Le printemps …

 » Le printemps donne à tout la vie et la beauté ;
Chaque tige a sa fleur ; chaque fleur est superbe ;
L’azur est souriant. La nature en gaîté
Met des trésors d’amour et de bonheur dans l’herbe !

Dans les arbres, songeurs profonds, germe le fruit :
La joie est par les airs ; tout est gonflé de sève ;
Et ce jour trouble plus le penseur que la nuit,
Car un plus grand mystère entre dans son grand rêve !

Dieu se laisse entrevoir, et sur des arbrisseaux,
Êtres souffrants que nul doux parfum ne console,
Une fleur vient d’éclore, un nid de passereaux :
Encore de l’amour au sein d’une corolle !  » Jean AICARD (Poète, auteur dramatique français – Extrait de son recueil Les jeunes croyances/1867)

Photos-collages  » Le printemps  » par Jeanny KROEZE

Jardin secret …

 » Nous avons tous un petit jardin secret que l’on atteint par des routes bordées d’acacias, de sureaux, de songes. Il ressemble à ces petits cimetières que l’on trouve à la sortie des villages. Il protège nos plus beaux souvenirs, ce que nous avons de plus précieux. Dans ces jardins saute et gambade notre enfance, défilent tous les chagrins d’une vie …  » René FRÉGNI (Écrivain français – Extrait de son livre Je me souviens de tous vos rêves)

Illustration : Christian SCHLOE 

On emploie souvent des hommes …

 » On emploie souvent des hommes pour des rôles de femmes dans le théâtre classique. Dans le ballet classique cela arrive aussi parfois que des hommes se travestissent. Si on le fait, c’est que l’on a, sans doute, trouvé que les hommes étaient probablement plus aptes à montrer leur grossièreté ! C’était une façon de polariser le féminin et le non-féminin et mettre l’œuvre en valeur. » Stijn CELIS (Danseur et chorégraphe belge)

Sur la photo : Will TUCKET dans le rôle de la mère Simone / Ballet La fille mal gardée/ Version Frédéric ASHTON pour le ROYAL BALLET de LONDRES

La musique …

 » La musique c’est le chant qui sort de tout : de soi quand on est heureux, du vent quand il souffle sur la forêt et sur la mer. C’est aussi le concert des instruments qui rappelle tout ça. L’Ouverture, c’est comme celle d’une grande fenêtre sur le ciel, pour que la musique entre et qu’on l’entende. » Victor MARGUERITTE (Romancier, auteur dramatique français / Extrait de son livre La Garçonne)

 » La musique  » un tableau de Pierpaolo ROVERO

Concerto d’Aranjuez …

Joaquin RODRIGO – Tableau de Sebastian CAPELLA PALLARÉS

Joaquin Rodrigo est un très célèbre compositeur espagnol, aveugle,  né en 1901 à Sagonte en Espagne.  Il s’est intéressé très tôt à la musique et a suivi des cours de composition dans l’école pour non-voyants qu’il fréquente à Valence ( Espagne). De sa musique, on peut dire qu’il est très hispanique non seulement dans le côté tradition, mais également dans le populaire.

En 1938,  il fait la connaissance du guitariste  Regino Sainz de la Maza, lequel va lui donner l’envie de composer un Concerto pour guitare avec orchestre. Ainsi naîtra le très célèbre Concerto d’Aranjuez qui va obtenir un énorme succès et lui apporter la gloire. L’œuvre fut écrite à Paris entre 1938/39 mais interprétée en Espagne, à Barcelone.

Elle se déroule en trois mouvements, débute de façon assez allègre rythmiquement parlant, avec une belle palette de couleurs. Le deuxième mouvement, à savoir l’Adagio, très connu, est une petite merveille de la musique, tout en nuances subtiles,  empreint à la fois de poésie, nostalgie, expressivité, sérénité. Il  laisse la place, ensuite, à un final élégant et discret.

(Vidéo : Pepe ROMERO à la guitare classique – Accompagné par l’Ensemble LA CAMERATA SERBICA – Direction Marcello ROTA

Au printemps : cueillette des fleurs d’oranger…

«  Fleur d’orage et fleur d’oranger,
J’ai peur de la nuit, j’ai peur du danger.
Fleur d’oranger et fleur d’orage,
J’ai peur de la nuit et du mariage.
Fleur d’orage et fleur d’oranger,
Fleur d’orage
 » … Robert DESNOS ( Extrait de son recueil Chantefleurs/1952)

Le bigaradier (citrus aurantium) est une espèce hybride entre mandarinier (citrus maxima) et pamplemoussier (citrus reticulata) qui produit des oranges amères utilisées notamment pour la confection de délicieuses confitures , à la différence de l’oranger (citrus sinensis) que nous connaissons pour ces fruits sucrés à consommer tels quels . Il fait partie de la famille des Rutacées. Il est né en Inde, puis s’est dirigé vers la Perse, le Moyen-Orient, la Sicile et on le trouve désormais dans tout le bassin méditerranéen où il est arrivé à l’époque des Croisades.

Les fleurs de bigaradier (récoltées à la main, à l’aube ) sont très odorantes. L’hydrodistillation (à la vapeur d’eau) produit l’huile essentielle que l’on connait sous le nom de Néroli. L’eau que l’on obtient de la vapeur de cuisson dont je viens de parler, est ce que l’on appelle l’eau de fleur d’oranger connue pour ses vertus apaisantes et calmantes soulageant les troubles du sommeil notamment et la nervosité, se révèle être un bon anti-inflammatoire aussi (un vieux dicton affirme qu’une moitié d’orange amère vidée, placée sur le talon du pied, calmerait beaucoup les douleurs) . L’huile essentielle traite aussi les problèmes de peau (vergetures, démangeaisons) –

 Une tonne de fleurs de bigaradier produit 1kg de néroli et 600 litres d’eau de fleur d’oranger. L’essence de petit grain qui, elle, vient de la distillation des feuilles avec les fleurs, donne un parfum plutôt citronné, végétal, et convient bien pour la création des eaux de Cologne ou les eaux de toilette masculines .

L’eau de fleur d’oranger est très souvent utilisée en confiserie, en cuisine, pour aromatiser les gâteaux, les beignets de Carnaval etc..( les pays orientaux l’utilise énormément en pâtisserie), ainsi que les salades.

 » La brioche  » de Jean-Siméon CHARDIN (1763) coiffée d’une branche de fleur d’oranger, un parfum qui se retrouve très certainement à l’intérieur de la brioche.

La subtilité du parfum de l‘essence de néroli (huile essentielle ) est très appréciée en parfumerie. On l’utilise souvent en note de tête dans les eaux de toilette. Citons par exemple : Classique de Jean-Paul Gaultier / La vie est belle de Lancôme / Aura de Thierry Mugler / Gabrielle de Chanel / Ysatis de Givenchy / Aqua Allegoria de Guerlain / La fille de l’air de Courrèges/ Mi Fa de Réminiscence / L’heure bleue de Guerlain / Infusion de fleur d’oranger de Prada / Bouquet de la mariée de Guerlain .

L’essence de néroli doit son nom à une princesse italienne, Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins. Premier mariage à 17 ans avec Blaise de Talleyrand-Chalais. Restée veuve, elle épouse en secondes noces, Flavio Orsini, duc de Bracciano, de 22 ans son aîné, qui vivait à Nérola près de Rome au XVIIe siècle . Elle voua une passion pour la fleur d’oranger, l’utilisait dans son bain, en parfumait ses vêtements, et mit son parfum à la mode. C’est elle qui donnera le nom de Néroli à ce parfum cher à son cœur.

Marie-Anne de la Trémoille

Comme un grand nombre de fleurs, celle de l’oranger a sa légende : le jour de leur mariage, Zeus et Jupiter offrirent des fleurs d’oranger à leurs futures épouses Héra pour le premier et Junon pour le second. Un rituel qui s’est poursuivi pour cette fleur dans les couronnes posées délicatement dans la chevelure des jeunes mariées, couronne qui était ensuite placée sous verre et que l’on conservait toute sa vie.) . C’était un signe de sa candeur qui, du coup, en a fait un symbole de virginité, chasteté, pureté et fécondité, d’où le fait qu’elle apparaît quelquefois dans des tableaux de la vierge Marie. Par contre, il ne fallait absolument pas la mettre sur la tête d’une jeune fille célibataire, car sinon elle ne trouvait plus chaussure à son pied …

 » Toute l’assistance se retourna avec un long frou-frou de jupes et un remuement de chaises. Et la jeune femme apparut, au bras de son père dans la vive lumière du portail. Elle avait toujours l’air d’un joujou, d’un délicieux joujou blanc coiffé de fleurs d’oranger ... » Guy DE MAUPASSANT ( Extrait de son roman Bel Ami/1885)

La fleur d’oranger, et surtout sa fragrance subtile, se retrouve citée dans de nombreux textes de la littérature, de la poésie. La peinture ne sera pas en reste.

« J’ai voulu, cette année, respirer de la fleur d’oranger et je suis parti pour le Midi, à l’heure où tout le monde en revient. J’ai franchi Monaco, la ville des pèlerins, rivale de la Mecque et de Jérusalem, sans laisser d’or dans la poche d’autrui; et j’ai gravi la haute montagne sous un plafond de citronniers, d’orangers et d’oliviers. »Guy de MAUPASSANT (Extrait de Contes divers/En voyage)

 » Fleur d’oranger  » Kevin SLOANE
Tableau de Charles Edward PERUGINI
 » Nature-morte à la fleur d’oranger  » Martin JOHNSON-HEADE

La forêt au printemps …

 » Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.  » François-René De CHATEAUBRIAND ( Extrait de son recueil Tableaux de la nature/1784-1790)

 » La forêt au printemps  » du peintre russe : Andrei Nikolaïevitch SCHILDER
 »La forêt au printemps » du peintre anglais Jeff SUDDERS

20.3.2021 : c’est le printemps !

 » Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L’oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l’ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini. » Victor HUGO (Poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français – Poème extrait de son recueil Toute la lyre)