La danse est amour …

 » La danse est amour car la danse, comme l’amour, appartient au corps d’abord avant d’atteindre le cœur, l’âme ou l’intelligence. La danse unit les corps. Seule parmi tous les arts, elle réussit ce que l’amour tente : l’harmonie de deux êtres, de la calme caresse à la passion dévastatrice. Il existe ainsi dans l’ébauche du mouvement, cet appel de l’autre, cette démarche vers l’autre, cette joie musculaire qui est pulsion première. » Antoine LIVIO (Journaliste suisse, musicologue, critique de danse)

Roberto BOLLE & Alina SOMOVA

Histoire d’un ballet : Le Parc … Angelin PRELJOCAJ

Angelin PRELJOCAJ

Angelin Preljocaj est un danseur, chorégraphe français, directeur de la Compagnie Preljocaj depuis 1985, laquelle deviendra Le Ballet Preljocaj en 1996 lorsqu’il arrivera à Aix-en-Provence et s’installera au Pavillon Noir ( complexe dont l’inauguration a eu lieu en 2006 ) . Désormais il en est le maître – Depuis avril 2019, il est membre de la section chorégraphie à l’Académie des Beaux Arts de Paris.

A chacun de ses ballets, Preljocaj se pose une question. Pour Le Parc, elle fut la suivante : «  Que reste t-il de l’amour aujourd’hui ? De l’amour pris dans la confusion de la crise ? De l’amour en proie au doute ? De l’amour confronté au sida ? Comment se manifeste le dénouement des sentiments« .

C’est un merveilleux ballet créé en 1994 à la demande de Brigitte Lefèvre (alors directrice de la danse à l’Opéra de Paris). Une quête d’amour sur la musique omniprésente de Mozart, un choix qui est incontestablement idéal, efficace, judicieux, notamment dans les Concertos qui offrent vraiment une beauté incroyable à la danse et une forte résonnance émotionnelle. C’est l’art d’aimer ou plus exactement comme le chorégraphe le dit : «  sur ce qu’il reste d’un certain art d’aimer « .

Il est basé et inspiré par la littérature galante française : l’amour courtois, sublimé et platonique comme il peut apparaître dans la Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, ou bien le libertinage des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos Laclos, ou bien encore au travers de la Carte du Tendre, illustration allégorique inspirée dans le roman ClélieHistoire romaine de Madame de Scudéry.

Carte du Tendre attribuée à François CHAUVEAU. C’est un pays imaginaire qui fut étudié au XVIIe siècle, inspiré par le roman de Madeleine de Scudéry (Femme de Lettres française) à savoir Clélie Histoire romaine publié en dix volumes de 1654 à 1660

Ce ballet traduit la séduction sur ce qu’elle apporte de rituel, de conventionnel, de tendresse, de regards, de ressentis de grâce. C’est un coup de foudre tout en retenue, un parcours amoureux sous forme de marivaudage léger avec des sentiments non avoués mais qui évoluent au cours des trois actes : on se rencontre, on se regarde furtivement, on essaie une approche hésitante, on se plait, on se défie dans la conquête amoureuse, et on finit par s’abandonner à l’amour.

Un jeu de cache-cache amoureux qui se fait dans un jardin à la française. L’amusement est assez puéril avec, notamment, un jeu de chaises musicales, mais tout en ayant, malgré tout, une sorte de côté prédateur. Le désir est présent dans les regards et les gestes.

La chorégraphie de Preljocaj se doit d’être dansée dans un esprit assez libertin. Elle est bien structurée, intensément dramatique, subtile, légère, douce, raffinée, tendre, avec une sorte de rêverie poétique. C’est un voyage amoureux qui a obtenu un Benois de la danse en 1995 à Moscou et le Grand Prix international de l’Idéa Danse en 1999 à Nice.

Les décors sont signés du peintre et scénariste Thierry Leproust, lequel a imaginé ce jardin-labyrinthe. Les costumes en crinolines du Siècle des Lumières ont été réalisés par Hervé Pierre, qui s’est inspiré de ceux portés au XVIIIe siècle, sauf pour les jardiniers qui sont assez futuristes. Ces derniers viennent danser de façon très contemporaine entre chaque acte et portent des pantalons avec une ceinture en cuir.

Les premiers danseurs lors de la création du ballet furent les Étoiles : Isabelle GUÉRIN & Laurent HILAIRE. Ce sont eux qu’il m’a été donné d’applaudir dans ce ballet. Je les ai trouvés magnifiques . Il m’était impossible d’en choisir d’autres.

Acte I : LA RENCONTRE : Après l’Ouverture du ballet qui se fait sur la Symphonie N°36 K.415 Linz de Mozart, vient donc cette Rencontre sur l’Andantino du Concerto N.14 K.449, une œuvre achevée en 1784 à Vienne

Acte II : RÉSISTANCE : sur l’Andante du Concerto N°15 K.450 de Mozart, une œuvre brillante, élégante et délicate qui fut composée en 1784 .

ACTE III : l’ABANDON : un des plus beaux moments de la chorégraphie (voire même LE plus beau), fort émotionnellement, sensuel, avec un baiser incroyable, tournoyant, aérien, qui est l’aboutissement de ce ballet. On laisse éclater son désir, sa passion, on s’abandonne … enfin ! Et cela se fait sur l‘Andantino du Concerto N.23 K.488 de Mozart.