Plus nous pourrons …

 » Plus nous pourrons concentrer clairement notre attention sur les merveilles et les réalités de l’univers qui nous entoure, moins nous aurons le goût de la destruction. La race humaine est mise, plus que jamais, au défi de démontrer notre maîtrise, non pas de la nature, mais de nous-mêmes. C’est une façon d’ouvrir les yeux et de se demander :  » Et si je n’avais jamais vu cela auparavant ? Et si je savais que je ne le reverrais jamais ?  » Rachel CALRSON (Biologiste et écologiste américaine)

Le glacier …



 » Je suis monté, l’esprit sombre, hanté de rêves,
De la haute vallée au dos du glacier sourd ;
J’ai franchi la moraine âpre comme les grèves,
Et j’ai longtemps marché d’un pas tremblant et lourd.

L’astre, honneur du matin et de l’heure première,
Comme un regard d’amour sur la terre avait lui.
Les cieux avaient leur grand sourire de lumière,
Mais l’abîme gardait son incurable ennui.

En haut le jour, en bas le chaos, face obscure ;
Et mêlant à l’horreur l’aspect de la beauté,
L’âpre enchevêtrement qui tord la ligne dure
Des glaces, à l’air froid crispant leur nudité.

Nul éclat de couleur ne trouble l’harmonie
De tous ces blocs polis et bleus comme l’acier,
Que la nature a fait, dans sa force infinie,
Pêle-mêle jaillir des sources du glacier.

Pas de rumeur, hormis parfois la voix profonde
Que, pareille aux captifs, exhale vers l’azur
Delà crevasse sourde où son angoisse gronde,
Une eau qui dans la nuit égare son flot pur.

Tout dort : mais ce repos sinistre se lamente ;
Il fait froid sous le ciel allumé de midi,
Et l’on sent comme un mal inconnu qui tourmente
La montagne, cadavre encore mal raidi.

C’est le désert. Tout vous repousse et vous menace :
En gouffre sous vos pas le chemin s’est ouvert ;
Rien qui vous guide et rien où l’on laisse sa trace ;
Le regard troublé cherche un bout d’horizon vert.

Vers la discrétion sombre du précipice
Bien que tout vous conduise et ramène vos pas,
Et bien qu’un tel endroit soit funèbre et propice,
Même blessé d’amour, l’homme n’y mourrait pas !

Je n’y puis demeurer et j’ai l’âme lassée :
Mon œil, ivre de jour, voit mal loin des couleurs ;
Mon souffle aime l’odeur des blés mûrs ; ma pensée
Cause plus aisément et mieux avec les fleurs.

Qui me ramènera parmi les choses douces,
Dans les bois remplis d’ombre où j’ai senti germer,
Heureux et m’allongeant sur le lit chaud des mousses,
Les vagues floraisons qui tendent à s’aimer ?

Ou bien aux champs joyeux alors que l’été brille,
Dans la grande beauté de ce cadre banal
Où passe, gaule en main, quelque robuste fille,
Lente sous le baiser du soleil matinal.  » Albert MÉRAT (Poète français / Extrait de son recueil Les tableaux de voyage/1865)

« Le glacier  » un tableau de Edward Theodore COMPTON