Histoire d’un ballet : La Bayadère …

La Bayadère est un ballet magnifique et grandiose qui fut créé en 1877 à Saint-Pétersbourg. On peut vraiment dire qu’il fait partie des grandes fresques chorégraphiques de Marius Petipa. Le livret résulte de la collaboration entre le chorégraphe et le critique Sergei Khouderov qui était très amoureux de la culture indienne. Tous deux vont s’inspirer du drame La Sakountala écrit par le poète Kalidasa.

L’histoire a pour fond l’Inde mystérieuse, les amours tourmentées de la danseuse Nikiya et le guerrier Solor. La première à entrer dans le rôle fut Yekaterina Vazem. Elle le dansera plus de 70 fois ! Gamzatti fut Maria Gorchenkova, et Solor Lev Ivanov (qui deviendra, par la suite, l’assistant de Petipa) et Pavel Gverdt.

C’est une chorégraphie qui ne manque pas d’originalité, entre danse classique, de caractère, académique, et danses traditionnelles de l’Inde. On l’a dit audacieuse, exotique, imaginative, riche, séductrice, passionnée, intense, crédible. La danse, poétique, gracieuse, virtuose, accorde une grande partie à la pantomime.

A l’époque, Petipa s’appuiera sur une scénographie majestueuse. Il fera même appel à des effets spéciaux incroyables pour l’époque comme, par exemple, faire surgir par enchantement un temple, ou de très nombreuses danseuses sur scène pour la partie dite des Ombres (fantômes) en tutus et voiles, évoluant sur scène en de sublimes arabesques. Lors de la création elles étaient 32. En 1900, lorsqu’il présentera, à nouveau, son ballet, on en comptera 40.

La musique fut confiée à Ludwig Minkus. Elle est pleine de lyrisme et sert admirablement bien la danse. Elle l’anime, lui donne vie, soutient le drame, l’accompagne de façon cohérente et harmonieuse.

Version Rudolf NOUREEV :

( Vidéo : La Bayadère / 1992 – Version NOUREEV)

La Bayadère est le testament chorégraphique de Noureev. Il était, en effet, à cette époque, très malade, atteint du sida. Il aurait pu se retirer, ne pas se montrer car très affaibli, mais il a tenu, avec courage, conduit par cet amour de la danse qui ne l’a jamais quitté tout au long de sa carrière, à offrir cet ultime cadeau au public. Tout comme il a voulu venir le saluer une dernière fois à la fin du ballet, soutenu par ses danseurs. C’était en octobre 1992 à l’Opéra Garnier. Un an plus tard, il décédait.

Rudolf NOUREEV à la fin du ballet en 1992, très élégant dans son costume, ému, mais très fatigué. Il est entouré des danseurs du ballet à l’époque : Elisabeth PLATEL (gauche) – Laurent HILAIRE (centre) – Isabelle GUÉRIN (à droite)

Ce ballet lui tenait particulièrement à cœur. Ce sera l’ultime chorégraphie qu’il montera pour l’Opéra de Paris, offrant l’intégral du ballet de Petipa.

Il a souvent affirmé que c’était son préféré. C’est du reste avec lui qu’il avait fait ses débuts en 1959 au Kirov, à la demande de la danseuse et épouse du directeur de la compagnie, Natalia Doudinskaïa. Elle souhaitait l’avoir dans le rôle de Solor. En conséquence de quoi, il avait parfaitement mémorisé le ballet, s’était imprégné du style, de la construction, du contenu.

Noureev a remonté souvent, uniquement le passage poétique et tellement beau Des Ombres, notamment à la demande de Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres. Mais il gardait toujours l’espoir de pouvoir le créer un jour dans son intégralité. Ce sera à l’Opéra de Paris, et pour ce faire, il est retourné à la source à savoir dans la lecture des notes de Marius Petipa qui sont conservées au Théâtre Bakrouchine de Moscou, et il a même pu (personne n’a jamais su comment ! ) obtenir une copie de la partition partielle qu’il restait de Ludwig Minkus et dont les arrangements seront réalisés pour lui par John Lanchbery.

(Vidéo :  » Les Ombres  » – La Bayadère / Rudolf NOUREEV – Corps de ballet de l’Opéra de Paris) Ce passage arrive dans l’acte III du ballet. Il y a, en général, 32 ou 35 danseuses pour le réaliser.

 » La scène des ombre est un moment du ballet qui reste l’un des plus frappants, probablement à cause de son absolue simplicité et son audace. Les ombres sortent l’une après l’autre, dans une arabesque classique, sans ornement, mesure après mesure et vous souhaitez que cela dure encore et encore. C’est un peu comme les cariatides du Panthéon où la répétition de la même figure, loin de vous fatiguer, provoque le désir de les revoir sans cesse. » Marie RAMBERT (Danseuse polonaise et professeur de danse)

Mis à part Petipa, Noureev s’est également inspiré de la version de Vaktang Tchaboukiani et Vladimir Ponomariov qui figure au répertoire du Kirov depuis 1941.

Sa chorégraphie est réellement pleine d’intelligence, émotionnelle, fantastique, sauvage, quasi cruelle, mais elle fait triompher les beaux sentiments d’amour. Le rêve est présent, l’enchantement aussi.

Les décors grandioses (toujours conservés à l’Opéra) sont ceux de Ezio Frigerio, les costumes de Franca Squaciapino. Noureev fit, d’ailleurs, venir des saris et tissus des Indes pour réaliser les tutus dont les broderies ont été réalisées à la main.

Costume pour Gamzatti réalisé par Franca Squaciapino / Photo Isabelle AUBERT

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