Adieu …

 » Adieu ! mot qu’une larme humecte sur la lèvre ;
Mot qui finit la joie et qui tranche l’amour ;
Mot par qui le départ de délices nous sèvre ;
Mot que l’éternité doit effacer un jour !

Adieu !…. Je t’ai souvent prononcé dans ma vie,
Sans comprendre, en quittant les êtres que j’aimais,
Ce que tu contenais de tristesse et de lie,
Quand l’homme dit : « Retour !  » et que Dieu dit : « Jamais ! »

Mais aujourd’hui je sens que ma bouche prononce
Le mot qui contient tout, puisqu’il est plein de toi,
Qui tombe dans l’abîme, et qui n’a pour réponse
Que l’éternel silence entre une image et moi !

Et cependant mon cœur redit à chaque haleine
Ce mot qu’un sourd sanglot entrecoupe au milieu,
Comme si tous les sons dont la nature est pleine
N’avaient pour sens unique, hélas ! qu’un grand adieu !  » Alphonse de LAMARTINE (Poète, romancier, dramaturge, personnalité politique française – Extrait de son recueil  Nouvelles Méditations Poétiques)

 » L’adieu  » de Joseph RODEFER-DECAMP

Catherine & Grégoire …

Sophie Frédérique Augusta d’ANHALT-ZERBST dite la GRANDE CATHERINE ( 1729/1796 )

 » Princesse allemande devenue la mère tsarine de toutes les Russies, Catherine La Grande a gouverné d’une main de fer un pays qui nétait pas le sien. Cette conquérante était, côté coeur, autant amazone que midinette. Sa liaison avec Grégoire Orlov révèle une femme fidèle qui avait besoin d’être aimée.

Une stature de colosse, des yeux de velours, un sourire d’ange. C’est ainsi que Grégoire Orlov, fringuant lieutenant de l’armée russe, apparaît pour la première fois aux yeux de la grande duchesse Catherine. Nous sommes en 1760. Il a 25 ans, elle 5 de plus. Elle vient de se quereller ( une fois de plus ! ) avec son mari, le grand-duc Pierre et sèche ses larmes à la fenêtre de sa chambre. En contrebas, un gérant au sourire si doux la regarde avec adoration. Elle veut cet homme dans son lit. Ce qu’elle ignore encore c’est qu’il va lui permettre de gravir les dernières marches pour accéder au trône tant convoité de la Grande Russie.

Gregori (Grégoire) ORLOV 1734/1783

Catherine, de son vrai prénom Sophie, a été mariée quinze ans auparavant à son cousin, Pierre de Holstein-Gottorp. Physique ingrat, caractère perturbé, personnage falot, mari impuissant : sept ans après leur mariage, elle est toujours vierge. Il faudra l’intervention d’un comte et officier susse, Serge Saltykov pour qu’elle perde son pucelage. …. Toutefois, Pierre a pour lui d’être l’héritier de sa tante, l’impératrice de Russie Elisabeth Ière, fllle de Pierre le Grand. Il est donc promis à un grand destin. L’impératrice,  qui a brûlé la vie par les deux bouts, est certes tjrs de ce monde mais en sursis.

Karl Peter Ulrich De HOLSTEIN-GOTTORP deviendra PIERRE III (1728/1762)

Le couple princier, quant à lui, est en très mauvais termes. Pierre a, depuis des années, une maîtresse : Elisabeth Vorontzova, excellente compagne de beuveries qu’il affectionne. Stupide et marquée par la vérole. Il lui est si attaché qu’il veut en faire sa femme une fois qu’il se sera débarassé de son épouse. Catherine le sait, et craint pour sa vie. Son salut passe obligatoirement par l’accession au trône.

L’impératrice meurt en 1762. Son fils monte sur le trône et prend le nom de Pierre III. Catherine attend son heure. Les dieux ne sont pas avec elle, mais elle se console dans les bras de Grégoire. Elle est amoureuse et bientôt voilà qu’elle tombe enceinte. Catastrophe si son époux venait à l’apprendre ! Elle risque d’être répudiée. Elle cache donc sa grossesse et accepte donc le confinement dans lequel Pierre la tient loin de la Cour, des indiscrets et des ragots.

Le nouvel empereur accumule les erreurs. Il se comporte de manière infantile. Il s’attaque à l’église , mais le plus grave reste son attitude face à la Prusse, un pays avec lequel l’impératrice Elisabeth Ière était en guerre. Lui admire le roi de Prusse Frédéric II et alors même que la victoire de son pays était assurée, il arrête les hostilités et non seulement signe la paix mais rend tous les territoires conquis à son ennemi. C’est un camouflet pour l’armée russe toute entière.

C’est là que Grégoire Orlov et ses frères militaires entrent en scène. Profitant du départ de Pierre en Juin 1762 pour la résidence d’été, Ils enrôlent deux régiments aux côtés de Catherine et l’accompagnent à St Pétersbourg où elle est accueillie en souveraine par le Sénat et le clergé. Le coup d’état est acté. Pierre est arrêté et contraint de signer son abdication. Catherine succède à l’impératrice Elisabeth Ière.

CATHERINE en robe de couronnement

Arrivée au sommet, elle montre rapidement qu’elle a tout à fait l’ envergure d’un chef d’État. Championne du nationalisme russe, elle entreprend de grandes réformes pour son pays. Grégoire peine à trouver sa place en dehors du lit de l’impératrice et vit très mal la situation. Pourtant, ils s’aiment.

Elle va devoir faire face à de lourdes tâches : remplir les caisses de l’État, réformer en profondeur l’Administration. C’est une tête bien faite, un esprit formé à la lecture de Voltaire, Montesquieu, un bourreau de travail qui oeuvrent 15 heures par jour avec une efficacité redoutable. Par delà les frontières elle réaffirme l’intérêt de la Russie pour la Pologne, et, souhaite étendre son pouvoir au Moyen Orient. En trente quatre années de règne, elle va apporter un demi-million de kilomètres carrés supplementaires à l’Empire. Une seule chose l’anime : son amour pour la russie

Son amant est devenu l’un des personnages le plus puissant de la Cour. Elle lui est reconnaissante pour le coup d’état tout comme sa fougue au lit. Elle l’aime mais tout le monde s’étonne de cette union entre la carpe et le lapin. Orlov n’est pas noble, ni intelligent, ni cultivé. Mais elle le couvre de cadeaux, lui apporte une dote de 120.000 roubles par an et lui offre un palais à Gatchina.

Pourtant il ne va plus se satisfaire de ce traitement de faveur. Il devient arrogant et se conduit comme un petit chef. Des témoignages affirment qu’il se vautre dans un sofa de la chambre de l’impératrice en son absence, ouvre des plis officiels. Il est une maitresse entretenue et rêve d’officiliasation. Après tout elle est libre puise débarrassée de son mari sans doute assassinée par le frère de son amant Alexis Orlov. Tout le clan Orlov pousse au mariage. Elle pense à un mariage secret. Mais l’hostilité de la noblesse est telle qu’elle va renoncer et offrira à son amant, comme lot de consolation, un titre de comte et un portrait d’elle dans un médaillon de diamants en forme de coeur.

De plus, un complot contre Orlov et son frère, formenté par de jeunes officier est arrêté au dernier moment. Colérique, exigeant, jaloux, Orlov commence à se lasser de son impériale maitresse. Elle ne consent à le quitter. Pourquoi ? Par peur de sa réaction ? Par fidélité ? Par tendresse ? Les années passent et ne défont pas leur lien.

Il s’ennuie, cherche à briller aux yeux de l’impératrice, peine à trouver sa place auprès d’une femme conquérante. Elle lui refuse le droit de partir en guerre contre les Turcs. Il va sauter sur la première occasion venue : une épidémie de peste à Moscou a provoqué la panique du peuple. Il propose de s’y rendre. Elle y consent malgré le danger. Trois mois plus tard, l’épidémie est jugulée et la paix revenue. Orlov rentre en héros, l’impératrice le couvre d’honneur et fait dresser un arc de triomphe pour lui, mais lui ouvre de moins en moins la porte de sa chambre.

Les dix années de leur liaison vont avoir raison de leur passion. Elle souffre de ne pas avoir quelqu’un doté d’un esprit supérieur à ses cotés, lui de ne pas être à la hauteur. Tout les sépare : caractère, naissance, éducation, tout sauf l’amour ou du moins la tendresse.

Il ne saura plus que faire pour garder les faveurs de sa souveraine, cherchera à s’intéresser à différentes choses plutôt culturelles, mais l’intellectuel ne lui sied pas. Il s’ennuie, ronge son frein, et catherine ne sait plus que faire. Elle tentera de faire de lui un diplomate mais il est un soldat et ne réussira pas.

Il va se mettre à fanfaronner, devient de plus en plus arrogant et multiplie les conquêtes féminines. Elle l’apprend, ronge son frein et jette son dévolu sur le jeune Alexandre Vassiltchikov qui lui plait bien. Il a 28 ans, elle 43. Il devient le nouvel homme entretenu. Elle le couvre de cadeaux. Quand Orlov l’apprend, il entre dans une colère noire. Il était absent mais rentre très vite à Saint Pétersbourg. Elle fait changer toutes les serrures de ses appartements, l’assigne à résidence sous prétexte d’une quarantaine. Elui écrit tous les jours mais sort avec le jeune Vassiltchikov.

Aleksandr Semionovitch VASSILTCHIKOV (1746/1813)

Lorsque l’assignation a résidence est levée, Orlov retourne à la Cour. Elle ne le rencontrera pas, gardera ses distances, trop occupée à son nouvel amour. Orlov comprend que son temps est fini, il s’étourdit de plaisir, mène une vie de débauche et se jette sur tout ce qui passe. Avec le temps, les relations avec Catherine se sont calmées. Elle lui fait construire un palais de marbre à Saint Pétersbourg, tandis qu’il lui offre un diamant à 190 carats. Mais on achète pas une impératrice ! Il deviendra même ami avec son rival.

Un jour, la route d’Orlov croisera celle de sa jeune cousine de 15 ans alors qu’il en a le triple, il tombe amoureux. Catherine autorise le mariage. Hélas elle meurt assez vite. Orlov revient à la Cour en 1782. Il est désespéré. Catherine a du mal à le reconnaître. Il manifeste des signes de démence. La nuit il hurle. Elle viendra souvent le réconforter. Il meurt à 48 ans en avril 1783.

Elle écrira :  » Des bouffées de sanglots sont ma réponse et je souffre terriblement. Il était fort, courageux, plein de décision, doux comme un mouton. Il avait le cœur d’une poule.« 

L’insatiable Catherine a besoin d’un autre homme et un amant vigoureux, un esprit supérieur à la mesure du sien : elle vient de le trouve, il s’agit de Potemkine.  » Sophie DENIS (( Journaliste française, chroniqueuse en Histoire )

CATHERINE & Grigori Aleksandrovitch POTEMKINE (1739/1791)