Quand l’abeille au printemps …

 » Quand l’abeille, au printemps, confiante et charmée,
Sort de la ruche et prend son vol au sein des airs,
Tout l’invite et lui rit sur sa route embaumée.
L’églantier berce au vent ses boutons entr’ouverts ;
La clochette des prés incline avec tendresse
Sous le regard du jour son front pâle et léger.
L’abeille cède émue au désir qui la presse ;
Ella aperçoit un lis et descend s’y plonger.
Une fleur est pour elle une mer de délices.
Dans son enchantement, du fond de cent calices.
Elle sort trébuchant sous une poudre d’or.
Son fardeau l’alourdit, mais elle vole encor.
Une rose est là-bas qui s’ouvre et la convie ;
Sur ce sein parfumé tandis qu’elle s’oublie,
Le soleil s’est voilé. Poussé par l’aquilon,
Un orage prochain menace le vallon.
Le tonnerre a grondé. Mais dans sa quête ardente
L’abeille n’entend rien, ne voit rien, l’imprudente !
Sur les buissons en fleur l’eau fond de toute part ;
Pour regagner la ruche il est déjà trop tard.
La rose si fragile, et que l’ouragan brise,
Referme pour toujours son calice odorant ;
La rose est une tombe, et l’abeille surprise
Dans un dernier parfum s’enivre en expirant …  » Louise ACKERMANN (Poétesse française / Extrait d’un poème tiré du recueil Premières Poésies en 1871)

Elisabeth et Philip…

Philip Mountbatten, duc d’Edimbourg, époux de la reine Elisabeth II , est décédé hier à l’âge de 99 ans. Petit hommage rendu à ce passionné d’équitation (joueur de polo réputé), aviation , écriture, peinture (un de ses tableaux avait même été accroché à la Queen’s Gallery en 2016 lors d’une exposition. Il a fallu, parait-il, insister car il voulait que cela reste du domaine privé ) et qui, durant 74 ans, s’est tenu au plus près de celle qu’il surnommait mon chou, la reine Elisabeth II, toujours trois pas derrière elle comme l’exige la tradition royale.

Reine Elisabeth II et Prince Philip

 » Le duc d’Édimbourg constitue le pilier central dans l’existence de la souveraine britannique. Elisabeth II lui a toujours tout pardonné. Pour la reine, les gaffes diplomatiques de son mari, son caractère entier et ses emportements ne pèsent guère en comparaison de l’importance de son écoute et de ses conseils. Il reste le seul confident en qui elle peut avoir totalement confiance lorsqu’il s’agit d’épancher ses peines et la lassitude de sa charge. Aussi la reine préfère t-elle s’appuyer sur ses qualités et oublier ses défauts et les difficultés intimes du couple. Les rumeurs concernant les effets du charme légendaire du prince sont connues.

Ses absences répétées sont mal vécues par la reine. Notamment lors de l’incendie du château de Windsor en novembre 1992. Le prince Philip était en Argentine pour un voyage privé   …. Mais la souveraine estime nécessaire de laisser de l’espace à un homme obligé de vivre dans l’ombre de sa couronne. A l’occasion de ses noces d’or en 1997, Elisabeth II a déclaré à son sujet : «  Il a simplement été ma force durant toutes ces années et le demeure. Moi et sa famille entière, et ce pays, et beaucoup d’autres pays, nous lui devons plus qu’il ne le dira jamais » : une déclaration d’amour royale !

Lorsque Elisabeth et sa sœur Margaret accompagnent leur père, le roi George VI, à la base navale de Dartmouth, le 22 juillet 1939, la fille aînée du roi d’Angleterre ignore encore que cette date restera gravée dans son cœur. Les princesses sont confiées pour l’après-midi à un jeune cadet de l’établissement. Grand, élancé, le prince Philip de Grèce et de Danemark porte admirablement l’uniforme. Assise à côté de sa sœur Lilibeth le dévore des yeux tandis que Margaret s’amuse de la situation.

Le prince Philip n’est pas vraiment un inconnu. Ses parents sont le prince André de Grèce et la princesse Alice de Battenberg. Né le 10 juin 1921, il est baptisé selon le rite orthodoxe sous le nom de Philippos de Schleswig-Hostein-Sonderbourg-Glucksbourg.Quelques jours après sa naissance, la famille fuit la Grèce. Le père de Philip est accusé de haute trahison. Cet exil précipité est fatal à la famille et transforme la vie du nouveau-né en une errance perpétuelle. L’enfant échoue régulièrement chez son oncle maternel Lord Dickie Mountbatten. Ce conseiller très proche de George VI et futur dernier vice-roi des Indes, prend en charge l’éducation de son neveu. Il l’encourage à tenter la même carrière militaire que lui dans la Royal Navy.

Prince Philip et Lord Mountbatten

A la fin de l’année 1942, Elisabeth lui envoie ses vœux accompagnés d’une photo d’elle. Philip lui répond et joint son portrait, barbu, dans sa tenue d’officier du destroyer HMS Wallace. Le cadre ne quittera plus le bureau de la jeune princesse. Après avoir dansé ensemble une première fois au cours d’une soirée privée, Elisabeth et Philip se retrouvent au château de Windsor en 1943 pour passer Noël. Observant le couple, George VI fait part à sa mère, la reine Mary, de son avis sur le prétendant de sa fille aînée :  » il est intelligent, il a du bon sens, de l’humour, et pense bien sur les bonnes choses. Mais Elisabeth est trop jeune pour cela. Elle n’a jamais vraiment rencontré de garçons de son âge. »  Le souverain n’est pas complètement convaincu par Philip. Son statut de citoyen grec, son absence de fortune et les aimables pensions de Lord Mountbatten ne le rassurent pas.

En 1946, démobilisé, Philip part pour Balmoral rejoindre les Windsor pour les vacances d’été. Lors d’une promenade dans les vallons, Elisabeth, âgée de 19 ans, lui confie ses sentiments. Les jeunes tourtereaux annoncent leur décision au souverain. Ils veulent se marier. Le roi les écoute poliment, sans acquiescer. Pour commencer, il ne veut pas laisser sa fille prendre son envol. Ensuite les conseillers n’apprécient pas le choix de la princesse. Mais Elisabeth n’en démord pas. C’est Philip ou personne d’autre ! Et la princesse possède un atout : sa mère. La reine est très favorable à la romance de sa fille. Face aux deux femmes, le roi George VI cède.  » C’est avec le plus vif plaisir que le roi et la reine annoncent les fiançailles de la princesse Elisabeth, leur fille bien-aimée, avec le lieutenant de vaisseau Philip Mountbatten, de la Royal Navy. C’est avec joie que le roi a donné son consentement à cette union » ( déclaration émanant de Buckingham Palace le 8 juin 1947).

Le 20 Novembre 1947, à onze heure et quart, sous les applaudissements, elle franchit les grilles de Buckingham en carrosse , au côté de son père, pour se rendre à l’abbaye de Westminster. Dans le chœur ont pris place la reine Elisabeth, mère de la mariée, la reine douairière Mary, la princesse Alice mère de Philip. Elles sont assises dans l’ordre protocolaire. Philip a plus d’allure que jamais. Sanglé dans son uniforme bleu de la Royal Navy, il arbore fièrement l’ordre de la Jarretière, la plus haute distinction britannique, décernée la veille par le roi. Lorsque l’archevêque de Canterbury l’unit à Elisabeth, ils échangent les anneaux fondus dans l’or des mines de Dolgellau, au Pays de Galles. Elisabeth lève les  yeux et se perd dans le regard océan de celui qu’elle peut maintenant appeler son mari : c’est l’un des plus beaux moment de sa vie. Elle a épousé l’amour. »Jérôme CARON (Écrivain, journaliste au magazine Point de Vue)

Elisabeth et Philip le jour de leur mariage. Elle porte une robe réalisée par le couturier préféré de sa mère : Norman HARTNELL
Avec leurs quatre enfants : Charles, Anne, Andrew et Edward
« La reine-Déjeuner à Windsor » 1965 – Prince Philip MOUNTBATTEN