Rêverie …

« Oh ! laissez-moi ! c’est l’heure où l’horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume,
L’heure où l’astre géant rougit et disparaît.
Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu’en ces jours où l’automne décline,
Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt. » Victor HUGO (Vers extrait de son poème Rêverie/Recueil Les orientales/1826)

Arbre et Philosophie …

 » Toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique ; le tronc est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale. J’entends la plus haute et la plus parfaite morale qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse.  Or, ce n’est pas des racines, ni du tronc des arbres qu’on cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi la principale utilité de la philosophie dépend de celles de ses parties qu’on ne peut apprendre que les dernières.  » René DESCARTES (Philosophe, mathématicien français –  Extrait des Principes de la philosophie ( 1644)

Le thé …

 » La première gorgée chasse toute torpeur,
Mon bien-être s’étend à tout l’univers.
La deuxième gorgée purifie mon âme,
Telle une pluie épurant la fine poussière
À la troisième gorgée, me voici éveillé :
Nul besoin de détruire les passions !  »XIE LINGYUN (Poète chinois)

Ilya RÉPINE : peindre l’âme russe …

«  De toutes mes misérables forces je tâche d’incarner mes idées dans la vérité. La vie qui m’entoure m’émeut trop, me travaille sans répit, m’appelle à mon chevalet. La réalité est trop cruelle pour y broder la conscience tranquille des motifs insolites.J’aime surtout l’art ! Il est toujours et partout avec moi : dans la tête, dans le coeur, dans mes plus profondes aspirations. Les heures matinales que je lui consacre sont les meilleures de ma vie. Dans ces heures-là, il y a tout : la joie et l’amertume. » Ilya RÉPINE

 » Autoportrait  » 1887 Ilya RÉPINE (Galerie nationale Trétiakov à Moscou)

En partenariat avec la Galerie Tretiakov de Moscou, et au travers d’environ 120 tableaux ( prêts de grandes institutions muséales russes et finlandaises) le Petit Palais nous propose une très intéressante et magnifique répartie en différentes salles (14) :  » Ilya RÉPINE – Peindre l’âme russe jusqu’au 23.1.2022.

Ilya Répine est un important peintre russe du XIXe siècle, très nationaliste, toujours apprécié et populaire dans son pays voire même, n’ayons pas peur des mots : c’est une star avec une carrière très longue puisqu’elle a duré 60 ans ! Il est reconnu là bas comme étant le peintre le plus important du mouvement réaliste russe (portraits, scènes de genre, scènes historiques) , lequel était opposé au romantisme. Il fut un grand maître des formes, de la lumière et de la couleur.

Réputé pour avoir été un travailleur acharné dans sa peinture, on l’a surnommé le Sanson de la peinture parce que cette dernière englobait ses racines, ce qu’il était, sa condition modeste, ses idées, ce qu’il émanait de sa personnalité à savoir un mélange de douceur et de violence. Il s’est intéressé aux souffrances du peuple et picturalement parlant il a merveilleusement su capter tout ce qui faisait l’âme de son pays, sa profondeur, son passé, son histoire, son présent, son avenir. Il a montré beaucoup d’empathie vis-à-vis de ceux qui souffraient.

Il a su évoquer la ferveur religieuse, le quotidien des paysans les plus humbles, les légendes populaires, les saisons aussi. Un mélange de vie difficile, de tendresse, de lyrisme, de fierté nationaliste, etc…. et malgré son exil en Finlande, il continuera dans ce sens sans jamais que rien n’altère sa créativité et tout ce qu’il ressentait au fond de lui. C’est tout un ensemble de ces choses qui a fait de lui sa force à la différence de beaucoup d’autres peintres russes.

En France, par contre, et comme dans d’autres pays occidentaux, il est assez méconnu, d’où l’intérêt de cette exposition . Il se présente lui-même comme le prodigieux palpeur de l’âme humaine. Il a beaucoup aimé peindre les gens ordinaires dans leur quotidien, avec leurs problèmes, leurs difficultés, tout simplement parce que, de par ses origines modestes, il s’est senti proche d’eux. Il n’a pas voulu pour eux une peinture qui puisse les embellir d’une quelconque façon parce que leur beauté était justement d’apparaitre tels quels.

Il a traversé de grands évènements historiques et politiques dans son pays : l’abolition du servage par Alexandre III, les actes révolutionnaires de 1905 et 1917 , toute l’incompréhension du peuple, l’assassinat du tsar, la première guerre mondiale, le passage de la Russie des tsarine à l’URSS tout autant de sujets historiques qui l’ont touché personnellement et qui ont fait l’objet de nombreux tableaux. Bien qu’à l’écoute des souffrances du peuple russe, il a aussi honoré certaines commandes des tsars , notamment Alexandre III.

 » Alexandre III recevant les doyens des cantons dans la cour du palais Pétrovski à Moscou  » 1886 Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)
« Les cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie  » Ilia RÉPINE (le peintre recevra un prix pour ce tableau à l’Exposition universelle de 1893. Il fut acheté par le tsar Alexandre III ) – ( Collections du Musée d’État russe à Saint-Pétersbourg)
 » La nouvelle Constituion  » 17 Octobre 1905  » – Ilya RÉPINE -(Collections du Musée d’État russe à Saint-Pétersbourg)

En dehors de ses talents de peintre, il va se révéler être un formidable écrivain, un excellent dessinateur, et un sculpteur également. C’est un artiste qui n’a eu cesse d’être dans le questionnement afin de se renouveler. Il deviendra aussi, plus tard, un éminent pédagogue.

Grand portraitiste, très prolifique dans ce genre . Il s’est même essayé aussi à l’autoportrait. Ses portraits sont vraiment magnifiques parce qu’ils sont empreints de profondeur. Il a peint des personnalités diverses et variées (popes, vagabonds, militaires, tsars, médecins, compositeurs, peintres, écrivains, cantatrices, banquiers, etc etc…) que ce soit sous la forme de dessins à la plume, au crayon de couleur, mais aussi bien sur à la peinture, et ce avec toujours beaucoup de sensibilité. Le portrait restera toujours pour lui une discipline majeure.

« Visage, l’âme de l’homme, le drame de la vie, les impressions de la nature, et le sens de sa vie, l’esprit de l’histoire : c’est notre sujet  » I.R.

« La baronne Varvara Ikskül Von Hildenbandt » (une femme de Lettres, éditrice. Elle faisait partie des personnalités très en vue à Saint-Pétersbourg) – 1889 – Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)
 » Alexeï Pisemski  » (Romancier et dramaturge. Une personnalité importante du réalisme russe) 1880 – Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)
 » La Tsarevna Sophie Alexeïevna  » (fille du tsar Alexis. Elle a régné à la mort de son père puis sera destituée par son demi-frère Pierre le Grand ) – 1879 – Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)

Le sous titre de l’exposition définit tout à fait son travail :  » peindre l’âme russe  » , oui c’est cela, il a cherché à sonder l’âme des personnes qui ont posé pour lui et on peut dire qu’il a véritablement apporté un grand renouveau dans ce genre en Russie. Même lorsque certains de ses tableaux vont choquer, et furent entourés de scandale, comme par exemple les Haleurs de la Volga, l’opinion publique continuera de l’apprécier. Il créera encore la polémique lorsqu’il présentera une toile montrant Ivan le Terrible assassinant son fils. C’était mal venu parce qu’à l’époque le pouvoir tsariste n’était pas au mieux. Du reste, en 1885, Alexandre III va interdire que le tableau soit exposé, lequel tableau sera même vandalisé à deux reprises.

« Les Haleurs de la Volga » 1870/1873 Ilya RÉPINE (Musée d’État russe à Saint-Pétersbourg) En France on a intitulé cette toile, par erreur Les Bateliers de la Volga. Il va passer un temps à les regarder . C’étaient des hommes très rustres, n’accordant pas leur confiance facilement, mais il réussira à se faire accepter pour pouvoir les peindre.
« Ivan le Terrible et son fils Ivan le 16 novembre 1581) 1885 Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)

Il est né en 1844 à Tchougouïev en Ukraine, c’est là qu’il a passé toute son enfance. . Son papa Efim était un ancien militairet devenu marchand de chevaux. C’était un homme infiniment proche de la nature. Sa maman Tatiana était maîtresse dans une petite école rurale où les enfants des paysans venaient apprendre à écrire et à compter . C’est elle qui n’a pas manqué de l’intéresser aux grands noms de la littérature russe et fera de lui un intellectuel. Il vient d’une famille assez modeste. Il a très jeune côtoyé la vie difficile des paysans, le servage, les saisons, la religion orthodoxe. Tout cela a forgé non seulement son esprit mais également son art futur.

Le peintre avec sa mère et son frère

Il a commencé sa vocation de peintre dans un atelier topographique puis a rejoint l’atelier d’un maître spécialisé dans les icônes. Dans sa jeunesse, il s’est fortement intéressé aux processions religieuses. Par la suite, il a accordé de l’importance à l’Évangile , à la prière , a voyagé en Terre sainte pour se rapprocher de l’image du Christ, de son combat, de ses souffrances. .Et pour autant ses relations avec la religion orthodoxe ont été étranges, complexe, et un jour, comme Tolstoï il s’en écartera.

« Golgotha » 1921/1925 Ilya RÉPINE (Collections de la Princeton University Art Museum à Princeton)
 » La procession religieuse dans la province de Koursk » 1881/1883 Ilya RÉPINE ( Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)

En 1863, il passera le concours d’entrée à l’Académie impériale des Beaux Arts de Saint-Pétersbourg. Il réussira un an plus tard à y entrer en tant qu’auditeur libre. Il en ressortira presque huit ans après, auréolé d’une médaille d’or et d’une bourse. L’art académique avait une place prépondérante dans cette institution, mais ce n’était pas là sa vocation de peintre. Bien sur, au départ, il a peint ce qu’on lui enseignait, mais de par son caractère très indépendant, il a souhaité se tourner vers quelque chose de plus réaliste, audacieux, émotionnel et humain.

A l’académie des Beaux Arts il a étudié avec une grande personnalité du monde pictural russe à savoir Ivan Kramskoï, fondateur du groupe des Ambulants, lequel prônait la liberté de l’art. Les tableaux de Répine font souvent référence aux inégalités de la société russe, à ses réflexions profondes sur la condition humaine.

Sa première reconnaissance picturale se fera en 1870. Deux noms ont compté dans cette reconnaissance : 1) Pavel Trétiakov, collectionneur et galériste, qui s’est beaucoup intéressé à ses portraits tellement réalistes et lui a passé de nombreuses commandes. Cette notoriété naissante lui permettra de recevoir des demandes impériales 2) celui qui deviendra un grand ami, et pour lequel il éprouvera toujours un immense respect parce que capable de savoir lui faire des compliments comme des critiques justifiées, à savoir l’éminent critique Vladimir Stassov. C’est lui qui va le conseiller de rejoindre le mouvement des Ambulants .

Les Ambulants ce sont des peintres engagés, patriotes, avec un style très réaliste. Au départ, ils étaient 14 issus de l’Académie Impériale ayant refusé catégoriquement de peindre un sujet sur la mythologie imposé pour pouvoir passer un concours de l’Institution. Ils ont préféré un sujet plus en phase avec l’actualité de leur pays. Leur rebellion va faire qu’ils ne recevront plus d’aide financière de l’Académie. Du coup ils ont formé un groupe (un artel) Chaque exposition (ambulante) de ce groupe représentait un évènement dans le pays. Leurs engagements picturaux étaient fort appréciés par les écrivains notamment Tolstoi et Dostoïevski, mais aussi les sculpteurs et les compositeurs.

Le groupe des Ambulants en 1888 : debout de gauche à droite : Beggrov- Doubovskoi – Chichkine – Maximov – Brioullov – Posen – Larochenko – Savitski – Nevrev – Makovski – Répine – Miassoiedov – // Assis de gauche à droite : Kisseliov – Volkov – Kouindji – Vasnetsov – Kouznetzov – Lemokh – Klodt – Prianichnikov – et Bodarevsky
Ilya Répine avec le critique d’art Vladimir StasSov et l’écrivain Maxim Gorki
« Portrait de Vladimir Stassov » 1889 – Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)
« Portrait de Pavel Trétiakov » 1901 Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)

C’est à cette époque (1872) qu’il se marie avec Véra Alexeïevna. Ils auront quatre enfants : Véra, Nadia, Youri et Tatiana. . Sa famille va lui inspirer des toiles superbes de son bonheur, touchantes, pastorales, lyriques, tendres. Tableaux d’un certain bonheur certes, mais pas l’entente parfaite avec son épouse : elle aime rester à la maison, s’occuper des enfants et lui est très attirée par les jolies femmes. Ils se sépareront en 1887.

« Le repos » (Portrait de son épouse Véra) 1882 Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie Trétiakov à Moscou)
 » Portrait de Youri Répine enfant  » son fils 1882 – Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou) Ce tableau illustre l’affiche de l’expo.
« Libellule » Portrait de sa fille Véra à l’âge de 12 ans – 1884 Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)
 »Portrait de Nadia Répine » sa deuxième fille. 1881 – Ilya RÉPINE (Collections du musée Radichtchev à Saratov)

Bien qu’il ne se soit jamais engagé en politique, il suivait, avec intérêt, ce qui se passait à ce niveau là dans son pays, car, bien qu’il ait des origines ukrainiennes, il s’est ,malgré tout , toujours senti russe. . Il avait une opinion bien tranchée sur la politique et n’hésitera pas à faire savoir qu’il soutenait, avec ferveur et enthousiasme les idées progressistes de la révolution , mais, pour autant, il ne changera jamais sa propre idéologie.

D’un point de vue purement artistique, il ne s’est pas cantonné à un mouvement plus qu’à un autre, il s’est nourri de différentes tendances, tout comme il s’est entouré d’artistes divers que ce soit des musiciens, des écrivains, des peintres qui n’avaient pas obligatoirement les mêmes idées que lui. Il a prôné l’union des arts, ce qui a fait de lui une personnalité qui a, comme je l’ai dit en début de cet article, beaucoup compté dans la scène artistique de son époque en Russie.

Il a fréquenté les cercles intellectuels et littéraires russes . Anton Tchekov l’a énormément admiré. Il fut l’ami de Léon Tolstoï, s’est rapproché un temps de Serge Diaghilev, mais le trouvant beaucoup trop moderne pour lui, il s’en détachera. Il n’adhèrera pas d’ailleurs à tous les mouvements picturaux dits modernes qui viendront : futurisme, symbolisme, cubisme et autres Il a été également proche de grands compositeurs russes comme Moussorgski notamment qui fut lui aussi un ami . Répine a été un inconditionnel fan et réciproquement Moussorgski admirait beaucoup le peintre.

« Modeste Moussorgski » 1881 – Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou) – Le compositeur était alcoolique et souffrait d’une profonde dépression nerveuse suicidaire. Le tableau a été peint quatre jours avant qu’il ne décède. Il sera vendu afin que le peintre puisse faire ériger un monument funéraire en hommage à Moussorgski
« Mikhaïl Glinka composant l’opéra Roussian et Ludmila  » 1887 Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou) – Le tableau fut réalisé après la mort du compositeur
 » Alexandre Glazounov  » 1887 – Ilya RÉPINE (Collections du Musée d’État russe de Saint-Pétersbourg)

J’ai cité Tolstoï . Ce dernier a fait partie de ses proches. Il est venu visiter l’atelier du peintre en 1880. Tolstoï a 52 ans et Répine 36 ans. A partir de là, tous deux vont partager une très grande amitié qui va durer jusqu’à la mort de l’écrivain . Il l’a très souvent représenté. Le fréquenter a permis qu’il acquiert une certaine réputation et lui a permis de se tourner vers l’écriture. Il a, d’ailleurs, rédigé de nombreux essais, des textes sur ses pensées, et n’a pas manqué également d’illustrer des textes sur la Russie écrits par d’autres.

Ils ont aimé partager, tous deux, de très longs entretiens sur la vie, la mort, la religion, mais également tout ce qui avait attrait à la nature, les riches, les pauvres, l’injustice, l’engagement, la proximité avec le peuple etc…… une seule sujet sera sensible entre eux car opposé : l’art. Tolstoï ne le voyait absolument pas comme quelque chose de nécessaire, alors qu’il l’était pour Répine. Toutefois, cette divergence de point de vue n’a en rien altérer leur amitié. Elle a donné naissance à différents portraits de Tolstoï.

Tolstoï et Répine vers 1907
« Léon Tolstoï’ 1887 – Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie nationale Trétiakov à Moscou)

Répine s’est intéressé à l’impressionnisme français lorsqu’il est resté à Paris de 1873 à 1876. Grâce à la bourse obtenue de l’Académie impériale, il part en voyage avec son épouse : Italie d’abord, puis à Paris -. Il y avait dans la capitale , à cette époque, une communauté d’artistes russes et c’est donc tout naturellement qu’il partagera l’atelier de l’un d’entre eux. Pour gagner de l’argent, vivre et manger, il exécutera de nombreux portraits.

C’était alors un jeune peintre. Il avait assisté à une exposition d’Édouard Manet dans la capitale française, puis en 1874 naissait l’impressionnisme. On peut dire que cela fut le point de départ de cette envie de peindre la vie quotidienne des russes, et lui a permis de découvrir la peinture en extérieur, l’attrait de la couleur et l’influence de la météo sur elle. Il a, également, passé deux mois en Normandie, une région qui va l’enthousiasmer. Après quoi, il rentrera en Russie avec tout ce qu’il avait retenu de ce mouvement.

 » Paris m’a été d’une grande utilité . Je ne peux le nier. Les jours sont plus clairs et le travail marche. » I.R.

 » Le café parisien  » 1875 – Ilya RÉPINE (Collections du Musée d’Art d’avant-garde à Moscou)
 » Le vendeur de nouveautés à Paris  » 1873 Ilya RÉPINE (Collections de la Galerie Nationale Trétiakov à Moscou)

Lorsqu’il rentrera en Russie, va se poser à Moscou, se verra attribuer le titre d’académicien là où il a fait ses études à savoir l’Académie impériale des Beaux Arts de Saint Pétersbourg. Il y reviendra en 1892 en tant qu’enseignant, puis deviendra le directeur de l’atelier de peinture durant treize ans de 1894 à 1907. Il effectuera, à nouveau, de nombreux voyages à partir de 1900.

C’est durant l’un d’entre eux qu’il rencontre à Paris en 1900 celle qui deviendra sa seconde épouse : l’écrivaine Natalia Nordman, dont il disait souvent qu’elle était l’amour de sa vie. En 1903, ils partent vivre à Kuokkama, en Finlande, à une cinquantaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, dans une propriété qu’il avait acquise là-bas en 1899 , Les Pénates. Même éloigné, il s’intéresse aux évènements qui se passent en Russie comme l’abdication du tsar en 1918, l’installation d’un autre régime etc…

 » Natalia Nordman  » ( sa seconde épouse) 1900 – Ilya RÉPINE (Finnish National Gallery Alteneum Art Museum à Helsinki)

Avec son épouse, ils organisaient des réceptions chaque mercredi. On pouvait y croiser Maxim Gorski, Alexandre Glazounov, Vladimir Stassov) Anatoly Lyadov et tant d’autres . Natalia n’a que faire des nombreuses femmes peintres qui viennent solliciter son époux et auxquelles il ne reste pas insensible. Elle règne en maîtresse de maison absolue, ce qui fait dire à beaucoup de personnes que c’est une femme autoritaire et tyrannique.

Tuberculeuse, elle va partir, un jour vers un climat plus adapté pour elle en Suisse. Elle ne reviendra pas car elle meurt seule là-bas en 1914. Véra, une des filles issues de son premier mariage, viendra s’occuper de lui.

Répine et son épouse Natalia devant un tableau du peintre, représentant Tolstoï et sa femme

En 1917, la Finlande va se détacher de la Russie et devenir un territoire indépendant – Du coup, il deviendra alors un exilé russe . La nouvelle URSS en place va vouloir récupérer son peintre, lui fera différents appels pour retourner en Russie, Staline enverra même une délégation de peintres pour essayer de le convaincre . Malgré les grosses difficultés financières auxquelles il fait face, son état de santé, il ne souhaitera pas répondre favorablement .

Kuokkala, où se trouvait sa maison, était , à une époque, dans le grand-duché de Finlande, lequel était rattaché à l’Empire russe. Lorsque la Finlande deviendra indépendante, Kuokkala sera annexée à l’URSS en 1944, et portera, quatre ans plus tard, alors le nom de Repino en hommage au peintre.

« Paysage d’hiver » 1903 – Ilya RÉPINE (Finnish National Gallerie-Ateneum Art Museum à Helsinki)

Vers la fin de sa vie, il va rédiger ses Mémoires en collaboration avec le poète, critique, écrivain et journaliste Kornei Tchoukovski. Elles seront publiées en 1937. Il va mourir en 1930 à l’âge de 86 ans entouré de ses enfants . Il travaillait dans un atelier non chauffé, avec des mitaines aux mains et il a pris froid. Il est enterré, selon sa volonté , dans le parc de sa maison.

Depuis son décès, quatre musées ont vu le jour : celui de sa maison Les Pénates (qu’il avait légué à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg) et trois autres en Russie, Ukraine et Biélorussie.

 » Le Gopak danse des cosaques zaporogues  » Ce sera son dernier tableau entre 1926 et 1930 – Faute de moyens, il le peint sur du linoléum parce qu’il ne peut plus acheter de toile. (Myra Collection)

Portrait de Mademoiselle L.L. …

 » Tout aspire ici à séduire et à désarmer. Du nom de la jeune femme représentée, avec sa longue assonance allègre, jusqu’à son attitude cavalière, le portrait se situe bien au-delà des conventions bourgeoises qu’il rappelle et déjoue. L’influence d’Ingres, dessins virtuose et couleurs tranchées, confirme cette sensation insistante d’inattendu et d’effronterie. Et la référence aux gravures de mode, traditionnellement porteuses d’une vision lénifiante de la jeune femme, n’épuise plus la portée de l’image.

Mademoiselle L.L est assise sur le bord d’une petite table, position peu convenable en ce qu’elle évoque les affranchies. La tête sensuellement inclinée accuse l’effet de la bouche et des yeux qui bravent les bienséances autant que les jolies mains aux doigts effilés. Nous retrouvons la passion de Tissot pour le rouge.

Évocateur de la corrida comme de la guerre de Crimée, le fameux boléro convient au climat incertain du tableau, de même que la cage vide et le carton à dessins. Moderne jusqu’au chausson qui dépasse de la robe, la piquante inconnue impose son indépendance. Patronyme, liens conjugaux, profession, rien ne l’emprisonne encore.

Datée précisément de «  février 1864 « , la toile de Tissot, prend valeur de manifeste. La frimousse des Parisiennes à la page ne devait plus quitter son chevalet.  » Stéphane GUÉGAN ( Conservateur au musée d’Orsay)

James TISSOT Portrait de Mademoiselle
 » Portrait de Mademoiselle L.L.  » 1864 – James TISSOT ( Musée d’Orsay / Paris )

Une feuille rousse que le vent pousse …

 » Une feuille rousse
que le grand vent pousse
dans le ciel gris-bleu,
l’arbre nu qui tremble
et dans le bois semble
un homme frileux,

une gouttelette
comme une fléchette
qui tape au carreau,
une fleur jaunie
qui traîne sans vie
dans la flaque d’eau,

sur toutes les choses
des notes moroses,
des pleurs, des frissons,
des pas qui résonnent :
c’est déjà l’automne
qui marche en sifflant sa triste chanson. » Michel BEAU (Poète français. Lauréat de l’Académie française en 1969,)

Photo : Dave LAWRENCE

Se relaxer …

 » Les bienfaits de la relaxation sont connus : elle permet de mieux faire face aux contrariétés et aux agressions, de mieux profiter des périodes de calme et de se reposer efficacement, en chassant l’irritabilité ou l’angoisse. Savoir se relaxer favorise la concentration, le raisonnement, l’action. Intégrer la relaxation à ses autres savoir-faire améliore les performances et préserve la santé  » Charly CUNGHI ( Médecin psychiatre, psychothérapeute)

relaxer

Les belles poupées de Sasha KHUDYAKOVA …

Sasha KHUDYAKOVA

Comme beaucoup de petites filles, j’ai eu, enfant, une passion pour les poupées. Il m’arrive encore aujourd’hui de m’émerveiller devant la beauté de certaines d’entre elles avec lesquelles joue ma petite fille, ou celles dites de collection.

Dans ce dernier domaine, il y a une merveilleuse et talentueuse artiste russe que j’ai eu envie de vous présenter : Sasha Khudyakova. Depuis 1992, en tant que professionnelle, elle travaille la porcelaine, ainsi que différentes autres matières (pâtes polymères) pour fabriquer de magnifiques poupées, pleines de finesse et délicatesse, vêtues de costumes très élégants et raffinés, . Elle a beaucoup de succès dans son domaine et reconnue comme un maître dans le genre de la fabrication de poupées classiques.

Elle est diplômée de l’Université d’art et d’industrie Stroganov qui se trouve à Moscou, Présidente de l’Union internationale des artistes de Russie dans la section poupées d’art.

Ces pièces sont classées comme objets de collection. Elles sont très souvent présentées dans des expositions un peu partout dans le monde . Certaines d’entre elles sont conservées au Musée d’Histoire de Moscou et d’autres ont été acquises par différents collectionneurs en Allemagne, Etats-Unis, Italie.

Roses d’automne …

« Aux branches que l’air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur cœur vermeil.

Tardives floraisons du jardin qui décline,
Vous avez la douceur exquise et le parfum
Des anciens souvenirs, si doux, malgré l’épine
De l’illusion morte et du bonheur défunt. » Nérée BEAUCHEMIN (Extrait de son recueil Vers extraits d’un poèmes du recueil Patrie intime en 1928)

Photo de Adonyi GABOR ( Dernières roses d’automne)

Cosi fan tutte (Ossia : La Scuola degli amanti) … W.Amadeus MOZART

(Vidéo : Ouverture – Nikolaus HARNONCOURT à la direction du ROYAL CONCERTGEBOUW ORCHESTRA )

Cosi fan tutte ou la Scuola degli amanti ( Ainsi font-elles ( ou Elles font toutes ainsi )  ou l‘École des amants ) est ce que l’on appelle un dramma giacoso . Il fut composé en 1789 et créé en 1790  à Vienne. Avant cette date, une première audition privée avait eu lieu chez le compositeur, en présence de Joseph Haydn.  Une tragi-comédie,  commandée par l’empereur Joseph II, pour laquelle Mozart, après Les Noces de Figaro et Don Giovanni, fait appel à librettiste favori à savoir Lorenzo Da Ponte. Ce sera leur dernière collaboration.

Ce chef-d’œuvre, dont la musique a été écrite en quatre mois seulement,  ne fut pas reconnu comme tel avant le XXe siècle en raison du sujet un peu trop libertin et frivole pour l’époque : des femmes volages, tentées par l’infidélité, et qui se jettent au cou d’hommes un peu trop séducteurs . De nos jours les esprits et les choses ont changé et c’est désormais un opéra fort apprécié.

Avant de proposer ce sujet à Mozart,  Da Ponte l’avait déjà soumis à Antonio Saliéri qui, d’ailleurs, avait commencé à esquisser la musique, avant de se raviser et abandonner le projet intitulé La Scuola degli amanti ( titre original ) . Le librettiste se tourne alors vers Mozart qui accepte le livret. Cette intrigue où se mêlent amour, tromperie, trahison, espoir, fidélité, illusion, saupoudrée avec une bonne dose d’humour lui plait.  Il  se met au travail, et change le nom de l’opéra en Cosi fan tutte. A noter que l’histoire était, semble t-il, basée sur un fait réel qui s’était passé à Vienne et dont tout le monde parlait.

Il fera appel à des interprètes particulièrement talentueux sur le plan vocal, et qui avaient déjà travaillé avec lui, notamment pour les Noces de Figaro.

L’intrigue se situe à Naples, en Italie. Don Alfonso, un philosophe, ne croit pas en la fidélité des femmes. Il  fait un pari avec deux jeunes officiers : Guglielmo et Ferrando. Il est convaincu que durant leur absence, leurs fiancées, à savoir Fiordiligi et Dorabella, ne seront pas du tout fidèles. Ils acceptent de relever ce pari, quittent leurs dulcinées qui promettent de les attendre. Mais les deux jeunes gens montent une mise en scène avec l’aide de Don Alfonso et sa fidèle servante Despina. Ils sont déguisés, méconnaissables, et se mettent à courtiser les deux jeunes filles qui, dans un premier temps, les repoussent,  puis succombent à la tentation de ce jeu de  séduction.  Ils reviennent alors sous leur véritable apparence,  complètement dépités. Don Alfonso a gagné son pari.  » Elles font toutes ainsi  » dira t-il ! Fiordiligi et Dorabella supplient alors leurs amoureux de leur pardonner. Tout le monde fait le choix de rire de cette leçon sur la nature humaine qu’ils viennent de recevoir.

Cette œuvre lyrique est réellement radieuse,  entraînante, captivante, réaliste, pleine de finesse, mélancolique aussi, voire même assez bouleversante même par certains côtés. La musique, fort nuancée, bien équilibrée  et étroitement liée au texte,  l’accompagne avec beaucoup de réalisme, notamment par des mélodies harmonieuses qui traduisent , n’ayons pas peur des mots, à la perfection les émotions de chacun . Les arias, incroyablement superbes, expriment avec génie les caractéristiques des amants.

Pour les raisons expliquées en début de post, l’opéra ne sera pas un franc succès. Il sera arrêté au bout de cinq représentations en raison de la mort de l’empereur, puis reprendra avec un accueil toujours aussi mitigé.

( Vidéo : Per pietà, ben mio perdona / Aria de Fiordiligi Acte II – / Tereza BERGANZA )

( Video : Tutti accusan le donne / Aria de Don Alfonso Acte II / Sesto BUSCANTINI – Direction Herbert V.KARAJAN et le PHILHARMONIA ORCHESTRA )