la Ratatouille …

« A l’origine, le mot ratatouille a d’abord désigné en 1778 un ragoût grossier, un mélange voire une raclée. Son abréviation rata a désigné à la fin du XIXe siècle, en argot militaire, un mélange de haricots et de pommes de terre, puis un mélange de légumes et de viande. Ce n’est qu’au cours du XXe siècle, que le mot ratatouille a pris le sens que nous lui connaissons. » Jean VITAUX (Médecin gastro-entérologue et auteur de nombreux ouvrages sur la gastronomie)

 » Il faut prendre quelques tomates,
Rouges, fermes, ventre bien rond,
Et dont la bedaine écarlate
Explose au fond du caquelon.

Ajoutez-y deux aubergines
A la peau lisse et violacée,
Luisant comme laque de Chine,
Chair moelleuse et couleur de lait.

Ne pas oublier les courgettes
Toutes vertes et côtelées,
D’un doux vert tendre d’anisette,
Un peu raides et recourbées.

Et maintenant de gros poivrons,
Des verts et rouges qui rutilent,
Puis épluchez quelques oignons
Avec de l’ail et du persil.

N’oubliez pas l’huile d’olive
Qui fleure bon le fruit bien frais.
Chauffez-la bien et mettez-y
Tous vos légumes découpés…

Puis humez, humez bien l’odeur
Qui vous cerne implacablement,
Et avalez, en tout honneur,
Votre salive de gourmand.  » Vette de FONCLARE (Institutrice et Poétesse française)

Quelques musiques espagnoles …

ASTURIAS Op.47 N°5 Suite Espagnole – Isaac ALBENIZ

Il y a dans cette pièce, comme dans chacune de celles qui compose cette magnifique Suite Espagnole, toute la nostalgie de son compositeur pour son pays : l’Espagne, lorsqu’il en était éloigné et se trouvait soit à Paris, soit à Londres.

Asturias est fort imaginative, évocatrice, originale, virtuose, avec une particularité à savoir celle de notes piquées et répétées qui sont très typique du flamenco andalou.

(Vidéo : John WILLIAMS à la guitare)

LAS GOYESCAS – Enrique GRANADOS

Las Goyescas est le chef-d’œuvre de ce compositeur. Il s’agit d’une suite pour piano composée de six pièces dans lesquelles Granados a imaginé le regard du peintre espagnol Goya.

C’est très coloré, enjoué, subtile, contrasté, un peu comme de la musique du XVIIIe siècle avec, à la base, une danse aragonaise du nord de l’Espagne.

(Vidéo : Alicia DE LARROCHA au piano)

FANTAISIE POUR UN GENTILHOMME – Joaquin RODRIGO

Cette superbe Fantaisie, composée de 4 pièces, fut inspirée par des danses du XVIIe siècle, en variations diverses, fut dédiée au guitariste Andres Segovia, lequel l’interprètera en 1958.

Selon la pièce choisie, elle se révèle tantôt mélancolique et lente, et tantôt plus vivace, joyeuse, lyrique.

(Vidéo : Andres SEGOVIA à la guitare)

Cosme Ier Médicis & Éléonore de Tolède : souvenirs autour d’un tableau …

 » Portrait d’Éléonore de Tolède et de son fils Jean  » ( Éléonore ALVAREZ de TOLÉDE et PIMENTEL-OSORIO ) 1544/45 – Un tableau de Angelo COSIMO dit  BRONZINO

 » A Castello, sur les hauteurs de Florence, il contemple le portrait de sa femme avec l’un de leurs fils. Il a été peint par Bronzino en 1545. Éléonore de Tolède, Giovanni et une de leurs trois filles sont morts en 1562. Seule Éléonore parvenait à calmer les sautes d’humeur de Cosme 1er, ses impatiences, ses colères.  La fille du vice-roi de Naples, Don Pedro de Toledo, lieutenant de Charles Quint, avait dix-sept ans quand Cosme l’a épousée. Lui-même en avait vingt et était à la tête de Florence depuis 1537 après la mort par assassinat de son cousin Alexandre de Médicis.

Rien ne destinait Cosme à devenir souverain de la Toscane. Issu d’une branche cadette de la famille, son père Jean des Bandes Noires avait fait une brillante carrière de condottière avant de mourir en 1626. Cosme n’avait que sept ans. Il avait passé sa jeunesse avec sa mère dans cette villa de Castello dont avaient hérité ses parents. Il y avait fait transporter le portrait d’Éléonore, malgré les larmes versées par sa maîtresse Camilla Martelli. Elle avait vingt ans de moins que lui et Cosme avait promis de l’épouser. Il ne cesse de presser le pape de donner son consentement à cette union même si elle ne sera que morganatique. Pourquoi devrait-il vivre seul ? Il est convaincu qu’Éléonore ne lui aurait jamais demandé de devenir un moine. Comme son père, le duc aime la vie, les femmes, la guerre, les arts.

Face au portrait d’Éléonore il égrène ses réalisations puis hausse les épaules. A quoi bon ?  Depuis la mort de son épouse et malgré la présence de Camilla il se pose de plus en plus souvent la question. Elle traduit une brisure. Elle ne cesse de s’approfondir et Cosme a préféré donner la régence de Florence à son fils aîné François.

Il est sorti dans les jardins qui entourent la villa de Castello. Il veut y terminer ses jours. Le duc est assis près d’une grotte, là où il se tenait souvent avec Éléonore. Pour lui confier ses soucis, demander conseil, ou simplement rester côte à côte avec elle, dans la pénombre d’une nuit d’été …  » Irina DE CHIKOFF ( Écrivain, journaliste, grand reporter)

 » Portrait de COSME 1er MÉDICIS  » ( Duc de Florence et Grand Duc de Toscane )  – 1560 – Un tableau de Angelo COSIMO dit BRONZINO

Un chat noir au jardin …


 » Qu’il est plaisant d’être chat noir

A l’ombre bleue des angéliques

Et d’écouter sans le vouloir

Les airs de flûtes des moustiques !

Loin des écoles, des devoirs,

Des problèmes philosophiques,

Qu’il est plaisant d’être chat noir

A l’ombre bleue des angéliques !

Ô les paresses idylliques,

Les songes pleins de nonchaloir

Au touffu d’un jardin magique

Dont le vent silence est savoir !

Qu’il est plaisant d’être chat noir !  » Maurice CARÊME ( Extrait de son livre Les 25 chats de Maurice Carême )

Illustration : Pascal CAMPION

Musicalité & Danse …

 » Vous entendez souvent dire d’une chorégraphie qu’elle est musicale. Généralement on entend par là qu’elle est rythmique, en mesure. Sans parler de la tentation de faire des pas sur des notes. Beaucoup de chorégraphes ne discernent pas la structure de la musique, con caractère profond. Il ne faut pas nécessairement savoir jouer d’un instrument, ni même savoir déchiffrer une partition pour faire un ballet. Il faut, en revanche, connaître la musique de manière sensible et la vivre totalement, pas comme un simple soutien rythmique, ni comme un bain émotionnel général. La musicalité, c’est vivre la musique en la ressentant pleinement, en étant totalement investi par elle, par son caractère, en la laissant vous pénétrer jusqu’à la moelle. « Jiri KYLIAN (Danseur et chorégraphe tchèque)

Photo de Jack DEVANT avec Sabina YAPPAROVA & Marat SHEMIUNOVBallet « Multiplicity. Forms of Silence and Emptiness « (Formes du silence et du vide) /Passage Le compositeur)

Histoire de ballet : LAURENTIA …

Vaktang CHABUKIANI

Vidéo : Acte I ( le rideau se lève à 1.32) – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Laurentia est un ballet qui fut créé en 1939 par le chorégraphe georgien Vakhtang Chabukiani d’après la pièce de Lope de Vega : Fuente Ovejuna. La version donnée de nos jours a totalement écarté la partie soviétique  qui était de mise à l’époque dans la chorégraphie originale . Désormais, elle se penche davantage dans l’atmosphère et l’intrigue de la pièce, tout en respectant bien sur le travail de Chabukiani, les costumes, les danses espagnoles et notamment la Jota. La musique est de Alexander Crain.

L’histoire raconte la révolte de Fuente Ovejuna. Laurentia, une jeune paysanne, aime Fondoso. Ils sont fiancés. Tous deux sont très amis avec le jeune commandeur Mengo Fernando Gomez. Un jour, ce dernier fait des avances à Laurentia et essaie même d’abuser d’elle. Elle est sauvée par Fondoso qui menace Gomez avec une arbalète. Le commandeur s’échappe, mais revient quelques temps plus tard pour condamner le jeune homme. Le village, poussé par Laurentia, va se révolter contre cette décision. Tous s’uniront pour se rendre au château y mettre le feu , libérer Fondoso et tuer le commandeur.

C’est une chorégraphie fort bien menée, énergique,  imaginative, enthousiaste, brillante. La danse se mêle à l’histoire sans interruption, les pas de deux sont romantiques et pleins de tendresse, les pas d’ensemble superbes eux aussi tout comme les solos , les danses folkloriques espagnoles spectaculaires et fougueuses. On assiste également à des jetés, portés  et des sauts assez incroyables.

( Vidéo : Acte II (le rideau se lève à O.14 – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Histoire d’une fleur dété : l’anémone (dite des Fleuristes ou de Caen ) …

 » L’anémone et l’ancolie

ont poussé dans le jardin

où dort la mélancolie

entre l’amour et le dédain «  Guillaume APOLLINAIRE (Poète français)

 » Mais l’amour qu’est-ce au juste ? ….. C’est l’anémone qui se referme au moindre souffle et meurt dès qu’on l’effleure … » Knut HAMSUN (Écrivain norvégien)

Cette petite fleur ravissante fait partie de la famille des Renonculacées, genre anémone, un mot qui est dérivé du grec anémos (vent). Elle se décline en différentes variétés et couleurs : rouge, blanc, violet, bleu, rose. Elle a une excellente tenue, ce qui permet de donner des merveilleux petits bouquets bien droits et parfaitement épanouis dans des vases.

C’est un botaniste répondant au nom de Mr Bachelier qui fit entrer des graines d’anémones en France au XVIIIe siècle. Il revenait d’un voyage à Constantinople. Il tint ses fleurs au secret car ne souhaitant pas que d’autres puissent avoir des graines et en faire pousser. Mais quelqu’un réussira un jour à en dérober quelques-unes !

Elle a beaucoup d’histoires issues de la mythologie : celle affirmant que Anémone était une nymphe à la Cour de la déesse Flore. Cette dernière était la maîtresse de Zéphyr, le dieu du vent, lequel tomba sous le charme d’Anémone. Flore, folle de jalousie, la transforma en fleur.

Il y en a une autre : le bel immortel Adonis était Aimé d’Aphrodite et de Perséphone (maîtresse des enfers). Très jalouse de sa rivale, Perséphone alerta Arès (dieu de la guerre) , amant d’Aphrodite, de la liaison qui était en train de naître entre Adonis et Aphrodite. Très en colère, Arès envoya un sanglier pour se débarrasser d’Adonis. Dans une autre version, le sanglier aurait été envoyé par Apollon , furieux qu’Aphrodite ait rendu aveugle son fils. Quelle que soit celle que l’on choisisse, on retient que les larmes versées par Aphrodite sur le sang d’Adonis, donnèrent naissance à une fleur : l’anémone.

On peut rencontrer des anémones sauvages lors de promenades dans les bois. Il s’agit de la fragile Sylvie des bois. Elle fleurit au moment des fêtes de Pâques.

 » C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir l’anémone sauvage aux corolles tremblantes … » Alfred De MUSSET (Poète français)

Anémone sauvage

Au XIXe siècle, l’anémone connut un très grand succès et de nombreuses hybridations voient le jour, dont la plus courante à savoir l’anémone Corovaria (ou anémone couronnée en raison du fait que les pétales forment une couronne autour de son bouton central noir) dite aussi anémone de Caen, référence à la région où elle est produite en grande quantité. Elle fleurit en juin, juillet et août.

A partir de septembre et jusqu’en novembre, ce sera au tour de l’anémone hupehensis dite anémone d’automne.

Anémone Hupehensis

L’anémone a été de nombreuses fois citée dans des poèmes et elle fut un thème très apprécié par les peintres.

Sa symbolique est très forte. Elle peut exprimer l’espérance, la sincérité, la sollicitude. Un bouquet d’anémone est souvent offert pour déclarer sa flamme amoureuse. Une petite chose encore : si les fleurs se ferment, cela veut dire que la pluie n’est pas loin.

 » Anémones dans un vase  » Pierre Auguste RENOIR
« Anémone dans un vase » Odilon REDON
 » Anémones dans un vase  » Rose MEAD
« Anémones & Miroir  » Henri MATISSE

C’est l’artiste-verrier Emile GALLÉ qui choisira une anémone blanche et dorée pour la première bouteille PERRIER-JOUËT / Belle Époque

 

Au creux d’un coquillage …

 » Au creux d’un coquillage
Que vienne l’heure claire
Je cueillerai la mer
Et je te l’offrirai.

Y dansera le ciel
Que vienne l’heure belle.
Y dansera le ciel
Et un vol d’hirondelle
Et un bout de nuage
Confondant les images
En l’aurore nouvelle
Dans un reflet moiré
Dans un peu de marée
Dans un rien de mirage
Au fond d’un coquillage.

Et te les offrirai. » Ester GRANEK (Poétesse belgo-israélienne francophone/ Extrait de son recueil Je cours après mon ombre)

Tableau de William BOUGUEREAU

Chaque paysage …

« Chaque paysage a sa grammaire. En montagne, les sommets sont des majuscules, les torrents des virgules qui permettent de rythmer le regard. Chaque être vivant trace des phrases dans ce paysage. Certains s’accordent entre eux et créent de la poésie. L’homme est invité chaque jour à être poète ou vandale. » Éric DE KERMEL (Écrivain français/ Extrait de son livre Mon cœur contre la terre)

Médée … Luigi CHERUBINI

Luigi CHERUBINI par Jean Dominique INGRES

( Médée / Ouverture – Arturo TOSCANINI à la direction du NBC SYMPHONY ORCHESTRA)

Luigi Chérubini revient sur ce thème douloureux qui fut abordé avant lui en 1693 avec la tragédie lyrique de Marc-Antoine Charpentier . Une œuvre inspirée par l’histoire tragique d’Euripide ( 431 avant J.C)  où se retrouvent la douleur, la démesure, la passion destructrice, la trahison, et l’infanticide puisque l’héroïne  finira par tuer ses enfants.

L’italien Chérubini a fait sa réputation à Paris, notamment dans la composition d’œuvres lyriques (il a posé les bases de l’opéra français du XIXe siècle) et de musique sacrée. Par ailleurs, il a dirigé le Conservatoire de musique de la capitale durant 20 ans (de 1822 à 1842)

Médée reste son plus grand opéra, fortement apprécié par Brahms, Schumann, Wagner et Beethoven (qui admirait beaucoup sa brillante Ouverture). Le livret est de François Benoit Hoffmann ( d’après la tragédie de Corneille )  traduit en italien par Carlo Zingarini. Il fut  créé au théâtre Feydeau en 1797.

Le public français n’était pas très emballé par le livret en alexandrins. Mais Chérubini ne tint pas compte de ce qui pouvait se dire : il était persuadé qu’il avait tout gagné avec la voix extrêmement puissante et les talents de tragédienne de la soprano qui tenait le premier rôle, à savoir Julie Angélique Scio.

Malheureusement, ce sera un échec total ! L’opéra fut supprimé du programme après seulement une vingtaine de représentations. Il connaîtra le succès en Allemagne, interprété en allemand, mais renaîtra réellement de ses cendres à la Scala de Milan en 1909, dans la version en italien (c’est celle très souvent proposée de nos jours).

C’est une œuvre intense, exigeante vocalement, dramatique, subtile, mélange étonnant de classique et de romantisme,  qui sera exhumée par l’inoubliable Maria Callas à Florence d’abord, puis à la Scala de Milan en 1953, dirigée par Léonard Bernstein. Un rôle qui fera sa célébrité tant elle avait toutes les qualités d’intensité dramatique et des dons vocaux et musicaux exceptionnels pour l’interpréter . C’est avec lui qu’ elle fera ses adieux à la scène de la Scala en 1962. Elle a, de plus, été Médée au cinéma dans le film de Pasolini en 1969.

(Vidéo Maria CALLAS (Médée ) & Gino PENNO (Jason ) /Acte II et III – Direction Léonard BERNSTEIN / ORCHESTRE DE LA SCALA DE MILAN