Rêverie …

« Oh ! laissez-moi ! c’est l’heure où l’horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume,
L’heure où l’astre géant rougit et disparaît.
Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu’en ces jours où l’automne décline,
Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt. » Victor HUGO (Vers extrait de son poème Rêverie/Recueil Les orientales/1826)

NAPOLÉON – un empereur, deux impératrices : ambition, amour et intérêt …

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Napoléon par Jacques-Louis DAVID (1812)

 » En cet hiver 1794/95, le général Bonaparte est plus tourmenté que jamais par l’avenir. Il faut dire qu’il à , à sa charge, une famille nombreuse et il manque régulièrement d’argent. Il se surprend à envie le sort de son frère aîné Joseph qui vient d’épouser Julie Clary, la fille d’un important marchand de savon marseillais. La nouvelle madame Bonaparte a une jeune soeur qui répond au nom prédestiné de Désirée.

De passage à Toulon, il en profite pour faire un saut à Marseille. Là, ébloui par la belle maison bourgeoise et le train de vie que possède maintenant son frère, il décide de faire sa demande à la cadette des Clary. Malgré les réticences de sa future belle- mère qui estime  » qu’un Bonaparte dans la famille ça suffit « les fiançailles sont célébrées le 21 avril 1795. Quelques semaines plus tard, rappelé à Paris, Bonaparte a vite fait d’oublier sa promise. Il souhaite à présent s’établir dans la capitale et assurer sa position avec une parisienne dotée à la fois de subsides et d’entregent. Son choix se porte sur Mademoiselle  Montansier, une ancienne comédienne, millionnaire et âgée de 65 ans, laquelle, pleine de bon sens, décline la demande de l’officier qui n’a que 26 ans.

Désappointé, Bonaparte finit par se tourner vers Paul Barras qui est à la tête du Directoire. Ce dernier lui conseille de fréquenter les Salons mondains. Il l’introduit dans le plus galant et le plus côté d’entre eux : celui de Madame Tallien, laquelle refuse les avances de ce  » petit chat botté  » qui ne lui semble pas digne d’elle, d’autant qu’elle est , à l’époque, la favorite officielle du tout puissant Barras ( et ce même si elle n’est pas la seule ! ). Son amie Joséphine de Beauharnais a, elle aussi, les faveurs du chef du gouvernement. Elle sent, en revanche, qu’il lui échappe. Barras, en effet, est las de payer pour la belle créole, sensuelle et coquette, mais excessivement dépensière. Ajouter à cela qu’elle ne rajeunit pas ! L’amant marri voit donc l’occasion de faire une pierre deux coups : aider Bonaparte ( dont il pressent la future importance ) et se débarrasser enfin de Joséphine.

Joséphine (c’est le prénom que Napoléon choisira pour elle )  de BEAUHARNAIS impératrice des français de 1804 à 1809 – un tableau de François GÉRARD ( Avant son mariage avec Napoléon, elle fut l’épouse de Alexandre de Beauharnais dont elle aura deux enfants : Eugène et Hortense) –

Le stratagème fonctionne parfaitement. Bonaparte, séduit, tombe éperdument amoureux de cette femme encore belle. Il aime son amusant zézaiement, la façon intense dont elle l’interroge sur la Corse ( qu’elle confond avec la Sicile ), son insouciance quasi enfantine, et pense t-il, la fortune que lui a laissé son défunt mari guillotiné peu avant Thermidor.

Le 18 Mars 1796, Napoléon Bonaparte épouse Marie-Josèphe Rose Tascher de la Pagerie, veuve Beauharnais. Tous deux signent illico un acte de mariage où la plupart des données sont fausses, notamment leur âge : Napoléon s’est vieilli de 18 mois et Joséphine, elle, s’est rajeunie de 4 ans. Ce qui est rétrospectivement ironique pour le futur auteur du code civil …. Huit années passent … Joséphine sait parfaitement qu’elle n’enfantera plus. Afin d’asseoir sa position fragilisée, elle en appelle au pape Pie VII venu à Paris pour le futur couronnement. Elle lui fait savoir que le mariage religieux n’a jamais été célébré. Le 30 octobre, lors d’une cérémonie discrète qui se tient à minuit dans la chapelle du palais des Tuileries, l’union est enfin validée devant Dieu. Joséphine pense alors s’être prémunie d’une répudiation.

Tout autre est la situation en 1810, Joséphine, victime de son infertilité sera répudiée malgré ses manigances. Bonaparte, qui a en vue la soeur du tsar Alexandre, entreprend des négociations avec la Cour de Russe. Mais à Saint Pétersbourg il ne soulève aucun enthousiasme. L’empereur des français va se tourner alors vers Vienne.

Adieu de Napoléon à Joséphine  » – un tableau de Laslett John POTT –  » En décembre 1809, la dissolution du mariage impérial est prononcée. Joséphine se retire à la Malmaison avec une confortable rente de 2 millions de francs. Remarié, Napoléon continuera de lui rendre visite en cachette. Avant son départ pour la Russie en avril 1812, il vient deviser avec elle. Ce sera la dernière fois. Elle meurt le 29 mars 1814 d’une angine infectieuse. L’empereur dira :  » C’était la personne la plus remplie de grâce que j’ai jamais vue. Elle était la femme, dans toute la force du terme, mobile, vive, et le cœur le meilleur. » -Françoise SURCOUF )

Grâce à l’aide de son ex-épouse, amie du diplomate, il engage des pourparlers avec l’ambassadeur Metternich. François Ier d’Autriche, qui craint une alliance franco-russe, répond favorablement à cette demande d’alliance. il propose la main de son aînée Marie-Louise, une ravissante blonde de 19 ans. La jeune fille, en revanche, n’est pas ravie d’épouser un homme qui a 20 ans de plus qu’elle. De plus, sa famille lui a inculqué la haine des français en général, lesquels ont massacré sa tante Marie-Antoinette.

Les codes de l’ancien régime seront tous respectés : contrat, mariage par procuration, cérémonie d’échange à la frontière où la fiancée, quittant sa vêture autrichienne, est baignée, parfumée, rhabillée à la française, rencontre solennelle avec son époux, présentation officielle. L’union civile est célébrée à Saint Cloud en présence des grand personnages du régime et de la famille de l’empereur. Suivront un dîner et une pièce de théâtre.

Le mariage religieux, fastueux, a lieu dans le Salon Carré du Louvre transformé en chapelle. Le soir, un banquet est organisé dans la salle de spectacle des Tuileries. Bonaparte est heureux. Il espère qu’il va mettre un terme à la coalition austro-anglaise et entrer définitivement dans le cénacle des souverains européens et qu’il aura bientôt un fils. Le 20 mars 1811, après douze heures de travail, naît le roi de Rome. L’empereur pense avoir atteint son rêve de conquête. En fait ce mariage et cette naissance marquent le début de la fin de l’ère napoléonienne.  » Françoise SURCOUF ( Écrivain, critique d’art, rédactrice en chef du Magazine des arts, chroniqueuse historienne et judiciaire )

MARIE LOUISE et son fils le roi de Rome 1813 François GÉRARD
 » Marie-Louise et le roi de Rome  » – 1813 – François GÉRARD ( Elle fut impératrice des français ede 1810 à 1814 –  Après Napoléon, qui va mourir en 1821, elle se remariera deux fois : en 1821 avec Adam Albert de Neipperg, puis  en 1834 avec Charles René de Bombelles –  Le fils de Napoléon est mort en 1832 à l’âge de 21 ans )