Les ADAM – La sculpture en héritage …

En collaboration avec le Musée du Louvre, le Musée des Beaux Arts de Nancy nous donne l’occasion d’aller à la rencontre d’une très talentueuse famille : les Adam qui, comme l’indique l’intitulé de l’affiche, a eu la sculpture en héritage. Franchement, si vous le pouvez, c’est une rétrospective à ne pas manquer, d’une part c’est la première qui est consacrée à cette fabuleuse et féconde dynastie lorraine, tous nés à Nancy, la plus importante du XVIIIe siècle, sur trois générations, des virtuoses, et d’autre part elle vous permet de voir plus d’une centaine de leurs fabuleux chefs-d’œuvre.

Les prêts viennent de grandes institutions muséales de France, Allemagne et Italie. L’expo, très lumineuse, se déroule selon un parcours chronologique en divers espaces réservés à chacun des sept membres de cette famille, lesquels ont reçu en héritage la technique, la beauté, le réalisme, la délicatesse, la sensibilité, la virtuosité; Tous ont eu la sculpture ancrée en eux et une grande passion pour cet art : Jacob Sigisbert Adam – Lambert Sigisbert Adam – Nicolas Sébastien Adam – François Michel – Pierre Joseph Michel et Claude Michel dit Clodion.

Elle avait été reportée en raison de la pandémie, a repris au mois de septembre, et se tient jusqu’au 9 janvier 2022. Elle a reçu le label Exposition d’intérêt national de la part du Ministère de la Culture. Une distinction qui se donne assez rarement.

Ce qui est magnifique c’est de pouvoir admirer cette incroyable évolution stylistique qui les caractérise. Et franchement je suis ravie qu’une expo puisse leur rendre hommage car jusque-là et mis à part celle réservée à l’un d’entre-eux (Clodion) en 1992, eh bien triste est de constater que cela n’avait pas été fait. Certes, les noms de ces sculpteurs peuvent être méconnus, mais certaines de leurs œuvres ont , j’en suis persuadée, déjà retenu, un jour, votre attention.

Tout a commencé avec le fondateur de la dynastie : Jacob Sigisbert Adam (1646/1747) : reconnu et apprécié en tant que grand sculpteur de son époque, le patriarche fut spécialisé dans figurines et bustes en terre cuite. Il a reçu de nombreuses commandes du duc de Lorraine, Léopold, ainsi que de son épouse Élisabeth qui était la nièce de Louis XIV . D’ailleurs Jacob a travaillé pour le roi Soleil et pour Louis XV. Il a eu sept enfants.

On peut encore, de nos jours, voir sa maison à Nancy (57 rue des Dominicains), une petite pépite achetée en 1712. Il la fera reconstruire huit ans plus tard et sculptera, lui-même, sur la façade, des superbes bas-reliefs et statues inspirés par les dieux de la mythologie.

 » Saint Joseph béni par l’enfant Jésus » Terre cuite datant du début du XVIIIe siècle – Jacob Sigisbert ADAM (Musée des Beaux Arts de Nancy)
 » Léopold de Lourraine » Jacob Sigisbert ADAM Vers 1720 Terre cuite (Palais des Ducs de Lorraine-Musée Lorrain à Nancy)

Lambert Sigisbert Adam (1700-1759) est le fils ainé de Jacob. Nul ne peut contester qu’il fut un virtuose époustouflant dans son domaine, avec une maîtrise incroyable dans la sculpture du marbre. Ses pièces sont dotées d’un grand réalisme, d’expressivité et d’un merveilleux sens du détail .

Il a débuté avec son père avant de partir étudier à l’Académie de France à Rome où il est resté dix ans. Sur place il a reçu le protectorat du cardinal de Polignac qui était l’ambassadeur de France près du Saint Siège.

Avec ses frères Nicolas Sébastien et François Gaspard, ils ont séjourné durant très longtemps chez des éminentes personnalités de l’Église romaine. Ensemble ils ont énormément travaillé, pour le Cardinal, sur la restauration de statues antiques de la Rome sous César et qui sortaient des fouilles qui avaient cours à l’époque. Lui-même a également participé à des grands chantiers pontificaux.

Ce sculpteur doué, prix de Rome en 1723 a toujours été fasciné par l’œuvre du Bernin et , du reste, son travail témoigne de cette admiration qui a très certainement influencé son propre travail.

Lorsqu’il rentrera en France, les louanges reçues en Italie, et son talent, lui permettront de recevoir une attention toute particulière du roi qui lui passera de nombreuses commandes notamment pour le château de Versailles. En collaboration avec son frère Nicolas Sébastien, il créera le groupe sculpté Le triomphe de Neptune et Amphitrite que l’on peut voir dans le bassin de Neptune du parc de Versailles.

Si vous avez été au musée du Louvre, vous avez probablement dû déjà voir sa magnifique et célèbre sculpture La poésie lyrique qui lui fut commandée par la marquise de Pompadour pour son château de Bellevue. Elle date de 1752.

« La poésie lyrique » Lambert Sigisbert ADAM 1752 (Musée du Louvre / Paris)  » Cette figure est le moment d’un enthousiasme poétique : c’est une femme nue couronée de lauriers et qui a des ailes sur la tête. Elle regarde le ciel d’où elle reçoit le feu qui produit les pensées qu’elle est prête à écrire sur le livre des Fastes du roi qu’elle tient dans la main gauche soutenue aussi d’un laurier sur lequel elle se penche pour écrire. Du pied du laurier sort la rivière Hypocrène et de l’autre sont groupés des livres, une trompette et la couronne destinée aux poètes fameux. » Explication de l’artiste à propos de cette sculpture.
« Neptune calmant les flots irrités » (ou Neptune calmant la tempête) 1737 env. marbre – Lambert Sigisbert ADAM (Musée du Louvre à Paris – C’est avec cette sculpture qu’il a été reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture – C’est elle qui illustre l’affiche de l’exp)
 » Buste de Neptune  » 1727 – Marbre – Lambert Sigisbert ADAM (Château Sanssouci à Postdam)
 » Buste de Amphitrite  » marbre 1727 Lambert Sigisbert ADAM (Château Sanssouci à Postdam)
 » L’air  » marbre / Fait partie de sa série les Quatre Éléments 1737-1746 – Lambert Sigisbert ADAM (Collection particulière)
 » Jeune fille à la sandale  » marbre 1735 – Lambert Sigisbert ADAM (Böde Museum à Berlin)

Nicolas Sébastien Adam : tout aussi doué que son frère avec lequel il travaillera notamment pour la réalisation de cascades et bassins au château de Versailles, fera carrière en France. Il sera, lui aussi, reçu et loué à l’Académie royale de sculpture et peinture. C’est un artiste infiniment talentueux . Il émane de son travail de la pureté, de la finesse, de la délicatesse et un lissé merveilleux. Ces qualités lui permettront l’obtention de très importantes commandes pour les résidences royales, des édifices religieux.

Il atteindra le succès, en 1747, lorsqu’il réalisera le monument funéraire de Katarzyna Opalinska, épouse du roi de Pologne Stanislas Leszczynski, tous deux parents de la reine de France Marie Leszczynska qui avait épousé LouisXV. Ce monument se trouve en l’Église Notre-Dame du Bon Secours à Nancy.

En France, il ne sera admis qu’assez tard à l’Académie royale de sculpture. Cela se fera avec Prométhée déchiré par un aigle en 1762

Monument funéraire de Katarzyna Opalinska par Nicolas Sébastien ADAM
« Prométhée déchiré par un aigle  » 1752 Marbre Nicolas Sébastien ADAM (Musée du Louvre à Paris)

François Gaspard Adam : Le don de la sculpture a également coulé dans les veines du benjamin de la fratrie. Il a étudié, au départ, avec son père. Puis, comme ses frères, il s’est rendu à Rome. De retour à Paris, il se classera, quelques années plus tard, second au Prix de Rome, ce qui lui vaudra de retourner dans la ville éternelle et d’être pensionnaire à la Villa Médicis.

En 1747, il deviendra le premier sculpteur du roi de Prusse, Frédéric II, et réalisera des œuvres sublimes pour le château de Sanssouci à Postdam. Il restera en place jusqu’en 1760. C’est là-bas que l’on peut vraiment voir l’étendue de son travail sculptural.

« Minerve » 1760 Marbre – François Gaspard ADAM (Château de Sanssouci à Postdam)
 » Mars  » 1764 marbre François Gaspard ADAM (Château Sanssouci à Postdam)

Après le père et les fils, viennent les neveux : François – Pierre Joseph et Claude MICHEL . Ils sont les fils de Anne Adam (fille de Jacob) avec un sculpteur Thomas Michel.

Deux deux premiers fils on sait vraiment très peu de choses, si ce n’est qu’ils ont été formés par leur oncle Lambert. Par ailleurs, lorsque François Gaspard décèdera, on fera appel à son neveu François pour lui succéder, voire même terminer certaines pièces, à la Cour de Postdam. Malheureusement, il ne se révèlera pas aussi passionné et assidu que son talentueux tonton et le roi de Prusse lui demandera de bien vouloir retourner en France.

De retour dans son pays, il rejoindra son frère Pierre Joseph et, ensemble, travailleront beaucoup la terre cuite.

« Jeune femme couchée lisant » 1780 Pierre Joseph MICHEL (Musée des Beaux Arts de Nancy)

Claude MICHEL dit CLODION : Si tous les autres sont restés quelque peu méconnus, Clodion en revanche va être celui qui sera le plus  » célèbre « . Il va se former, au départ, dans l’atelier de son oncle Lambert, puis rejoindra celui d’un autre sculpteur connu Jean-Baptiste Pigalle. Il obtiendra son brevet, ce qui lui permettra de partir, comme les autres, parfaire sa formation à Rome, notamment satisfaire des commandes s’inspirant de l’antique.

Lorsqu’il revient en France, il ouvrira son propre atelier. La capitale est en pleine effervescence dans la construction d’hôtels particuliers. Clodion va être souvent sollicité pour les ornementer avec des décorations assez monumentales, ainsi que des somptueux bas-reliefs.

Par ailleurs, il va se spécialiser dans des sculptures en terre cuite, notamment des bacchantes, des nymphes, des faunes, et autres satyres. Il va, de plus, exceller dans l’art de petits monuments pour honorer la mémoire d’animaux qui comptaient dans la vie de certaines personnes et il le fera avec des pièces pleines de sensibilité mais aussi d’humour.

« Léda et le cygne  » terre cuite 1770 – Claude MICHEL dit CLODION (Musée du Château Montaigu à Jarville)

6 réflexions sur “Les ADAM – La sculpture en héritage …

  1. Bonjour Lisa

    J’ai quelques questions :

    Ce sont vraiment TOUTES des statues ?

    Il n’y en a pas qui sont moulées
    sur des statues façonnées en argile par exemple
    puis coulées dans des matériaux qui ressemblent à la pierre

    C’est vraiment de la pierre ?

    C’est à peine croyable de pouvoir sculpter
    des corps, des frises ou des cheveux de cette façon.
    Je me suis toujours posé la question.
    Je vous la pose aujourd’hui.

    Merci

    Bonne journée

    J’aime

    1. Oui ce sont toutes des statues. Non il n’y a pas de statues en argile coulées dans de la pierre. Ce sont des œuvres en marbre, sculptées dans le marbre, avec des instruments de l’époque. Chaque époque avait ses instruments, lesquels, bien sur, ont évolué avec le temps. Les blocs de marbre étaient préalablement dégrossis . La beauté vient justement du travail dans le marbre. Merci Léo et douce journée à vous ♥

      Aimé par 1 personne

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