Papillon bleu …

 » Un papillon qui danse, un papillon tout bleu

que l’on a de la chance ! Allez, attrapons-le.

Il est vif et voltige et va de tige en tige.

Il donne le vertige et puis il se dirige

vers un champ de colza, de blés, de tournesols,

vers la maison d’Elsa, la Maman d’Anatole.

Champ de coquelicots, sous les cocoricos

de vieux gallinacés par la grâce agacés

de cet être qui file souvent au gré du vent,

que l’on croit si fébrile mais qui survit pourtant.

Je le suis, captivé en traînant mon filet

dans cette course folle. Mais soudain, il s’envole.

Je lève alors la tête , saisit mon épuisette.

Mais dans le bleu du Ciel, dans le bleu de ses ailes

mes yeux se sont perdus.

Petit morceau d’Azur tu n’es plus revenu.

Mais quand les temps sont durs je vois parfois en songe

voltiger sous mes yeux un papillon qui plonge

dans la splendeur des Cieux  » Sébastien BOUFFAULT ( Poète français )

Ôde au coquelicot …

Le coquelicot est souvent cité pour ses vertus sédatives . Cette idée remonte assez loin car les Égyptiens de l’Antiquité aimaient à mettre des pétales de coquelicot dans les tombes des défunts afin de leur assurer un sommeil serein pour l’éternité. Quant à la mythologie grecque elle n’est pas en reste : en effet, Morphée ( dieu du Sommeil ) offrait à sa fille Perséphone un beau bouquet de coquelicots qu’elle respirait avant de s’endormir, pour chasser toutes les anxiétés éventuelles qui pourraient déranger son sommeil. Dans le langage des fleurs, le coquelicot est symbole de réconfort.

 » Je ne le crois pas timide, même si l’on se sert de sa couleur et de son nom pour évoquer une personne modeste et embarrassée. Bien que très visible, il est secret et furtif, ne dure pas longtemps. Éclat éphémère de l’été, le coquelicot se dresse dans les champs, préférant le bord des talus, les pentes herbues et les terrains vagues où les pesticides ne peuvent l’accabler. Tête haute, il apparaît soudain pour mon plus grand bonheur et m’étonne par sa vie couleur qui donne envie de lui parler.

Sa manière bien particulière de n’être point groupe avec ses confrères, d’être un peu isolé des autres sans l’être tout à fait, agit sur moi comme un appel à le regarder, comme l’éblouissement de la lumière d’un phare, le soir venu, sur une mer calme.  Un phare ne se cueille pas … De même qu’on ne cueille pas un coquelicot, à moins de désirer qu’il s’éteigne.

Rouge d’une rare intensité, que mes mots peinent à décrire, il s’érige le long de son pédicule velu, dépassant avec grâce les herbes folles. Il lui arrive de dodeliner sous la brise et le vent, sans rencontrer où s’appuyer. Les livres et les dictionnaires le décrivent comme un petit pavot sauvage à fleur rouge vif et son cœur est rempli d’une légère substance hallucinogène. Ce n’est pas ce qui m’importe. En fait, j’aime sa liberté de surgir là où ce sera le plus confortable pour lui quand viendra le printemps, quand s’éloignera l’été.

Grâce aux graines qui s’échappent du fruit, il ressème seul où bon lui semble, tel un fugitif. Cela ne fait que renforcer mon désir de l’approcher, sans le cueillir bien sur tant j’aurai crainte qu’il ne s’étiole ou se chiffonne. Jamais, on le sait, on ne pourra en faire des bouquets à mettre dans des vases comme on le fait avec les roses ou les pivoines. Quelque chose me dit que c’est un peu sa fierté d’être ainsi et me plaît son refus d’être en quelque sorte apprivoisé. Il pressent que de n’être point objet d’appropriation permet sa flamboyante beauté solitaire et tendre, son aspect radieux et gorgé de soleil. En promettant l’été, en lui disant au-revoir, il rappelle que les sensations offertes aux promeneurs ont le goût allègre et leste de l’indépendance.

Je crois aimer le coquelicot pour sa fragile audace : n’est-il pas téméraire de vouloir être au monde en sachant qu’on ne saura durer dans aucune main, fût-elle bienveillante ? Mais comment avertir les enfants et les promeneurs de n’être point son prédateur, ni celui de ses frères logés un peu plus loin ? En fait, il a pour délicate défense d’inciter chacune et chacun à une admiration aussi attendrie que respectueuse, et à le laisser debout, planté dans les champs herbus, tel l’emblème intouchable d’une verticalité si belle qui est son essence même.

Savez-vous : le mot coquelicot est surprenant à prononcer. Essayez. Sans fermer la bouche, sans même que se rejoignent vos lèvres, prononcez. Les syllabes surviennent comme le son d’une clochette, en avalant d’ailleurs l’une d’entre-elles. Ne dit-on pas co-qli-cot abandonnant le que. Je ne suis pas musicienne, mais les son émis, rythmés et pimpants disent toute notre connivence avec son élan et sa légèreté. Un peu comme des notes de piano….  » Arlette FARGE ( Historienne spécialiste du XVIIIe siècle)