La lecture …

 » Tans que la lecture est pour nous l’initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n’aurions pas su pénétrer, son rôle dans notre vie est salutaire. Il devient dangereux au contraire quand, au lieu de nous éveiller à la vie personnelle de l’esprit, la lecture tend à se substituer à elle, quand la vérité ne nous apparaît plus comme un idéal que nous ne pouvons réaliser que par le progrès intime de notre pensée et par l’effort de notre cœur, mais comme une chose matérielle, déposée entre les feuilles des livres comme un miel tout préparé par les autres et que nous n’avons qu’à prendre la peine d’atteindre sur les rayons des bibliothèques et de déguster ensuite passivement dans un parfait repos du corps et de l’esprit … Un esprit original sait subordonner la lecture à son activité personnelle. Elle n’est plus pour lui la plus noble des distractions, la plus ennoblissante surtout, car, seuls la lecture et le savoir donnent les belles manières de l’esprit. … La lecture ne saurait être assimilée à une conversation, fût-ce avec le plus sage des hommes. Que ce qui diffère essentiellement entre un livre et un ami, ce n’est pas leur plus ou moins grande sagesse, mais la manière dont on communique avec eux. La lecture, au rebours de la conversation, consistant pour chacun de nous à recevoir communication d’une autre pensée, mais tout en restant seul, c’est-à-dire en continuant à pourvoir être inspiré, à rester en plein travail fécondé de l’esprit lui-même. » Marcel PROUST (Écrivain français / Extraits de son livre Sur la lecture )

Vladimir VOLEGOV

La répétition de ballet … Edgar DEGAS

 » La répétition de ballet  » – Edgar DEGAS

 » La fièvre du ballet romantique qui s’emparait du Tout-Paris lorsque Edgar Degas peignit ce tableau en 1873, n’était pas uniquement suscitée par l’élégance et la grâce aérienne des danseuses sur scène. A l’époque, il était de bon ton, pour les riches oisifs de la capitale, d’avoir un liaison amoureuse au théâtre, tandis que pour beaucoup de jeunes filles la danse représentait le seul moyen d’échapper à la pauvreté. Intitulé La répétition de ballet, cette toile de 65 sur 81 centimètres se trouve aujourd’hui au musée d’Orsay de Paris.

Apparu dans les années trente et quarante du XIXe siècle, le ballet romantique dominait encore les théâtres de la capitale lorsque Degas réalisa cette toile en 1873. En littérature et en peinture, le romantisme cédait la place au réalisme. En Italie, un chorégraphe essayait de traduire par la danse des évènements de son temps comme la construction du tunnel des Alpes. Rien de tel à Paris. Le public tenait à ses habitudes. En ne peignant que des danseuses et aucun danseur, le peintre suivait le goût de son temps. De nouvelles impulsions ne furent données au ballet qu’à Saint-Pétersbourg quand on dansa sur une musique de Tchaïkovsky, et il fallut attendre le XXe siècle pour qu’un danseur soit de nouveau acclamé.

Degas a dessiné les croquis de ce tableau à partir de l’une des premières loges. La toile elle-même fut réalisée dans son atelier. Sans doute le théâtre de la rue Le Peletier avait-il déjà brûlé lorsque l’article peignit La répétition de ballet. Comme sur toutes les autres scènes, on avait utilisé ici aussi les dangereuses torches alimentées par le gaz. L’éclairage s’effectuait à partir de la rampe et Degas indique celle-ci par un trait clair.

A l’époque Degas approchait de la quarantaine et ne faisait nullement partie des soupirants des ballerines. Bien au contraire, car il vivait retiré dans son atelier comme dans une cellule de prison. L’artiste qui aimait la solitude, resta célibataire toute sa vie. Il aurait déclaré un jour : Un peintre n’a pas de vie privée.

Dans la Répétition de ballet les jeunes filles assises ou debout, se comportent comme si personne ne les observait : elle bâillent, se grattent, s’étirent, sont naturelles et s’abandonnent aux exigences de leur corps. C’est ce charme des jeunes filles qui fascinent Degas. Il le découvrit chez celles qui attendaient leur entrée en scène et aussi dans des moments de bonheur, et à un autre niveau, chez celles qui dansaient. Ce n’était plus alors le charme inné, mais un tout nouveau charme, celui de l’artiste, de la ballerine qui s’oubliant elle-même se donne toute entière à son art.  » Rose-Marie et Rainer HAGEN( Tous deux sont auteurs d’ouvrages sur l’Histoire de l’Art et fournissent de très intéressantes explications sur des œuvres d’art. Elle est suisse et il est allemand)