S’il avait su …

 » S’il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s’il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l’exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n’eût pas été possible ;
Fier de nourrir l’espoir qu’il a déçu :
A tant d’amour il eût été sensible,
S’il avait su.

S’il avait su tout ce qu’on peut attendre
D’une âme simple, ardente et sans détour,
Il eût voulu la mienne pour l’entendre,
Comme il l’inspire, il eût connu l’amour.
Mes yeux baissés recelaient cette flamme ;
Dans leur pudeur n’a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
S’il l’avait su.

Si j’avais su, moi-même, à quel empire
On s’abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l’air qu’on respire,
J’aurais porté mes jours sous d’autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l’as ravie,
Si j’avais su !  » Marceline DESBORDES-VALMORE (Poétesse française / Extrait de son recueil Romances)

Hippolyte et Aricie … Jean-Philippe RAMEAU

(Vidéo : Ouverture / Ensemble Les ARTS FLORISSANTS – Direction William CHRISTIE)

Hippolyte et Aricie est une tragédie lyrique qui fut créée à l’Académie royale de musique en 1733, d’après le livret de l’Abbé Simon Joseph Pellegrin qui avait déjà travaillé, à l’époque, avec d’autres compositeurs connus.

Rameau avait alors cinquante ans . Cet opéra va à la fois récolter les compliments et une certaine admiration venue de personnes très qualifiées, mais il va également en scandaliser un grand nombre qui trouvait que sa musique était bien trop bruyante, agressive. Pour la qualifier en l’insultant , ils emploieront, pour la première fois, le terme baroque.

Mais bon, dans tout ce méli-mélo d’opinions diverses, c’est une œuvre qui connaitra un beau succès et fera l’objet d’une quarantaine de représentations au départ. Elle sera présentée, à nouveau, dix ans puis vingt ans plus tard avec, à chaque fois, des coupures et des modifications, mais toujours un nombre encourageant de représentations.

C’est quelques siècles plus tard, en 1903, qu’on pourra la découvrir, à Genève au départ avec la version de Émile Jacques Dalcroze, puis à Paris en 1908 avec celle de Paul Vidal pour l’Opéra de Paris.

Ce qui frappe surtout dans cette œuvre dramatique, inventive, audacieuse, mélodique, c’est vraiment sa grande richesse musicale à qui l’on reprochera souvent de comporter trop de notes, a savoir d’être trop chargée. Qu’importe, elle est tellement bouleversante !

(Vidéo : Ah faut-il, en ce jour, perdre tout ce que j’aime » Acte IV – Mark PADMORE (Ténor) – Ensemble LES ARTS FLORISSANTS – Direction : William CHRISTIE)

Écrire un poème ..

 » Un poème s’écrit très, très vite. Il suffit d’un mot qui arrive comme ça à un tournant de phrase. Ce mot en entraine un autre, puis un autre, encore un autre … On dirait une locomotive à plusieurs wagons. Qu’est-ce qu’il en sort ? Qu’est-ce qu’on en garde ? Je n’en sais rien. Parfois, on ne garde qu’une ligne sur 12 ou 14, voire sur une page entière.

Un poème ne s’écrit pas comme un roman. Un roman s’écrit comme on escalade une pente, un pas devant l’autre, on sait où on pose son pied : vers le sommet ! On arrive en haut et on plante le mot fin comme celui qui escalade l’Himalaya plante son drapeau au sommet.

Mais la prose ce n’est pas l’escalade jusqu’au sommet. C’est la descente à vive allure, quasi une dégringolade je dirai. Du sommet vers le bas, on descend à une allure rapide. On ne sait pas qu’est-ce qui est en train de s’écrire, on ne maitrise pas.

Il y a beaucoup de poèmes qui se fracassent en cours d’écriture. Vous écrivez deux à trois lignes et vous ne pouvez plus continuer. C’est comme quelqu’un qui descend une pente à toute vitesse, il descend puis il tombe et ne peut plus se relever. Il y a des poèmes qui se relèvent et d’autres qui ne se relèvent pas.

Une fois qu’il a terminé, un poète doit réintégrer la vie réelle avec ses difficultés, alors que le poème était un lieu de refuge, un lieu doux, un lieu douillet. La poésie est un lieu de refuge contre les contrariétés de la vie.  » Vénus KHOURY-GHATA (Poète, romancière, critique littéraire française, un grand nom de la littérature francophone contemporaine)

Vénus KHOURY-GHATA

Le vieux piano …

 » L’âme ne frémit plus chez ce vieil instrument ;
Son couvercle baissé lui donne un aspect sombre ;
Relégué du salon, il sommeille dans l’ombre
Ce misanthrope aigri de son isolement.

Je me souviens encor des nocturnes sans nombre
Que me jouait ma mère, et je songe, en pleurant,
À ces soirs d’autrefois – passés dans la pénombre,
Quand Liszt se disait triste et Beethoven mourant.

Ô vieux piano d’ébène, image de ma vie,
Comme toi du bonheur ma pauvre âme est ravie,
Il te manque une artiste, il me faut L’Idéal ;

Et pourtant là tu dors, ma seule joie au monde,
Qui donc fera renaître, ô détresse profonde,
De ton clavier funèbre un concert triomphal ? » Émile NELLIGAN (Poète québécois/Extrait de son recueil Œuvres complètes)

La minute m’a dit …

La minute m’a dit : « Presse-moi dans ta main,

Tu ne sais aujourd’hui si tu seras demain.

Ainsi prends tout le suc qui m’enfle comme une outre,

ne tourne pas la tête et ne passe pas outre,

Vis-moi !…dans un instant, je serai du passé.

Mais tu ne sais peut-être au juste ce que c’est

qu’étreindre dans ses bras la minute qui passe.

Si tu comprends la splendeur grave de l’espace

qui te laissait jadis indifférent et froid,

si tu sais accepter la douleur sans effroi,

si tu sais jouir d’un très subtil parfum de rose,

si pour toi le couchant est une apothéose,

si tu pleures d’amour, si tu sais voir le beau,

alors suis sans trembler la route du tombeau.

Tu vivras de chansons, de splendeurs, de murmures.

Le chemin n’est plus long si l’on cueille ses mûres,

et je suis près de toi la mûre du chemin ! « 

La minute m’a dit : « Presse-moi dans ta main. »  » Jean COCTEAU (Poète, dramaturge français, dessinateur, cinéaste -Poème extrait de son recueil Œuvres poétiques complètes)

Jean COCTEAU 1880/1963

L’art floral de Rebecca LAW …

« J’aime capturer et chérir de belles choses naturelles pour créer une œuvre d’art qui puisse être observée dans la pression du temps. Préserver, apprécier, célébrer et partager la beauté de la terre avec le monde, est ce qui me motive.  » Rebecca LAW (Artiste designer floral anglaise)

Rebecca LAW

Rebecca Law est une artiste anglaise, spécialisée dans le design floral. Les fleurs sont sa peinture et l’espace est sa toile. Elle travaille avec une grande variété de fleurs et chacune de ses belles installations est unique. Elles sont suspendues au plafond avec des fils de cuivre, certaines sont d’importance en volume et en fleurs , d’autres moins, tout dépend de l’espace qu’on lui accorde.

Grâce à son talent, elle a su se faire une place de choix dans son domaine, a travaillé ( et continue de le faire) avec de grandes marques : Hermes, Gucci, Tiffany, Max Mara, etc… Elle est très souvent appelée pour des expos, des galeries, des restaurants, des vitrines, des défilés de mode, et même des églises un peu partout dans le monde et ses installations viennent souvent accompagnés des tableaux ou des sculptures.

Rebecca a étudié la peinture et la gravure à l’Université de Newcastle en Angleterre. Après avoir cherché sa voie, expérimenté différents matériaux, elle s’est tournée vers les fleurs. De base, c’est une amoureuse de la nature dans laquelle elle affirme trouver l’inspiration et la paix. Au départ, ses installations florales se faisaient dans la rue, genre de Street Art floral, avec des fleurs trouvées dans les poubelles des fleuristes. Son travail original a retenu l’attention, une première commande a vu le jour, suivie par beaucoup d’autres.

Son travail peut paraitre simple et facile, mais il ne l’est pas. D’abord, pour travailler avec les fleurs, il faut les connaitre parfaitement, leur culture, leur conservation, la façon de les utiliser etc… Désormais, elle s’approvisionne auprès des grossistes en fleurs, mais elle les cultive également puisqu’elle a la chance de vivre à la campagne, ce qui lui permet de le faire.

Les fleurs sont soigneusement choisies, pour leur beauté, leur forme, leur couleur, leur senteur. Son travail n’est pas qu’une simple exposition : à ses yeux c’est une démarche. Le but est de laisser les fleurs suspendues se faner tout à fait naturellement. En le faisant, elles changent de forme, d’aspect, perdent leur couleur, et deviennent sèches. Il s’agit d’amener le public à comprendre la détérioration de ces œuvres éphémères, détérioration qui, pour elle, est à la fois artistique, poétique, philosophique et spirituelle.

Après quoi, les fleurs ne sont pas jetées, mais conservées dans ses réserves car elles lui permettent de créer d’autres pièces en fleurs séchées . Ce fut notamment le cas pour certaines installations comme Community ou Seasons, réalisées uniquement en fleurs séchées. La première en comportait 500.000 et la seconde 250.000.

Parfois les fleurs séchées deviennent poussière. Rebecca Law les récupère et met la poudre dans des pots pour les garder auprès d’elle. Elle avoue les chérir trop pour s’en séparer.

Seasons -fleurs séchées-

Les danseuses …

« Les danseuses, comme tous les artistes, sont faites pour ressentir des sensations et en faire ressentir aux autres. Elles ont le don du mouvement. Elles vivent de façon holistique avec le corps et l’esprit. Quoi qu’il puisse arriver, je vous le dis : n’arrêtez jamais de danser !  » Katherine DUNHAM (Danseuse et chorégraphe afro-américaine)

Photo de Svetlana TARLOVA

Le secret du bonheur …

 » Ecoute les conseils du temps magicien :
L’espoir et les regrets, la rancune et la haine
Ont troublé ton passé de leur ronde malsaine.
L’Amour a dévoré les fruits de ton été,
Et, seule, t’a conquis l’éternelle beauté.
Maintenant, sous tes pas, l’automne éclaire et dore
Les champs d’un avenir limité par la mort :
Vis l’heure, et ne souris qu’aux ombres de ton rêve.
Au seuil du paysage élyséen achève
La tâche de bonté que tu sus concevoir.
Etablis nettement la ligne du devoir,
Et tends à la souffrance, à la laideur plus triste,
Le réconfort serein de ton rêve d’artiste.
Et ne dis plus : la vie est amère.
Vis-la, Loin du monde orgueilleux dont la nargue troubla
De ton joyeux printemps le bel essor crédule.
Savoure la beauté calme du crépuscule
Où les vols migrateurs des vieux rêves s’en vont
Pour se perdre à jamais dans l’or du ciel profond.
Ouvre tout grand ton cœur à l’extase de vivre
Et, devant la nature ouverte comme un livre,
Sache comprendre enfin le sens du soir qui vient :

Le secret du bonheur est de n’attendre rien.  » Edmond ROCHER (Poète et écrivain français-Poème extrait de son recueil Les faces du songe/1926)

Edmond ROCHER (1873/1948)