Miroir …

 » Peut-être que si nous plongeons nos regards dans des miroirs, ce n’est pas uniquement pour chercher la beauté, si illusoire soit-elle, mais pour vérifier, en dépit de la réalité, que nous sommes toujours là. » Océan VUONG ( Poète, romancier et essayiste américain / Extrait de son livre Un bref instant de splendeur)

Tableau de Ferdinand VON LUTGENDORFF

Les vitrines … José GUTTIEREZ-SOLANA

 » Formé à l’École des Beaux-Arts de Madrid, Solona est un artiste à la personnalité complexe, obsédé depuis sa jeunesse par le thème de la mort et de la maladie. Ses personnages évoluent généralement dans un univers macabre, opprimant et sans espoir.

Les Vitrines montrent un Solana qui ne se dément pas mais qui s’aventure sur de nouveaux territoires : un artiste curieux qui partage, avec les avant-gardes artistiques de cette époque, l’idée d’utiliser des mannequins, des masques ou des poupées comme modèle et sujet à plein titre et qui, surtout, décide d’explorer les racines culturelles de son pays.

Les œuvres de cette période sont influencées par les peintres baroques espagnols Leal, Zarbarian et Goya. C’est ainsi que ses figures dans les vitrines, statue de cire immobiles dans leur monde isolé et transparent, rappellent très fortement les personnages peints par Goya dans la Famille de Charles IV.

Solana suggère des analogies angoissantes entre les objets inanimés et les humains en utilisant une lumière basse et ténébreuse, une palette dense et sombre aux couleurs presque boueuses et un contour foncé épais qui vient renforcer cette atmosphère tendue et inquiétante.  » Angela SANNA ( Historienne d’art, italienne, professeur à l’Accademia di Belli Arti di Urbino)

« Les vitrines » 1910 – José GUTTIEREZ-SOLANA (Peintre expressionniste espagnol, graveur, premier prix des Beaux-Art à Madrid, écrivain. Il a aimé les voyages et ceux-ci ont été un vaste sujet pour ses livres)

Lecture et écriture …

 » On déguste des phrases. On savoure des textes. On boit des mots. On s’empiffre de mots. Lecture et écriture relèvent de l’alimentation. Mais la vérité est tout autre : ce sont les mots qui nous grignotent, ce sont les livres qui nous avalent. » Bernard PIVOT (Journaliste et critique littéraire français, animateur d’émissions culturelles à la télévision. / Extrait de son livre Au secours, les mots m’ont mangé)

Bernard PIVOT

Chopin …

 » Chopin, mer de soupirs, de larmes, de sanglots
Qu’un vol de papillons sans se poser traverse
Jouant sur la tristesse ou dansant sur les flots.
Rêve, aime, souffre, crie, apaise, charme ou berce,
Toujours tu fais courir entre chaque douleur
L’oubli vertigineux et doux de ton caprice
Comme les papillons volent de fleur en fleur;
De ton chagrin alors ta joie est la complice:
L’ardeur du tourbillon accroit la soif des pleurs.
De la lune et des eaux pale et doux camarade,
Prince du désespoir ou grand seigneur trahi,
Tu t’exaltes encore, plus beau d’être pali,
Du soleil inondant ta chambre de malade
Qui pleure a lui sourire et souffre de le voir…
Sourire du regret et larmes de l’Espoir !  » Marcel PROUST (Extrait de son recueil Les Plaisirs et les Jours/Portraits de peintres et de musiciens 1896)

Tableau de Roger SURAUD

La jonquille …

  » J…aune comme le soleil la jonquille.
O…n la voit un peu partout dans les rocailles et parterres.
N…arcisse l’appelle-t-on parfois.
Q…ue tu es magnifique dans tes dentelles!
U…ne mini trompette se cache dans tes pétales.
I…mpossible d’imaginer le printemps sans ta présence.
L…égère et délicate, tu te balances au vent
L…aissant derrière ce déhanchement tant de grâce
E…t d’essences subtiles, toi la jonquille   » Guy RANCOURT ( Poète québécois )

JONQUILLES 2

https://pointespalettespartition.wordpress.com/2020/03/02/jonquille-et-narcisse/

Aria :  » Lascia la spina,cogli la rosa » … Georg Friedrich HAENDEL …

(Vidéo : Cecilia BARTOLI / Elle est accompagnée par LES MUSICIENS DU LOUVRE sous la direction de Marc MINKOWSKI)

Cette aria magnifique est extraite de l’ Oratorio Il trionfo del Tempo et del Disinganno (le triomphe du Temps et de la Désillusion) composé en 1707 par Haendel lorsqu’il avait 22 ans. Le livret est du cardinal Benedetto Pamphili, grand collectionneur, librettiste, et mécène italien.

Cette œuvre, créée à Rome, lui apportera un grand succès . Elle accentuera les nombreux contacts qu’il avait déjà réussir à établir lorsqu’il était arrivé en Italie, notamment auprès de personnalités importantes de la papauté . Par ailleurs, il nouera des liens avec de nombreux musiciens, et aura même un siège dans la très réputée Académie d’Arcadie fréquentée notamment par Antonio Caldara, Alessandro Scarlatti et Arcangelo Corelli.

L’histoire est celle de la Beauté fidèle au Plaisir. Le Temps et la Désillusion vont tout faire pour détourner la Beauté de ses principes et ses idéaux. C’est une œuvre à portée philosophique, vraiment superbe, enchanteresse, inclassable, passionnée, émotionnelle aussi.

Haendel reprendra cette aria pour son opéra Rinaldo en 1711 à Londres , sous un autre intitulé à savoir le célèbre Lascia ch’io pianga. Par ailleurs, en 1737, lorsqu’il se trouvait dans la capitale anglaise , il révisera et modifiera son Oratorio, lequel deviendra Il trionfo del Tempo e della Verità (le triomphe du Temps et de la Vérité).

Le Pastel …

 » Le pastel se place entre le dessin et la peinture. Il est né au XVe siècle. Il s’agit d’une pâte avec des pigments de couleurs ( peu nombreuses à l’origine mais dont le nombre va s’accroître au fil du temps) que l’on mélange avec un peu d’eau, de la poudre de craie et un liant (gomme arabique le plus souvent). Lorsque la pâte est bien essorée, on la coupe en petits bâtonnets qu’on laisse sécher pour qu’ils durcissent. Certains peuvent être plus durs que d’autres, ou plus tendres, un peu souples ou moelleux, ou secs. Leur forme varie selon les cas.

Il existe aussi les pastels à l’huile ou à la cire. En ce qui concerne les pastels à l’huile, on peut dire qu’ils sont les héritiers de ce qui fut autrefois la peinture à la cire. Ils sont nés au XXe siècle. Leur composition est la même que les pastels gras ou à la cire, mais l’huile (qui remplace la gomme arabique des pastels secs) les rend plus onctueux et plus brillants. On les utilise le plus souvent en intérieur.

C’est la Maison Sennelier qui donnera une version professionnelle du pastel à l’huile en 1949 et cela sera fait pour Pablo Picasso qui avait demandé à son ami graveur Henri Goetz de lui trouver un pastel assez gras qui peuvent avoir à lui tout seul les différents atouts d’un pastel sec, et qui soit aussi assez onctueux et riche comme la peinture à l’huile. Depuis lors, d’autres Maisons vont fabriquer des pastels à l’huile, chacune ayant ses propres qualités et caractéristiques : Caran d’Ache, Holbein, Jaxon, Sakura, Talens.

 » Olga  » Pastel et dessin de Pablo PICASSO

A noter qu’une Maison du Pastel (Macle) existait depuis 1720. Elle sera rachetée en 1878 par un grand amoureux de cette technique, à savoir le chimiste et pharmacien Henri Roché qui lui donnera son nom. Son fils le rejoindra plus tard. Tous deux furent très attentifs aux demandes, critiques et conseils des peintres de l’époque comme par exemple Degas, et ce afin d’améliorer la qualité des bâtonnets, enrichir les couleurs, et leur permettre aussi d’être plus résistants à la lumière. On compte de nos jours plus de 1.200 coloris. Après le père et le fils Roché, ce sera les filles de ce dernier qui reprendront les rennes de la Maison. C’est désormais une petite cousine qui s’occupe de l’établissement situé rue Rambouteau dans le 3e arr. de Paris.

La Maison du Pastel – Rue Rambouteau à Paris (3e arr.)

Le pastel est une technique qui a été fortement appréciée de par son côté assez direct et tactile : les doigts, en effet, deviennent des pinceaux, et permettent un toucher libre et constant servant à estomper, donner du volume, de la profondeur, intensifier les couleurs (qui sont à l’état pur), obtenir plus d’expressivité, du velours, de la suavité pour la peau notamment. Cette technique a fait son entrée à l’Académie de peinture en 1665 et a réussi, petit à petit, à s’affirmer, s’imposer et se placer à même niveau (voire même rivaliser) avec d’autres arts comme la peinture ou la sculpture.

Elle fut très souvent utilisée pour les portraits ( officiels ou non ) en raison de la légèreté de sa texture, son velouté, le magnifique rendu, la carnation de la peau, la richesse des étoffes pour les vêtements. Nombreux vont être les artistes qui vont s’intéresser et pratiquer le pastel pour certaines de ces qualités, et en plus cela s’avérait moins coûteux que la peinture à l’huile, il n’y avait pas d’odeur, ce n’était pas sale, il y avait une certaine fraîcheur et on évitait le luisant qui parfois pouvait s’avérer gênant dans un tableau. Par ailleurs, les bâtonnets étaient facilement transportables, nécessitaient donc moins de matériel, et séchait plus vite.

En revanche, c’est vrai que la technique du pastel peut paraître fragile en raison de son côté poudreux, de la légèreté de sa consistance, mais elle l’est davantage à cause de son support, papier ou carton, qui, à l’inverse d’une toile, doit être conservé sous verre.

L’engouement du pastel diminuera à la Révolution, puis renaîtra avec le romantisme. Pour éviter qu’il ne soit perçu, à ce moment là, comme étant simplement un art d’agrément spécifique pour jeunes filles de bonne famille, une société de peintre pastellistes sera créée en 1885. Il aura fallu de la persévérance et de la ténacité pour que le pastel soit admis autrement et qu’il obtienne, à nouveau, du succès. Au cours du XIXe siècle, le portrait au pastel et les paysages connaîtrons un nouvel engouement.

Parmi les artistes de cette technique, il en est une qui fut une merveilleuse pastelliste (travaillant sans faire de dessin préalable) c’est la vénitienne Rosalba Carriera. Elle a d’autant plus d’importance que c’est grâce à la beauté de ses œuvres au pastel qu’elle donnera l’envie d’utiliser cette technique à de nombreux peintres français de son époque. Elle est arrivée à Paris en 1720. Nul besoin pour elle de se faire connaître car son travail était déjà célèbre dans toute l’Europe. Beaucoup en France voudront faire l’objet d’un portrait effectué par ses soins. Elle va en réaliser une cinquantaine (en refusera beaucoup aussi) notamment un du jeune Dauphin Louis XV. Elle sera, par ailleurs, reçue à l’Académie de peinture et de sculpture en tant que pastelliste et du coup, eh bien le pastel prendra de la hauteur.

« Portrait du dauphin Louis XV » – Pastel 1720/21 – Rosalba CARRIERA

Parmi les français après elle, il eut celui qualifié de prince du pastel à savoir Joseph Vivien, mais également Maurice Quentin de la Tour, nommé peintre officiel du roi Louis XV en 1750. Avec lui le pastel sera auréolé de lumière et lui-même connaîtra un grand succès en l’utilisant. Non seulement il maîtrisa la technique à la perfection, mais il expérimentera aussi des fixatifs ( utilisation délicate qui lui occasionnera quelques tracas) pour une meilleure conservation, notamment celui créé par un certain Antoine Joseph Loriot.

 » Autoportrait  » 1742 Pastel de Maurice QUENTIN DE LA TOUR

On note aussi François Boucher, Jean-Baptiste Greuze, Elisabeth Vigée-Lebrun (initiée au pastel par son père) mais aussi Jean-Étienne Liotard, et Jean-Siméon Chardin qui lui donneront toutes ses lettres de noblesse

 » La mère bien-aimée  » 1765 pastel avec craie sur papier brun doré de Jean-Baptiste GREUZE
« La princesse Radziwill » 1800/01 Pastel de Elisabeth VIGÉE-LEBRUN (tableau fait sur un papier bleu à base de chiffon, chanvre et lin qui était souvent utilisé au XVIIIe pour le pastel

Les impressionnistes (ou ceux proches de ce mouvement) ne furent pas en reste : Claude Monet, Edouard Manet, Eugène Boudin, Edgar Degas, Pierre-Auguste Renoir, Camille Pissarro, Mary Cassatt, James Tissot, Berthe Morisot, Paul Gauguin, ou d utiliseront notamment le pastel pour des portraits, mais aussi pour les retouches dans les paysages, les variations de la lumière du ciel ou de la mer par exemple. Certains l’utiliseront de façon permanente, d’autres plus occasionnelle en parallèle avec la peinture à l’huile. Degas sera l’un de ceux qui l’emploiera le plus.

 » Manneport  » 1884/86 Pastel de Claude MONET
« Dans le parc » 1894 Pastel de Berthe MORISOT
 »Sara avec son chien » 1901 env. Pastel de Mary CASSATT
« Danseuses en jaune  » 1903 Pastel de Edgar DEGAS
 » Berthe  » 1833 Pastel et crayon graphite de James TISSOT

Les symbolistes et les nabis aussi : Charles Léandre, Alphonse Osbert, Odilon Redon, Émile-René Ménard, Lucien Levy-Dhumer, Ker Xavier Roussel : le pastel va leur permettre d’exprimer leur vision d’un autre monde en apportant une part de mystère, de magnétisme, de flou, d’éclat, de mélancolie, et de spiritualité à leurs œuvres avec, très souvent, des couleurs éclatantes.

« Sur champ d’or » 1897 Pastel de Charles LÉANDRE

Pour permettre au pastel de conserver toute sa qualité, il convient de savoir parfaitement l’utiliser. Tout est dans la maîtrise et la minutie de celui qui s’en sert. De plus, il faut le préserver de la lumière (qui altère les couleurs) mais également de l’humidité et de la chaleur.

« L’élégante » de Paul-César HELEU