Henri de TOULOUSE-LAUTREC

 » Les crayons, c’est pas du bois et de la mine, c’est de la pensée par les phalanges ; et la peinture, c’est comme la merde : ça se sent, ça ne s’explique pas.  » Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Peintre, dessinateur, lithographe, et illustrateur français)

« Portrait de Toulouse-Lautrec » (1864/1901) par Henri RACHOU

Le Moulin Rouge & La Goulue …

MOULIN ROUGE TOULOUSE LAUTREC
 » Moulin-Rouge  » – 1893 – Henri de TOULOUSE LAUTREC

 » Pour se rendre à son atelier, le peintre passant devant le Moulin Rouge, un moulin qui n’a jamais moulu de grain. Ses ailes factices sont l’emblème d’une cabane située boulevard de Clichy, au pied de la butte Montmartre, à un endroit qui séparait autrefois les quartiers ouvriers des zones résidentielles bourgeoises. Les bourgeois étaient désireux de s’encanailler et le Moulin Rouge en tirait profit. D’une galerie située au-dessus de salle, ils pouvaient observer sans danger ce qui se passait sur la piste de danse.

Là-haut, près de la balustrade, une table de marbre était toujours réservée pour Henri de Toulouse-Lautrec qui buvait ici des cocktails américains à la mode, rencontrait ses amis et les vedettes de l’établissement. Au cours de ces années-là, il n’a cessé de les fixer sur la toile. Il s’est représenté aussi sur ce tableau, à l’arrière plan, reconnaissable à sa petite taille ; derrière lui une danseuse arrange sa coiffure en se regardant dans l’un des nombreux miroirs. Au centre du tableau,  un photographe, un représentant d’une maison de champagne et un journaliste sont assis à une table en compagnie de deux femmes. A droite, un personnage féminin dont nous ne voyons qu’une partie et qui est éclairé du bas de manière fantomatique, fixe le spectateur. Un instantané pris dans le temple du divertissement parisien à la Belle Époque !

Les propriétaires du Moulin Rouge achèteront ce tableau qui resta longtemps exposé à l’entrée.  »  Rose-Marie et Rainer HAGEN ( (Tous deux sont  auteurs d’ouvrages sur l’histoire de l’Art et explications sur les œuvres d’art. Elle est suisse et lui allemand

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 » La Goulue  » – 1892 – Henri de TOULOUSE LAUTREC

 » On l’appelait la Goulue, parce qu’elle avait l’habitude de vider les fonds de verre des clients, sans parler de son appétit de vivre et surtout de sa sensualité. Dans un instant elle va se jeter avec des cris sauvages sur la piste vide pour présenter comme tous les soirs, avec les autres danseurs, un quadrille naturaliste, celui-là même qui deviendra le french-cancan. Son partenaire était toujours Valentin le Désossé, un clerc de notaire fou de danse. La robe de la Goulue semblait en flammes quand elle dansait, rapporte un témoin, lorsque ‘ bondissant comme une chèvre folle  elle faisait le grand écart ou se mettait au port d’armes : présentant au lieu d’un fusil, sa jambe en bas noir au milieu des jupons de dentelles blanches, la lançant en l’air et faisant voler de la pointe du pied les hauts-de-forme des spectateurs.

A une époque où la simple vue d’une cheville féminine excitait les hommes, ce quadrille faisait scandale. Ce chahut-cancan avait vu le jour dans les arrière-cours des quartiers pauvres de la capitale, explosion spontanée d’énergie et de joie de vivre de jeunes gens après leur travail. Au cours des années 1880, des managers de l’industrie du divertissement l’introduisirent en tant qu’attraction populaire dans leurs établissements. Les danseuses aux poses provocantes devinrent le symbole de la capitale, évinçant même des titres des journaux, la nouvelle Tour Eiffel au moment de l’Exposition universelle de 1889.

La Goulue était issue du peuple. Née en Lorraine sous le nom de Louise Weber, elle avait fui les prussiens et était arrivée à Paris où elle gagnait sa vie comme bouquetière et blanchisseuse dansant le soir dans les petits bals de Montmartre. Son tempérament passionné fut remarqué et elle fut engagée en 1886 comme danseuse avant d’être débauchée par la direction du Moulin Rouge qui ouvrit en 1889 son nouvel établissement dont elle était la vedette. Elle était vulgaire, râleuse, d’une impudence incroyable et de toutes les fêtes, une véritable garce comme on dirait de nos jours : traînant son jules devant les tribunaux, faisant une fugue avec un amant portugais, publiant des lettres d’amour ou envoyant voler le chapeau du prince de Galles lui-même.

La presse veillait à ce que l’on entende parler d’elle et aussi les directeurs du Moulin Rouge qui utilisèrent de tous nouveaux moyens pour faire de la réclame : des papillons, des invitations personnelles aux personnalités et surtout les affiches de grandes dimensions.

Lorsqu’en 1891, les parisiens virent sur les murs de la capitale la Goulue soulevant ses jupons et la jambe dressée, faire de la publicité pour l’établissement, l’artiste qui avait créé l’affiche se fit un nom lui aussi. C’était le premier essai de Toulouse Lautrec avec les lithographies publicitaires. » Rose-Marie et Rainer HAGEN ( (Tous deux sont  auteurs d’ouvrages sur l’histoire de l’Art et explications sur les œuvres d’art. Elle est suisse et lui allemand)