Lire au coin du feu …

« Que la pluie à déluge au long des toits ruisselle !
Que l’orme du chemin penche, craque et chancelle
Au gré du tourbillon dont il reçoit le choc !
Que du haut des glaciers l’avalanche s’écroule !
Que le torrent aboie au fond du gouffre, et roule
Avec ses flots fangeux de lourds quartiers de roc !

Qu’il gèle ! et qu’à grand bruit, sans relâche, la grêle
De grains rebondissants fouette la vitre frêle !
Que la bise d’hiver se fatigue à gémir !
Qu’importe ? n’ai-je pas un feu clair dans mon âtre,
Sur mes genoux un chat qui se joue et folâtre,
Un livre pour veiller, un fauteuil pour dormir ? « Théophile GAUTIER (Poète, romancier, critique d’art français – Extrait de son recueil Premières poésies)

Brouillard ou brume …

 » Léger et aérien, le brouillard voile et dévoile la terre et ses habitants. Il habille les vallées, déshabille les monts. Changeant et éphémère, soumis aux vents qui le déchirent, le déforment, l’étirent en flocons laineux, il est souvent comparé à du textile. Pris dans le brouillard, on a coutume de dire qu’on  est dans du coton , que le paysage est ouaté , on parle de  nappes de brouillard, ou encore de rideau.  De la matière à l’état brut aux tissus les plus raffinés, brouillard et brume passent par tous les stades de transformation du coton en vêtements. Doté d’une vie propre, le brouillard, comme la brume, se tisse lui-même, à moins que, mélangés avec des fils de lune, ils ne soient tissés par les Dames Lacustres, à l’aide de fuseaux d’osier.

Pourquoi ces métaphores textiles ? Si nous envisageons les autres éléments, vents, pluie ou neige (mis à part cette dernière, souvent comparée à du duvet d’oie), ni la pluie, ni le vent ne sont associés à un matériau d’origine végétale. L’explication, la plus évidente, tient à l’apparence même du brouillard qui le rapproche du coton à l’état brut, matière malléable, destinée à être transformée par le travail manuel mais aussi par l’imagination et la création. Travaillé par l’acte créateur, ce matériau est alors transformé en objet fini : voile, manteau, etc. La référence au textile et particulièrement au coton, matière chaude, douce et confortable, pourrait aussi provenir de la croyance dans le caractère protecteur et réchauffant du brouillard pour la terre qu’il couvre et réchauffe de son manteau protecteur les jours de grande gelée . La brume, du fait de sa couleur blanche, est évoquée plus souvent comme un drap mortuaire, suaire ou linceul.  » Lionnette ARNODIN ( Écrivain française – Extraits : Imaginaires du brouillard )

BRUME