Gustave et Louise …

 » En entrant dans l’atelier de James Pradier, Gustave Flaubert ne voit qu’elle. On la surnomme à Paris : La Muse. Louise Colet est en train de poser, mutine. Des mèches bouclées entourent son fin visage. Son cou, ses épaules dénudées fascinent celui qui, à vingt-quatre ans, est devenu l’ermite de Croisset, une propriété acheté par le Dr Flaubert sur les bords de la Seine à cinq kilomètres de Rouen. La Muse, de son côté, n’est pas sans remarquer ce beau garçon à la carrure impressionnante et aux grands yeux pers. Elle connait les hommes et constate, non sans plaisir, que le jeune ami de Pradier est sous le charme. Ils devisent. Louise tient salon et l’engage à venir lui rendre visite. Sans se soucier de savoir quel est le jour de la Muse, Gustave se précipite chez elle dès le lendemain.

Flaubert a été éprouvé depuis sa maladie. Il a ragé, trépigné, blasphémé mille fois entre deux saignées. Les crises se sont estompées, mais deux autres malheurs ont frappé la famille. Le 15 janvier 1846, atteint d’une septicémie, le Dr Flaubert est mort. Le 22 mars, c’est sa sœur Caroline, tant aimée, qui a disparu. Elle avait épousé Émile Hamard, un condisciple de Flaubert, et venait d’accoucher. Flaubert aurait cru que sa mère ne survivrait pas à ce double drame, mais elle trouva la force de vivre pour élever sa petite-fille.

La rencontre avec La Muse va permettre à Flaubert, sinon d’oublier ceux qui ont disparu, du moins de retrouver le goût de la vie, car il est réellement amoureux de cette femme de trente-cinq ans ! Louise s’était mariée dans sa province, avec un musicien qui l’avait emmenée à Paris. Elle y a bien manigancé, son charme aidant, qu’elle s’est fait une place au soleil. Elle a écrit dans les journaux, a publié un recueil de poèmes pour lequel elle a reçu un prix et obtenu une pension du Ministère de l’Instruction. Elle est aussi devenue la maitresse de Victor Cousin, pair de France et grand Maître de l’Université.

Louis et Gustave sont très épris, mais leur liaison est fondée sur une méprise. Elle veut tout. Tout de suite. Lui ne sont pas un seul instant à sacrifier la vie qu’il mène à Croisset sur les bords de la Seine, entre ses livres, ses projets de romans, voire de théâtre. La Muse récrimine. Si Flaubert ne peut pas venir plus souvent à Paris, pourquoi n’irait-elle pas à Croisset ?

Il se récrie, affirme qu’on peut s’aimer sans se voir pendant dix ans. Elle proteste. Il lui écrit en avril 1847 que l’amour n’est pas la première chose dans la vie. Et avant de partir pour une longue tournée en Bretagne, il en rajoute . L’amour, affirme t-il, n’est pas un mets principal, seulement un assaisonnement. Louise fulmine. Lui s’en va par les chemins de traverse vers le pays des Landes. Lorsqu’il revient de son périple, gorgé d’iode et d’huîtres, les plaintes de Louise reprennent de plus belle. Gustave ne dissimule pas. Il ne peut pas lui donner ce qu’elle demande. Il a besoin de calme, pour écrire, pour lire. D’ailleurs il est en train de rédiger les chapitres impairs de Par les champs et les grèves.

L’amour ! Gustave est exaspéré. Comme si il avait que ça dans la vie. Et les évènements, que fait Louise des évènements qui se préparent ? Il a assisté à un banquet en faveur d’une réforme électorale. Les harangues entendues l’ont stupéfiés par leur bêtise, mais quand la révolution de 1848 éclate dans Paris, il viendra assister, avec des amis, à la prise des Tuileries et à la proclamation du gouvernement provisoire.

Flaubert a rompu avec Louise et il est retourné à Croisset. Il n’a que de deux cultes : celui de l’amitié et celui de l’art. Le reste est colifichet, bagatelle.  » Irina DE CHIKOFF (Écrivain, grand reporter au Figaro)

 » Madame, j’ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois chez moi. Je n’y étais pas, et dans la crainte des avanies qu’une telle persistance de votre part, pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m’engage à vous prévenir : que je n’y serai jamais. J’ai l’honneur de vous saluer  » Gustave à Louise dans un dernier billet en 1855.

Louise COLET par James PRADIER

N.B. . : Lorsque Flaubert rencontre Louise Colet, il se remet doucement de gros problèmes de santé et de la perte d’êtres chers. Elle a alors une certaine notoriété et lui n’est pas encore l’écrivain qu’il deviendra plus tard. De plus, elle vit à Paris et lui à Rouen. Leur liaison va durer de 1846 à 1854. Elle aura laissé une extraordinaire correspondance littéraire amoureuse enflammée .

On connait le génial Gustave Flaubert, cet écrivain romantique, assez moraliste, quasi psychologique, doté d’un grand sens de l’observation, avec ce côté à la fois moqueur, ironique mais exigeant et très réaliste vis-à-vis de ses personnages. il disait de lui  » d’un point de vue littéraire, il y a en moi deux bonshommes distincts :  » un épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigles de toutes la sonorité de la phrase et des sommets de l’idée, et un autre qui creuse, qui fouille le vrai tant qu’il peut «  Il nous a laissé de merveilleux romans : Madame Bovary, L’éducation sentimentale, Salambô, Les Trois contes, etc….

Louise Colet est complètement tombée dans l’oubli. Elle fut pourtant l’égérie de plusieurs poètes et romanciers, une femme de Lettres très prolifique qui a eu du succès à son époque . Elle a reçu de nombreux prix dont le célèbre Prix de l’Académie Française. Une poétesse, mais aussi écrivain que ce soit pour des livres, des articles dans les journaux, des récits de voyage ( notamment celui en Egypte avec Théophile Gautier) , des biographies etc…Elle a été mariée à un compositeur et professeur de musique au Conservatoire, Hippolyte Colet dont elle a eu une fille, Henriette. Ils se sont séparés un an après sa rencontre avec Flaubert.

Cette féministe, engagée politiquement, républicaine et anticléricale, séduisante et séductrice, a eu de nombreux amants. Elle s’est battue toute sa vie pour exister en tant qu’écrivain et s’imposer dans le monde littéraire misogyne de l’époque. Elle vivra une relation passionnée avec Flaubert. Tous deux étaient très différents du point de vue du caractère. Elle très enthousiaste et lui assez renfermé (il est surnommé l’ermite de Croisset)

Elle est morte, oubliée, en 1876, et repose au cimetière de Verneuil-sur-Avre. Flaubert décèdera 4 ans plus tard d’une hémorragie cérébrale. Il fut accompagné jusqu’à l’église de Croisset, puis au cimetière de Rouen par ceux qui furent ses amis à savoir : Guy de Maupassant, Joris Karl Huysmans, Emile Zola, Edmond de Goncourt, François Coppée, Paul Alexis et Léon Hennique.

Le Barbier de Séville … Gioacchino ROSSINI

ROSSINI
Gioacchino ROSSINI 1792/1868

«  Le langage de la musique est commun à toutes générations et toutes nations. Il est compris par tout le monde dès le moment où il est compris avec le cœur.  » Gioacchino ROSSINI (Compositeur italien)

( Vidéo : Ouverture /  Carlo Maria GIULINI à la direction du PHILADELPHIA ORCHESTRA)

Rossini fut, sans conteste, le maître du bel canto, un compositeur qui a su d’une part redonner une vitalité nouvelle à l’opéra italien ( notamment bouffa et séria ), musicalement certes, mais surtout vocalement car ses arias sont superbes . Avec lui, la voix a pris une position primordiale dans les oeuvres opératiques. Sa musique très italienne est riche d’un point de vue orchestral, mélodiquement entraînante.

Le Barbier de Séville est l’un de ses plus importants opéras, en tous les cas le plus populaire. Si, de nos jours, il est l’un de ceux que l’on applaudit avec ferveur, il n’en fut pas de même le jour de sa création.

Rossini le composa très vite ( deux semaines à peine). Il fut présenté la première fois en 1816 au Teatro di Torre Argentina à Rome. Le livret est de Cesare  Sterbini d’après la pièce de  Pierre Augustin Caron de  Beaumarchais ( Les Noces de Figaro )  et le livret de Giuseppe Petrosilini pour l’opéra de Giovanni Paisello.

Si la première ne fut pas un succès c’est parce que le jeune Rossini fut accusé d’avoir puisé son inspiration dans l’opéra de Paisello qui recevait encore toutes les faveurs du public. Du coup, on comparait l’un avec l’autre , ce qui , bien entendu,  ne se faisait pas en faveur de Rossini. Par ailleurs, Paisello , quelque peu jaloux, en rajoutait une couche en ne manquant pas d’exprimer son mécontentement. Rossini comprendra tout à fait la situation et pour éviter qu’elle ne s’aggrave davantage,  il changera  le nom de son opéra en Almaviva ossia l’inutile precauzione.

Malheureusement les choses ne s’arrêteront pas là : le jour de la première, et pour nuire à son bon fonctionnement, des gens dans le public parlaient très fort, gênant l’orchestre, d’autres criaient  des plaisanteries, voire même des insultes, ce qui amenait tout le monde à rire très fort. Rossini qui dirigeait ce soir-là l’orchestre, excédé par ce tapage, se retourna vers le public et se mit à l’applaudir. Une façon de faire qui va encore plus envenimer les choses ! Le rideau tombera sur un fiasco.

Il décidera de ne plus assister aux trois représentations suivantes et resta à son hôtel. Curieusement, le public va se taire, écouter, apprécier la musique , l’oeuvre et l’applaudira à la fin . Le succès partira de là …. Et le titre fut accepté !

Le Barbier de Séville est une oeuvre vraiment irrésistible, pleine d’humour, tout à fait charmante, très théâtrale, énergique, exigeante vocalement,  avec une musique éclatante . L’Ouverture reste l’une des plus célèbres de Rossini. Comme il le faisait souvent, dans l’urgence de ses compositions, il a repris celle d’un précédent opéra, en l’occurrence, dans le cas présent, ce sera celle de Aurélien à Palmyre .

(Vidéo : « Una voce poco fa » Acte I / Maria CALLAS – Accompagnée par le PHILHARMONIA ORCHESTRA – Direction Tullio SERAFIN)

( Vidéo :  » Largo al factotum  » – Tito GOBBI ( Baryton ) )

Lac Léman …

 » Léman, roi de nos lacs ! dont le bord magnifique
Sous le pied des grands monts courbe son arc magique,
Miroir de notre amour, — je veux chanter encore
Ton onde où le soleil baigne ses ailes d’or !

Caps perdus dans l’azur ! harmonieux rivage,
Où la brise de mai tremble dans le feuillage !
Neiges que le couchant sait allumer deux fois ;
Nobles cimes des monts, tout drapés de grands bois,
Qui dans les eaux mirez vos couronnes d’albâtre,
Et votre ombre géante où luit le feu du pâtre !…

Léman, j’arrive enfin sur ta rive embaumée,
Et je vois s’azurer ton onde bien-aimée.
Le voici ce beau ciel qui hait les aquilons,
Et que l’Alpe gravit sur ses verts échelons ;
Voici la vague bleue où la tremblante étoile
Vient nager de concert avec la blanche voile !…

Ô Poésie ! amour que je garde en mon cœur !
Après avoir au loin porté ton pas vainqueur,
Et passé du tropique à la rive glacée,
Dis ! n’as-tu pas souvent, de ta course lassée,
Franchi nos durs rochers, nos vallons, nos ravins,
Pour venir dans ces flots baigner tes pieds divins ?
N’es-tu pas revenue asseoir tes rêveries
Sur nos monts ondulés, sur nos rives fleuries,
Et, sous ce ciel si pur, ton immortel amant,
Demander la fraîcheur aux brises du Léman ? Henri DURAND (Poète suisse de langue française / Extrait de son recueil Poésies Complètes/1848

Bord du Lac Léman à Lausanne -Suisse-

Le côté architectural de MONET …

 » Les autres peintres peignent un pont, une maison, un bateau et ils ont fini. Je veux peindre l’art dans lequel se trouvent le pont, la maison, le bateau et la beauté de l’art où il sont.  » Claude MONET (Peintre impressionniste français)

Monet fut surtout un peintre des paysages, des ports, des bateaux, des jardins, mais très souvent dans l’une ou l’autre de ces toiles, on note la présence d’une construction : édifices célèbres ou simples petites cabanes sans importance, des escaliers, des clochers, des ponts de pierre, des églises, des cathédrales, des fermes, des toits ; aucun lieu n’a été similaire à un autre ( à moins de n’avoir été reproduit plusieurs fois dans des séries).

 » L’escalier  » Claude MONET

Toute sa vie durant, Monet a inséré quelque chose d’architectural dans ses tableaux. Il leur a donné un rôle, parfois insignifiant, parfois déterminant. Certains de ces édifices furent historiques et ont servi de regard sur le passé. Ils ont été peints là comme un contraste posé dans l’agitation et l’animation d’une ville moderne, comme un rappel du temps, parce qu’en les regardant on se souvient, mais aussi comme une justification de la présence de l’homme.

D’autres logent, abritent, protègent. Monet a été conscient de leur fragilité car exposés aux affres et caprices de la météo et des catastrophes naturelles. Il en a peu parlé finalement mais il a simplement évoqué le plaisir que ce fut pour lui de les peindre et aussi la difficulté que certains d’entre eux lui ont apporté. Il a bravé , en effet, bien souvent des conditions météorologiques assez difficiles, mais peu importe car il aimait ça.

On retrouve de l’architecture dans ses tableaux sur Paris, Argenteuil, Vétheuil, Rouen, le Havre, Antibes,  Londres, Bordighera, Venise mais aussi Amsterdam et Zaandan aux Pays-Bas :

NORMANDIE : Il n’est pas né en Normandie mais il y est arrivé enfant, et il a passé toute sa jeunesse là-bas. Par ailleurs, il finira sa vie à Giverny.

La Normandie va lui offrir de beaux motifs architecturaux diversifiés :  des villes (Le Havre, Rouen, Honfleur, Sainte Adresse, Trouville … j’en passe et des meilleures , qui se sont développées avec l’arrivée du chemin de fer et par voie de conséquence avec lui des touristes) , ports, phares, plages, falaises, côtes, campagne, ponts, villages, maisons, hôtels, cabanes abandonnées à flanc de colline, églises  etc…Comme toujours il se plante là affrontant parfois une météo difficile mais heureux.

« La chapelle de Notre-Dame-de-Grâce  » 1864 Claude MONET
 » Cabane du douanier/Varengeville » 1882 Claude MONET
MONET ET ARCHITECTURE LA PLAGE A TROUVILLE
 » La plage à Touville « – 1870  – Claude MONET
MONET LA GRANDE ALLEE A GIVERNY
 » La grande allée à Giverny  » – 1900 – Claude MONET 

La cathédrale de Rouen a fait partie de l’une des séries incroyablement célèbres et importantes dans l’oeuvre de Monet. Il a porté un grand intérêt à cet édifice qui représentait pour lui une sensibilité de ce passé auquel il est toujours resté attaché. Il arrive là en 1892, puis en 1893, toujours à la même époque, entre février et avril,  de façon à capter une lumière qui soit à peu près la même.

Il loue deux appartements qui se trouve juste en face de la cathédrale et dont les fenêtres lui donnent des points de vue différents à différentes heures du jour.  Une trentaine de tableaux immortaliseront la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Il n’entrera dans l’édifice que deux ans plus tard, dix jours après avoir terminé son travail .

MONET CATHEDRALE DE ROUEN 1892 FACADE OUEST
 » La cathédrale de Rouen – 1892 – Claude MONET

PARIS : il a abordé le thème de la capitale , vers 1866/67, avec Le quai du Louvre et le Jardin de l’Infante . Une ville qu’il va aimer  » regarder d’en haut  » pour une perspective meilleure. Bien souvent, en effet,  il s’est placé sur une terrasse ou sur un balcon .Ayant obtenu une une autorisation du comte de Nieuwerkerke ( alors surintendant des Beaux Arts   ), il s’installait  sur l’un des balcons du Louvre ( avec dos tourné au musée ) afin d’avoir des vues magnifiques. Idem pour le boulevard des Capucines par exemple où il s’était positionné sur le balcon du photographe Nadar. Il attend le moment opportun qui permettra de donner vie et animation à ses toiles. Lorsque l’on en regarde certains, on a même l’impression que ce sont des photographies.

MONET ET ARCHITECTURE Quai_du_Louvre_1867
 » Le quai du Louvre  » – 1867 – Claude MONET
MONET LE PONT NEUF 1871
 » Le Pont-Neuf  » 1871 – Claude MONET

On ne peut pas dire qu’il ait beaucoup apprécié la ville elle-même , parce qu’il n’ y a finalement passé que de brefs séjours . Il a nettement préféré la banlieue en bords de Seine, mais il n’a pas détesté se promener le longs des quais, flâner dans certains quartiers comme celui du   boulevard des Capucines , les Tuileries, le Parc Monceau, le Pont Neuf, le Pont de l’Europe, le Panthéon, la coupole du Val de Grâce, la rue Montorgueuil , la rue Saint Denis et bien sur la gare St Lazare toute de verre et d’acier. Il a passé son enfance et son adolescence au Havre et lorsqu’il est revenu pour la première fois à Paris, il avait 19 ans, peu d’argent en poches : la ville qui l’avait vu naître était alors en pleine effervescence : on démolissait, on reconstruisait, ce n’était plus le Paris  d’autrefois, ni encore le nouveau car le projet Haussmann battait son plein.

Le quartier de l’Europe avec son célèbre pont métallique et la gare Saint-Lazare toute de verre et d’acier vont le fasciner ( surtout la gare ) – Il fait une demande à la direction ferroviaire ( qu’il obtiendra ) pour pouvoir s’installer à l’intérieur même de la gare. De même qu’il loue un atelier non loin de là pour pouvoir la peindre en extérieur. Il le fera à différentes heures de la journée afin d’obtenir une grande diversité d’effets de lumière. Il peindra les machines, les quais, les réverbères, les entrepôts de marchandises, les panneaux de signalisation, et les nuages de vapeur sortant des locomotives aussi.  Chaque tableau fait sur la gare Saint Lazare est différent de l’autre, une oeuvre d’art à part entière comme il l’a souhaité d’ailleurs. Un jour c’est dans l’un de ces trains qu’il partira pour toujours loin de Paris pour s’installer définitivement à Giverny.

MONET 1877 LE PONT DE L EUROPE ET LA GARE ST LAZARE
 » Le pont de l’Europe – Gare Saint Lazare  » – 1877 Claude MONET
MONET LA GARE ST LAZARE 1877 ARRIVEE D UN TRAIN EXTERIEUR
 » Arrivée d’un train – Gare Saint Lazare extérieur  – 1877 – Claude MONET

ARGENTEUIL  : Monet  aimé la banlieue qui  lui a offert une grande variété de motifs. On peut dire qu’il y a eu une évolution importante et évidente entre Argenteuil et Vétheuil. C’est en 1871 que Monet s’installe à Argenteuil ( 15 kms environ de Paris ) avec sa famille. L’endroit est  en pleine évolution, d’un côté on trouve la  campagne, de l’autre  la ville  qui souhaite regarder vers le futur, vers la modernité. La population a doublé car beaucoup de parisiens ont fait le choix de venir s’y  » réfugier  »  durant le bouleversement des travaux d’Haussmann. Monet va rester sept ans à Argenteuil .

Il y a beaucoup à voir et à peindre. Il s’attardera sur les fameux ponts , qui avaient été démolis durant la guerre de 1870 et qui étaient en reconstruction. Le premier est ferroviaire en fer et béton plutôt moderne, et le second routier est plus traditionnel. Mais la sérénité de la campagne environnante, baignée parfois de soleil, va l’attirer également, tout comme les rues ou les boulevards avec des bâtiments très anciens qui apparaissent dans certaines de ses toiles

MONET ARGENTEUIL LE PONT DE BOIS 1872.jpg
 » Le Pont de bois/ Argenteuil « – 1872 –  – Claude MONET

VETHEUIL : Il s’installe là en 1878 alors que sa vie est traversée par de gros soucis financiers et que la santé de sa femme Camille donne bien des inquiétudes . Il a deux enfants.  Il  loge dans une maison, route de Mantes,  où se trouve la famille Hoschedé. Ce qui va beaucoup attirer Monet dans ce petit village, c’est l’église Notre-Dame, classée monument historique en 1845. Sa construction date du moyen-âge et le clocher est magnifique .

Le village, lui aussi, a retenu son attention. Pour ce faire il s’est souvent positionné sur l’autre rive de la Seine afin d’avoir un point de vue plus dominant pouvant lui offrir  une vue du village dans sa globalité ainsi que son reflet sur l’eau.

village scene with church oil on canvas
 » Église de Vétheuil  » – 1878 – Claude MONET

VENISE : la Sérénissime lui a offert beaucoup d’opportunités d’un point de vue architectural  parce qu’elle offre énormément de constructions . Il s’est rendu là-bas en 1908 avec Alice sa seconde épouse sur une invitation de leur amie Mary Hunter. Si Monet n’aimait pas trop quitter son Giverny, Alice fut très heureuse de ce voyage . Un grand nombre de ses amis s’étaient déjà rendus à Venise  et lui en avait parlé. Ils arrivent en train et logeront d’abord chez leur amie puis à l’hôtel Britannia.

Ce n’est pas tant le quantitatif de tableaux ( 37 au total  dont une grande partie du palais des Doges)  qui a compté pour ce voyage, mais le qualitatif car chacun d’entre représenteront des images qui resteront de merveilleux souvenirs. Un grand nombre  de ces toiles furent commencées sur place et terminées en atelier plus tard   »  Bien que je sois enthousiasmé par Venise et que j’ai commencé quelques toiles, je crains bien de ne pouvoir rapporter que des commencements qui seront uniquement des souvenirs pour moi. » – 29  feront l’objet d’une exposition à Paris.

Il se levait assez tôt, vers 6 h du matin semble t-il, pour travailler au gré des heures et de la lumière, par tranche de 2 h,  soit en peignant sur place ou depuis la fenêtre de son hôtel : San Giorgio Maggiore, San Marco, le palais des Doges, les palais de la lagune.

Lorsqu’ils quitteront Venise, ils feront le voeu d’y revenir … Malheureusement Alice va mourir en 1911.

MONET LE GRAND CANAL 1908
 » Le Grand Canal  » – 1908 – Claude MONET

LONDRES : Il s’est rendu à Londres en 1870 fuyant la guerre franco-prussienne en France. La ville  a eu alors un gros impact sur lui et, comme il l’avait souhaité, il est revenu  des années plus tard en 1887/ 1899 / 1900 et 1901. Les maisons de briques rouges rencontrées lors de ses promenades, le Pont de Waterloo, celui de Charing Cross, Westminster et le Parlement ont été des sujets fascinants pour lui surtout avec les effets de lumière et des variations atmosphériques (brouillard, brume, pluie) dans lesquels baignaient ces édifices lors des changements de météo, saison et heure, sans oublier les différents reflets sur l’eau.

Lorsqu’il revient en 1899 il est installé avec son épouse à l’hôtel Savoy. La fenêtre de sa chambre lui déroule un spectacle incroyable sur la Tamise, différents célèbres édifices de la ville, ainsi que sur  des usines fumantes  se trouvant sur une autre rive. Comme il a eu souvent l’habitude de faire, il commence ses tableaux sur place et les finit en atelier une fois retourné en France.

MONET LA TAMISE ET LE PARLEMENT
 » La Tamise et le Parlement  » – 1871 env. – Claude MONET

BORDIGHERA ( Italie ) : C’était à l’époque un petit village sur une colline, non loin de la frontière. Il arrive là en 1884 et va y rester trois mois. Il dira que c’est vraiment un endroit féérique : il y a le village, les villas environnantes ( Bischoffsheim, Garnier etc..) , la ligne de chemin de fer. Il part explorer toute la région, faire des randonnées en montagne, dans la vallée de la Nervia où il rencontrera un beau château médiéval, un vieux pont, des villages anciens haut perchés, des églises de pierre etc…

MONET VUE DE BORDIGHERA 1884
 » Vue de Bordighera  »- 1884 – Claude MONET
MONET ET ARCHITECTURE 1884 DOLCEAQUA LE VIEUX PONT SUR LA NERVA
 » Dolceacqua, le vieux pont sur la Nervia  » – 1884 – Claude MONET

ANTIBES : le voyage en Italie sera une occasion de se rendre sur la Côte d’Azur et plus particulièrement à Antibes, ville ancienne fondée par les phéniciens vers 600 avant J.C. – Depuis son hôtel au Cap d’Antibes, il peint des nouveaux paysages pleins de lumière avec la mer bien sur, mais aussi les remparts, le Fort Carré, la Garoupe, et toutes les fortifications d’une autre époque qui seront d’excellents sujets pour sa peinture. Il les réalise en ce rendant sur place, depuis certains jardins, de la plage ou de son hôtel.

MONT LE FORT ANTIBES EFFET APRES MIDI 1888
 » Antibes – Effet après-midi  » 1888 – Claude MONET

LES PAYS-BAS : il se rend dans ce pays avec Camille et leur enfant et se pose à Zaandam un centre industriel ( il visitera également Amsterdam ).  Il va y peindre plus d’une vingtaine de toiles dans lesquelles on peut y voir notamment des moulins à vent et des maisons dotées de belles couleurs, des ruelles, des ponts.

MONET MOULINS A WESTZIJDERVELD PRES DE ZAANDAM 1871
 » Moulins à Westzijderveld près de Zaandam – 1871 – Claude MONET

Concerto pour violon Op.64 …. Félix MENDELSSOHN

Ce chef-d’oeuvre a demandé six ans d’écriture à Mendelssohn ( 1838-1845) . Il est dédié à son ami le violoniste allemand Ferdinand David à qui le compositeur a demandé des conseils pour la partie violon, et qui le créera à Leipzig en 1845.

Malheureusement Mendelssohn ne pourra y assister car il était souffrant. Un mois après son décès en 1847 , ce magnifique Concerto sera joué à nouveau, interprété cette fois par celui qui fut son protégé à savoir le talentueux violoniste austro-hongrois Joseph Joachim.

Joseph JOACHIM

C’est une partition très raffinée dans son style, virtuose, brillante, mélodieuse, assez magique,  limpide, virtuose, délicate. Elle porte en elle une sorte de très belle fragilité et le violon ressemble à une aria opératique.

( Interprétation : Yehudi MENUHIN ( violon ) – Wilhelm FURTWÄNGLER à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN )

Les arbres …

 » Aimez et vénérez, ne tuez pas les arbres ;
Un pays meurt, après que ses grands bois sont morts ;
Aucun n’est protégé par la splendeur des marbres,
Et, les abris perdus, les peuples sont moins forts.

Ce n’est pas seulement pour la douceur du rêve
Par nous goûtée en l’ombre apaisante des bois.
Qu’il conviendra toujours de respecter leur sève,
Sœur pâle du sang rouge et sacrée autrefois ;

Les bois gardent en eux l’âme de la patrie,
Son vieil esprit, les mœurs, son antique rigueur ;
Quand la sève à flots coule en la forêt meurtrie.
C’est comme un peu de sang perdu par notre cœur.

Un être obscur et doux vraiment dort sous l’écorce
Les chênes autrefois étaient des demi-dieux.
Protecteurs de la race et gardiens de la force.
Et leur horreur sacrée étonnait nos aïeux.

Oui, nous devons aimer la forêt fraternelle,
Dont l’âme épanche encor le silence et la paix,
La paix des jours premiers réfugiée en elle,
En la verte fraîcheur de ses rameaux épais.

Et parfois j’ai rêvé qu’étendant sur la terre
À nouveau son empire et son calme divin,
Elle nous survivait, auguste et solitaire,
Ayant enseveli tout le vain bruit humain. » Henri CAZALIS dit Jean LAHOR (Médecin et poète symboliste français / Les arbres est un poème écrit en juin 1903 à l’occasion de la Fête de l’arbre)

Photo James SANDERS

L’utilisation du thé …

 » L’utilisation du thé est fortement recommandée. De cette façon la continuité des idées distinctes peut être préservée grâce à son pouvoir inégalé d’éliminer ou de prévenir somnolence et engourdissement. Le thé génère une disponibilité ardente, dissipe l’oppression, maintient l’œil en éveil, nettoie la tête, anime la pensée, insuffle une vigueur renouvelée à l’invention, éveille les sens, purifie le cœur et l’esprit, entretient et augmente les idées déjà vives en elles-mêmes et excite les pouvoirs de l’intellect. » Thomas SHORT (Physicien anglais, épidémiologiste et historien médical)

Une chanson …

« Je suis un auteur qui a parfois des climats poétiques et parfois de la fulgurance poétique. Les poètes sont des oiseaux sans ailes qui sont tombés du ciel pour suivre une étincelle. Tu auras beau te parer d’or et te parfumer, on ne console pas un oiseau déplumé. » Serge LAMA (Auteur, chanteur, parolier français)

Serge LAMA

 » Je ne fume plus
Je ne rêve plus
Je n’ai même plus d’histoire
Je suis sale sans toi
Je suis laid sans toi
Comme une orphelin dans un dortoir
Je n’ai plus envie
De vivre ma vie
Ma vie cesse quand tu pars
Je n’ai plus de vie
Et même mon lit
Se transforme en quai de gare
Quand tu t’en vas, Je suis malade
Complètement malade
Comme quand ma mère sortait le soir
Me laissant seul avec mon désespoir
Je suis malade
Complètement malade
J’arrive on ne sait jamais quand
Tu pars on ne sait jamais où
Et ça va faire bientôt deux ans
Que tu t’en fous .Comme à un rocher
Comme à un péché
Je suis accroché à toi
Je suis fatigué, je suis épuisé
De faire semblant d’être heureux
Quand ils sont là
Je bois toutes les nuits
Et tous les whiskys
Pour moi ont le même goût
Et tous les bateaux
Portent ton drapeau
Je ne sais plus où aller tu es partout. Je suis malade
Complètement malade
Je verse mon sang dans ton corps
Et je suis comme un oiseau mort
Quand toi tu dors
Je suis malade
Parfaitement malade
Tu m’as privé de tous mes chants
Tu m’as vidé de tous mes mots
Pourtant moi j’avais du talent
Avant ta peau. Cet amour me tue
Si ça continue
Je crèverai seul avec moi
Près de ma radio
Comme un gosse idiot
Écoutant ma propre voix qui chantera. Je suis malade
Complètement malade
Comme quand ma mère sortait le soir
Et qu’elle me laissait seule avec mon désespoir
Je suis malade
C’est ça
Je suis malade
Tu m’as privé de tous mes chants
Tu m’as vidé de tous mes mots
Et j’ai le cœur complètement malade
Cerné de barricades
T’entends
Je suis malade « Paroles Serge LAMA – Musique Alice DONA

La boule de cristal & Le Missel …

 » La boule de cristal  » – 1902 John William WATERHOUSE

La boule de cristal rassemble tous les éléments qui ont fait la renommée de Waterhouse dans la dernière décennie du XIXe siècle. Une de ses typologies les plus prisées était celle de la femme seule, magicienne, ou enchanteresse le plus souvent, au type idéalisé instantanément reconnaissable, placée dans un espace intérieur structuré par l’architecture, quelques meubles et objets, ouvrant sur une baie en plein cintre ou un miroir sur un paysage (La dame d’Escalot/1894) ou Circé/1911-14).

Son dessin puissant et net, les contrastes de couleur font toujours ressortir la magnifique silhouette. La composition joue sur l’opposition nette entre les lignes circulaires et les verticales qui s’unissent dans la longue figure souple.

Waterhouse donne ici un léger contexte de fin du Moyen-Âge à la scène, avec la coupe caractéristique de la lourde robe de velours grenat aux légers motifs de serpents enroulés, le fauteuil droit, la lampe à huile. La jolie magicienne est en pleine action rituelle : devant elle le crâne et le livre ouvert à la page décrivant le rite à accomplir, retenue par une longue aiguille. Elle est tout occupée à déchiffrer ce que lui montre la boule qu’elle tient avec précaution, semblable à celles que l’on plaçait parfois dans les tombes des femmes au Moyen-Âge.

Dans l’esprit du mouvement esthétique et, par-delà, de la tradition classique occidentale, Waterhouse a créé un type de beauté idéale à partir des modèles qui posaient pour lui ; au risque de devenir monotone, car ce ne sont pas des figures multiples ou secondaires, mais, à chaque fois, l’héroïne unique. Il reprend très souvent le même canon du corps et le même visage créant un « type Waterhouse » : la femme est élancée, a des formes légèrement rondes, le visage ovale avec menton allongé, des yeux en amande et une petite bouche, mis en valeur par les épais bandeaux de cheveux.

A peine terminé ce tableau fut accroché à l’exposition d’été de 1902 de la Royal Academy avec un pendant de même dimensions, Le Missel aujourd’hui non localisé, mais connu par la photographie en couleur du supplément de Noël que l’Art Journal consacra en 1909 à Waterhouse et confia à sa première spécialiste, Rose Sketchley. Sans être rigoureusement parallèles, les deus compositions se répondent. Les deux jeunes femmes concentrées, l’une sur un missel, l’autre sur la boule, le vase de fleurs remplace la tête de mort, le cloître ensoleillé, le rideau d’arbres.

Tenant compte du fait qu’on les retrouve tous les deux en 1909 dans la collection de l’armateur Frederick Pyman, il a été suggéré qu’il pouvait s’agir d’une commande précise, ce que Waterhouse faisait en général que pour les portrait. La demeure de Pyman, où ses tableaux furent accrochés, Densley House, dans le port de Whitby (North Yorkshire) nous incite à se souvenir de cette hypothèse.

Or Whitby a deux caractéristiques : la ville est dominée depuis la Réforme par les impressionnantes ruines d’un monastère féminin, fondé au VIIe siècle par Sainte Hilda, et a, par ailleurs, une longue tradition de magie blanche. On sait qu’au début du XIXe siècle, huit magiciennes y travaillaient à leur compte . Les deux toiles représentent clairement cette double spécificité, suffisamment rare pour ne pas avoir été une invention spontanée d’un artiste qui, par ailleurs, n’a guère fait d’autres peintures de femme en prière.  » Véronique GÉRARD-POWELL (Agrégée d’histoire et titulaire d’un doctorat de 3ème cycle en histoire de l’art. Spécialiste de l’art européen des XVe-XVIIIe siècles et de l’Histoire des collections des XVIe- XXe siècles)

 » Le Missel  » 1902 John WILLIAM WATERHOUSE