Nature morte au Cupidon de plâtre …

 » Si ce moule en plâtre de Cupidon semble disproportionné, c’est parce que Cézanne l’a peint depuis plusieurs angles : d’abord vu d’en haut, de sorte que la tête semble plus grosse que les pieds. Il construit ensuite l’image en tournant légèrement autour, peignant des petites zone depuis chaque angle, d’où l’aspect déformé. Il s’agit d’un moule pour une sculpture de Pierre Puget.

Alors que dans le sud de la France, Cézanne aurait pu représenter des fruits et légumes plus méditerranéens, il se concentre sur des éléments de base car le sujet est ici moins important que la méthode. Trois pommes dans un plat blanc, une autre devant, sur une table, et un oignon derrière le tout répètent les formes arrondies. L’artiste ne cherche en rien à créer l’illusion de vrais fruits. Il recrée des formes en trois dimensions sur une surface plane, soulignant les formes, les couleurs et les espaces qui les séparent.

Sur la gauche du tableau on remarque une peinture dans la peinture, Nature morte à la bouteille de menthe(1890/94) – Deux pommes et un verre sur un tapis bleu. Les couleurs et le sujet mêlent les éléments réels et peints, ajoutant à l’orientation déroutante de l’image, tandis que la prédominance du bleu projette le Cupidon vers l’avant.

Des bleus froids sont ici utilisés pour les zones d’ombre ou en retrait, tandis que les couleurs chaudes : rouges, jaunes et orangés, sont employées pour les formes arrondies. Ce contraste de couleurs crée une organisation spatiale complexe. La palette comprend le noir, l’ocre-jaune, et le rouge d’Italie.

Cézanne travailla sur un papier avec un apprêt crème, puis il dessina les contours au graphite avant de le couvrir d’un mélange dilué de bleu outre-mer. Avant que les contours ne soient secs, il appliqua la peinture dans le frais, sur la toile. Ensuite il posa une fine couche opaque en suivant les contours contrastés.

Cézanne donna des coups de pinceaux discrets, méthodiques, pour souligner les formes. Ses fines couches laissent parfois entrevoir l’apprêt-crème pour définir les reflets. Il entraîna certains contours outremer vers les couleurs voisines pour créer des tons plus profonds.

L’utilisation de sa gamme de gris permit à Cézanne de sculpter l’image, de créer une impression de profondeur sans faire appel à la perspective linéaire traditionnelle. Des touches de couleurs délicatement mêlées rendent la lumière diffuse de l’atelier. Ses coups de pinceau variés réhaussent l’effet de Solidité. « Susie HODGE (Historienne de l’art, journaliste et auteure de plusieurs ouvrages sur la peinture)

« Nature morte au Cupidon de plâtre » Paul CÉZANNE (1895- The Courtauld Institute of Art de Londres)

2 réflexions sur “Nature morte au Cupidon de plâtre …

    1. C’est vrai … C’est une bonne réflexion 🙂 Après tout est possible : Cézanne a beaucoup admiré Pierre Puget comme Baudelaire et Rodin d’ailleurs. Ils avaient raison car il fut un très célèbre et talentueux sculpteur, dessinateur et architecte de l’époque baroque . Ce petit Cupidon est inspiré d’un moule de Puget – Sachant que le Manekken-Pis de Bruxelles remonte à 1619/20 et que Puget est né en 1620 et mort en 1694, toute supposition d’influence est possible après tout. Merci Yann 🙂 Passez un excellent week-end ♥

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