Histoire d’un ballet : DON QUICHOTTE …

C’est le ballet Don Quichotte, version Rudolf Noureev, qui est programmé cette année pour les fêtes de fin d’année (du 9.12. au 2.1.2022) à l’Opéra Bastille de Paris.

« Les aventures de Don Quichotte » , écrit par Miguel De Cervantes, furent publiées en deux volumes en 1605 et 1615. Ce chef-d’œuvre littéraire, riche en évènements et péripéties diverses, sorte de comédia bouffa à l’italienne, teinté d’exotisme tsigane et folie à l’espagnole, va inspirer les peintres, les caricaturistes, les réalisateurs de cinéma, les comédies musicales, les compositeurs de musique et bien entendu le monde de la danse avec, au départ, certains épisodes bien précis comme l’amour entre Kitri et Basile (Livre II) mais aussi la fête au village, le campement gitan, la bataille contre les moulins à vent etc… tout se fera, bien sur, autour du personnage central : Don Quichotte.

Ce ballet est au répertoire de nombreuses compagnies de danse. C’est le fleuron de la danse académique. Nombreux furent les chorégraphes qui ont souhaité donner leur version. Marius Petipa signera celle dite de référence.

Petipa avait été danseur au Théâtre du Roi à Madrid (Espagne). Il restera quatre ans dans ce pays. C’est là qu’il avait appris toutes les danses du folklore espagnol qui vont tant l’inspirer dans ses ballets comme Carmen et le torero, La Perle de Séville, la Fleur de Grenade et bien sur Don Quichotte.

Pour ce ballet, il avait encore en tête tous ses souvenirs, ainsi qu’un imaginatif très constructif et inventif. Il va légèrement s’inspirer de la version (Les noces de Gamache/1801) de Louis-Jacques Millon (Ier danseur à l’Opéra de Paris et chorégraphe). Par rapport au roman de Cervantes, il s’attachera surtout à la relation amoureuse entre Kitri et Basile, alternant, un peu comme dans Giselle, le rêve et la réalité, avec une fin heureuse.

Ce fut, diront les témoignages, un peu comme une pièce de théâtre, avec des quiproquos fort amusants, des moments féériques, de l’émotion, de l’humour. Il orientera son travail vers des danses dites de caractère, des danses folkloriques espagnoles comme la Morena, la Iota, la Lola, la Zingara, des danses avec des toreros maniant l’épée, ou celle des gitans, de la danse académique et de la pantomime. Le ballet sera créé en 1869 au Théâtre du Bolchoï.

(Vidéo :  » La danse des gitans  » Karl PAQUETTE)

Il proposera une autre version deux ans plus tard pour le Théâtre du Mariinsky cette fois, en rajoutant plus d’innovations, un acte supplémentaire et donnant un double rôle à l’héroïne à savoir qu’elle sera Kitri, mais aussi la jeune femme du rêve de Don Quichotte : Dulcinéa. Ce fut majestueux, élégant, raffiné, plus dramatique, moins humoristique, plus axé sur le côté psychologique des personnages.

La musique fut confiée à Ludwig Minkus. Elle signera le début d’une fructueuse collaboration entre Petipa et le compositeur puisqu’ils réaliseront ensemble 14 ballets ! Après le grand succès de celui-ci, Minkus sera nommé compositeur officiel à la place de Cesare Pugni qui venait de décéder.

La musique de Minkus est tout à fait charmante, utilisant beaucoup le leitmotiv pour bien appuyer sur la caractéristique de chaque personnage. Il attachera beaucoup d’importance à la substance théâtrale du ballet et ce comme le lui avait vivement recommandé Petipa.

Version Rudolf NOUREEV :

Noureev ne fut pas uniquement l’incroyable excellent danseur que l’on connait, il fut aussi un merveilleux chorégraphe, très imaginatif, créatif, fortement inspiré par celui qu’il admirait plus que tout : Marius Petipa. Don Quichotte fait partie des ballets qu’il appréciait beaucoup et ce sera le premier qu’il proposera en 1981 à l’Opéra de Paris, dans une mise en scène incroyablement riche.

Ce ballet lui plaisait énormément, notamment parce qu’il fut très souvent Basile, l’amoureux de Kitri, dans sa carrière de danseur et c’était un rôle qui le changeait de ceux de princes dramatiques qu’on lui donnait à interpréter. Basile c’était la fougue, la virtuosité, le pittoresque, la vivacité, un esprit enjoué et plein d’humour, avec pour la danse une technique à l’extrême.

(Vidéo : Rudolf NOUREEV & Noëlla PONTOIS )

Dans sa superbe version pour l’Opéra de Paris, il a renforcé le côté pittoresque avec des fêtes gitanes magnifiques, un esprit espagnol enchanteur . Il a revisité le Grand Pas de Deux entre Kitri et Basile, reclarifié la pantomime, conservé les visions de Don Quichotte pour Dulchinéa-Kitri, augmenté le côté comédie. Don Quichotte sera vif, amusant. Quant à Sancho, il ne sera plus son valet mais un moine rondouillard et chapardeur. A tout cela, il ajoutera, comme il aimait le faire très souvent, une petite touche analytique sur le caractère des personnages, une étude sur les tourments de leur âme, celle de leurs rêves. La danse masculine tient vraiment une place importante dans sa chorégraphie.

(Vidéo : Grand Pas de Deux : Dorothée GILBERT & Karl PAQUETTE)
(Vidéo : Acte I  » Variation de Kitri  » – Aurélie DUPONT)

L’ambiance générale est très colorée, enthousiaste, joyeuse. Une consigne de la part de Noureev : danser par plaisir tout en donnant du plaisir au public, s’amuser en restant virtuose et technique.

La version de 1981 pour l’Opéra de Paris sera celle qu’il avait précédemment proposée en 1970 pour l’Australian Ballet et qui avait fait l’objet d’un film réalisé par ses soins en 1972. Elle a été donnée dans de très nombreux pays et continue de l’être à l’Opéra où elle fait partie du répertoire.

Les costumes et les décors sont de Nicholas Georgiadis. A chaque fois qu’ils ont été revus au fil du temps, l’Opéra a toujours expressément demandé de respecter au mieux et le plus possible ce qui avait été pensé par Noureev.

2 réflexions sur “Histoire d’un ballet : DON QUICHOTTE …

  1. J’aime beaucoup l’idée d’un Don Quichotte vif et coloré alors que nous conservons souvent encore l’image d’un chevalier à la triste figure. C’est une relecture de Cervantes extra comme on devrait à mon avis aussi imaginer celle d’un Dostoïevski. Merci pour ce partage Lisa

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis tout à fait d’accord avec vous Patrick 🙂 et je dois dire qu’en matière de « relecture  » Noureev était une petite pépite .J’ai été émerveillée par sa Bayadère, son Lac des Cygnes, Raymonda, Don Quichotte, Roméo et Juliette etc … et j’ai vu chacun d’entre eux au moins deux fois avec le même plaisir. Il a eu un talent fou en tant que danseur, mais chapeau bas au chorégraphe qu’il a été. Merci pour votre intérêt et très douce journée à vous ♥

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s