Le poisson rouge …

 » Le plus incroyable chez le poisson rouge, c’est sa mémoire. On le plaint de n’avoir qu’une mémoire de trois secondes, d’être à ce point dépendant du présent. Or c’est, au contraire, un don. Car il est libre. Il ne souffre ni de ses faux pas, ni de ses erreurs, ni d’une enfance perturbée. Il n’a pas de démons intérieurs. Son placard ne contient pas le moindre squelette. Et je vous le demande, quoi de plus drôle que de découvrir le monde trente mille fois par jour ? Comme c’est bon d’ignorer qu’on n’a pas vécu son âge d’or il y a quarante ans, quand on avait encore tous ses cheveux, mais il y a seulement trois secondes, si bien que, en fait, cet âge d’or n’a pas de fin.  » Marisha PESSL ( Écrivaine américaine-Extrait de son livre La physique des catastrophes)

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 » Poisson rouge  » – Charles Edward PERUGINI

La femme en bleu … Pablo PICASSO

 » Actif à Barcelone entre 1895 et 1900, le tout jeune Picasso est plongé dans l’atmosphère dynamique et éclectique de la capitale catalane, imprégnée de modernisme et de symbolisme, au carrefour d’expériences, de tendances et de langages nouveaux. Fort des nombreuses possibilités qui s’offrent à lui, il choisit avec succès sa propre voie, tout en faisant siennes la leçon de l’expressionnisme nordique d’Ensor à Munch, et, la sensualité de Toulouse-Lautrec.

Sa palette se nourrit alors essentiellement de tonalités bleu nuit, noires et brun vif. C’est à cette époque qu’il peint la Femme en bleu, qui laisse déjà transparaître les particularité de sa période bleue, caractérisée par des nuances éteintes et des couleurs foncées qui décrivent la tristesse et la solitude. Un monde de pénombre opaques et d’inquiétudes latentes.

L’image que propose Picasso est contradictoire : on y voit une femme richement vêtue, (au point que son ample jupe semble être véritablement le sujet du tableau) qui évoque pourtant irrésistiblement la misère sociale de la prostitution, comme le montre son visage fatigué au regard vide et de ses habits excessivement voyants.

Ce tableau a été inspiré par une visite au Prado où Picasso avait vu le Portrait de la reine Marie-Anne de Vélasquez, dont il reprend la posture pour son personnage. »Angela SANNA ( Historienne d’art, italienne, titulaire d’un doctorat de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, professeur à l’Accademia di Belli Arti di Urbino en Italie)

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 » Femme en bleu  » – 1901 – Pablo PICASSO ( Musée national Centre d’art de la Reine Sofia ( on dit plus simplement Musée Reine Sofia )  / Madrid – Espagne)

Le chalet …

 » On le dirait éclos d’un nuage de brume,
Agrippé au rocher comme un chat au rideau,
Le vieux chalet de bois tout en haut du hameau,
S’engourdit sous la neige en un soir qui s’allume.

Frileusement blotti, il a clos ses paupières,
Fermer sa lourde porte aux intrus de la nuit,
La cheminée ronronne et, cadencé son bruit,
Semble monter au ciel au rythme de prières.

Quelques sapins touffus à la blanche ramure,
Se penchent sur cette ombre et doucement la veillent,
Les flocons s’agitant comme un essaim d’abeilles,
Par millions de baisers butinent sa toiture.

Dans les frimas d’hiver rien ne bouge ou remue,
Le silence trop lourd aux oreilles bourdonnent,
Tandis que tout en bas un Angélus résonne,
Au fond de la vallée où la vie continue. » Monique LAHOSTE (Poétesse française)