Le baiser … Gustav KLIMT

 » Un homme au cou épais et aux grosses mains se tourne pour embrasser une jeune femme. Avec sa couronne de lierre dans son abondante chevelure noire et bouclée, il pourrait être Dyonisos, le dieu grec. La jeune femme soumise penche la tête pour recevoir ce baiser. Ces cheveux sont parsemés de fleurs et forment comme une aura autour de sa tête. De ses petites mains, elle serre la main et le cou de l’homme. Si les modèles n’ont  jamais été identifiés, on pense qu’il pourrait s’agir de l’artiste en personne et de sa compagne Emilie Flöge.

La robe moulante de la jeune femme lui arrive aux mollets. Elle est ornée de peinture, de feuilles d’or et d’argent et de formes circulaires ou ovales dorées. Le peignoir et la cape de l’homme présentent des motifs  » masculins  » de rectangles en noir, blanc et argent qui contrastent délibérément avec les motifs arrondis du vêtement de la femme. Sur un tapis de fleurs aux couleurs vives et qui semblent pousser dans un pré, les deux figures sont agenouillées. On note un contraste avec les zones dorées de la peinture et un aspect exotique renforcé. Les pieds de la femme sont pliés et elle a les orteils crispés au bord du tapis de fleurs. Du lierre doré s’enroule autour de ses chevilles, floutant la limite entre les figure et la prairie.

La technique de la dorure de Klimt lui venait, sans doute, du métier de son père. Il utilise la peinture mate, des feuilles d’or et d’argent brillantes, ainsi que le fil d’argent pour créer des zone qui semblent vivantes et en relief tandis que d’autres sont plus planes. L’utilisation de l’or rappelle les peintures et les tapisseries médiévales, les enluminures et les mosaïques anciennes, tandis que les motifs ondulés des vêtements évoquent les arts celtes et l’âge de bronze. La composition simplifiée et inhabituelle et les aplats témoignent de l’influence des estampes japonaises. Cette approche remporta un vif succès notamment chez les partisans de l’Art nouveau. » Susie HODGE ( Historienne de l’art, journaliste )

» Le baiser » – 1910 / 1911 – Gustav KLIMT « Klimt évolue : sa femme fatale dominatrice se fait ici bien soumise. Elle s’offre et se donne à l’homme, et la chatoyante enveloppe fait passer la sexualité la plus directe. Le sujet tabou du baiser échappe ainsi à la censure et Klimt, en renvoyant aux Viennois puritains le reflet de leur hypocrisie, emporte l’enthousiasme du public… » Gilles NÉRET (Journaliste, éditeur, historien d’art et français)