Soleil d’hiver …

« Sous les fragiles rayons d’un soleil d’hiver

qui subliment l’espace d’un charme infini,

notre regard ne peut qu’à travers nos paupières

discerner la beauté de ce temps qui s’ennuie.

Dans ce monde en silence, on s’imprègne de paix.

Nul oiseau ne vient troubler cette atmosphère

ou même notre esprit par manque de respect

n’osera la parole en préférant se taire.

Lors, quand le bleu du ciel se met au diapason

pour adoucir au mieux l’ambiance générale,

on ne distingue plus au loin à l’horizon

où se situe le temps qui se meurt dans un râle.

L’hiver dans sa blancheur concède au paysage

une beauté que nul ne pourrait refuser

quand il revêt les arbres d’un aussi beau feuillage

qui maintient en silence une ambiance ouatée. « Guy TRONCHET(Poète français)

Photos-collage par ZZZOÉ

A propos de l’Adagio de Tomaso ALBINONI …

Pour l’illustration musicale j’ai choisi deux versions. Celle célèbre de Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE de BERLIN ( ci-dessous) , et celle, plus récente mais non dénuée d’émotion du violoncelliste Gautier CAPUÇON (en fin de ce post) :

Vidéo : Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE de BERLIN
Tomaso ALBINONI 1671/1751

 » La République de Venise est florissante en cette fin du XVIIe siècle quand y naît Tomaso Albinoni, le 8 juin 1671, dans la famille aisée d’un marchand de papier dont les affaires se portent au mieux. Du matin au soir, on broie des chiffons dans des vastes cuves laiteuses qui fascinent l’enfant, puis ont fait sécher cette matière odorante entre de grandes plaques de métal sombre afin qu’elle s’aplanisse. Ensuite on taille, on coupe, on brosse, on coud, on assemble, on colore parfois et les rames de papier s’entassent dans la vaste maison richement décorée de meubles en bois précieux et de lourdes tentures en brocart ocre.

Le jeune Tomaso observe cette activité en se laissant bercer par le rythme des machines qui tournent, frappent, sonnent, d’autant que son père l’y emmène régulièrement avec une idée bien précise : il est le fils aîné, ce sera donc à lui de reprendre l’entreprise familiale quand le temps sera venu. Mais son père est en pleine forme alors que Tomaso grandit entre deux escapades dans les ruelles et les petites places de cette ville secrète et colorée, captant ici des éclats de voix, là une conversation qui ricoche, les fusées sonores d’un violon qui cascade, ou bien encore des accords de clavecin. Il prête l’oreille à cette myriade de sons ainsi qu’au chant des gondoliers sur le Grand Canal. Tous ces sons de Venise, mais aussi la musique qu’il entend à l’église, l’orgue, les violons qui gazouillent, les voix qui s’envolent, Tomaso demande un jour à étudier la musique.

Il se retrouve bientôt avec un violon dans les mains, puis au creux de l’épaule, et voici les sons qui jaillissent de son archet, des sons un peu déchirés d’abord, puis très vite plus harmonieux, chantants, caressants. Rencontre-t-il alors cet autre jeune homme vénitien, son cadet de sept ans, un certain Antonio Vivaldi, qui va très vite faire parler de lui dans la Sérénissime ? On ne sait pas. On peut rêver… Toujours est-il que Tomaso devient un violoniste accompli, puis renommé, qui sait faire des vocalises avec son violon. Il s’affirme aussi comme maître de chant et bien sûr, comme tout virtuose à l’époque, il compose.

Mais l’entreprise familiale, dans tout cela ? Tomaso, quand il atteint ses vingt ans, est initié par son père aux arcanes de la commercialisation du papier dont les Vénitiens font grande consommation. Bientôt, il doit assumer des responsabilités de plus en plus importantes au sein de cette entreprise florissante. Pourtant, dès qu’il le peut, c’est vers son violon, c’est vers la musique qu’il court, qu’il se précipite avec une joie qui l’illumine : il se qualifie alors de «dilettante veneto» et ne semble en effet respirer qu’au son des violons ou à celui des voix, à l’opéra qu’il fréquente avec autant d’assiduité pour le chant que pour les chanteuses !

Finalement, quand son père meurt, en 1709, il abandonne à 38 ans la responsabilité de l’entreprise à ses deux frères cadets et choisit de se consacrer uniquement à sa chère musique se qualifiant cette fois de «musico di violino». Entre-temps, il a épousé une cantatrice, la belle Margherita Raimondi devant la voix dorée de laquelle il s’est longtemps pâmé à l’opéra.

Et il compose, compose beaucoup, entre autres près de 80 opéras qui vont très vite être applaudis non seulement à Venise mais dans toute l’Italie, et même hors d’Italie à partir des années 1720, notamment à Munich où son nom revient régulièrement dans les registres, à Dresde aussi où pas moins de 70 des partitions originales de ses opéras seront détruites pendant le bombardement de février 1945 et donc irrémédiablement perdues puisque aucune n’avait été publiée !

Il compose aussi une trentaine de cantates (dont une seule a été publiée, à Amsterdam en 1701, pour ses 30 ans) et de nombreuses œuvres instrumentales, des sonates, des sinfonias, des concertos, connus aujourd’hui parce qu’ils ont été publiés, eux, à Venise ou à Amsterdam. Et parmi ces œuvres, un adagio ? Oui, sans doute, et même plusieurs, mais en aucune manière celui qui porte son nom. Pourtant, ce type de morceau (un mouvement lent de sonate ou de concerto) foisonne dans son œuvre. Mais pas de trace de celui que l’on appelle couramment l’«Adagio d’Albinoni»

Pour comprendre ce paradoxe, il faut quitter la Venise de ce début du XVIIIe siècle où Tomaso, heureux époux de Margherita, se gave d’opéras et de vocalises de violons entre les canaux où glissent les gondoles fermées, et se retrouver au milieu du XXe siècle dans le monde des musicologues. On y rencontre alors un certain Remo Giazotto, né en 1910, qui, ayant découvert à la fin des années 30 l’existence de Tomaso Albinoni, alors totalement oublié, a entrepris de faire revivre l’œuvre du musicien vénitien. Giazotto fait plusieurs séjours à Venise, traque tout ce qu’il peut trouver sur celui qui est devenu l’objet de sa dévotion et décide de dresser le premier catalogue complet de l’œuvre d’Albinoni.

Mais l’époque n’est guère propice à l’épanouissement de la musicologie: l’Europe est secouée de convulsions et, alors que Giazotto comprend que l’essentiel des manuscrits qu’il recherche se trouve en Allemagne, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale paralyse son travail. Pourtant, Remo Giazotto tente par quelques articles et conférences d’attirer l’attention sur cet Albinoni qui demeure obstinément inconnu. Et, à peine la guerre finie, Remo Giazotto se précipite à la bibliothèque de Dresde où divers recoupements lui donnent la conviction de pouvoir retrouver l’essentiel de l’œuvre de celui qui l’obsède.

Hélas, le terrible bombardement de Dresde a fait de la belle ville baroque un champ de ruines encore presque fumantes quand Remo Giazotto y arrive, au printemps 1945. Mais, on le sait, la passion est un formidable moteur : s’orientant difficilement entre les gravats qui jonchent les rues, Remo Giazotto retrouve la fameuse bibliothèque et, à partir de documents d’archives qu’il s’est procuré, il parvient à en reconstituer le plan. Se faufilant entre les murs encore debout, les excavations, les pierres entassées maladroitement par les premiers sauveteurs, il se dirige vers ce qui a dû être la salle des manuscrits où il croit pouvoir retrouver le trésor convoité, les partitions des opéras d’Albinoni. Hélas, l’odeur entêtante des cendres refroidies, les pierres calcinées, les tas de suie noire dans lesquels il patauge le désespèrent. Il comprend peu à peu que tout a brûlé, que tout a disparu, que tout est perdu.

Que se passe-t-il alors? Giazotto racontera plus tard que, fouillant avidement ces ruines, il aurait retrouvé un manuscrit, un feuillet qu’il aurait identifié comme un fragment d’une sonate d’église appartenant à l’opus 4 d’Albinoni, datant de 1708. Ce fragment aurait contenu en tout et pour tout une basse chiffrée ainsi que l’amorce sur quelques mesures d’une ligne de violon qui pourrait être l’esquisse d’un mouvement lent de cette sonate d’église d’Albinoni. Beaucoup de conditionnels donc pour un document que Remo Giazotto se refusera constamment à produire !

Toujours est-il que, à partir de ce fragment qu’il a peut-être rêvé (quelle tristesse c’eût été de revenir de Dresde les mains vides ! ), Remo Giazotto va alors, dès son retour en Italie, composer cet « Adagio en sol mineur pour cordes et orgue »en l’attribuant à Albinoni. Et l’œuvre est si prenante, si harmonieuse, si belle… qu’elle va révéler le nom d’Albinoni : c’est ce que souhaitait Remo Giazotto. Il a réussi. En 1958, les prestigieuses Editions Ricordi publient cet «Adagio d’Albinoni» ainsi qu’il est présenté au grand public, qui s’en enchante.

D’innombrables arrangements, adaptations, réorchestrations et interprétations diverses fleurissent dans tous les styles (symphonique, variété, flamenco, jazz, pop, rock, techno…) – Ainsi, grâce à cet habile pastiche, le nom d’Albinoni est universellement connu : c’était le vœu de Remo Giazotto, qui meurt, lui, totalement inconnu en 1998. Un détail encore : Tomaso Albinoni meurt à Venise le 17 janvier 1751, mais l’«Adagio d’Albinoni», œuvre de Remo Giazotto, mort en 1998, n’entrera dans le domaine public qu’en 2068 !  » Alain RUAULT (Écrivain, poète, animateur radio et télévision, spécialiste de musique classique et opéras)

(Vidéo : au violoncelle Gauthier CAPUÇON – Accompagné par Pierre BLEUSE à la direction de l’ORCHESTRE DE CHAMBRE DE PARIS (arr.Jérôme DUCROS pianiste )