Un jour …

 » Un jour, tu as su enfin
ce que tu devais faire, et tu t’es lancée,
malgré les voix autour de toi
qui continuaient à crier
leurs mauvais conseils,
malgré toute la maison
qui s’est mise à trembler
et tu as senti la vieille corde
à tes chevilles.
« Répare ma vie ! »
criait chaque voix.
Mais tu ne t’es pas arrêtée.
Tu savais ce que tu devais faire,
malgré le vent qui arrachait
de ses doigts raides
les fondations elles-mêmes,
malgré leur mélancolie,
terrible.
Il était déjà bien
tard, la nuit était agitée
et la route couverte de branches
cassées et de pierres.
Mais peu à peu,
tandis que tu laissais leurs voix
derrière toi,
les étoiles se sont mises à brûler
à travers les couches de nuages
et une nouvelle voix,
que lentement
tu as reconnu comme la tienne,
est venue te tenir compagnie
tandis que tu avançais de plus en plus loin
dans le monde,
déterminée à faire
la seule chose que tu pouvais faire,
déterminée à sauver
la seule vie que tu pouvais sauver.  » Mary OLIVER (Poétesse américaine – Poème extrait de son recueil Dream Work )

Mary OLIVER 1935/2019

Gerda TARO …

GERDA ET ROBERT 2
Gerda TARO & Robert CAPA

 » C’est un des personnages les plus énigmatiques de la photographie. Son nom est abondamment cité, toujours avec enthousiasme, et pourtant on ne sait quasiment rien d’elle, ni de ses photos. Elle s’est illustrée durant la guerre d’Espagne, mais son principal fait d’armes c’est d’avoir été la compagne de Robert Capa. Elle s’appelle Gerda Taro, une allemande qui éclaire les années 1920 /1930 et meurt trop jeune dans une époque où les traumatismes du monde et les exaltations individuelles sont mêlés.

Un ange ? Pas sûr. Oubliée ?  certainement . En suivant la biographie de Gerda Taro, née  Stuttgart en 1910, dans une famille bourgeoise, Irme Schaber met au jour la spectaculaire évolution du personnage. Ou comment une petite poupée de luxe, comme la qualifiait son amie d’enfance, devient sur le front espagnol la pequena rubita ( petite rousse ) pour les combattants républicains épatés. Au café comme au front, sa présence physique fait des ravages. On connait d’ailleurs bien plus de portrait qui la représentent que des photos prises par elle. Gerda Taro était belle, élégante, cultivée, et multipliait les amants au point qu’Hemingway l’aurait traitée de putain. En d’autre termes, indépendante.

Gerda Taro rencontre Robert Capa à Paris en septembre 1934. Ils sont deux juifs exilés parmi la cohorte d’artistes  qui ont fui le nazisme. Ils sont sans le sou, se retrouvent au Dôme de Montparnasse, cherchent la célébrité. Capa s’appelle alors André Friedmann, photo-reporter hongrois au talent prêt à éclore. Taro le sent. Son coup de génie de de « fabriquer » le personnage Capa. Elle l’envoie chez le coiffeur, lui fait porter un costume à la place de la veste en cuir, lui invente un pseudonyme, sans doute en pensant au cinéaste Franc Capra. Elle devient son agent et vend à un tarif plus élevé que la normale les images de ce photographe américain toujours en reportage. Elle en profite, elle aussi, pour changer d’identité : Gerta Pohroylle ( son vrai nom ) devient Gerda Taro, en référence à Greta Garbo ( là encore sans certitude ).

D’agent, elle devient photographe. Portés par des convictions républicaines, Capa et Taro font équipe en 1936 en Espagne. Le tandem survit à leur séparation, avant que Taro ne s’impose comme  » envoyée spéciale  » de ce Ce Soir et Regards, deux journaux communistes. Elle meurt le 25 juillet 1937, écrasée accidentellement par un char durant la bataille de Brunete. Elle avait 27 ans. Le magazine Life salua  » la première femme photographe tuée en action. »

La carrière de l’alouette de Brunete n’a duré que onze mois, ce qui est peu. Mais pourquoi son travail a t-il été occulté ? Cette femme libre a d’abord été transformée, dès sa mort, en icône du parti communiste français. Sa disparition fait les gros titres du PCF. Pas moins de 10.000 personnes accompagnent sa dépouille au Père-Lachaise sur fond de la Marche Funèbre de Chopin. Paul Nizan et Louis Aragon font son éloge alors que sa tombe est sculptée par Giacometti. De plus, Capa, écrit Schaber, était «  habitué à considérer comme siennes les images de Gerda « . Elle montre comment, en onze mois d’Espagne, les photos de Taro ont été publiées sous la signature de  » photos Capa « , puis  » Capa/Taro  » et enfin «  Taro  » seule. Mais sa disparition brutale et la notoriété du photographe hongrois ont fait que des  » photos Taro  » sont devenues  » photos Capa  » et que ce dernier a « favorisé ces transformations «  .

Après la mort de Robert Capa, en Indochine en 1954, alors que la fonds Taro était associé au sien,  » aucun travail de recensement ne fut effectué  » par Cornell Capa, frère du photographe. Ce dernier a entretenu  » la légende selon laquelle Taro, si elle avait bien été l’agent et l’amie de son frère, n’avait, en aucun cas, été elle-même photographe professionnelle. » écrit Irme Schaber.  » Michel GUERRIN ( Écrivain français )

GERDA enfants sur une barricade
 » Enfants sur une barricade  » – 1936 – Gerda TARO
GERDA MERE ET ENFANT durant la guerre civile espagnole  1937.jpg
 » Mère et enfant durant la guerre civile  » – 1937 – Gerda TARO
GERDA Soldats de la marine espagnole
 » Soldat de la marine espagnole à bord du navire de guerre  » Jaime I » / Almeria  » – 1937 – Gerda TARO
« Foule à la porte de la morgue après un raid aérien » 1937 à Valence (Espagne) – Gerda TARO

Ô le clair matin …

 » Ô le clair matin, la belle gelée !
Un soleil d’argent sur la plaine blanche
Verse une clarté frileuse et voilée.

… L’azur froid scintille à travers les nues,
Voilà mes gaîtés soudain revenues
Mon sang se réveille et je me sens vivre.  » Charles GRANDMOUGIN (Poète et dramaturge français. Vers extraits de son poème Chanson de janvier, lequel fait partie du recueil Le Parnasse contemporain du poète et éditeur français Alphonse LEMERRE)