Chants Polonais OP.74 de Frédéric CHOPIN-Transcription Franz LISZT …

( Vidéo : Claudio ARRAU au piano interprète six de ces chants transcrits par Liszt)

 » Je ne suis pas fait pour les concerts. La foule me fait peur. Je me sens paralysé par tous ces regards curieux, abasourdi par ces visages étrangers. Donner des concerts, c’est votre affaire, car si vous ne gagnez pas votre public, vous avez tant de force pour le faire cohabiter !  » Frédéric CHOPIN dans une lettre à Franz LISZT

Frédéric Chopin a connu Franz Liszt lorsqu’il est arrivé à Paris en 1832 et qu’il a donné son premier concert dans les Salons Pleyel. Liszt était présent, ainsi que bien d’autres musiciens.

Tous deux émigrés en France. Tous deux venus d’Europe centrale. Ces deux talentueux et immenses pianistes, quoi que l’on ait pu dire, se sont beaucoup appréciés et furent amis. Liszt fut l’un des rares à qui Chopin permit de lui attribuer un petit surnom (Chopinissimo) et dans son appartement il avait une photo de Liszt posée sur une table.

Chopin lui a dédié ses Douze Études Op.10 parce qu’elles lui plaisaient énormément, et surtout parce qu’il affirmait souvent que Liszt était réellement le seul, à part lui, capable de les interpréter correctement au piano comme il le souhaitait.

Funérailles, la septième pièce des Harmonies poétiques et religieuses de Liszt, fut dédiée aux héros morts lors de la Révolution hongroise de 1848. Parmi eux se trouvaient des amis à lui. Mais Octobre 1849 fut également le mois de la mort de Chopin. Liszt dira qu’en écrivant sa dédicace il a également beaucoup pensé à son ami. L’intitulé sous la dédicace de la partition à savoir Octobre 1849 confirme ce sentiment.

Les deux hommes ont eu des relations amicales probablement moins intenses que celles que Liszt ait pu avoir avec d’autres musiciens et compositeurs de sa génération. D’abord parce qu’il n’avait pas la même personnalité, ni même le même caractère. Chopin était timide et réservé, alors que Liszt se révélait être plus exubérant. Cela entraînait, parfois, des altercations entre eux.

Mais leurs différends viendront également des femmes de leur vie : George Sand et Marie d’Agoult. Elles furent, très souvent, la cause de leurs disputes. Marie, qu’on se le dise, aimait beaucoup Chopin en tant que pianiste et, de son côté, George avouait qu’il lui arrivait quelquefois, lorsque Liszt jouait, de se mettre sous son piano pour mieux entrer en osmose musicale avec lui. Ce qui ne manquait pas de provoquer d’attiser les jalousies.

De plus, Chopin n’appréciait pas vraiment le côté coureur de jupons, théâtral, extravagant de Liszt. Lui était plus discret, intimiste. Sans oublier, leurs disputes lorsque Frédéric prêtait son appartement à Franz pour y recevoir ses maîtresses, et, qu’à son retour il trouvait les lieux dans un état de désordre qu’il détestait.

Toutefois, musicalement parlant, ces deux-là se sont infiniment appréciés même avec des styles différents. Ils furent deux Écoles ayant apporté un très grand souffle au musical de leur époque : Chopin avec sa musique pure, loin de tout descriptif, doux, mélancolique, sensible exquis dans sa virtuosité mais qui pouvait aussi se montrer fougueux et passionné …. Et Liszt, l’adepte de la musique à programme, la virtuosité flamboyante et transcendante, mais qui sut aussi être poète et sensible.

Le second s’est beaucoup intéressé à la personnalité si particulière du premier, à sa musique et il en sera ainsi jusqu’à la mort prématurée du compositeur polonais. Une mort d’ailleurs qui affectera terriblement Liszt. Il contactera sa sœur en Pologne pour avoir des tas de renseignements sur lui, son enfance, ses débuts au piano etc… mais malheureusement pour lui, elle ne souhaitera pas donner de suite à sa demande car en grande période de deuil. Ce sera la dernière élève de Chopin, Jane Sterling, qui répondra à tout le questionnaire de Liszt pour le livre qu’il écrira sur lui.

Les chants polonais Op.74 de Chopin sont des pièces quelque peu méconnues. Elles sont au nombre de dix-sept. Liszt en transcrira six : Souhait d’une fille – Printemps – Le petit anneau – Bacchanale – Mai/Juin – et Le retour.

Ce sont des belles mélodies, des petits trésors oubliés et cette transcription fut un bonheur puisqu’elle nous a permis de les connaître. Liszt les a dédiées à sa compagne Carolyne Van Sayn Wittengenstein qui était une très grande admiratrice de Chopin. Certaines sont pleines de bonne humeur, vivantes, et d’autres plus mélancoliques et empreintes d’amour. Elles ne furent jamais publiées du vivant de Chopin et Liszt appréciait énormément de les jouer à ses élèves.