Elena Ivanovna (Gala) et Salvador …

 » Elle fut l’épouse du poète Paul Éluard (celle qui avant Nusch lui inspira des textes magnifiques) , la maîtresse de Man Ray, Picasso, Brassaï. Elle fut la grande amie de René Char, et surtout celle de René Crevel. Elle joua un rôle d’influence sur le groupe des surréalistes et elle deviendra la muse, l’inspiratrice, la femme, la co-créatrice de l’œuvre de Salvador Dali. Celle qui, vers la fin de vie de son extravagant mari, signait ses œuvres avec lui.

Une femme au parcours très intéressant, que l’on a dit énigmatique, cultivée, séductrice, exaltée, sensible, passionnée, libre, avec un sacré caractère, une icône du féminisme qui n’a eu que faire des conventions de l’époque et entendait rester libre dans ses actes et dans son corps. Elle n’a pas été fidèle en amour, par contre elle le fut infiniment, parait-il, en amitié.

Elena Ivanovna Diakonova dite Gala est née en 1894 à Kazan en Russie. Elle a deux frères Vadim et Nikolaï et une sœur, Lydia. Son père décède lorsqu’elle a une dizaine d’années. Sa mère se remarie avec un avocat. Elle va passer son enfance dans un milieu assez aisé à Moscou, recevra une très bonne éducation et sera une brillante étudiante.

A 18 ans, on découvre qu’elle est atteinte de tuberculose. La maladie s’aggrave et elle nécessitera qu’elle parte au sanatorium de Clavadel en Suisse. C’est là qu’elle fait la connaissance d’Eugène Grindel (qui deviendra Paul Éluard à l’âge de 21 ans) . Il la fascine par le charme qu’il dégage, et lui tombe amoureux de cette jeune fille envoûtante, pleine d’assurance. Ils ont alors respectivement 17 et 18 ans. Ils vont s’aimer passionnément, se feront des confidences : elle lui dira combien elle est passionnée par la littérature, et lui, il lui dira combien secrètement il rêve d’écrire. Ils font le projet de se marier.

Gala et Paul en 1917

Lorsqu’ils sont guéris, la première guerre mondiale éclate. Il est envoyé au front, et elle retourne en Russie. En 1917, à l’occasion d’une permission, Paul l’épouse. En 1918 naîtra leur fille unique Cécile. Malheureusement Elena n’a pas la fibre maternelle et elle confiera l’enfant à sa belle-famille. Il lui écrira des poèmes superbes, lui dédiera ses premiers recueils.

Avec lui elle fréquentera les surréalistes et les mouvements avant-gardistes de l’époque, partagera leurs idées, assistera à leurs réunions etc… En 1921, elle se rend à Cologne avec Paul et rencontre le peintre-sculpteur allemand Marx Ernst. Coup de foudre, elle devient sa maîtresse et tout en étant mariée, entame une relation qui va durer deux ans. Il fera d’elle de nombreux tableaux. Une vie à trois commence. Paul décide de partir à Saïgon, et ne reviendra que huit mois plus tard. Entre-temps, elle avait mis fin à sa relation avec Ernst.

Au centre Gala et Paul et leur fille Cécile – A gauche Luise femme de Ernst – A droite Marx Ernst avec sur ses épaules son fils Jimmy
 » Gala  » 1924 par Marx ERNST

En 1929, Miro introduit Salvador Dali dans le mouvement surréaliste. C’est là qu’il croise Magritte, Breton, Tzara, Eluard. Il invite Paul et Gala à venir lui rendre visite à Cadaqués, en Espagne, dans son refuge de Port Lligat. Une fois sur place, coup de foudre explosif irrationnel entre Salvador et Gala. Elle est complètement émerveillée par ce jeune artiste schizophrène, extravagant, provocateur, doué dans son genre, qui a exposé ses premières toiles à 14 ans et a fréquenté les Beaux-Arts de Madrid. Pour lui, elle représente la femme de ses rêve, de sa vie, et va déployer tout un arsenal d’idées farfelues pour la séduire.

« Gala devint le sel de ma vie, le temple de ma personnalité, mon phare, mon double, mon moi. C’est avec ton sang, Gala, que je peins mes tableaux  » S.D.

Elle va tout quitter pour lui, mari et enfant. Éluard en sera brisé. Néanmoins, ils vont continuer d’entretenir une correspondance qui commencera en 1929 et se poursuivra jusqu’en 1948, quatre ans avant que ne meurt le poète. Ni l’amour passion qu’elle éprouvera pour Dali, ni celui qu’Éluard éprouvera pour Nusch, ne vont affaiblir leurs écrits dans lesquels ils se parlent d’amour physique, intellectuel, mystique, éternel, et parfois même de façon assez crue.

Dali & Gala par Man RAY

Les débuts de la relation entre Dali et Gala sera rendue difficile parce que les parents du peintre ne verront pas d’un bon œil l’amour de leur fils pour cette femme mariée et plus âgée que lui. Il va devoir faire un choix. C’est elle qu’il décidera de garder. De ce fait, il sera contraint de rompre avec les siens, et surtout avec son père qui avait été toujours très proche de lui et l’avait vivement encouragé dans sa voie artistique. Il perdra aussi, en conséquence, son appui financier.

Il l’épouse en 1932, vivront, au départ d’amour et d’eau fraiche au bord de la mer, dans un petit cabanon de Port Lligat. La situation va, toutefois, s’améliorer et le temps des vaches maigres ne durera pas. Les œuvres de Dali ne traîneront pas dans un coin de l’atelier. Tout au contraire, elle vont connaître un gros succès dans le monde de la peinture surréaliste. Commencera alors pour eux, une vie de faite de soirées et rencontres influentes. Sept ans plus tard, les propos que Dali tiendra sur Franco et Hitler seront condamnés par le mouvement surréaliste. Le couple quittera la France et l’Espagne pour les Etats-Unis. Direction New York, où Dali diversifiera son travail en réalisant, notamment, des décors pour le théâtre, et la création de bijoux.

Huit ans d’exil, puis retour en Espagne en 1948. Durant toutes ces années, Gala restera l’élément clé de leur couple. Elle est présente, amoureuse, sera l’amante, la maîtresse, l’épouse exclusive, l’idole, la collaboratrice, la muse, l’inspiratrice, le modèle pour de nombreux tableaux, celle qui, au fil du temps, va l’apaiser lors de ses crises nerveuses. A la fois elle fait preuve de discrétion, le laissant exprimer ses excentricités, ses débordements sur le devant de la scène , mais assez dominatrice dans leur couple et porte la culotte en privé. Elle gère leurs comptes, négocie avec les galeries, les expositions, le pousse à peindre toujours plus, et se tient toujours à ses côtés.

Leur amour est fusionnel, excessif, leur couple tumultueux. Ils se disputent de façon assez violente et se réconcilient de la même façon, mais ne se sépareront jamais. Leurs sentiments mutuels restent fort malgré tout. Il lui sera à jamais fidèle, elle le trompera souvent. Telle fut leur vie : s’aimer et se laisser la liberté d’aimer ! Il l’épousera à nouveau, de façon religieuse cette fois, en 1958 dans le sanctuaire des Anges près de Gérone en Espagne.

En 1968, il lui fera cadeau d’un château à Pübol dans lequel elle se rend l’été. Elle l’autorise à venir la retrouver mais pour ce faire, il doit lui faire, préalablement, une demande écrite ! C’est là qu’elle décède en 1982. Elle est enterrée dans une crypte du château. Après sa mort, Dali va se retirer complètement de toute vie publique. Sa démence va considérablement s’augmenter. Il meurt en 1989 et reposera dans une tombe à côté de celle de son épouse. Il exprimera le souhait qu’elle soit légèrement écartée de la sienne afin que leurs mains puissent se rejoindre …

 »Galarina » 1944/45 Salvador DALI //  » j’ai commencé à peindre cette toile en 1944 et j’y ai travaillé durant six mois, trois heures par jour. Je lui ai donné le titre Galarina car Galaest pour moi ce que la Fornarina est à Raphaël. Oui, et ce n’est pas intentionnel, il y a encore ici du pain ! Si vous regardez attentivement la toile, il devient clair que le bras croisé de Gala est similaire à la miche de la corbeille de pain, et son sein une tranche de pain. J’ai peint Gala avec des côtelettes d’agneau sur l’épouse pour exprimer son désir subconscient d’avaler. Ce fut une période d’imagination galopante. Mais, maintenant que Gala a atteint le plus haut niveau de la hiérarchie héraldique de ma dignité, elle est devenue pour moi un panier de pain. »
 » Gala portant deux côtelettes en équilibres sur son épaule « 1934 – Salvador DALI
 » La Madone de Port Lligat « (Gala) Ière version 1949 – Salvador DALI

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