Niobe reine de Thèbes … Agostino STEFFANI

(Vidéo : trois duos interprétés par Cecilia BARTOLI (Mezzo-soprano) & Philippe JAROUSSKY (Contre-ténor) – Ils sont accompagnés par l’ensemble I BARROCHISTI dirigé par Diego FASOLIS  » T’abbraccio mia diva « (début de la vidéo) – « Combatton quest’alma » (2.37) –  » Serena o mio bel sole  » (4.42)

Ces trois superbes duos sont extraits de l’opéra Niobe reine de Thèbes écrit par le compositeur italien Agostino Steffani (1654/1728) et créé à Munich en 1688. Le livret est de Luigi Orlandi d’après les Métamorphoses d’Ovide. Une commande du prince électeur de Bavière Maximilien Emmanuel II.

Une œuvre lyrique tombée dans l’oubli, assez audacieuse pour l’époque, dramatiquement intense, émotionnellement riche.

La poésie …

 » La poésie ne se fractionne pas en poètes ni entre poètes. Elle est présente et unique dans toutes ses manifestations. Chez chacun, toujours plus, toujours totale, de même qu’en réalité il n’existe pas des poètes mais un seul et même poète depuis le commencement et jusqu’à la fin du monde. Une force se parant de la couleur des temps, des peuples, des pays, des parlers, des personnes qui traversent cette force, qui la portent, tout comme un fleuve reflète l’une ou l’autre de ces rives, l’un ou l’autre de ces cieux, l’un ou l’autre de ces fonds.  » Marina TSVÉTAÏEVA (Poétesse russe – Extrait de son ouvrage Le cahier rouge)

Allégorie de la Poésie – François BOUCHER

La Vénus de Milo …

 » En avril 1820, à Milo, l’antique Mélos, petite île de l’archipel grec des Cyclades, un paysan, en bêchant son jardin, met au jour un dépôt souterrain de marbres antiques. Une grande figure féminine attire son attention. Elle est brisée en deux à la hauteur des hanches, amputée des deux bras, de son pied gauche, de son nez, de la pointe de son sein gauche. Et pourtant, à l’évidence, cette beauté plus grande que nature, vaut mieux que le prix du matériau de construction. Elle échappera donc à l’infamant recyclage du four à chaux !

La nouvelle de la découverte parvient au marquis de Rivière, ambassadeur de France à Constantinople. Il décide de faire l’acquisition des fragments. Mais, entre-temps, la statue a été vendue et trainée sans ménagement sur un bateau en partance pour Constantinople. Après diverses péripéties, la statue est enfin expédiée à Paris. L’ambassadeur Rivière en fait hommage au roi Louis XVIII qui l’offre au Louvre.

Charles François DE RIFFARDEAU (1756/1828) duc de Rivière

L’enthousiasme des érudits et amateurs devant ce morceau de roi est d’autant plus grand que le Louvre, ex-musée Napoléon, vient de se vider des trésors empruntés aux nations conquises, restitués en vertu du Traité de Vienne en 1815. Pour le conservateur des antiques du musée royal, le Comte de Clarac, ce grand marbre est un astre nouveau dont l’apparition répond sur l’art des anciens des nouvelles lumières. Cette découverte marque à ses yeux, une date majeure dans l’histoire de l’art, aussi importante que l’achat des marbres du Parthénon par le British Museum de Londres en 1816.

Charles Othon Frédéric Jean-Baptiste CLARAC (Conservateur, archéologue et savant français) 1777/1847 Marbre de Charles Auguste ARNAUD

Incontestablement, la Vénus de Milo est digne des grandes trouvailles faites depuis la Renaissance, de l’Apollon du Belvédère au groupe du Laocoon. L’arrivée de la statue à Paris coïncide avec le début de la Révolution grecque qui soulève en France et en Europe un immense courant de sympathie. Ce Contexte historique confère au chef-d’œuvre une incontestable portée symbolique.

Vénus de Milo / Musée du Louvre

A l’époque, la Vénus de Milo est date de la période classique, et même attribuée à Phydias. On ne prête qu’aux riches ! Dès la fin du XIXe siècle, les progrès de l’archéologique permettront de la situer à l’époque hellénistique. Datée de 150-152 avant notre ère, elle illustre le retour des artistes grecs vers les grands modèles classiques des Ve -IVe siècles avant J.C. – Du Phidias mais plus sensuel dans le rendu de l’anatomie, plus vivant, qui nous séduit aujourd’hui, comme jadis Rodin, par cette grâce et par ce calme que seule la force possède.

Reste un problème de taille : pas de bras, pas d’identification certaine ! En l’absence des attributs qu’elle tenait et dans l’impossibilité de déterminer avec certitude le mouvement de ses bras, les supputations vont bon train dès 1821. Est-elle Muse ou Danaïde ? Sapho, Némésis, Amphitrite, ou Aphrodite ? Cette dernière hypothèse prévaut, mais au nom grec de la déesse on préfère le latin Vénus. Par chance, des nouvelles recherches menées à Milo, sur le site de la découverte à l’instigation de Rivière, ont livré d’autres fragments : deux morceaux de bras, une main tenant une pomme. La pomme du jugement de Pâris, prince troyen chargé par Zeus de désigner la plus belle des trois déesses : Héra, Athéna et Aphrodite. Victorieuse, cette dernière reçut la pomme d’or en trophée. La fameuse pomme de la discorde qui allait déclencher la guerre de Troie.

Bien que des doutes subsistent sur le caractère original de ce fragment, l’identification à Vénus s’impose. Mais, la discorde survient lorsque le restaurateur des sculptures du Louvre, un certain Lange, propose de rendre des bras à la statue. S’il nous semble aujourd’hui évident d’admirer un chef’-d’œuvre mutilé, il n’en va pas de même dans les années 1820. Par le passé, les plus grands sculpteurs n’ont-ils pas été invités à compléter les antiques des collections royales ?

Bernard LANGE (1754/1839) – un marbre réalisé par Antoine ÉTEX

Mais quelle posture retenir pour la Vénus de Milo ? La question est d’autant plus épineuse que selon certains érudits, cette Vénus n’était, à l’origine, pas seule mais accompagnée. Dans la restitution proposée par le savant archéologique Quatremère de Quincy, elle appuie son bras gauche sur l’épaule d’un Mars casqué qu’elle désarme de la main droite….

Antoine Chrysostome QUATREMÉRE dit QUATREMÉRE DE QUINCY (1755/1849) fut architecte, archéologue, critique d’art et homme politique

Décidément, le risque d’erreur est trop grand. Devant le tollé suscité, le crime de M. Lange n’aura pas lieu. Le sculpteur se contentera de refaire le pied, le nez, et de combler les lacunes par des rebouchages en plâtre. On l’a échappé belle ! Restaurée en 2009/2010, la statue a été débarrassée des nombreux rebouchages en plâtre qui masquaient ses blessures anciennes. Soigneusement nettoyées, elle a retrouvé l’éclat magnifique du marbre de Parois, apprécié dans l’Antiquité pour sa blancheur et sa finesse exceptionnelles. Le pied gauche refait en plâtre par Lange n’a pas été replacé, mais on a, en revanche, conservé le nez tel qu’il avait été recréé.

Dans sa prudence, la commissions d’experts consultée à chaque étapes de la restauration, a préférer garder un état intermédiaire qui prend en compte l’histoire de l’œuvre au sein des collections du Louvre. Joli pied de nez à tous les dogmatiques !  » Jérôme COIGNARD (Journaliste français, historien de l’art)

Dans le brouillard …

 » Comme c’est étrange de marcher dans le brouillard !
Solitaire est chaque buisson, chaque pierre,
Aucun arbre n’aperçoit son voisin,
Chacun est bien seul.

Le monde était pour moi plein d’amis
Quand ma vie se déroulait dans la lumière ;
Maintenant que le brouillard est tombé,
Je ne distingue plus aucun d’eux.

En vérité, personne n’atteindra la sagesse
S’il ne connaît aussi les ténèbres
Qui, en silence, inexorablement,
Le séparent de toute chose.

Comme c’est étrange de marcher dans le brouillard !
La vie tout entière est solitude
Nul ne connaît son prochain
Chacun est bien seul. » Herman HESSE (Extrait de son recueil Poèmes choisis traduit en français par Jean MALAPATE)

L’opéra …

 » L’opéra c’est le domaine de l’émotion pure. Quand la passion, le chagrin, la souffrance, la folie atteignent un tel degré de saturation que les mots deviennent impuissants à les exprimer. Que seul le chant y parvient … Cela dépasse les limites de l’entendement de la logique : c’est indescriptible.  » Bernard MINIER (Auteur français)

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Les Capulets et les Montaigus … Vincenzo BELLINI

(Vidéo :  » Sinfonia  » acte I – Claudio ABBADO à la direction de l’ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH)

Les Capulets et les Montaigus est un véritable chef d’œuvre du bel canto. Il fut créé en 1830 à la Fenice de Venise puis en version française trois ans plus tard au Théâtre Italien de Paris.

Felice Romani va remanier un livet qu’il avait écrit quelques années auparavant pour l’opéra du musicien et professeur de chant Nicola Vaccai, lequel s’inspirait d’une pièce de théâtre de Luigi Scola en 1818. Le tout (y compris Shakespeare) trouve sa source dans une Nouvelle de l’écrivain Matteo Bandello datant du XVIe siècle . Bien que, de base, l’histoire soit celle de Romeo et Juliette, cette œuvre lyrique, au demeurant passionnante, intensément dramatique et puissante, n’est absolument pas une version musicale opératique de la pièce de Shakespeare, disons plutôt une réécriture ..

A cette époque Bellini se remettait doucement de l’échec de son dernier opéra Zaïra qui avait été créé un an plus tôt à Parme. La Fenice, à Venise,  le pressait d’écrire un nouvel ouvrage et lui souhaitait vivement pouvoir reconquérir le public. Donc il va le composer en un mois et demi, et utiliser une méthode qui se faisait couramment à l’époque à savoir reprendre des éléments d’autres de ses pièces et notamment, dans ce cas, ceux provenant de Zaïra. L’aria proposée ci-dessous vient, par exemple, de son premier opéra Adelson et Salvini en 1825.

( Vidéo :  » Oh quante volte  » Acte I – Natalie DESSAY – Elle est accompagnée par l’Ensemble CONCERTO KÖLN dirigé par Evelino PIDO )

Le thé …

« Le goût du thé a évolué. Ce n’est pas un phénomène de mode comme on me le suggère si souvent. Le thé est excellent pou la santé. L’être humain a prolongé sa durée de vie et il a envie de consommer des produits qui lui font du bien. Le thé est en accord avec cet état d’esprit. Il y a sept temps pour le thé :

– une seconde à une minute : pratiquer un thé cheminant de parfum en parfum ;
– une minute à deux minutes : un thé à la surprise d’un nuage d’ivresse ;
– deux à trois minutes : un thé de l’arbre au soleil ;
– trois à quatre minutes : un thé en éveil nocturne ;
– quatre à cinq minutes : un thé au départ des amis ;
– cinq à sept minutes : un thé à la lumière d’une bougie rouge ;
– au-delà de sept minutes : un thé au charme des fleurs ultimes.  » Christine DATTNER (Auteure française, spécialiste du thé, créatrice de la marque de thé les contes du thé- Extrait de son livre Thé )

Le bonheur c’est tout petit …

 » Le bonheur, c’est tout petit,
Si petit que parfois on ne le voit pas.
Alors on cherche, on cherche partout.
Il est là, dans l’arbre qui chante dans le vent.
L’oiseau le crie dans le ciel,
La rivière le murmure,
Le ruisseau le chuchote,
Le soleil, la goutte de pluie le disent.
Tu peux le voir là, dans le regard de l’enfant,
Le pain que l’on rompt et que l’on partage,
La main que l’on tend.

Le bonheur, c’est tout petit,
Si petit que parfois on ne le voit pas,
Et on le cherche dans le béton, l’acier, la fortune,
Mais le bonheur n’y est pas,
Ni dans l’aisance ni dans le confort…
On veut se le construire mais il est là,
À côté de nous, et on passe sans le voir.

Car le bonheur est tout petit.
Petit comme nos yeux pleins de lumière.
Et comme nos cœurs pleins d’amour.
Il ne se cache pas,
C’est là son secret.
Il est là, près de nous
Et parfois en nous.  » Anjeze G.BOJAXHIU plus connue sous le nom de Mère TERESA (Religieuse catholique albanaise naturalisée indienne-Prix Nobel de la Paix en 1979)

Mère TERESA (1910/1997)

Les Animaux du Roi …

Quelle que soit l’époque, il y a toujours eu des animaux dans les Cours royales. Toutefois, l’engouement s’est fait plus fort encore sous le règne de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI – Il ne s’agissait pas uniquement de chiens, d’oiseaux ou de chats, mais de toutes sortes d’animaux, y compris les espèces les plus rares, les plus exotiques, répartis dans la Ménagerie royale, les écuries, le chenil, le Hameau de la reine Marie-Antoinette et les appartements ! De nombreux peintres, sculpteurs, zoologistes, chirurgiens animaliers et autres savants au service de sa majesté se sont penchés sur eux, les uns pour en faire leur sujet favori, les autres pour les étudier. et les disséquer une fois morts.

C’est une très belle et intéressante exposition que je vous propose aujourd’hui. Elle a lieu au château de Versailles, regroupe environ 300 œuvres diverses et variées (peintures, sculptures, tapisseries, objets, porcelaines, orfèvreries, animaux naturalisés etc…) et s’intitule : « Les animaux du roi » – jusqu’au 13.2.2022– Il y a même, pour les enfants, un parcours mystérieux peuplé d’animaux qu’en général ils apprécient, comme les dragons. Elle a été réalisée en collaboration avec le musée du Louvre.

Bien sur tout cet univers animalier fait penser au célèbre Jean de la Fontaine qui a ravi, avec ses fables, non seulement le roi mais la Cour également. Sous l’apparence d’un animal, c’est très souvent à l’homme et à ses défauts qu’il faisait allusion. Il y eut d’autres fabulistes avant lui, pas tous aussi doués il faut bien le dire, et il en inspirera d’autres après lui.

Les écuries royales

Le cheval a eu une place privilégiée dans la vie des souverains et la culture équestre a été importante pour eux. L’équitation a fait partie de leur éducation dès leur plus jeune âge. Ce n’était pas que le fait des hommes, mais aussi des femmes, exemple Marie-Antoinette qui avait une passion pour l’équitation.

« Vue perspective du château de Versailles sur la place d’armes et les écuries royales  » 1688 – Jean-Baptiste MARTIN l’aîné (Musée national des châteaux de Versailles et Trianon )
« Portrait équestre de la reine Marie-Antoinette » 1783 – Louis Auguste BRUN (Collections des châteaux de Versailles de Trianon)

Quand Versailles fut pensé comme le lieu de résidence du roi , de la Cour et du gouvernement, il fut décidé d’édifier des écuries. Ce chantier fut placé sous la direction de l’architecte Jules Hardouin-Mansart. La construction va durer de 1679 à 1682. Quand on voit l’architecture de ces écuries, on se rend compte à quel point le cheval a tenu une place importante dans la vie de Louis XIV. Cette architecture était tellement belle que bien des ministres ont dû l’envier, eux qui étaient logés non loin de là dans des demeures en briques.

Il y avait la Grande Écurie et la Petite Écurie, toutes deux faisant partie de la maison du roi. La première était dirigée par Monsieur le Grand et la seconde par Monsieur le Premier, écuyers tous deux. L’un s’occupait des chevaux de selle (Grande Écurie) et des chevaux montés par le roi et les princes, l’autre des chevaux de traits, d’attelage, et des voitures, et autres traîneaux (Petite Écurie) –

Toutes deux regroupaient environ 1000 personnes, voire même 2000 , c’est dire si l’activité y était intense ! On y trouvait des pages, des écuyers, des valets de pied, des garçons d’attelage, des porteurs de chaise, des palefreniers, des maréchaux, des cochers, des postillons, des éperonniers, des aumôniers, sans oublier tout le personnel médical destiné aux chevaux.

Le nombre des chevaux était lui aussi assez important et leur nombre va aller crescendo. Ordre était donné de veiller sur les chevaux avec beaucoup de bienveillance et délicatesse, surtout jamais les contraindre ni même les brutaliser. C’étaient, pour la plupart, des chevaux magnifiques sélectionnés avec grand soin avant d’intégrer les écuries. Ce lieu était à l’image du roi Louis XIV et de sa grandeur. Il a émerveillé non seulement les visiteurs, mais également les ambassadeurs d’autres pays.

Les chevaux servaient à la chasse bien sur, mais aussi aux promenades royales, au manège. Louis XV en avait un grand nombre à sa disposition lorsqu’il partait chasser, car il changeait de cheval souvent durant une partie. Le cheval était sélectionné selon que l’on se lançait dans une chasse au cerf ou au sanglier. Ce n’était pas les mêmes.

Les animaux de compagnie

Dans les appartements et autres salons royaux, on note la présence de plusieurs dizaines d’animaux. On était convaincu qu’ils avaient une âme, une sensibilité, une certaine intelligence, et si sa majesté en caressait un, alors là il était encore plus choyé et couvé parce que le roi l’avait touché !

Plus généralement on y trouvait des chiens et des chats, mais il y eut aussi, dans les appartements, des perroquets, des singes et …. des ours, certes apprivoisés, dont raffolait la favorite en titre de Louis XIV, Mme de Montespan.

 » Étude de aras  » 1674 – Pieter BOEL 1668 env. (Musée du Louvre à Paris)

Mais revenons aux chiens, non seulement ils étaient en nombre, faisaient leurs besoins là où ils en avaient envie, dormaient dans le lit de leurs maîtres, bénéficiaient, de plus, de bols en porcelaine pour manger, de niches en bois exotique pour dormir, et on les affublait de superbes colliers en pierres précieuses.

Alors certes le roi demanda que leur nombre soit limité, mais difficile de les interdite à l’intérieur, d’autant que celles et ceux qui les avaient adoptés, étaient des membres importants de la Cour, comme par exemple les deux épouses de Monsieur, frère du roi, à savoir Henriette d’Angleterre d’abord, puis la Princesse Palatine. Sans compter que le roi lui-même avait ses petits toutous bien-aimés.

La princesse Palatine a éprouvé une passion, voire même a voué un culte, à ses épagneuls nains (Louis XVI détestait cette race, car c’était pour lui des chiens de filles ). Elle écrira au sujet de ses chiens et chiennes  » Spatou, Charmante, Charmion, Toutille, Stopdille, Millemillion, et Mione .Peut-on donner un nom, une identité à un animal et le penser dépourvu d’âme, de capacité de penser et de sentir ?  » Elle se révèlera être une très grande protectrice des animaux, sorte de Brigitte Bardot de son temps. .

Lui préférait les setters, mais surtout les chiennes dites couchantes, sortes de braques de l’époque qui le suivaient à la chasse car elles avaient de grandes qualités dans ce domaine , douées pour trouver le gibier. Louis XIV les affectionnait énormément, non seulement elles l’accompagnaient à la chasse, dans ses promenades et elles dormaient dans ses appartements privés. Elles s’appelaient Zette, Nonette, Folle, Mite, Bonne, Nonne, Ponne .

Avec Louis XV on aura beaucoup de chats à Versailles. Il les adorait. Des chats angoras qu’il caressait et avec lesquels il aimait jouer. Brillant (angora) et Le Général (persan) furent les plus célèbres.

« Portrait présumé de Mademoiselle de Blois » 1674 env. Claude LEFÉBVRE (Musée du Louvre à Paris)
« Portrait d’Élisabeth Charlotte d’Orléans, princesse Palatine caressant un épagneul nain  » 1667/68 Johann Baptist RUEL (Eichenzell, Kulturstitung des Hauses Hessen – Museum Schloss
« Bonne, Nonne et Ponne chiennes de la meute de Louis XIV  » 1702 env. Alexandre-François DESPORTES (Musée du Louvre à Paris)
« Chat angora blanc guettant un papillon » 1761 env. Jean-Jacques BACHELIER (Musée Lambinet à Versailles) – Il s’agit de Brillant le chat de Louis XV
« Henriette d’Angleterre duchesse d’Orléans » 1660 env. Jean NOCRET – (Collections du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.)
« Portrait du Général le chat de Louis XV » 1728 Jean-Baptiste OUDRY (Collections de Elaine et Alexandre Bothuri)

Louis XIV a eu aussi une fascination pour les carpes ( des bassins à carpes avaient été aménagés à Marly. Il les aimait tant qu’il en faisait venir énormément, les visiter, tenait à ce que l’on prenne bien soin de leur santé et même il s’en occupait personnellement si besoin en les nourrissant) et une prédilection pour les poules sultanes .

Bassin des carpes, tiré de l’album « Ancien Marly, le château et partie des jardins bas » Premier tome 1705/13 (Archives nationales)

Quant à Marie-Antoinette c’était non seulement les chiens, les chats, mais dans son célèbre Hameau on pouvait y trouver des cochons, des moutons, des poules etc… Avant son enfermement au Temple, elle confiera son fidèle petit chien Coco à son amie Mme de Tourzel, ses deux chats au capitaine Samuel Clough qui partait pour la Nouvelle Angleterre.

La Ménagerie

 »Vue et perspective de La ménagerie » par Jean-François DAUMONT)

Sous Louis XIV, elle ne fut pas exceptionnelle car il y en eut avant elle ailleurs . Mais elle l’était pour différentes raisons 1) la diversité des animaux que l’on pouvait y trouver – 2) parce qu’avant même qu’il entreprenne des grands travaux à Versailles, Louis XIV a tenu à ce qu’elle soit construite, c’est dire si cela avait de l’importance pour lui, pour sa passion des animaux, leur beauté, leur esthétique etc… Et plus encore, il a voulu que ce lieu soit un endroit de bien-être pour les animaux. Autant aux yeux du roi, la ménagerie de Vincennes était un endroit sauvage et féroce pour lui, autant il souhaitait que la sienne soit policée et pacifiée.

La Ménagerie a permis que se développent à Versailles non seulement la zoologie, l’anatomie animale, mais grâce aux études minutieuses qui ont été faites, de grandes avancées ont vu le jour, notamment en connaissances vétérinaires, voire même médicales. Les savants travaillaient sur des cadavres d’animaux . La plupart du temps, les dissections avaient lieu à Paris. Les principaux à le faire furent Claude Perrault et Joseph du Verney. .

Le chantier de la Ménagerie a débuté en 1662 et a duré jusqu’en 1664. C’est l’architecte Louis Le Vau qui fut chargé de s’en occuper. On y trouvait toutes sortes d’animaux, lesquels ont fait la joie des peintres, des dessinateurs, des graveurs, des sculpteurs. De par sa conception architecturale, le lieu avec le pavillon qui avait une forme octogonale, des balcons, des cours etc permettait une vue panoramique sur l’ensemble des sept cours dans lesquelles étaient placés les animaux. … tout autant de dispositions qui permettaient aux artistes d’avoir une vue très intéressante sur les animaux et pouvoir faire des œuvres très réalistes.

J’ai parlé des cours des animaux. Il y en avait sept : la cour des Belles Poules (poules exotiques) – la cour des demoiselles ou de la Volière (perroquets, aras, perruches) – la cour dite le quartier des pélicans ( oiseaux exotiques, flamants roses, canards, oies, pélicans, grues, et oiseaux exotiques) – la cour du Rondeau ( avec un bassin qui abritait un grand nombre de poissons , mais aussi des hérons) – la cour des autruches (autruches, goélands, bécasses. Il y avait des petits enclos avec des porcs-épics, des aigles et des vautours) – la Cour des Oiseaux (chardonnerets, canari, perdrix, grises, faisans) – Entre la 5e et la 6e, se trouvait un enclos spécial pour les lions, panthères, loups et renards, mais vraiment en nombre limité – et enfin la septième cour dite la basse-cour où l’on pouvait trouver des volailles, et des moutons. Bien sur, il y avait également une place pour l’éléphant offert à Louis XIV, des gazelles et des chameaux.

Lorsque, malheureusement, les animaux mouraient. Ils étaient en principe transportés à Paris soit à l’Académie des Sciences, soit au Jardin du Roi qui deviendra le Museum d’Histoire naturelle. C’est là qu’ils étaient disséqués. La Ménagerie a permis que se développent à Versailles la zoologie, l’anatomie animal, et les études qui ont été faites ont permis de grandes avancées et ont accru les connaissances vétérinaires, voire même médicales. Les savants travaillaient sur des cadavres. La plupart du temps, les dissections avaient lieu à Paris.

Le premier éléphant qui arriva du Congo à Versailles fut une éléphante offerte à Louis XIV par le roi du Portugal . On lui faisait faire régulièrement des promenades dans le parc de Versailles et le box où il se trouvait était chauffé l’hiver pour qu’il n’est pas froid.

La seconde vint des Indes et arriva au château en 1773. C’était toujours un cadeau, offert cette fois à Louis XV par le gouverneur de Chandernagor . Elle plut énormément au roi et à la Cour, mais elle avait un sacré fichu caractère parait-il, capable de se laisser caresser, tout comme être assez méchante. De plus elle fuguait régulièrement, brisait ses chaînes et c’est, malheureusement, lors de l’une de ses escapades qu’elle se noya dans le Grand Canal. De coup, comme on ne put la transporter, elle fut disséquée par un certain Daubenton . On conserva sa peau. En 1805, Napoléon offrit son squelette au Museum de Pavie, puis il fit l’objet d’une restauration. On lui donna un nom : Shanti . Elle est revenue temporairement à Versailles pour cette exposition.

Ce squelette est celui de l’éléphante que le roi Louis XIV avait reçu en cadeau par le roi Pierre II du Portugal en 1668 – Il fait partie des collections du Museum d’Histoire naturelle de Paris et il a été prêté pour l’expo.

La Ménagerie tombera à l’abandon après la mort de Louis XIV en 1715. Elle renaîtra 25 ans plus tard, sous Louis XV et retrouvera un certain nombre de pensionnaires. Durant le règne de Louis XVI , on verra arriver des zèbres en 1784. Elle cessera d’exister sous la Révolution. Tout le bâtiment et un certain nombre des décors vont être détruits au XIXe siècle. Juste quelques-uns vont y réchapper.

« Grue couronnée  » 1668/71 env. Pieter BOEL (Musée du Louvre)
« Étude d’autruche » 1664/68 Nicasius BERNAERTS (Musée du château des ducs de Wurtemberg à Montbéliard / Dépôt du Musée du Louvre)
« Tortue » 1664/68 env. Nicasius BERNAERTS (Musée du Louvre)

Dissections et taxidermies

Comme je l’ai dit un peu plus haut dans l’article, une fois morts les animaux étaient disséqués dans le but de développer les connaissances scientifiques. Claude Perrault, médecin, fut l’un des premiers à entrer à l’Académie des Sciences en 1666. Pour les dissections il était assisté par deux chirurgiens Jean Pecquet et Louis Gayant. Ils ont rédigé de nombreux ouvrages sur leurs travaux. Avoir de telles sommités, dont les travaux et études ne faisaient que faire avancer la science, étaient une gloire personnelle pour l’image du roi Louis XIV. Ce dernier assista même à une dissection, celle de son éléphante en 1681. Des dessinateurs et peintres assistaient et produisaient le travail sur la toile.

Certaines taxidermies de l’époque existent encore de nos jours notamment le rhinocéros de Louis XV, ou le couagga de Louis XVI (une sorte de zèbre d’Afrique. On peut le voir de nos jours au Museum d’Histoire naturelle, section des espèces disparues)

 »Dissection d’un caméléon  » 1669 Abraham BOSSE d’après Sébastien LECLERC (Bibliothèque du Museum national d’Histoire naturelle à Paris)

La chasse

Plus qu’un plaisir, la chasse fut une véritable et fervente passion pour les rois de France, mais aussi elle était l’image du pouvoir et celle de sa valeur militaire . Les rois chassaient à titre privé, mais ils conviaient aussi parfois la Cour à le suivre dans cette pratique. Louis XIV se voulait libre d’aller où bon lui semblait pour chasser dans son royaume. On comptait entre 150 et 180 chasses par an.

Ces chasses vont prendre une grande importance au fil du temps, même les femmes étaient à cheval pour s’y adonner. Nombreux sont les tableaux où on les voit dans la chasse au faucon. Le siècle de Louis XV verra se développer la chasse à courre. Lui même fut exercé à cela en 1721 et il va en faire une véritable passion. Sa plus grande fierté était de revenir avec les bois des cerfs tués, lesquels étaient aussitôt exposer au château. On tirait le cerf, le loup, le chevreuil, le faisan, le lièvre, des perdrix et autres … Il fallait que les chiens soient excellents. Le monarques aimaient tant chasser qu’ils en arrivaient parfois à délaisser les dossiers se référant aux affaires du royaume.

Quel que soit le monarque, la pratique de la chasse se faisait régulièrement . Elle était de mise que ce soit à Versailles, à Fontainebleau, ou dans n’importe quelle autre résidence royale, faisant l’objet de règles très strictes : porter le bon costume de chasse, avec toutes les broderies et passementeries qui indiquaient les origines familiales et le rang de la personne qui chassait. C’était vraiment un honneur de recevoir une invitation du roi pour aller chasse avec lui, tout comme cela l’était aussi d’assister à son débottage lorsque tout ce petit monde rentrait à Versailles. Un honneur, mais aussi une obligation ! En effet, si on recevait cette invitation, on ne pouvait ensuite s’y dérober. Après quoi, tout le monde dînait dans la salle à manger des retours de chasse.

On tuait tellement de cerfs durant ces parties de chasse, qu’à la longue cela dégrada l’image du roi . Et pourtant, malheureusement, la chasse aux cerfs continuera avec ceux qui règneront après eux : Louis XVI qui adorait cela et fit même rédigé un traité de chasse (1788). Il semblerait qu’il en ait tué plus de mille ! Autre point négatif : le coût des parties de chasse, un plaisir très onéreux puisque s’élevant aux environs de 2 millions de livres par an. Napoléon s’y adonnera lui aussi mais il restait peu de cerfs en forêt de Saint-Germain en Laye. La chasse, elle aussi, fut un sujet très prisé par les peintres. Oudry fut l’un de ceux qui va le plus les représenter.

 » Tête d’un cerf bizarre sur un mur de pierre  » 1750 Jean-Baptiste OUDRY (Musée national du château de Fontainebleau)
« Louis XV tenant le limier, allant au bois au carrefour du puits solitaire en forêt de Compiègne  » 1739 Jean-Baptiste OUDRY (Musée national du château de Fontainebleau )
« Trois chiens devant une antilope » 1745 Jean-Baptiste OUDRY (Russborough House en Irlande – Fondation de Alfred Beit)
« Chasse au loup » 1725 – Alexandre-François DESPORTES (Musée des Beaux-Arts à Rennes)

Le bosquet du labyrinthe

« Entre tous les bocages du petit parc de Versailles, celui qu’on nomme le labyrinthe est surtout recommandable par la nouveauté du dessin et par le nombre et la diversité de ses fontaines. Il est nommé labyrinthe parce qu’il s’y trouve une infinité de petites allées tellement mêlées les unes aux autres qu’il est presque impossible de ne pas s’y égarer. Mais aussi afin que ceux qui s’y perdent puissent se perdre agréablement. Il n’y a point de détour qui ne présente plusieurs fontaines en même temps à la vue, en sorte qu’à chaque pas on est surpris par quelque nouvel objet. » Charles PERRAULT en 1677

Plan du labyrinthe de Versailles d’après André Le Nôtre et Jean-François Daumont (le premier fut le dessinateur et le second l’éditeur)

Même si ce bosquet n’existe plus du tout aujourd’hui, car complètement détruit durant le règne de Louis XVI (probablement parce que son entretien était très couteux) , il est resté dans les anales car de nombreuses documentations y font référence. Il sera remplacé par le Bosquet de la Reine que toutes celles et ceux qui se sont rendus à Versailles, connaissent bien.

A l’époque c’était un bosquet végétal atypique, vraiment très apprécié, célèbre, voire même mythique. Il a été réalisé par le jardinier du roi André le Nôtre. Le chantier a duré, en gros, de 1665 à 1680. Ce qui a fait sa particularité ce sont les nombreuses fontaines qui furent placées là à partir de 1673, avec des décors animaliers en plomb (314) colorisés pour donner plus de lumière à l’ensemble. C’est un bestiaire qui fut inspiré des fables d’Ésope. Au pied de chaque fontaine était écrit , sur une plaque, un quatrain, fables qui inspireront Jean de la Fontaine.

« Paon » 1673/74 Jean-Baptiste OUDRY – Fontaine N°16 – (Plomb polychromé) -(Musée national des châteaux de Versailles et Trianon)
 » Dragon  » Pierre MAZELINE 1673//74 – Fontaine N° 31 – (plomb polychromé) -( Musée national des châteaux de Versailles et Trianon)
« Singe chevauchant un bouc et regardant à senestre » 1673/74 Pierre LEGROS & Benoit MASSOU – Fontaine N° 12 (plomb polychromé) -( Musée national des châteaux de Versailles et Trianon)

Lorsque le bosquet sera détruit, les sculptures furent placées dans des réserves. Puis un beau jour, un grand nombre d’entre elles disparaîtra. Nul ne sait quand ni comment. Il n’en restait plus que 35, dont certaines existent encore de nos jours.

Les animaux représentés (350 env.) seront divers et variés : paons, des serpents, des dragons, des singes, des perdrix, des coqs, des boucs, des cygnes, des grues etc..etc … Ce qu’il faut bien savoir, c’est que ce bestiaire n’était pas uniquement là comme simple décoration. Sa vocation était plutôt pédagogique à savoir qu’on instruisait sur la nature, le social, la politique, mais aussi sur l’homme face à un monde rendu difficile par les conflits engendrés par l’amour, la rivalité, le pouvoir.

Les artistes : Les grands peintres et sculpteurs animaliers de cette époque

Les peintres les plus célèbres furent Jean-Jacques Bachelier (1724/1806) – Alexandre François Desportes (1661/1743) – Christophe Huet (1700/1759) – Jean-Baptiste Huet (neveu du précédent-1745/1811)) – Jean-Baptiste Oudry (1686/1755_ – , Jacques Charles Oudry (1720/1778 -fils du précédent) – Anne Vallayer Coster (1744/1818) une des rares femmes reçue à l’Académie ) Nicasius Bernaerts (1620/1678 – entra à l’Académie royale de peinture et sculpture en 1660 et deviendra le favori de Charles le Brun) et Pieter Boel (1622/1674 appelé aux Gobelins par le peintre officiel du roi, Charles Le Brun, en 1668/69),.plus que des peintres ce furent des génies de cet art.

C’est à Nicasius Bernaerts que fut confié le décor du salon octogonal de la Ménagerie. Pour ce faire il va réaliser 51 tableaux entre 1664 et 1668. Ils formaient une sorte de frise. 22 sont toujours existants de nos jours. Certains ont été endommagés et nécessiteraient une rénovation. Au départ on les avait mis en dépôt au Louvre, puis, par la suite, ils furent dispatchés dans différents musées français.

Dans le domaine de la sculpture on trouve quatre grands artistes, très talentueux , qui ont intégré l’Académie royale de peinture et sculpture. Ils ont obtenu de très belles commandes royales et la participation à de gros chantiers dans les jardins du château de Versailles . Ils ont, tous les quatre, fait entrer un animal dans certaines de leurs œuvres (chevaux, créatures marines, animaux féroces etc…) : Antoine Coysevox (1640/1720) -François Girardon (1628/1715) – Gaspard Marsy ( 1624/1681 et Jacques Houzeau (1624/1691).

« Scène de retour de chasse dans un paysage » 1785 env. Anne VALLAYER-COSTER (Collection particulière)
 » Attributs champêtres  » 1777 – Jean-Baptiste HUET (Musée des Beaux-Arts à Lyon)
« Groupe des chevaux du Soleil » Gaspard et Balthasar MARSY 1667/72 (marbre) – (Musée national des châteaux de Versailles et Trianon )

L’art animalier n’a pas été uniquement représenté dans des tableaux ou des sculptures – Il l’a été aussi dans différents objets :

 » Plateau de table en marqueterie de marbre et pierres dures » Début XVIIe à Florence (Musée du Louvre)
« Vases à têtes de lion » Manufacture royale de porcelaine de Sèvres / Fond mosaïque et décor oiseaux et paysages chinois 1780 (Musée national des châteaux de Versailles et Trianon)
« Candelabre dit de l’Indépendance américaine » 1785 Pierre Philippe TOMIRE (bronze ciselé et doré-Biscuit de Sèvres) -(Musée national des châteaux de Versailles et Trianon)
 »Traineau dit au léopard  » 1730/40 (bois sculpté, acier, velours, cuir) -(Musée national des châteaux de Versailles et Trianon)

Le hameau de la reine / Trianon

 »  J’ai visité dans le petit Trianon ce que l’on appelle le Hameau : il consiste en une ferme, une laiterie, un presbytère, un moulin, la maison du seigneur, du bailli, du garde-champêtre, et enfin la tour de Malborough. A certains jours, la cour se rendait à Trianon, au hameau. Louis XVI était le seigneur du village, ses deux frères étaient l’un le bailli, l’autre le maître d’école, le cardinal de Rohant le curé, le maréchal de Richelieu le garde-champêtre et enfin la reine était la fermière et tenait la laiterie qui était toute pavée et revêtue de marbre blanc. Chacun avait le costume de son rôle. Louis XVI était celui qui avait le plus de naturel et de bonhomie, sa simplicité était admirable. Toutes ces maisons à l’air rustique, aux toits de chaume, étaient, à l’intérieur, des modèles de luxe et d’élégance.  » François-Louis POUMIÉS DE LA SIBOTIE ( Extrait de Souvenirs d’un médecin de Paris – 1847 )

 » « Le Hameau de la Reine  » (vue du hameau depuis l’étang) 1786 – Claude Louis CHATELET (Aquarelle) – ( Bibliothèque Estense à Modena-Italie)
« La ferme » 1750 Jean-Baptiste OUDRY (Musée du Louvre)

Louis XVI offrira le Petit Trianon à son épouse pour qu’elle puisse avoir un endroit où se réfugier lorsque les contraintes de la Cour seraient trop pesantes pour elle. Pour son entrée, elle recevra une clé sertie de 531 diamants. Il lui dira :  » Madame, je suis en état de satisfaire à présent votre goût. Je vous prie d’accepter, pour votre usage particulier, le Petit Trianon. Ces beaux lieux ont toujours été le séjour des favorites des rois, conséquemment ce doit être le vôtre. »

Le Hameau fut construit entre 1783 et 1786. Il y avait la maison de la Reine, le moulin, le boudoir, la maison du billard, le réchauffoir, le colombier, la maison du jardinier, la grange, la laiterie, la tour de Malbrough et une ferme, toutes des constructions à l’aspect rural avec un toit de chaume . Lorsqu’elle demandera à Richard Mique la création de jardins à Trianon, elle souhaitera qu’il envisage une extension pour la création d’un village autour d’un lac.

Elle ne fut pas la première à souhaiter avoir un petit coin de campagne bien à elle. Le Prince de Condé avait fait de même dans son domaine à Chantilly. Du reste, priser la nature, la campagne etc… était un peu dans les esprits et les idées véhiculées par les philosophes.

Ce hameau permettra donc à la reine de France de venir s’isoler, échapper aux tracas et obligations de la Cour. Si l’extérieur était plutôt champêtre, la maison où elle vivait était meublée de façon assez cossue. Elle n’y recevait que des intimes et le roi (assez rarement) sur invitation personnelle envoyée par ses soins. On ne peut pas dire qu’elle en est profitée beaucoup de temps compte tenu du fait qu’en 1791 elle fut arrêtée .

Sur place il y avait de nombreuses personnes à son service, veillant à sa sécurité bien sur, mais s’occupant du jardin potager et autres cultures, et des animaux.

A la Révolution, ce petit hameau sera laissé à l’abandon et les maisons vont malheureusement subir des dommages dus notamment aux intempéries. Lorsque Napoléon Ier arrive au pouvoir, il va entièrement le faire restaurer, n’hésitant pas à détruire les bâtiments qui avaient le plus souffert, c’est le cas notamment de la laiterie, et la ferme . Il offrirs le lieu à sa seconde épouse l’impératrice Marie-Louise (petite nièce de Marie-Antoinette) – Durant le XXe siècle, le hameau fut, à nouveau, restauré, grâce à des donation (dont celle de John Rockefeller) et on reconstruira, à l’identique, les maisons qui avaient été détruites.