Le Mont Saint-Michel …

 »  Le Mont-Saint-Michel est pour la France ce que la grande pyramide est pour l’Egypte. Il faut la préserver de toute mutilation. Il faut que le Mont-Saint-Michel reste une île . Il faut conserver à tout prix cette double œuvre de la nature et de l’art. » (Victor HUGO – Extrait de son discours et prise de position, lors des débats sur le caractère insulaire du Mont-Saint-Michel en 1884)

 » Le plus connu et le plus cité, dès qu’on parle du monument, est sans nul doute Victor Hugo. Le Mont figure dans plusieurs de ses ouvrages, mais également dans sa riche correspondance au fil des années et de ses voyages. Ainsi, dans une lettre datée du 28.6.1836, alors qu’il séjournait à Coutances, dans la Manche, Victor Hugo note :  » à l’extérieur le Mont-Saint-Michel apparaît de huit lieues en terre et quinze en mer, comme une chose sublime, une pyramide merveilleuse dont chaque assise est un rocher énorme façonné par l’océan ou un haut habitacle sculpté par le Moyen-Âge ; et ce bloc monstrueux a pour base, tantôt un désert de sable comme Chéops, tantôt la mer comme le Ténériffe. » Evidemment, tant l’Office du tourisme local que les restaurateurs aiment à rappeler cette comparaison avec les pyramides et quelques-unes des autres belles lignes que Victor Hugo a écrites sur le Mont.

Cependant, Hugo n’a pas été qu’un grand admirateur du site. A l’époque où le Mont servait de prison, il écrivait aussi :  » Si à l’extérieur, il apparaît comme une chose sublime, à l’intérieur le Mont-Saint-Michel est misérable. C’est un village immonde où l’on ne rencontre que des paysans sournois, des soldats ennuyés et un aumônier tel quel. Dans le château, tout est bruit de métiers, des ombres qui gardent des ombres qui travaillent pour gagner vingt-cinq-sous par semaine, des spectres en guenilles qui se meurent dans des pénombres blafardes. Sous les vieux arceaux des moines, l’admirable salle des chevaliers, devenue atelier, où l’on regarde par une lucarne s’agiter des hommes hideux et gris qui ont l’air d’araignées énormes. La nef romane, changée en réfectoire infect, le charmant cloître à ogives transformé en promenoir sordide. Voilà le Mont-Saint-Michel maintenant.  »  Evidemment c’est moins vendeur !.

En 1836, il envoyait aussi la lettre suivante à Louise Bertin :  » en ce moment je suis bloqué par la mer qui entoure le Mont. En hiver, les ouragans, les tempêtes et les naufrages ce doit être horrible. Du reste, c’est admirable. Un lieu étrange que ce Mont-Saint-Michel. Autour de nous, partout, à perte de vue, l’espace infini, l’horizon bleu de la mer, l’horizon vert de la terre, les nuages, l’air, la liberté, les oiseaux envolés à toutes ailes, les vaisseaux à toutes voiles ; et puis, tout à coup, là, dans une crête de vieux murs, au-dessus de nos têtes, à travers les fenêtres grillées, la pâle figure d’un prisonnier. Jamais je n’ai senti plus vivement qu’ici les cruelles antithèses que l’homme fait quelques fois avec la nature. » Pourtant, preuve que ses sentiments pour le lieu étaient ambivalents, comme peuvent l’être les grandes passions, il se rattrapera plus tard, en 1874, dans l’évocation du Mont dans son roman Quatre-vingt-treize :  » derrière lui se dressait, énorme triangle noir, avec sa tiare de cathédrale et sa cuirasse de forteresse, avec ses deux grosses tours du levant, l’une ronde, l’autre carrée, qui aident la montagne à porter le poids de l’église et du village, le Mont-Saint-Michel qui est à l’océan ce que Chéops est au désert. »

 » Le Mont Saint-Michel  » par Flavio BOLA

Hugo n’est pas le seul à avoir écrit sur le Mont. En 1835, l’architecte Viollet Le Duc en parle ainsi dans une lettre adressée à son père :  » Rien n’est plus beau, rien n’est plus sauvage, rien n’est plus grandiose, rien n’est plus triste. Il faut voir ses tours de granit frappées par la mer, il faut entendre le vent pour se faire une idée de l’effet lugubre de cette masse de bâtiments, de son imposante majesté. On ne peut détacher les yeux de ce colosse, il vous fascine, vous poursuit la nuit et ouvre sans cesse devant vos yeux ses longues galeries noires qui semblent les entrées en enfer. »

Autre figure de la littérature à avoir couché le Mont sous sa plume : Gustave Flaubert dans Par les champs et les grèves, un carnet de voyage co-écrit en 1881 avec Maxime Du Camp, l’auteur de Madame Bovary raconte son arrivée au Mont en chaise de poste depuis la ville voisine de Pontorson :  » en face, devant nous, un grand rocher de forme ronde, la base garnie de murailles crénelées, le sommet couronné d’une église, se dresse enfonçant ses tours dans le sable et levant ses clochetons dans l’air. D’énormes contreforts, qui retiennent les flancs de l’édifice, s’appuient sur une pente abrupte d’où déroulent des quartiers de rocs et des bouquets de verdure sauvage. A mi-côte, étagées comme elles le peuvent, quelques maisons , dépassant la ceinture blanche de la muraille et dominée par la masse brune de l’église, clapotent leurs couleurs vives entre ces deux grandes teintes unies. 

 » Le Mont Saint-Michel  » Clarence GAGNON

En voyage dans la région en 1838, Stendhal, lui, est moins impressionné par la merveille. Dans ses Mémoires d’un touriste , il en parle en des termes peu élogieux :  » en faisant à pied la langue montée qui précède les premières maison d’Avranches, j’ai eu une vue complète du Mont-Saint-Michel qui se montrait à gauche dans la mer, fort au-dessous du lieu où j’étais. Il m’a paru si petit, si mesquin que j’ai renoncé à y aller. Ce rocher paraît, sans doute, un pic grandiose aux Normands qui n’ont jamais vu les Alpes ni Gavarnie. » 

En 1850, le nouvelliste Paul Féval publie La Fée des grèves, un roman-feuilleton historique dont l’action se déroule sur le mont, en pleine guerre de cent ans en 1450. Ce premier roman sera suivi, en 1879, d’un second livre consacré, lui, à l’histoire du rocher de 708 au XIXe siècle Les merveilles du Mont-Saint-Michel. En 1861, l’historien Jules Michelet fait allusion au Mont dans La Mer :  » représentez-vous, tout autour, une grande plaine comme des cendres blanches qui est toujours solitaire, sable équivoque dont la fausse douceur est le piège le plus dangereux. C’est et ce n’est pas la terre , c’est et ce n’est pas la mer. Sur un bloc de granit il se dresse, monte et monte encore indéfiniment comme une Babel d’un titanesque entassement, roc après roc, siècle après siècle. » 

Mais le Mont est aussi dans des œuvres plus récentes dont de nombreux polars comme La promesse de l’ange de Frédéric Lenoir, Le sang du temps de Maxim Chattam ou encore Saint-Michel priez pour nous de Jean-Pierre Alaux. Enfin, le Mont-Saint-Michel a aussi été à l’honneur dans des bandes dessinées : d’abord dans un épisode de la Famille Fenouillard de Georges Collomb en 1863, ouis dans les aventures de Lefranc ( L’ouragan de feu de Jacques Martin en 1961). En 1994, on retrouve aussi le célèbre monument dans une aventure des 4 As, sorte de concurrents belge au Club des 5 dans Les 4 As et le fantôme du Mont-Saint-Michel . Autant d’ouvrages qui séduisent autant ceux qui rêvent un jour de voir le Mont, que ceux qui, y étant déjà allés, se replongent dans le plaisir de leur visite.  » Lomig GUILLO (Écrivain,  journaliste français, rédacteur en chef du magazine Management et du magazine Capital – Extrait de son livre Les secrets du Mont-Saint-Michel )

 » Le Mont Saint-Michel  » Charles BENTLEY

P.S. : je citerai aussi Henry De MONTERLANT (Romancier, dramaturge, essayiste français – Extrait de son ouvrage Par monts et par lettres ) :  » ici tout se ligue pour nous ravir et pour nous en imposer : c’est grâce et magnificence, force et subtilité, ampleur et sveltesse. L’on ne sait si l’art a choisi ce lieu de la nature pour son apothéose ou si la nature s’est plus, tentée par la magnificence de l’art, à se parer ici de ses plus grands charmes. Chaque pierre a son passé, chaque pierre crie de génie de l’artisan qui l’a sculptée. Que de surprises ! Que de contemplations ! Que de ravissements ! Comme la mer rythme bien la voix des siècles « 

La calligraphie …

« La calligraphie est l’algèbre de l’âme tracée par l’organe le plus spiritualisé du corps : sa main droite. Elle est la célébration de l’invisible par le visible.  » Michel TOURNIER (Écrivain français – Extrait de son livre La goutte d’or)

 » La calligraphie japonaise ressemble à un souffle. le souffle du dragon. Elle consiste à peindre l’instant avec une force inouïe et une délicatesse extrême.  » Maxence FERMINE (Écrivain français – Extrait de son livre Zen)

En règle générale …

 » En règle générale, la couleur est donc un moyen d’exercer une influence sur l’âme. La couleur est la touche. L’œil est le marteau. L’âme est le piano aux cordes nombreuses. L’artiste est la main qui, par l’usage convenable de telle ou telle touche, met l’âme humaine en vibration. Il est donc clair que l’harmonie des couleurs doit reposer uniquement sur le principe de l’entrée en contact efficace avec l’âme humaine. Cette base sera définie comme le principe de la nécessité absolue.  » Wassily KANKINSKY (Peintre russe naturalisé allemand puis français)

Wassily KANDINSKY 1866/1944