Venise en hiver …

 » Venise en hiver
C’est le ciel qui dissout la pierre
Murmurée
Comme dans un rêve
Troublant

C’est le brouillard qui désagrège
Les clochers
Et fait disparaître
Les amants

Les ruelles suintent le blanc
Accroché à l’air ambiant
Comme un fin nuage de neige
Où s’éteignent en silence
Les passants

Le soir venu
Ce qu’on entend
C’est moins Vivaldi que Wagner

C’est l’envoûtant mystère
D’une forêt sans arbres
Émergeant de la brume
D’un conte allemand

Venise en hiver
Pleure sous son masque insolant
Et tout en dormant
Ricane sur son présent
Délétère

Les canaux pris au piège
Fument calmement
Le froid pénétrant
De la lagune solitaire  » Cathy VOLE (Poétesse belge)

Marie-Caroline et Ferdinand IV de Naples …

FERDINAND IV et son épouse MARIE-CAROLINE / Peintre inconnu-École napolitaine

 » On imagine pas couple plus mal assorti. Ferdinand est indolent, sans culture, oublieux de ses devoirs, prisonnier de ses plaisirs, insouciant. Triviaux, ses goûts lui dictent souvent des comportements indignes d’un monarque. La réflexion ne l’encombre pas. Son métier de roi l’ennuie. Il semble être un éternel adolescent. A l’aise dans les milieux des petites gens, il partage leurs distractions et gaspille volontiers son temps. Marie-Caroline, elle, est une femme décidée, volontaire, impétueuse qui a de l’énergie à revendre et la conviction d’être née pour gouverner.

Tout les oppose, mais physiquement ils vont bien ensemble. Grand, svelte, blond aux yeux bleus, Ferdinand a des traits réguliers. Son long nez lui valut le surnom de Re Nazone. Marie-Caroline a une allure à la fois majestueuse et gracieuse, un teint transparent, des cheveux châtain-clair, assez potelée pour ne pas sembler maigre, un visage plutôt doux, une bouche quelque peu dédaigneuse, mais montrant de superbes dents blanches régulièrement plantées.

Ferdinand de Bourbon, descendant de Louis XIV était le fils de Don Carlos qui régna sur Naples sous le nom de Charles VII, puis sur l’Espagne sous celui de Charles III. Né en 1751, Ferdinand avait 8 ans lorsque son père fut appelé au trône de Madrid. Aussi, en lui succédant sur le trône napolitain, fût-il , à sa suite, le plus jeune souverain de Naples. Le jeune roi, qui tirait peu de profit des leçons reçues, passait son temps à monter à cheval, à chasser, à pêcher, courait les spectacles et les mauvais lieux. Tout conspirait à faire de lui un roi fainéant soumis à tel ministre ambitieux ou à la forte personnalité qui saurait s’imposer.

Tout à l’opposé, rien ne laissait oublier que Marie-Caroline était la fille de l’impératrice Marie-Thérèse. Fière d’appartenir à l’illustre Maison des Habsbourg-Lorraine, elle s’enorgueillissait d’avoir la plus impératrice pour mère , l’empereur Joseph II pour frère et Marie Antoinette, reine de France, pour sœur. Elle avait reçu une solide instruction, était une femme raffinée, intelligente, cultivée. Il était indifférent aux affaires, elle en avait le goût. Il était dépourvu d’initiative, elle était ambitieuse pour deux.

Leur mariage eut lieu le 12 mai 1768. Ferdinand était amoureux de sa femme. S’il eut quelques amours ancillaires, on ne lui connut pas de maîtresses en titre, ou du moins sut-il les cacher. A Marie-Caroline il fit, en vingt-et-un ans, dix-sept enfants ( dix filles et sept garçons ) dépassant d’une unité la nombreuse progéniture de sa belle-mère l’impératrice Marie-Thérèse.

FERDINAND Ier des Deux-Siciles, roi de Naples et son épouse MARIE-CAROLINE avec six de leurs nombreux enfants

A la reine il fallut peu de temps pour constater le peu de capacités intellectuelles de son mari. Dès son arrivée à Naples, il fut entendu que Marie-Caroline ne se contenterait pas d’un rôle de représentation. Consciente de son rang, elle entendait se mêler des affaires de son nouveau royaume. La naissance d’un fils en 1776 l’autorisa à entrer, enfin, au Conseil. Ferdinand avait bien tenté de retarder cette échéance, mais l’opiniâtreté de sa femme l’emporta. Elle avait 24 ans. Le roi était populaire auprès du peuple, mais elle avait la confiance des élites éclairées. Ferdinand dissipait son temps dans les plaisirs, elle se préoccupait des affaires de l’État. Au plaisir, elle préférait le pouvoir. Rien ne devait, rien ne pouvait mettre en péril l’emprise qu’elle exerçait sur son mari. Elle était épouse, mère attentive inquiète de leur santé, soucieuse de leur éducation, pleurant ceux qui moururent jeunes, mais surtout elle était reine !

Marie-Caroline régna et gouverna. Elle participa à toutes les séances du Conseil, les présidait en l’absence du roi, lisait les dépêches, correspondait directement avec les ambassadeurs à l’étranger, s’informait de tout, ne négligeait rien, plus absorbée, il est vrai, par les affaires européennes que préoccupée par la politique intérieure. Si la réalité du pouvoir lui importait, elle savait toutefois sauvegarder les apparences et reconnaître la primauté de son époux. Elle maîtrisait les arcanes du pouvoir, réussissait à grignoter chaque jour un pouvoir supplémentaire. Elles savait nouer les intrigues et se jouer d’un mari indifférent au métier de roi.

La vie de la reine de Naples ne fut, selon un contemporain, qu’une longue crise de vapeurs. On ajoutera que celle du roi fut un long sommeil politique.  » Jean-François SOLNON (Historien de l’Art, spécialiste de l’Ancien Régime)

P.S. : Marie-Caroline est décédée en 1814. Ferdinand épousera morganatiquement une duchesse de vingt ans sa cadette, veuve avec sept enfants : Lucia Migliaccio. Une union qui fit scandale. Il mourra en 1825.

palermo – Pagina 43 – Le Vie dei Tesori News
La duchesse Lucia MIGLIACCIO