Les arbres …

 » Aimez et vénérez, ne tuez pas les arbres ;
Un pays meurt, après que ses grands bois sont morts ;
Aucun n’est protégé par la splendeur des marbres,
Et, les abris perdus, les peuples sont moins forts.

Ce n’est pas seulement pour la douceur du rêve
Par nous goûtée en l’ombre apaisante des bois.
Qu’il conviendra toujours de respecter leur sève,
Sœur pâle du sang rouge et sacrée autrefois ;

Les bois gardent en eux l’âme de la patrie,
Son vieil esprit, les mœurs, son antique rigueur ;
Quand la sève à flots coule en la forêt meurtrie.
C’est comme un peu de sang perdu par notre cœur.

Un être obscur et doux vraiment dort sous l’écorce
Les chênes autrefois étaient des demi-dieux.
Protecteurs de la race et gardiens de la force.
Et leur horreur sacrée étonnait nos aïeux.

Oui, nous devons aimer la forêt fraternelle,
Dont l’âme épanche encor le silence et la paix,
La paix des jours premiers réfugiée en elle,
En la verte fraîcheur de ses rameaux épais.

Et parfois j’ai rêvé qu’étendant sur la terre
À nouveau son empire et son calme divin,
Elle nous survivait, auguste et solitaire,
Ayant enseveli tout le vain bruit humain. » Henri CAZALIS dit Jean LAHOR (Médecin et poète symboliste français / Les arbres est un poème écrit en juin 1903 à l’occasion de la Fête de l’arbre)

Photo James SANDERS

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