Une librairie …

 » Qu’est-ce qu’une librairie ? Bien plus, bien autre chose qu’une série d’étagères où se morfondent des ouvrages. C’est un lieu, un lieu de lumière et de chaleur. Un lieu de partages et de confidences. Une géographie de fraternités. Un lieu qui lie. » Eric ARNOULT dit Erik ORSENNA (Écrivain français, membre de l’Académie française)

Paris sous la neige …

 » Vers le soir, un nuage d’un gris rose monte de l’horizon et lentement emplit le ciel. De petits souffles froids s’élèvent et font frissonner l’air. Puis, un grand silence, une immobilité douce et glaciale descend sur Paris qui s’endort. La ville noire sommeille, la neige se met à tomber avec lenteur dans la sérénité glacée de l’espace. Et le ciel couvre sans bruit l’immense cité en dormie d’un tapis virginal et pur.

… Lorsque Paris s’est éveillé, il a vu que, pendant la nuit, la nouvelle année avait mis une robe blanche à la ville. La ville semblait toute jeune et toute chaste. Il n’y avait plus ni ruisseaux, ni trottoirs, ni pavés noirâtres : les rues étaient de larges rubans de satin blanc ; les places, des pelouses toutes blanches de pâquerettes. Et les pâquerettes de l’hiver avaient aussi fleuri sur les toits sombres. Chaque saillie, les bords des fenêtres, les grilles, les branches des arbres portaient de légères garnitures de dentelle.

On eût dit que la cité était une petite fille, ayant la jeunesse tendre de la nouvelle année. Elle venait de jeter ses haillons, sa boue et sa poussière, et elle avait mis ses belles jupes de gaze. Elle respirait doucement, d’une haleine pure et fraîche ; elle étalait avec une coquetterie enfantine sa parure d’innocence.

C’était une surprise qu’elle ménageait à ses habitants ; pour leur plaire, elle effaçait ses souillures, elle leur souriait, au réveil, dans tout l’éclat de sa beauté de vierge. Et elle semblait leur dire : « Je me suis faite belle, pendant que vous dormiez ; j’ai voulu vous souhaiter la bonne année, vêtue de blancheur et d’espérance.  » Émile ZOLA ( Extrait de l’article La Neige paru dans le Figaro en 1867)

« Paris sous la neige » Eugène GALLIEN-LALOUE
 » Toits de Paris sous la neige » Gustave CAILLEBOTTE
 » Le Louvre sous la neige » Camille PISSARRO
 » Boulevard Clichy sous la neige  » Norbert GOENEUTTE