21.1.2021 : l’été …

‘ C’est l’été. Le soleil darde
Ses rayons intarissables
Sur l’étranger qui s’attarde
Au milieu des vastes sables.

Comme une liqueur subtile
Baignant l’horizon sans borne,
L’air qui du sol chaud distille
Fait trembloter le roc morne…. Charles CROS (Poète français / Extrait du poème L’été / Recueil Le coffret de santal)

20 Juin 2021 : Fête des pères …

 » Pour un enfant, il est important de voir le regard de son papa sur lui ou elle, d’entendre sa voix, de sentir son odeur, de le sentir énergétigène, c’est-à-dire capable d’insuffler son énergie dans les moments de stress ou de danger, de le percevoir comme apte à capter les émotions qui viendront vers lui. D’avoir une confiance inouïe inaltérable dans ce géant qui se penche sur son berceau, qui lui sourit, qui lui parle, le prend dans ses bras, même s’il ne sait trop comment s’y prendre ! Un homme qui peut simplement être là, pour le bercer, pour ronronner de plaisir et lui murmurer des mots de tendresse. Un père doit parler, doit faire entendre la musique de sa voix, avec des vibrations bien différentes de celles de la maman, des intonations, des rythmes qui ne sont qu’à lui et que le bébé va percevoir et recevoir comme étant à lui seul destinés.  » Jacques SALOMÉ (Psychosociologue et écrivain français)

 »Père et fils » par Daniel GERHARTZ

Papillons & Fleurs …

 » Papillons et fleurs, créatures d’apparat qu’unissent de subtiles correspondances. Les botanistes n’ont-ils pas baptisé une famille entière de plantes du nom révélateur de Papilionacées ?  Pois, luzerne, trèfle, vesce, figurent parmi ces adeptes du trompe l’œil. Leurs corolles ambiguës sont flanquées de deux pétales courbes que l’on désigne par le terme d’ailes. La fleur est un étendard vivant.  Un appel coloré à l’adresse des insectes butineurs. Ses pétales s’assemblent comme les panneaux d’un polyptyque. Le papillon est, lui aussi, en constante représentation. Ses ailes, il les a sacrifiées à cette impérieuse exigence. Trop larges, trop plates, elles ne permettent qu’un vol hésitant, chaotique, qui est le jouet du moindre vent. Ce n’est plus une voiture, c’est un ensemble offert au regard. Une miniature faite de milliers d’écailles colorées, imbriquées comme les tuiles d’un toit. Quel bénéfice le papillon tire t-il de ces figures obstinément retranscrites génération après génération ? Livrées de camouflages, couleurs d’avertissement des papillons vénéneux signalant aux prédateurs leur caractère incomestible, couleurs mimétiques d’espèces comestibles imitant les insectes vénéneux pour bénéficier d’une protection usurpée, ces interprétations ingénieuses n’épuisent pas toute la richesse de ces débordements picturaux. La vie est un sphinx qui aime jouer aux énigmes. » Claude NURIDSANY (Réalisateur, photographe, écrivain – Extrait de l’ouvrage L’éloge de l’herbe –Les formes cachées de la nature – avec la collaboration de Marie PÉRENNOU)

Eugène ATGET – Voir Paris …

« La photographie est une construction de son auteur. Elle est par essence une fiction, mais une fiction bien ancrée dans le réel, le temps et l’histoire, de façon complexe et souvent problématique. » Eugène ATGET

Eugène ATGET

 » Dès que l’homme est absent de la photographie, pour la première fois, la valeur d’exposition l’emportera décidément sur la valeur culturelle. L’exceptionnelle importance des clichés d’Atget, qui a fixé les rues désertes de Paris autour de 1900, tient justement à ce qu’il a situé ce processus en son lieu prédestiné. On a dit, à juste titre, qu’il avait photographié ces rues comme on photographie un lieu de crime. Le lieu d’un crime est lui aussi désert. Le cliché qu’on prend a pour but de relever des indices. Chez Atget, les photographies commencent à devenir des pièces à conviction pour le procès de l’histoire. C’est en cela que réside leur secrète signification politique. Elles en appellent déjà à un regard déterminé. Elles ne se prêtent plus à une contemplation détachée. Elles inquiètent celui qui les regarde. Pour les saisir, le spectateur devien qu’il lui faut chercher un chemin d’accès. Dans le même temps, les magazines illustrés commencent à orienter son regard, dans le bon sens ou le mauvais peu importe. Avec ce genre de photos, la légende est devenue pour la première fois indispensable et il est clair qu’elle a un tout autre caractère que le titre d’un tableau. » Walter BENJAMIN (Extrait de son livre L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction technique)

La fondation Cartier-Bresson, en collaboration avec le Musée Carnavalet et Paris Musées ( l’expo s’étant construite à partir des collections de ces institutions muséales) a vraiment eu une excellente idée en mettant à l’honneur un merveilleux photographe, un photographe considéré comme étant le père de la photographie moderne : Eugène Atget. L’expo s’intitule Eugène ATGET-Voir Paris et elle se tiendra jusqu’au 19 Septembre 2021. Un bonheur que de partir pour une promenade dans le Vieux Paris de cet, je ne dirai pas artiste, mais artisan qui aimait tant flâner dans les rues de la capitale, le plus souvent au petit matin.

Atget a mis plus de trente ans pour réaliser ces clichés qui sont un véritable travail de mémoire. Des images simples au demeurant, mais éloquentes, intenses, émouvantes, profondes, pleine de sensibilité esthétique, poétiques également et qui vont en inspirer plus d’un dans le milieu de la photographie, à commencer par celui dont la Fondation le met à l’honneur à savoir Henri Cartier-Bresson.

Ce sont des photos qui couvrent le Paris à la fin du XIXe et début du XXe siècle. On y sent le souci des détails. Ce sont quasiment des documentaires. Du reste, un grand nombre d’entre elles sera vendu à des institutions publiques comme la Bibliothèque nationale de Paris, le Musée Carnavalet, le Musée des Arts-Décoratifs, l’Institution Nationale d’Histoire de l’Art, l’École supérieure des Beaux-Arts, le Musée de l’Île de France (qui se trouve à Sceaux) , non pas comme de banales photos mais comme de vrais documents historiques.

 » On se souviendra de lui comme un historien de l’urbanisme, un véritable romantique, un grand amoureux de Paris, un Balzac de la caméra dont l’œuvre nous permet de tisser une vaste tapisserie de la civilisation française. » Bérénice ABBOTT (cette photographe américaine a acquis en 1927, après la mort de Atget, un grand nombre de ses albums photos, ainsi que de nombreux négatifs. Elle revendra le tout en 1968 au Muséum of Modern Art de New York. C’est Ray Man qui lui avait fait connaitre Atget et son travail l’avait fortement séduite)

Eugène Atget fut un autodidacte qui s’est lancé dans la photographie en 1888 après avoir été comédien est s’être essayé à la peinture. Triste est de constater que son talent ne fut, malheureusement, pas reconnu de son vivant. Cela viendra dans les années 1920 lorsque Man Ray et les surréalistes vont se l’approprier. De nombreuses personnalités de la photographie affirmeront alors que Atget avait été une source d’inspiration pour eux et qu’il était important de lui rendre hommage.

Entre 1897 et 1898 Paris subissait pas mal de démolitions. Atget décida donc de fixer non seulement ce que Paris fut autrefois, mais également les devantures des magasins, les cours intérieures des immeubles, les fenêtres (avec parfois des habitants qui se refusaient à partir) , les vieux cabarets et cafés, les parcs, les squares laissés à l’abandon, et n’oublions pas les vieux métiers appelés à disparaitre eux aussi. Il y avait un grand nombre de peintres qui avaient besoin, eux aussi, de photos pour leur travail et ils faisaient appel à Atget. Le problème restait que les clichés étaient vendus pour une somme modique et que sa situation financière restait bien précaire. La Commission du Vieux Paris, elle aussi, le chargera d’une commande de différentes séries (Paris Pittoresque, l’Art dans le vieux Paris et ses environs)

« Le kiosque à journaux, square du Bon-Marché 1910/11 Eugène ATGET (Bibliothèque Nationale de France/Paris)
« Les paveurs de rue » 1899 – Eugène ATGET (Musée Carnavalet/Paris)
 » Un chiffonnier le matin dans Paris avenue des Gobelins  » 1899 Eugène ATGET (Bibliothèque Nationale de France / Paris )
 » A l’homme armé – 25 rue des Blancs-Manteaux  » 1900 – Eugène ATGET (Bibliothèque Nationale de France/Paris)
 » Coin de la place Saint-André-des-Arts et de la rue Hautefeuille VIe arr. » 1913 Eugène ATGET (Musée Carnavalet/Paris) La photo sert l’affiche de l’expo

Il est né en 1857 à Libourne (Gironde) – Orphelin à l’âge de 5 ans, il sera élevé par ses grands-parents maternels. Après être parti sur les mers et les océans en tant que mousse sur des bateaux de la marine marchande, il se fixe dans la capitale en 1878. Études au Conservatoire de musique et d’art dramatique (c’est un passionné de théâtre qui malheureusement échouera à l’examen final du Conservatoire en 1881) , puis il s’essaye à la peinture.

C’est au théâtre qu’il rencontre celle qui sera sa compagne jusqu’à la fin de sa vie à savoir la comédienne Valentine Delafosse-Compagnon. Lorsqu’elle décède en 1926, un an avant lui, il en sera profondément affecté. Ils ont vécu 17 bis rue Campagne Première dans le XVIIe arr. de Paris.

Il deviendra directeur d’un hebdomadaire en 1881, continuera à jouer, de temps à autre, dans des pièces de théâtre, des petits rôles qui ne lui permettent pas de vivre de cet art qui le passionne tant. Il lui a donc fallu trouver un autre moyen de gagner sa vie .Il décide donc de se tourner vers la photographie en 1888. Du coup, on ne peut pas affirmer qu’il se soit lancé dans cet art par vocation ou passion au départ. Nul ne sait, d’ailleurs, qui l’a initié techniquement dans la photographie et dans le développement.

Il ne sait jamais véritablement intéressé aux techniques à la mode en matière de photographie. Il a toujours préféré continuer avec le même équipement et la même façon de faire qu’à ses débuts.

Débuts dans la Somme, puis retour à Paris deux ans plus tard en tant que photographe professionnel. Sur la porte d’entrée de son studio situé 5 rue de la Pitié , il inscrit Documents pour artistes pour les raisons expliquées plus haut dans mon article. Il utilise des plaques en gélatino-bromure d’argent dans sa chambre photographique, lesquelles nécessitent un très long temps de pose. Il a la réputation de produire des photos d’une grande clarté, voire même d’une qualité assez exceptionnelle pour l’époque et qui ne faisaient l’objet d’aucune retouche. Une publicité propose ses services dans La Revue des Beaux-Arts en 1892, une époque où il photographiait des paysages, des fleurs, des animaux, des monuments qui intéressaient fortement les peintres notamment.

Après quoi, il va se tourner vers des vues de Paris, des extérieurs, mais aussi des intérieurs, s’attardant sur les ferronneries, les marbres, les serrures, puis proposera des indications topographiques etc… Ces photos vont intéresser le Musée Carnavalet , ainsi que la Bibliothèque nationale, qui lui passeront des commandes. Son travail va se diriger ensuite vers tout ce qui concernait l’architecture des vieilles maisons, des cours intérieurs, des anciennes fontaines, des fenêtres, des églises, des escaliers etc…. tout autant de sujets très intéressant dans ce Paris qui plongeait dans l’urbanisme moderne.

« Église Saint-Médard Ier arr. » 1900/01 – Eugène ATGET (Musée Carnavalet/Paris)
« Fontaine du passage des Singes 6 rue des Guillemites IVe arr.  » 1913 Eugène ATGET (Musée Carnavalet/Paris)
« Ancien hôtel Sully-Charost 11, rue du Cherche-Midi VIe arr. » 1904 Eugène ATGET (Musée Carnavalet / Paris)
 » Zoniers Porte d’Italie  » 1912 – Eugène ATGET (Bibliothèque Nationale de France/Paris)

Les avant-gardistes ont vu en Aget le père de la photographie moderne. Ils l’ont reconnu en tant que tel après sa mort. Les surréalistes, quant à eux, l’on considéré comme un précurseur du surréalisme. Cela a commencé avec le poète Robert Desnos qui, pour justifier la filiation de Atget avec le surréalisme, établira, dans l’un de ses articles paru dans le journal Le Soir en 1928, une association entre le photographe et le peinture de Henri Rousseau dit Le Douanier Rousseau : « Atget a tout vu avec un œil qui mérite les épithètes de sensible et de moderne. Son esprit était de la même race que celui de Rousseau, Le Douanier. » Pour lui, le travail des deux se dirigeait vers la modernité.

Desnos ne fut pas le seul. Autre surréaliste, Man Ray appréciait beaucoup le travail de Atget. Il avait un grand nombre de ses photographies dans son atelier et c’est chez lui que la photographe américaine Bérénice Abbott va les découvrir et s’enthousiasmer.

Comme je l’ai expliqué, Atget, a toujours vécu de façon plutôt précaire et il n’a pas vraiment cherché le succès ou la gloire. On reconnaitra son talent tardivement. Sa réputation viendra après sa rencontre avec Man Ray et Bérénice Abbott dans les années 1920. Les deux apprécient énormément son travail et lui achètent un grand nombre de photos. Bérénice Abbott va même rédiger des ouvrages sur son travail. Atget, photographe de Paris va connaitre un gros succès et sa renommée s’envolera de la France vers les Etats-Unis.

Il a réalisé 17.000 photos tout au long de sa carrière. Il est pourtant resté cet homme discret, humble et modeste qui n’a jamais véritablement parlé (ou très peu) sur son travail. Il affirmait, à propos de ses clichés, à la fin de sa vie, lorsque le succès vint enfin taper à sa porte : ce ne sont que des documents, des documents que je fais … Nous avons envie de lui répondre Des documents certes ! Mais quels documents ! des véritables petits trésors historiques.

Dès 1910, il a regroupé son travail en différents albums de Séries : L’art dans le vieux Paris – Enseignes et vieilles boutiques de Paris – Zoniers – Fortifications – La voiture à Paris – Intérieurs parisiens – L’arrivée de la première guerre mondiale ralentira considérablement son travail en tant que photographe. Il va beaucoup s’occuper de regrouper ses clichés, d’envisager ce qu’ils allaient devenir après sa mort et pour ce faire, proposera l’achat d’un grand nombre de ses collections. Son amour du théâtre ne cessera jamais de l’accompagner puisqu’il donnera des conférences sur ce sujet de 1904 à 1913.

Il est mort à Paris à Paris en août 1927 dans la misère la plus totale. Il fut enterré dans le cimetière parisien de Bagneux mais sa tombe a aujourd’hui totalement disparu. C’est son plus fidèle ami l’acteur André Calmettes qui sera son exécuteur testamentaire.

« Maison de Balzac 24 rue Berton XVIe arr  » 1913 Eugène ATGET (Musée Carnavalet / Paris)
 » Colonne Morris, Place Saint-Sulpice, Paris « Entre 1910 et 1912 Eugène ATGET (Bibliothèque Nationale de France / Paris)
 » Boutique de corsets – Boulevard de Strasbourg à P0aris  » 1912 – Eugène ATGET

« Le Paris d’Atget n’est plus pour beaucoup parmi nous qu’un souvenir d’une délicatesse déjà mystérieuse. Il vaut tous les livres écrits sur ce sujet. Il permettra, sans doute, d’en écrire d’autres. «  Pierre MAC ORLAN (Écrivain français – Extrait de son livre Atget Photographe de Paris –1930

En apesanteur …

 » Elle articule ses mouvements,
Jusqu’à trouver une symbiose avec l’univers,
Pour que sur la scène,
La pesanteur finisse par s’estomper.
Son corps débute alors,
Un dialogue avec le cosmos,
Le temps semble se suspendre,
Pour laisser place à une toute autre dimension.
Par ses mouvements originels,
Grandissant vers cette admirable osmose,
Elle quitte la terre ferme,
Pour un voyage intemporel.
Elle danse avec l’univers,
Pendant un moment suffisamment long,
Pour imprégner chacune de ses cellules,
De cet amour inconditionnel.
Elle redescendra sur terre,
Avec cette sensation de légèreté,
Enfermant dans l’écrin de son cœur,
Cette joie illuminant son ciel.
Accompagnée par de doux violoncelles,
L’hymne à la vie elle dansera encore,
Sur cette scène où elle façonne son corps,
L’âme en harmonie, elle dansera toujours «   » En apesanteur «  un texte de Lucie MATHIS (Poétesse française)

 » Apesanteur  » Photo de Yevgeny REPIASCHENKO

Histoire d’un ballet : L’Oiseau de feu …

(Vidéo : Ekaterina KONDAUROVA (Oiseau) – Ilya KUZNELSOV(Ivan) – Marianna PAVLOVA (Princesse) – Vladimir PONOMAREV (Koscheï)

L’Oiseau de feu est un ballet chorégraphié par Mikhail Fokine, sur une musique de Igor Stravinsky. Les décors et une partie des costumes furent réalisés par Alexandre Golovine, sauf celui du Prince Ivan, de l’Oiseau et de la princesse qui l’ont été par Léon Bakst. La création a eu lieu à l’Opéra de Paris en 1910. C’est Anna Pavlova qui devait être l’Oiseau au départ, mais elle refusera car elle n’appréciait absolument pas la musique de Igor Stravinsky. On fit donc appel à Tamara Karsavina.

Tamara KARSAVINA dans l’Oiseau

Toutes les personnalités les plus en vue de la capitale française se déplacèrent le soir de la première. Le ballet obtiendra un immense succès et une longue standing ovation.

Il s’agit d’un ballet dans lequel l’oiseau est une créature légendaire du folklore russe, un oiseau magique doté d’un plumage lumineux avec des couleurs qui font penser à des flammes. C’est le poète Piotr Potiomkine qui soumettra le sujet à Serge Diaghilev, directeur des Ballets Russes, s’inspirant d’une part d’une fable de Piotr Jershov, et d’autre part d’un conte d’Alexandre Afanassiev (dit le Grimm russe) à savoir Le prince Ivan, l’oiseau de feu et le loup en 1864.

Diaghilev fut séduit par cette idée et demanda à Mikhail Fokine d’en être le chorégraphe et le librettiste. En ce qui concerne la musique, sa première idée fut de la confier à Maurice Ravel, mais ce dernier déclina l’offre. Diaghilev choisira alors Igor Stravinsky qu’il avait entendu durant un concert et qu’il avait beaucoup apprécié. Il lui dira : « faites moi de l’imprévisible pour ce ballet ! « 

Le compositeur va travailler d’arrache-pied et dans l’urgence, fragment par fragment. Il rendra sa partition deux mois plus tard. On peut dire qu’elle obéit aux contraintes du ballet avec une rythmique bien installée dans la danse. On sent les influences de celui qui fut son maître : Rimsky-Korsakov.

La collaboration entre Fokine et Stravinsky se révèlera plutôt sereine, enthousiaste et fructueuse. Ils s’entendront assez bien, dans un respect réciproque, chacun ayant grand soin de prendre en considération les désirs et suggestions de l’autre, se concertant souvent …. Et pourtant, à la fin de leur collaboration, Stravinsky trouvera que le travail de Fokine était un vrai désordre, trop chargée en danses diverses et qu’elle ne rendait pas justice à sa musique !

Fokine travaillera sa chorégraphie avec une certaine dévotion car il était réellement « amoureux » de l’histoire. Elle est d’une grande liberté, mélange de classique et folklorique, caractérisant chaque personnage, expressive, enchanteresse, ardente, voluptueuse, exotique, moderne avec des mouvements riches, inventifs. La danse est réellement belle, originale, théâtrale, dramatique. La pantomime sert bien l’action.

La verita in cimento KV 739 … Antonio VIVALDI

(Vidéo : Ouverture/Sinfonia : interprétée par l’Ensemble MATHEUS dirigé par Jean-Christophe SPINOSI

La verita in cimento est un magnifique opéra d’Antonio Vivaldi, créé en 1720 au Teatro San Angelo de Venise, un théâtre cher au cœur du compositeur . Cette œuvre signe son retour dans la Sérénissime après deux ans d’absence : il n’était plus en grâce aux yeux du public et avait décidé de partir pour Mantoue où il était resté deux ans.

Cet opéra, jugé très novateur, accueilli avec enthousiasme, attisera les jalousies notamment de Benedetto Marcello qui le critiquera fortement, dans un pamphlet satirique , ce qui n’aura, finalement, pour conséquence que de donner encore plus envie d’aller y assister.

L »excellent livret est signé Giovanni Palazzi . Deux exemplaires existent toujours. Ils sont conservés : un à la Bibliothèque Civico Museo de Bologne et un autre à la Bibliothèque de l’Accademia Dei Concordi à Rigo.

C’est un opéra à la fois léger et profond, dramatique et drôle, tout aussi truculent que séduisant, parfaitement équilibré, inventif, séduisant, non dénué d’émotion. Il sera revu et modifié plusieurs fois. Certains passages seront ré-utilisés dans une pièce ultérieure. Il est tombé dans l’oubli et renaîtra de ses cendres grâce à Jean-Christophe Spinosi qui l’a remis à jour.

(Vidéo :  » tu m’offendi  » Acte I/ Scène 5 – Philippe JAROUSSKY accompagné par l’Ensemble MATHEUS / Direction Jean-Christophe SPINOSI)
(Vidéo :  » Amato ben tu sei la mia speranza  » Acte I Scène 12 / Simone KERMES accompagnée par l’Ensemble VENICE BAROQUE ORCHESTRA / Direction Andrea MARCONE)

Le cerf-volant …

 » Emporte-moi, mon cerf-volant !
Emporte moi haut dans le vent !
Je veux tourbillonner dans l’air,
Avec les feuilles du hameau,
Et m’en aller jusqu’à la mer,
Escorté de grands vols d’oiseaux.
Emporte-moi, mon cerf-volant !
Emporte moi haut dans le vent !
Je veux faire le tour du monde,
Et descendre où il me plaira,
Pour entrer dans toutes les rondes,
Où rient les enfants comme moi.
Emporte-moi, mon cerf-volant !
Emporte moi haut dans le vent !  » Maurice CARÊME (Poète et écrivain belge de langue française / Extrait de son recueil : La lanterne magique)

Aquarelle de Dominique POISSON