Le rire …

 » Le rire plus que tout nous aide à voir les choses à leurs justes proportions ; il n’a de cesse de nous rappeler que nous sommes de simples humains, que personne n’est jamais un parfait héros ni un fieffé coquin. Dès que nous oublions de rire, nous perdons le sens des proportions et, avec lui, le sens de la réalité. » Virginia WOOLF (Femme de Lettres anglaise – Extrait de son livre Rire ou ne pas rire)

The snow is dancing ( La neige danse) … Claude DEBUSSY

Claude DEBUSSY et sa fille Claude Emma

 » A ma très chère petite chouchou, avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre  » écrira Debussy pour dédicacer à sa fille Claude Emma, dite Chouchou, la Série de six pièces pour piano, intitulée Children Corner . Il achèvera cette composition en 1908. Chouchou avait alors 3 ans. Elle décèdera de la diphtérie en juillet 1919, un peu plus d’un an après son père .

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas une série facile et enfantine. Tout au contraire, elle est très technique et virtuose ! Ce sont des pièces expressives, imaginatives, sensibles, polissonnes, joyeuses, jazzy aussi ( la dernière) – Une série qui, très probablement, lui fut inspirée par celle écrite entre 1868 et 1872 par Modeste Moussorgsky : « Enfantines » qu’il appréciait tout particulièrement.

Dans cette Série, Debussy succombera à la mode de l’époque qui se voulait de donner des titres anglais aux compositions: Doctor Gradus ad Parnassum – Jimbo’s Lullaby – Serenade for the doll – The snow is dancing – The little shepherd – Golliwog’s Cake-Walk)

The snow is dancing c’est la neige qui tombe, avec des flocons tourbillonnants comme si ils dansaient. C’est plein de légèreté et de délicatesse, les deux s’exprimant au travers de motifs répétitifs magnifiques .

(Vidéo : Arturo Benedetti MICHELANGELI au piano)

Le café …

 » Il est une liqueur, au poète plus chère,
Qui manquait à Virgile, et qu’adorait Voltaire ;
C’est toi, divin café, dont l’aimable liqueur
Sans altérer la tête épanouit le cœur.
Aussi, quand mon palais est émoussé par l’âge,
Avec plaisir encor je goûte ton breuvage.
Que j’aime à préparer ton nectar précieux !
Nul n’usurpe chez moi ce soin délicieux.
Sur le réchaud brûlant moi seul tournant ta graine,
A l’or de ta couleur fais succéder l’ébène ;
Moi seul contre la noix, qu’arment ses dents de fer,
Je fais, en le broyant, crier ton fruit amer,
Charmé de ton parfum, c’est moi seul qui dans l’onde
Infuse à mon foyer ta poussière féconde ;
Qui, tour à tour calmant, excitant tes bouillons,
Suis d’un œil attentif tes légers tourbillons.
Enfin, de ta liqueur lentement reposée,
Dans le vase fumant la lie est déposée ;
Ma coupe, ton nectar, le miel américain,
Que du suc des roseaux exprima l’Africain,
Tout est prêt : du Japon l’émail reçoit tes ondes,
Et seul tu réunis les tributs des deux mondes.
Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi.
Je ne veux qu’un désert, mon Antigone et toi.
A peine j’ai senti ta vapeur odorante,
Soudain de ton climat la chaleur pénétrante
Réveille tous mes sens ; sans trouble, sans chaos,
Mes pensées plus nombreux accourent à grands flots.
Mon idée était triste, aride, dépouillée ;
Elle rit, elle sort richement habillée,
Et je crois, du génie éprouvant le réveil,
Boire dans chaque goutte un rayon du soleil. » Jacques DELILLE (Poète, traducteur et ecclésiastique français)