La danse sur les pointes …

« Le ballet est un poème. Il est inventé. Là où les mots finissent, la poésie peut prendre le dessus et il en est de même pour le ballet. Quelque chose que, peut-être, vous ne pouvez pas expliquer, est exprimé sur les pointes. Vous ne pouvez pas raconter une histoire sur les pointes. Mais lorsque l’imagination est utilisée, la danse sur les pointes peut vous faire ressentir quelque chose de similaire aux modulations de la musique et aux couleurs mises en valeur par la lumière. En ce sens, la danse sur les pointes, même si elle ne peut raconter une histoire, vous fait entrer en communication avec un drame. Une ballerine sur les pointes, c’est la danse ultime. Je n’aurai jamais été chorégraphe sans l’existence des pointes !  » George BALANCHINE (Danseur, chorégraphe, réalisateur russe d’origine georgienne)

Histoire d’un ballet : COPPÉLIA …

(Vidéo : début Acte I / Charline GIEZANDANNER (Sujet) – Mathieu GANIO ( Étoile ) L’ÉCOLE DE DANSE de l’OPÉRA de PARIS )

 » Coppélia est l’archétype du ballet pantomime ( genre qui a ouvert la voie au ballet classique). Il est à la fois drôle, original, spécial, un peu déroutant ,plein de vivacité et de fraîcheur, inégalé par sa délicatesse, sa poésie et son charme ; une sorte de commedia dell’arte à l’italienne . Il marquera, en France, la fin du ballet romantique.

Une histoire d’amour avec des contrastes flottant entre rêve et réalité,  êtres vivants et automates : Coppélius, marchand de jouets ( et savant un peu fou )  rêve de donner vie et âme à l’une de ses poupées-automates. Franz, fiancée à Swanilda tombe un jour amoureux de l’une d’entre elles, Coppelia, qu’il pense être vivante. Swanilda, jalouse, pénètrera dans l’atelier pour prendre sa place …..

Arthur Saint-Léon (danseur et chorégraphe français) et Léo Délibes (compositeur français) vont créer en 1870 ce que l’on pourrait appeler un ballet symphonique qui va en inspirer plus d’un, notamment Petipa en, 1884 et d’autres après lui au XXe siècle, notamment George Balanchine qui disait  » de même que Giselle est la plus grande tragédie du ballet, Coppélia en est la plus grande comédie. les deux œuvres nous content des histoires d’amour et toutes deux prennent leurs racines dans la réalité aussi bien que dans le fantastique » . Ce ballet aura un bien curieux destin : malgré son grand succès, il sera interrompu au bout de 18 représentations car la guerre entre la France et la Prusse n’était pas loin.

L’armée prussienne avait envahi la France peu de temps après le soir de la première. Par ailleurs, durant la même année, Arthur Saint-Léon va succomber à une crise cardiaque et, la jeune danseuse qui interprétait le rôle de Swanilda ( Giuseppina Bozzacchi )  va mourir à son tour, victime de la variole.

Giuseppina BOZZACCHI

C’est le directeur de l’Opéra de Paris de l’époque, peintre et critique d’art  : Emile Perrin qui demandera au chorégraphe et au compositeur de collaborer ensemble et avec le librettiste Charles Nuitter. Le livret s’inspire du conte fantastique écrit par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann  » Lhomme au sable «  ( 1817 )

Trois trois vont découvrir, au travers de la nouvelle de ce dernier,  une atmosphère parfaitement adaptable à l’idée du ballet qu’ils avaient l’intention de faire. Le monde des automates et des marionnettes leur offrait énormément de possibilités, et la collaboration fut très étroite entre Saint-Léon et Délibes. Au gré des désirs exprimés par le chorégraphe, le compositeur va considérablement remanier sa partition. Il va savoir merveilleusement exprimer tous les rebondissements dont est pourvue l’intrigue, et dans la continuité de celui qui musicalement fut son maître, à savoir Adolphe Adam, il engagera des thèmes musicaux tout à fait bien définis pour souligner ou accentuer les traits de caractère de chaque personnage. La musique est très belle, nuancée, colorée, contrastée et il reprendra la technique du leitmotiv avec une orchestration claire et limpide.

Les rythmes et les mélodies sont très lyriques. Il a, de plus, introduit des airs populaires et folkloriques entendus lors de ses différents voyages en Europe : thèmes slaves, mazurkas, czardas, valses, boléros, et on peut réellement affirmer que la musique de ce ballet a été vraiment déterminante dans son succès.

(Vidéo : Dorothée GILBERT et le CORPS DE BALLET de l’OPÉRA DE PARIS / Version Patrice BART)

Nuitter va un peu   gommer  le côté sombre de la nouvelle d’Hoffmann pour en faire quelque chose de léger et pimenté d’humour, un peu dans l’esprit du ballet de Dauberval La Fille mal gardée.

Saint-Léon, en ce qui le concernait, apportera un soin tout à fait particulier, attentif, sérieux à chaque détail de sa si belle chorégraphie. Elle est en tous points charmante, étroitement liée à la musique et à la danse. La pantomime y tient une large place. Il a beaucoup exploré toutes les possibilités de la technique féminine pour apporter à ce rôle beauté et originalité.

Au départ, et après longtemps cherché,  il fut décidé  de confier le rôle à Adèle Grantzov. Malheureusement elle tomba malade et il fallut se remettre en quête d’une danseuse assez compétente. C’est Arthur Saint-Léon qui va découvrir  la jeune Giuseppina Bozzacchi. Elle à 16 ans, fait partie du corps de ballet de l’Opéra qui se trouvait alors Rue Le Pelletier. C’est elle qui sera donc Swanilda lors de la création en 1870, le mime François Dauty campera Coppélius, et Frantz fut, à l’époque, tenu par une danseuse travestie en homme : Eugénie Fiocre. Malheureusement, comme indiqué en début de ce post, Bozzacchi va décéder de la variole et lorsque le ballet reprendra bien des années plus tard, ce sera Léontine Beauregard qui fut chargée de lui succéder.

Ce n’est pas un ballet qui fut réalisé avec beaucoup de moyens et pourtant il a connu vraiment un énorme succès. Napoléon III et son épouse ( une passionnée de danse ) seront tous deux  présents le soir de la première.

Il n’a jamais connu de réelle rupture dans sa transmission et il a très souvent été repris notamment en raison de la beauté musicale de Délibes, la qualité du livret de Nuitter et la très inventive chorégraphie de Saint-Léon.

(Vidéo COPPÉLIA version Patrice BART / Opéra de Paris – Dorothée GILBERT ( Swanilda ) Mathias HEYMANN ( Coppélius ) et José MARTINEZ ( Frantz – Opéra de Paris )