique italienne et de la musique française, publié en 1704) tant il fut acclamé avec enthousiasme par le public en France et en Europe.

( Vidéo : Heureuse une âme indifférente / Acte I – Véronique GENS au vocal – LES MUSICIENS DU LOUVRE – Direction : Marc MINKOWSKI

(Vidéo : Dans ce palais, bravez l’envie – Acte IV – ENSEMBLE VOCAL SAGITTARIUS – LES MUSICIENS DU LOUVRE – Direction : Marc MINKOWSKI )

Torréfacteur & Café …

 » Sans un maître torréfacteur, point de bon café. c’est l’artisan, l’artiste et le créateur du goût. Il lui faut un nez  pour ressentir le caractère de la fève, de l’oreille pour entendre psalmodier le grain cuit au plus juste parce que rôti deux secondes de trop, votre lot se transformera en une infâme boisson. Prenez une torréfaction brève: le grain s’enveloppera dans une  robe de moine . si la torréfaction est poussive, les grains deviendront ébène, corsés ou caramélisés comme l’aiment les Italiens. À part quelques initiés, peu de personnes savent que le grain vert mis en sac à la plantation n’a aucune saveur et aucun arôme. seule la torréfaction à l’oreille lui donne sa noblesse dans une température allant de 150 °c à 250 °c afin d’évaporer les 12 % de son poids constitué d’eau.  » Pascal MARMET ( Écrivain français / Extrait : Le roman du café )

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