Le déjeuner … François BOUCHER

 » A nos yeux de spectateurs avisés, le tableau semble idyllique, anodin et un tantinet conventionnel. Les contemporains de Boucher, eux, ne voient sur la toile que des choses modernes : la porcelaine, les vastes fenêtres, la petite cheminée, la décoration rococo, la collation, la boisson chaude, la sollicitude envers les enfants. Le tableau reflète pour eux un nouvel art de vivre, une nouvelle conception de l’existence.

L’œuvre a été réalisée en 1739 à Paris, en fait foi la date indiquée près de la signature. La France est prospère à cette époque : Louis XV n’est pas parti en campagne jusqu’ici, de bonnes récoltes ont succédé aux années de catastrophes climatiques ; le commerce et l’industrie sont en plein essor. En bas de l’échelle sociale, les petites gens mangent à leur faim et en haut, les nobles et grands bourgeois font des affaires et gagnent beaucoup d’argent. Boucher peint ici les membres de l’une de ces riches familles bourgeoises prenant leur premier repas de la journée.

Peut-être avons-nous sous les yeux la propre famille du peintre : sa femme Marie-Jeanne avait environ 25 ans en 1739 ; renommée pour sa beauté, elle a souvent posé pour lui. Leurs enfants Elisabeth-Victoire et Juste-Nathan avait quatre et trois ans , à peu près l’âge des enfants que nous voyons ici. La pièce, que l’on retrouve dans plusieurs autres tableaux, devait donc faire partie de son logement. Le peintre avant alors 36 ans et gagnait déjà fort bien sa vie.

On a longtemps cru , en voyant le jeune homme en habit vert, qu’il s’agissait du peintre servant lui-même le petit déjeuner à sa famille. Après tout, ces manières sont dans l’air du temps : le roi en personne ne chauffait-il pas et ne se versait-il pas le café quand il se trouvait dans ses petits appartements ? Mais l’homme en vert semble vraiment trop jeune pour l’emploi : le peintre avait 36 ans. En outre, il porte un tablier blanc. Il s’agit donc plutôt d’un serviteur. Il vient de poser sur le manteau de la cheminée, enveloppé dans une serviette blanche, le récipient qu’il est allé chercher dans la cuisine  ou, ce qui est plus vraisemblable encore, qu’il a apporté de l’extérieur.

En effet, dans la première moitié du XVIIe siècle, les nouvelles boissons chaudes à la mode : thé, café et chocolat, sont surtout préparées et offertes dans des lieux publics. Le jeune homme en tablier est probablement un garçon-limonadier qui travaille pour la composition des vendeurs de limonades et liqueurs. A paris, celle-ci avait commencé à la fin du XVIIe siècle à servir du café et du chocolat dans des cafetières et chocolatières en argent.

Le fait qu’on livre des boissons chaudes aux Parisiens chez eux, n’a rien d’extraordinaire. Tout au long de la journée, des marchands ambulants proposent leurs tisanes de santé et les apportent chez ceux qui les appellent. Les porteurs d’eau chaude et d’eau froide montent l’eau à l’étage. Le matin, les boulanger des faubourgs s’égosillent : «  voilà des petits pains de seigle !  » puis vient le tour des fermières avec leurs  » œufs frais !  » ou «  la laitière, allons vite !  » – Boucher a consacré une série de ces gravures aux cris de Paris qu’il entend tous les jours.  » Rose-Marie et Rainer HAGEN ( (Tous deux sont  auteurs d’ouvrages sur l’histoire de l’Art et explications sur les œuvres d’art. Elle est suisse et lui allemand)

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 » Le Déjeuner  » – 1739 – François BOUCHER

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