Le Louvre et les peintres …

 » Depuis son ouverture en 1793, le Louvre n’a pas cessé d’être pour un peintre le plus pertinent moyen de reconnaître et d’éprouver son ambition : parce que , musée, il a été un atelier. Il le fut déjà durant le règne de Louis XIV lorsque celui-ci, après avoir établi la Cour à Versailles, accepta que des artistes y soient logés et y travaillent. Dès 1661, l’Académie royale de peinture et de sculpture, créée par sa volonté, tient ses séances dans la Grande Galerie et dispose du Salon Carré pour y présenter les oeuvres de ses membres. En 1793, comme d’autres institutions mises en place par la ci-devant monarchie, cette académie est abrogée. Les artistes qui résident et travaillent au Louvre en sont chassés par l’empereur Napoléon Ier au prétexte qu’ils risquaient de mettre le feu à un musée qui porte son nom depuis 1803, lequel rassemble des œuvres de toute l’Europe soumise à son impérial pouvoir.

Les chefs d’œuvres d’Italie que lui a concédés le traité de Tolentino sont entrés dans Paris les 9 et 10 thermidor an VI ( 27 et 28 juillet 1798) , ont été exhibés en un cortège qui a traversé la ville du Jardin des Plantes au Champ-de-Mars pour revenir enfin vers le Louvre. En 1801, de retour d’exil ( il n’aurait pas été prudent en 1789 de s’attarder en France lorsque l’on a été la portraitiste de la reine Marie-Antoinette ) Mme Vigée-Lebrun ne manque pas de s’y précipiter :  » on peut penser avec quel empressement je me rendis au musée du Louvre qui possédait tant de chefs-d’oeuvre !  »

Si en 1814, après la première abdication de l’empereur le congrès de Vienne ne remet pas en cause le traité de Tolentino, en 1815 les alliés, qui en ont enfin fini avec un Napoléon vaincu à Waterloo, exigent le retour des œuvres vers leurs pays d’origine. Le Louvre se vide ( presque ). N’y demeurent que les œuvres saisies par la Révolution, devenues des biens nationaux , qui composent l’essentiel de ses collections. La Restauration n’ose pas les restituer aux ci-devant aristocrates. Le Louvre commence a être alors un singulier atelier.

Si les peintres se risquent à définir le Louvre , ce n’est pas à un atelier qu’ils songent, mais à une bibliothèque, à un livre parfois . Bibliothèque ou livre, le Louvre détermine chez les uns et les autres la même exigence, peindre  » à partir de sa propre expérience  » peindre «  suivant notre tempérament personnel « . Ce qui laisse entendre que le Louvre ne saurait pas plus donner des recettes qu’imposer une admiration ou un respect qui conviendrait à se satisfaire des copies. Le Louvre suscite des défis, offre le moyen de surmonter une soudaine difficulté.

«  Le Louvre, quel mot magique ! Allez au Louvre, c’est comme ouvrir la Bible ou Shakespeare. Le Louvre est une chose magique. Cela tient aux proportions, à l’architecture des salles. Même l’ombre y est propice. Les murs sont formidables. Au Metropolitan Museum, à la National Gallery de Washington, vous ne trouverez pas cette magie. A l’Ermitage oui. Une grande part de la fascination que le Louvre exerce sur les artistes vient de là.  » Marc CHAGALL (Peintre et graveur français)

 » En fait, ce que je voyais du Louvre n’agissait pas sur moi de façon directe. Je m’y sentais comme dans une bibliothèque renfermant des ouvrages du passé, et je voulais créer quelque chose à partir de ma propre expérience. » Henri MATISSE ( Peintre, dessinateur, graveur et sculpteur français)

 » Le Louvre est un livre où nous apprenons à lire. Nous ne devons cependant pas nous contenter de retenir les belles formules de nos illustres devanciers. Sortons-en pour étudier la belle nature, tâchons d’en dégager l’esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel. Le temps et la réflexion d’ailleurs modifient peu à peu la vision et enfin la compréhension nous vient. » Paul CÉZANNE (Peintre français, précurseur du post-impressionnisme et cubisme)

«  Chacun chante sa chanson s’il a de la voix. Lorsque je dis qu’on apprend à peindre au Louvre, je n’entends pas dire qu’on aille gratter les vieux vernis des tableaux pour chiper les trucs et recommencer Rubens ou Raphaël. On doit faire la peinture de son temps. Mais c’est là, au musée, qu’on prend le goût de la peinture que la nature seule ne peut vous donner.  » Auguste RENOIR ( Peintre impressionniste français)

 » J’allais au Louvre tous les jours. Je voulais voir toute la peinture. Quand je suis arrivé j’étais désaxé, paralysé. Pendant trois ou quatre mois je n’ai pas été capable de peindre. Mes compagnons se sont mis à travailler tout naturellement. Moi, au fond, j’étais content de mon incapacité ; elle prouvait que j’avais reçu une secousse. Plus tard, je venais tous les après-midi. Ça m’aidait, par choc ou par opposition. Ce qui m’impressionnait surtout c’était les intérieurs hollandais où il y avait un tout petit point … tac ! comme un œil de mouche. Pour moi c’était la chose capitale. C’était plus que la minutie, c’était le point aigu dans une toile assez grande … aigu, lumineux. Un œil de microbe.  » Juan MIRO ( Peintre, sculpteur, céramiste espagnol )

 » L’école buissonnière était quotidienne et absolue. Mes journées se passaient au musée du Louvre. Mais mon obsession était le Louvre. Il ne se passait guère un jour que je n’y misse les pieds. Mon admiration était délirante pour les primitifs qui me paraissaient être alors la plus vraie, la plus pure, l’absolue peinture. Je ne pensais plus qu’à cela et ne venais plus que pour cela. Je vécus ainsi jusqu’en 1899. » André DERAIN ( Peintre français fondateur du fauvisme, graveur, illustrateur,  écrivain)

Texte et citations de Pascal BONAFOUX – Historien de l’art, professeur à Paris VIII

 » Salon carré du Louvre  » Alexandre BRUN
 » Projet d’aménagement de la Grande Galerie  » Hubert ROBERT
 » Mary CASSATT au Louvre  » Edgar DEGAS
 » Une galerie du Louvre  » Samuel MORSE
 » Intérieur du Louvre  » Victor DUVAL
 » Une artiste copiant le tableau Jupiter et Antiope du Corrège  » Louis BÉROUD
 » Vue du Salon des Saisons  » Peintre inconnu

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