la Ratatouille …

« A l’origine, le mot ratatouille a d’abord désigné en 1778 un ragoût grossier, un mélange voire une raclée. Son abréviation rata a désigné à la fin du XIXe siècle, en argot militaire, un mélange de haricots et de pommes de terre, puis un mélange de légumes et de viande. Ce n’est qu’au cours du XXe siècle, que le mot ratatouille a pris le sens que nous lui connaissons. » Jean VITAUX (Médecin gastro-entérologue et auteur de nombreux ouvrages sur la gastronomie)

 » Il faut prendre quelques tomates,
Rouges, fermes, ventre bien rond,
Et dont la bedaine écarlate
Explose au fond du caquelon.

Ajoutez-y deux aubergines
A la peau lisse et violacée,
Luisant comme laque de Chine,
Chair moelleuse et couleur de lait.

Ne pas oublier les courgettes
Toutes vertes et côtelées,
D’un doux vert tendre d’anisette,
Un peu raides et recourbées.

Et maintenant de gros poivrons,
Des verts et rouges qui rutilent,
Puis épluchez quelques oignons
Avec de l’ail et du persil.

N’oubliez pas l’huile d’olive
Qui fleure bon le fruit bien frais.
Chauffez-la bien et mettez-y
Tous vos légumes découpés…

Puis humez, humez bien l’odeur
Qui vous cerne implacablement,
Et avalez, en tout honneur,
Votre salive de gourmand.  » Vette de FONCLARE (Institutrice et Poétesse française)

Quelques musiques espagnoles …

ASTURIAS Op.47 N°5 Suite Espagnole – Isaac ALBENIZ

Il y a dans cette pièce, comme dans chacune de celles qui compose cette magnifique Suite Espagnole, toute la nostalgie de son compositeur pour son pays : l’Espagne, lorsqu’il en était éloigné et se trouvait soit à Paris, soit à Londres.

Asturias est fort imaginative, évocatrice, originale, virtuose, avec une particularité à savoir celle de notes piquées et répétées qui sont très typique du flamenco andalou.

(Vidéo : John WILLIAMS à la guitare)

LAS GOYESCAS – Enrique GRANADOS

Las Goyescas est le chef-d’œuvre de ce compositeur. Il s’agit d’une suite pour piano composée de six pièces dans lesquelles Granados a imaginé le regard du peintre espagnol Goya.

C’est très coloré, enjoué, subtile, contrasté, un peu comme de la musique du XVIIIe siècle avec, à la base, une danse aragonaise du nord de l’Espagne.

(Vidéo : Alicia DE LARROCHA au piano)

FANTAISIE POUR UN GENTILHOMME – Joaquin RODRIGO

Cette superbe Fantaisie, composée de 4 pièces, fut inspirée par des danses du XVIIe siècle, en variations diverses, fut dédiée au guitariste Andres Segovia, lequel l’interprètera en 1958.

Selon la pièce choisie, elle se révèle tantôt mélancolique et lente, et tantôt plus vivace, joyeuse, lyrique.

(Vidéo : Andres SEGOVIA à la guitare)

Un chat noir au jardin …


 » Qu’il est plaisant d’être chat noir

A l’ombre bleue des angéliques

Et d’écouter sans le vouloir

Les airs de flûtes des moustiques !

Loin des écoles, des devoirs,

Des problèmes philosophiques,

Qu’il est plaisant d’être chat noir

A l’ombre bleue des angéliques !

Ô les paresses idylliques,

Les songes pleins de nonchaloir

Au touffu d’un jardin magique

Dont le vent silence est savoir !

Qu’il est plaisant d’être chat noir !  » Maurice CARÊME ( Extrait de son livre Les 25 chats de Maurice Carême )

Illustration : Pascal CAMPION

Musicalité & Danse …

 » Vous entendez souvent dire d’une chorégraphie qu’elle est musicale. Généralement on entend par là qu’elle est rythmique, en mesure. Sans parler de la tentation de faire des pas sur des notes. Beaucoup de chorégraphes ne discernent pas la structure de la musique, con caractère profond. Il ne faut pas nécessairement savoir jouer d’un instrument, ni même savoir déchiffrer une partition pour faire un ballet. Il faut, en revanche, connaître la musique de manière sensible et la vivre totalement, pas comme un simple soutien rythmique, ni comme un bain émotionnel général. La musicalité, c’est vivre la musique en la ressentant pleinement, en étant totalement investi par elle, par son caractère, en la laissant vous pénétrer jusqu’à la moelle. « Jiri KYLIAN (Danseur et chorégraphe tchèque)

Photo de Jack DEVANT avec Sabina YAPPAROVA & Marat SHEMIUNOVBallet « Multiplicity. Forms of Silence and Emptiness « (Formes du silence et du vide) /Passage Le compositeur)

Histoire de ballet : LAURENTIA …

Vaktang CHABUKIANI

Vidéo : Acte I ( le rideau se lève à 1.32) – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Laurentia est un ballet qui fut créé en 1939 par le chorégraphe georgien Vakhtang Chabukiani d’après la pièce de Lope de Vega : Fuente Ovejuna. La version donnée de nos jours a totalement écarté la partie soviétique  qui était de mise à l’époque dans la chorégraphie originale . Désormais, elle se penche davantage dans l’atmosphère et l’intrigue de la pièce, tout en respectant bien sur le travail de Chabukiani, les costumes, les danses espagnoles et notamment la Jota. La musique est de Alexander Crain.

L’histoire raconte la révolte de Fuente Ovejuna. Laurentia, une jeune paysanne, aime Fondoso. Ils sont fiancés. Tous deux sont très amis avec le jeune commandeur Mengo Fernando Gomez. Un jour, ce dernier fait des avances à Laurentia et essaie même d’abuser d’elle. Elle est sauvée par Fondoso qui menace Gomez avec une arbalète. Le commandeur s’échappe, mais revient quelques temps plus tard pour condamner le jeune homme. Le village, poussé par Laurentia, va se révolter contre cette décision. Tous s’uniront pour se rendre au château y mettre le feu , libérer Fondoso et tuer le commandeur.

C’est une chorégraphie fort bien menée, énergique,  imaginative, enthousiaste, brillante. La danse se mêle à l’histoire sans interruption, les pas de deux sont romantiques et pleins de tendresse, les pas d’ensemble superbes eux aussi tout comme les solos , les danses folkloriques espagnoles spectaculaires et fougueuses. On assiste également à des jetés, portés  et des sauts assez incroyables.

( Vidéo : Acte II (le rideau se lève à O.14 – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Histoire d’une fleur dété : l’anémone (dite des Fleuristes ou de Caen ) …

 » L’anémone et l’ancolie

ont poussé dans le jardin

où dort la mélancolie

entre l’amour et le dédain «  Guillaume APOLLINAIRE (Poète français)

 » Mais l’amour qu’est-ce au juste ? ….. C’est l’anémone qui se referme au moindre souffle et meurt dès qu’on l’effleure … » Knut HAMSUN (Écrivain norvégien)

Cette petite fleur ravissante fait partie de la famille des Renonculacées, genre anémone, un mot qui est dérivé du grec anémos (vent). Elle se décline en différentes variétés et couleurs : rouge, blanc, violet, bleu, rose. Elle a une excellente tenue, ce qui permet de donner des merveilleux petits bouquets bien droits et parfaitement épanouis dans des vases.

C’est un botaniste répondant au nom de Mr Bachelier qui fit entrer des graines d’anémones en France au XVIIIe siècle. Il revenait d’un voyage à Constantinople. Il tint ses fleurs au secret car ne souhaitant pas que d’autres puissent avoir des graines et en faire pousser. Mais quelqu’un réussira un jour à en dérober quelques-unes !

Elle a beaucoup d’histoires issues de la mythologie : celle affirmant que Anémone était une nymphe à la Cour de la déesse Flore. Cette dernière était la maîtresse de Zéphyr, le dieu du vent, lequel tomba sous le charme d’Anémone. Flore, folle de jalousie, la transforma en fleur.

Il y en a une autre : le bel immortel Adonis était Aimé d’Aphrodite et de Perséphone (maîtresse des enfers). Très jalouse de sa rivale, Perséphone alerta Arès (dieu de la guerre) , amant d’Aphrodite, de la liaison qui était en train de naître entre Adonis et Aphrodite. Très en colère, Arès envoya un sanglier pour se débarrasser d’Adonis. Dans une autre version, le sanglier aurait été envoyé par Apollon , furieux qu’Aphrodite ait rendu aveugle son fils. Quelle que soit celle que l’on choisisse, on retient que les larmes versées par Aphrodite sur le sang d’Adonis, donnèrent naissance à une fleur : l’anémone.

On peut rencontrer des anémones sauvages lors de promenades dans les bois. Il s’agit de la fragile Sylvie des bois. Elle fleurit au moment des fêtes de Pâques.

 » C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir l’anémone sauvage aux corolles tremblantes … » Alfred De MUSSET (Poète français)

Anémone sauvage

Au XIXe siècle, l’anémone connut un très grand succès et de nombreuses hybridations voient le jour, dont la plus courante à savoir l’anémone Corovaria (ou anémone couronnée en raison du fait que les pétales forment une couronne autour de son bouton central noir) dite aussi anémone de Caen, référence à la région où elle est produite en grande quantité. Elle fleurit en juin, juillet et août.

A partir de septembre et jusqu’en novembre, ce sera au tour de l’anémone hupehensis dite anémone d’automne.

Anémone Hupehensis

L’anémone a été de nombreuses fois citée dans des poèmes et elle fut un thème très apprécié par les peintres.

Sa symbolique est très forte. Elle peut exprimer l’espérance, la sincérité, la sollicitude. Un bouquet d’anémone est souvent offert pour déclarer sa flamme amoureuse. Une petite chose encore : si les fleurs se ferment, cela veut dire que la pluie n’est pas loin.

 » Anémones dans un vase  » Pierre Auguste RENOIR
« Anémone dans un vase » Odilon REDON
 » Anémones dans un vase  » Rose MEAD
« Anémones & Miroir  » Henri MATISSE

C’est l’artiste-verrier Emile GALLÉ qui choisira une anémone blanche et dorée pour la première bouteille PERRIER-JOUËT / Belle Époque

 

Au creux d’un coquillage …

 » Au creux d’un coquillage
Que vienne l’heure claire
Je cueillerai la mer
Et je te l’offrirai.

Y dansera le ciel
Que vienne l’heure belle.
Y dansera le ciel
Et un vol d’hirondelle
Et un bout de nuage
Confondant les images
En l’aurore nouvelle
Dans un reflet moiré
Dans un peu de marée
Dans un rien de mirage
Au fond d’un coquillage.

Et te les offrirai. » Ester GRANEK (Poétesse belgo-israélienne francophone/ Extrait de son recueil Je cours après mon ombre)

Tableau de William BOUGUEREAU

Chaque paysage …

« Chaque paysage a sa grammaire. En montagne, les sommets sont des majuscules, les torrents des virgules qui permettent de rythmer le regard. Chaque être vivant trace des phrases dans ce paysage. Certains s’accordent entre eux et créent de la poésie. L’homme est invité chaque jour à être poète ou vandale. » Éric DE KERMEL (Écrivain français/ Extrait de son livre Mon cœur contre la terre)

Médée … Luigi CHERUBINI

Luigi CHERUBINI par Jean Dominique INGRES

( Médée / Ouverture – Arturo TOSCANINI à la direction du NBC SYMPHONY ORCHESTRA)

Luigi Chérubini revient sur ce thème douloureux qui fut abordé avant lui en 1693 avec la tragédie lyrique de Marc-Antoine Charpentier . Une œuvre inspirée par l’histoire tragique d’Euripide ( 431 avant J.C)  où se retrouvent la douleur, la démesure, la passion destructrice, la trahison, et l’infanticide puisque l’héroïne  finira par tuer ses enfants.

L’italien Chérubini a fait sa réputation à Paris, notamment dans la composition d’œuvres lyriques (il a posé les bases de l’opéra français du XIXe siècle) et de musique sacrée. Par ailleurs, il a dirigé le Conservatoire de musique de la capitale durant 20 ans (de 1822 à 1842)

Médée reste son plus grand opéra, fortement apprécié par Brahms, Schumann, Wagner et Beethoven (qui admirait beaucoup sa brillante Ouverture). Le livret est de François Benoit Hoffmann ( d’après la tragédie de Corneille )  traduit en italien par Carlo Zingarini. Il fut  créé au théâtre Feydeau en 1797.

Le public français n’était pas très emballé par le livret en alexandrins. Mais Chérubini ne tint pas compte de ce qui pouvait se dire : il était persuadé qu’il avait tout gagné avec la voix extrêmement puissante et les talents de tragédienne de la soprano qui tenait le premier rôle, à savoir Julie Angélique Scio.

Malheureusement, ce sera un échec total ! L’opéra fut supprimé du programme après seulement une vingtaine de représentations. Il connaîtra le succès en Allemagne, interprété en allemand, mais renaîtra réellement de ses cendres à la Scala de Milan en 1909, dans la version en italien (c’est celle très souvent proposée de nos jours).

C’est une œuvre intense, exigeante vocalement, dramatique, subtile, mélange étonnant de classique et de romantisme,  qui sera exhumée par l’inoubliable Maria Callas à Florence d’abord, puis à la Scala de Milan en 1953, dirigée par Léonard Bernstein. Un rôle qui fera sa célébrité tant elle avait toutes les qualités d’intensité dramatique et des dons vocaux et musicaux exceptionnels pour l’interpréter . C’est avec lui qu’ elle fera ses adieux à la scène de la Scala en 1962. Elle a, de plus, été Médée au cinéma dans le film de Pasolini en 1969.

(Vidéo Maria CALLAS (Médée ) & Gino PENNO (Jason ) /Acte II et III – Direction Léonard BERNSTEIN / ORCHESTRE DE LA SCALA DE MILAN

Expo d’été : Damien HIRST et ses cerisiers en fleurs …

 » Les Cerisiers en fleurs parlent de beauté, de vie et de mort. Elles sont excessives — presque vulgaires. Comme Jackson Pollock abîmé par l’amour. Elles sont ornementales mais peintes d’après nature. Elles évoquent le désir et la manière dont on appréhende les choses qui nous entourent et ce qu’on en fait, mais elles montrent aussi l’incroyable et éphémère beauté d’un arbre en fleurs dans un ciel sans nuages. C’était jouissif de travailler sur ces toiles, de me perdre entièrement dans la couleur et la matière à l’atelier. Les Cerisiers en fleurs sont tape-à-l’œil, désordonnées et fragiles, et grâce à elles je me suis éloigné du minimalisme pour revenir avec enthousiasme à la spontanéité du geste pictural …..
« C’était jouissif de travailler sur ces toiles, de me perdre entièrement dans la couleur et la matière à l’atelier. » D.H.

Damien HIRST

Damien Hirst expose rarement en France . On avait pu le voir, il y a quelques années,  au musée Maillol dans Vanités … De Caravage à Damien Hirst . Cette année il  a répondu présent à l’invitation que lui a faite la Fondation Cartier, afin de venir présenter sa dernière collection : Cherry Blossoms ( Cerisiers en fleurs ) qui est née après trois ans de travail. Cela devait se faire en 2020, mais en raison de la Covid, le musée a fermé et l’expo fut reportée. Elle a ouvert ses portes le 6 juillet et se tiendra jusqu’au 2.1.2022

On l’a souvent qualifié d’enfant terrible de l’art contemporain ; contesté, détesté par certains, adoré par d’autres. Je dirai que c’est un artiste à part , qui est allé dans l’art là où personne n’était jamais allé avant lui, ce qui a fait parfois scandale ou a suscité une impression de malaise. L’outrance a été sa marque de fabrique à ses débuts c’est vrai.  Il dérangeant, percutant,  facétieux, provocateur,  inventif, imaginatif, expressif et audacieux . On l’aime ou non, mais beaucoup affirment qu’il reste parmi les artistes les plus marquants de sa génération.

Cette expo change complètement ce qu’il nous avait habitué à voir au travers de son travail. Avec ses monumentales toiles de  Cerisiers en fleurs il rend une sorte d’hommage au pointillisme mais aussi d’une certaine manière à l’impressionnisme parce qu’il s’agit là d’un sujet de la nature, du paysage. Ces toiles sont surtout le résultat des différentes recherches et expérimentations  qu’il entreprend depuis le début de sa carrière sur la couleur notamment.

La série comporte 107 toiles. Trente ont été choisies pour l’expo. Elles sont présentées soit seules, soit dans des ensembles de plusieurs panneaux, mélanges de touches épaisses et projections de peinture. C’est magnifiquement coloré, lumineux, gai, joyeux, et franchement après les mois difficiles que nous venons de traverser, eh bien c’est agréable de se plonger dans cet univers floral printanier , avec un ciel bleu.

«  Je veux que mes visiteurs oublient tout et tombent dans mes tableaux. Je veux vous faire sentir que, peu importe ce qui se passe dans le monde, vous pouvez vous trouver face à des choses agréables » D.H.

Cherry Blossoms (Détail) – Damien HIRST
HIRST Cerisiers en fleurs
 » J’ai toujours été un coloriste, j’ai toujours éprouvé un amour singulier pour la couleur… C’est-à-dire, je me sers de la couleur en tant que telle.   » Damien HIRST
« The Triumph of Death Blossom  » Damien HIRST

Cette passion de la couleur avait déjà été exprimée par Hirst dans ses très célèbres et décoratifs tableaux de Spots paintings en 1986 avec des points ou des croix, gros ou petits, dans différents tons de couleurs. Ces Cherry Blossoms ont quelque chose qui leur ressemble, avec plus de relief cependant.

 » Spot Painting  » 1986 Damien HIRST

Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas : petit retour sur cet  artiste controversé qui aime se démarquer des autres en faisant sensation : il est né Damien Brennan à Bristol en Angleterre en 1965, élevé à Leeds. Il n’a jamais connu son père biologique. Sa maman Mary Brennan a épousé  William Hirst quand il avait un an. Il lui donne son nom. Elle divorce  lorsqu’il a une dizaine d’années. Il  sera élevé par sa mère et n’aura que très peu de relations avec son beau-père . Adolescent rebelle, tourmenté, punk, bad boy s’exprimant de façon vulgaire, connaissant des ennuis répétitifs avec la police, il  passe le plus clair de son temps à boire, jouer au billard, pas vraiment intéressé par les études mis à part une seule matière : le dessin .

A 18 ans, sa passion pour le dessin le conduit à vouloir approfondir cet intérêt. Il avouera que ce sera sa chance. Il entre au Goldsmith’s college pour étudier l’art, en ressort diplômé. Son talent audacieux fait qu’il est très vite  remarqué par Annabel Goldsmith et Lord Birley qui lui permettent d’entrer dans la gentry anglaise.

Son travail à cette époque est très particulier, en rapport avec sa fascination pour la mort, le morbide. Les premières expos montrent des crânes, des membres découpés, des tables de morgue etc…. curieusement, la mort restera un sujet qu’il affectionne et même s’il la traduira de façon différente,  elle exprime pour lui l’union qu’il  peut y avoir entre elle, la vie et l’art,

Dans ses débuts de carrière il fait scandale, posant de façon très excentrique dans des magazines, souvent nu, ne laissant rien ignorer de son anatomie intime qu’il aime agrémenter de fleurs de temps à autre ,  produisant des œuvres qui en choquent plus d’un, mais il plait aussi, beaucoup justement par cette originalité complètement décalée !

Par la suite, il apparaîtra un peu plus rangé on va dire, probablement à cause du fait qu’il devient papa ( trois enfants : Connor, Cassius et Cyrus avec Maïa Norman dont il s’est séparé après 20 ans de vie commune ) – Il semble s’être assagi,  se tient mieux et s’exprime plus correctement. Il ouvrira par la suite  deux grands ateliers à Londres et emploiera une centaine de personnes. Son atelier actuel se trouve sur la London Walk près de Hammersmith.

Celui qui est à l’origine de son succès c’est Charles Staachi, un riche publicitaire, grand collectionneur. C’est lui qui lui a passé sa première commande : le fameux requin qui deviendra si célèbre, exposé la première fois en 1997 à la Royal Academy of Arts de Londres. Le public, les médias, les critiques : tout le monde sera sous le choc mais reconnaîtra un certain talent à l’artiste.

Staachi va faire du jeune Hirst la figure majeure d’un mouvement qu’il va lancer ( qui existe toujours ) The Young British Artist, à savoir le Yab’s. Il va le propulser  sur le devant de la scène en organisation des expositions à sensation qui vont faire exploser sa carrière. Hirst deviendra alors le chef de fil de ce cercle qui fait dans le choquant.

 »  The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living  » (L’impossibilité physique de la mort dans l’esprit d’un vivant ) – Damien HIRST ( Il s’agit là d’un requin de 4,25 mètres tué en 1991 par un pêcheur australien et qui sera exposé dans sa vitrine de formol en 1992 à la Galerie Staatchi de Londres. C’est l’œuvre emblématique du cercle des Young British Artist

Les premières œuvres sont des espèces de tableaux-objets du réel où sont mélangés des crânes, des pilules, des seringues etc… Sa pharmacie géante  Lullaby Springer se vendra 19,2 millions de dollars. Elle comprend 6135 pilules peintes à la main. En 1993, il va encore surprendre, dans le bon sens comme dans le mauvais,  en présentant Mother and Child divided à savoir une vache et son veau coupés en deux, chacun dans des aquariums contenant des litres de formol.

«  Monsieur Hirst essaie souvent de nous perturber l’esprit. Il réussit en offrant à nos yeux des expériences viscérales, desquelles ce requin reste surement la plus exceptionnelle. Si l’on s’en réfère au titre, le requin est à la fois la vie et la mort, incarnée de façon incompréhensible jusqu’à ce que la vérité éclate, suspendue, silencieuse, dans sa vitrine. » Le Times de Londres dans un article lors d’une exposition.

Certes, il déclenche alors un scandale et s’attise les foudres de toutes les associations qui militent pour les animaux en Angleterre, mais dans la généralité de celles et ceux qui assistent à ses présentations,  c’est la fascination qui prime. Après les gros animaux, viendront les mouches et les papillons qu’ils utilisent sous forme de collages tels des vitraux multicolores. ou des kaléidoscopes. Pour lui les papillons font référence à une sorte de spiritualité que l’on pouvait trouver dans l’Antiquité grecque.

HIRST Papillons 2
 » Butterfly  » Damien HIRST

Alors petite annotation pour les animaux : pour réaliser ce type d’œuvres, Hirst fait, au départ, une demande au ministère de l’agriculture. Ce sont des animaux morts qu’il réceptionne et qui ne sont, en aucun cas, destinés à la chaîne alimentaire. il faut savoir qu’étant donné que le processus de putréfaction n’est pas totalement arrêté mais simplement ralenti, eh bien ces œuvres, au demeurant acquises à un prix fou, sont appelées à disparaître un jour. Ou alors il faut changer l’animal comme il l’a fait pour son requin.

Et ne parlons pas de son crâne For the love of God ( Pour l’amour de dieu ) , datant du XVIIIe siècle, trouvé dans une boutique à Londres, qu’il a complètement transformé en le finançant seul à l’époque : 20 millions de dollars : 8601 petits diamants + un gros et des nouvelles dents  !!!  On a crié au scandale, à la honte, à la farce, oui mais on a dit aussi c’est incroyable et super. Quoiqu’il en soit, l’original n’est pas à vendre. Seules des copies le sont. Il voyage peu en expos, et lorsque ce crâne se déplace, il est mis sous vitrine et pour le voir il faut franchir plusieurs cordons de sécurité.

HIRST for the love of God
 » For the love of God  » Damien HIRST

Et son succès va crescendo : on le réclame à la Biennale de Venise, il expose chez Pinault au Palazzo Grazzi de Venise : son travail choque, intrigue, met mal à l’aise, mais fascine malgré tout et les succès s’accumulent. Il reçoit le Turner Prize. Les institutions muséales, ainsi que les galeries, l’accueillent à bras ouverts.

Dans les années 2000 il s’est fait sculpteur et là encore on ne sait trop comment réagir face,  entre autres, )  son Hymn (Hymne) qui lui a été inspirée par un jeu d’anatomie appartenant à son fils :  » c’était tellement précis, c’était comme un ensemble de chimie et j’aimais ça comme un jouet, une chose médicale, mais plus heureuse, plus amicale, plus colorée, plus lumineuse » … ou sa Virgin Mother ( la Vierge mère) qu’il a souhaité enceinte, fœtus apparent et tête de mort.

HIRST Hymn
 » Hymn  » Damien HIRST ( 2001 )
HIRST Virgin mother 2
 » Virgin Mother  » Damien HIRST  (2005)

Le problème avec Hirst c’est  qu’à un moment donné de sa carrière,son succès, sa côte sur le marché de l’art  et les prix exorbitants ( et fous )  de ses pièces spectaculaires , ont fait de lui un véritable businessman et probablement plus un artiste. C’est quelque chose qu’il n’a pas admis, affirmant que cet argent m’a servi à faire de l’art, à en faire mieux  » …  Avec l’argent, sa fibre artistique, même controversée, s’est un peu envolée quoi qu’il en dise .

Durant dix ans on a très rarement entendu parler de lui. Des années qu’il a mis à profit pour retrouver sa créativité. Il est réapparu sur le devant de la scène à Venise en 2017, avec un exposition odyssée entre rêve et réalité, illusion, perplexité et ambiguïté :   »Treasures form the wreck of the unbelievable’‘ ( Trésors de l’épave de l’Incroyable ), imaginée de façon assez bien maîtrisée, racontant l’histoire assez énigmatique du naufrage de l’Incroyable, il  y a plusieurs siècles, au large de l’Afrique, avec dans ses cales, une inestimables collection. Il s’agirait de celle d’un esclave affranchi d’Antioche devenu un grand collectionneur après avoir retrouvé sa liberté. On retrouve l’épave et l’inestimable trésor : pièces d’or, bijoux, sculptures grecques, romaines, colosse de bronze … bref la cargaison est l’œuvre de Hirst, une esthétique assez kitsch, mais curieusement intéressante.

«  Notre époque a besoin de culot, de croire que rien n’est impossible. Il y a dans la démarche de Hirst une forme de générosité. C’est ce qui nous manque aujourd’hui. Dans le monde actuel ou tout se rétrécit, ou tout le monde a peur du lendemain, cette exposition se démarque par son audace. Elle s’adresse aux grands enfants que nous sommes tous je l’espère, mais aussi aux plus petits. Pour l’imagination d’un gamin c’est fantastique. Gardez une âme d’enfant est important pour appréhender la vie. Dans le monde compliqué qui est le nôtre, c’est probablement ce qui permet de survivre. Il faut continuer à jouer. Comme l’écrivait Georges Bataille  » ce que l’art est tout d’abord et ce qu’il demeure avant tout, c’est un jeu  » . Même Louis XIV disait à ses architectes :  je vux de l’enfance répandue partout  » François PINAULT à propos de l’expo.

HIRST Colosse
 » Le colosse  » Palazzo Grassi / Venise – Damien HIRST pour l’expo Trésors de l’épave Incroyable en 2017
HIRST Mickey
 » Mickey  » Palazzo Grassi / Venise – Damien HIRST pour l’expo Trésors de l’épave Incroyable en 2017

Exit le monde de la mer et ses trésors, et vive la sérénité joyeuse  des Cherry Blossoms !

HIRST Renewal Blossoms
 » Renewal Blossoms  » – Damien HIRST
« Excitement’s Blossom 2020  » Damien HIRST
 » Fantasia Blossom  » 2018 Damien HIRST