Tout livre …

 » Les œuvres ne nous éloignent pas de la vie, elles nous y ramènent, nous aident à vivre mieux, en rendant au regard son plus haut objet. Tout livre, digne de ce nom, s’ouvre comme une porte ou une fenêtre. » Philippe JACCOTTET ( Poète, écrivain, critique littéraire, traducteur suisse / Extrait de son livre Paysages avec figures absentes )

Les Préludes … Frédéric CHOPIN

 » Les Préludes de Chopin sont des compositions à part. Ils ne sont pas seulement, comme leur titre pourrait le faire penser, des pièces à part destinées à être jouées sous la forme d’introduction à d’autres pièces. Ils sont des oeuvres, des Préludes poétiques, analogues à ceux d’un grand poète romantique qui bercent l’âme dans des rêves d’or et élèvent les régimes de l’idéal.  » Franz LISZT (Pianiste, compositeur et transcripteur hongrois)

Henri Finck, critique musical disait que «  si la musique pour piano devait, un jour, être détruite, il voterait pour que les Préludes de Chopin ne le soient pas. » . Il est vrai que ce sont des pièces magnifiques : 24 Préludes formant l’Opus 28 qui furent composés entre 1835 et 1839 , dont une grande partie (1838 à 1839)  à  la chartreuse de Valldemossa, dans l’île de Majorque, en Espagne. Chopin y a séjourné en compagnie de George Sand et ses enfants. Un monastère construit à la demande du roi d’Aragon Martin 1er le Vieux, habité par des moines chartreux jusqu’en 1835. De nos jours il abrite, dans les anciennes cellules,  un musée avec des souvenirs de ces moines, mais également du compositeur polonais et de sa compagne.

Lorsqu’ils arrivèrent à Palma, des soldats espagnols avaient envahi la ville et de ce fait, ils ne trouvèrent pas à se loger. Ils durent se contenter d’une auberge quelque peu misérable. Ils loueront, par la suite,  la villa  « sous le vent  » . Chopin est ravi : «  Je me trouve à Palma, sous des palmes, des cèdres, des aloès, des orangers, des citronniers, des figuiers, des grenadiers. Le ciel est turquoise, la mer en lapis-lazuli , les montagnes ont l’air d’être des émeraudes, l’air est juste, comme le ciel, le monde est habillé en été et la nuit on entend des chants et des guitares  » écrira t-il à l’un de ses amis.

Ils se promènent, visitent les alentours. Tout semble idyllique sauf qu’il n’a pas encore reçu son piano Pleyel et devra se contenter d’un vieux piano. Celui tant attendu arrivera deux mois plus tard.

Puis, brusquement le rêve va virer au cauchemar : le temps change, la température baisse, des pluies torrentielles s’abattent. Chopin prend froid, tousse beaucoup, a énormément de température. Trois médecins sont appelés à son chevet par George Sand. Les propriétaires de la maison pensent qu’il est contagieux et demandent qu’ils quittent très vite  les lieux.

Ils auraient été à la rue sans l’intervention du Consul de France lequel leur trouve de quoi se loger à trois kilomètres de Palma, dans la fameuse chartreuse de Valldemossa. Ils s’y installent, son piano arrive quelques temps plus tard, et là il va se consacrer à ses compositions.

« Je vous envoie enfin mes Préludes que j’ai terminés sur votre pianino qui est arrivé dans un étataussi bon que possible malgré la mer, le mauvais temps et la douane de Palma.» Il joint cette lettre et l’autographe des Préludes à un envoi adressé à Fontana, dans lequel il lui donne des instructions précises concernant la méthode à suivre pour la publication. » Frédéric CHOPIN à Camille PLEYEL dans une lettre écrite en janvier 1839

Chartreuse de VALLDEMOSSA

«  C’est là qu’il a composé les plus belles de ces courtes pages qu’il intitulait modestement des Préludes. Ce sont des chefs-d’oeuvre. Plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l’audition de chants funèbres qui l’assiégeaient ; d’autres sont mélancoliques et suaves : ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous la fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux sous la feuillée humide, à la vue des petites roses pâles épanouies sur la neige. D’autres encore sont d’une tristesse morne et en vous charmant l’oreille vous navrent le coeur. » George SAND ( Romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire française, journaliste – Extrait de  » Histoire de ma vie  » )

Chopin a donné au genre  » Prélude  » un concept pianistique tout à fait particulier. 24 Préludes d’une richesse inouïe, avec comme modèle  les 48 Préludes du  clavier bien tempéré de Jean-Sébastien qui fut son livre de chevet et dont il disait en jouer un par jour. Toutefois, les siens ceux différents de ceux du Cantor, que ce soit dans la mélodie et l’accompagnement qui est plus élaboré.

Ce sont des pièces pour piano,  assez courtes pour la plupart ,  que l’on pourrait penser simples mais qui ne le sont absolument pas. Elles renferment tous les ressentis, les états d’âme, les atmosphères environnantes qui furent les siennes dans ce lieu à cette époque-là. Malgré le fait qu’il ait été souvent  très malade là-bas, fiévreux, délirant, tourmenté, il a réussi à écrire des pièces merveilleuses, émotionnelles, surprenantes, diversifiées, enchanteresses, délicates. On traverse avec ces petites esquisses poétiques de la joie, de la tristesse, de la mélancolie, du rêve, du réel, de l’énergie, de la couleur, de l’intensité, de la douceur, le néant aussi parfois.

Chopin les a interprétés une première fois en 1839 devant Ignaz Moscheles (pianiste et compositeur bohémien) et au Giacomo Meyerbeer (compositeur allemand) , puis en public deux ans plus tard. Le claveciniste, pianiste, et organiste Louis Lefébure-Wély jouera le N.4 et le N.6 (choix de Chopin ) lors de ses funérailles.

Pour pouvoir les jouer correctement, il faut avoir une certaine forme de noblesse du cœur et une grande intelligence musicale. En voici quelques-uns :

Prélude N.1 Op.28 : Chopin a noté Agitato. C’est vrai qu’il l’est, pour autant il y a beaucoup de délicatesse en lui, d’où le fait de ne pas abuser de son impétuosité, ce que l’écrivain André Gide avait, d’ailleurs, fort bien résumé :  » … Morceau qui n’est tout entier que comme une belle vague tranquille en dépit de l’agitato que d’ordinaire on pousse jusqu’à la tempête, précédée d’une autre vague plus petite, et tout vient s’achever sur un remous tendrement exténué. » Au piano : Grigory SOKOLOV :

Prélude N.4 Op.28 : Cette pièce est la parfaite illustration de la musique lorsqu’elle est élevée à ce stade de perfection : deux minutes pour s’évader de la réalité et se laisser transporter dans un rêve poétique , deux minutes d’un chant mélancolique en notes bleues émotionnelles et sensibles. Au piano : Alfred CORTOT :

Prélude N.6 Op.28 : est très lyrique, assez sobre, intensément nuancée, expressive, peut paraître sombre mais en aucun cas désespérée. On dit souvent qu’elle est l’évocation du chant d’un violoncelle. Au piano Ivo POGORELICH :

Prélude N°13 Op.28 : Un Prélude sublime, poétiquement rêveur, très développé – Au piano : Grigory SOKOLOV :

Prélude N°15 Op.28 : Il est célèbre, d’une grande beauté, inspiré par la pluie qui tombait en gouttes répétées. La mélancolie rend l’atmosphère assez nostalgique et tourmentée. Au piano : Maurizio POLLINI :

Prélude N°24 Op.28 : sublime Prélude, terriblement rageur, désespéré, quasi déstabilisant. Au piano Martha ARGERICH :

 » J’ai qualifié les Préludes de remarquables. J’avoue que je me les figurais autres et traités comme ses Études, dans le grand style. C’est presque le contraire : ce sont des esquisses, des commencement d’études ou , si l’on veut, des ruines, des plumes d’aigle détachées de toutes les couleurs sauvagement agencées. Mais chaque morceau présente la carte visite d’une fine écriture perlée, celle de Frédéric Chopin. On le reconnait à sa respiration haletante. Il est et demeure le plus pur esprit poétique du temps. » Robert SCHUMANN (Compositeur allemand)

L’écureuil et la neige …

« Le flocon de neige tombe élégamment des cieux,
Désireux de visiter nos lieux.
Il survole la forêt tout en l’admirant,
Se laissant entraîner par le vent.
Une branche de sapin l’accueille.
Il attire l’attention d’un jeune écureuil
Qui s’approche, le regard étonné
De voir une chose aussi délicate et raffinée.
Et bientôt le ciel recouvert d’un tapis de coton
S’embellit d’une myriade de flocons.
C’est d’une telle splendeur
Que son cœur s’emplit de joie et de bonheur.
Et la magie de la neige transforme la forêt :
Tout ce qui était sombre et triste se revêt
D’un manteau d’un blanc immaculé,
Rendant le paysage d’une incroyable beauté. » Alain SOULET (Poète français)


Quelle grâce ont certains mots …

 » Quelle grâce ont certains mots ! Comme le mot bruit est aigu et vibre dans l’air ; comme le mot silence est reposant et doux.  Et ceux des saisons : hiver, ce n’est pas laid hiver, c’est mat, discret, décoloré .Mais printemps : quel élan, quelle jeunesse !  Cela s’élance, c’est étoffé, sonore, chantant . Et l’été : est-ce que ce petit mot bref et bien équilibré ne peint pas admirablement, par sa forme écrite et le son de ses deux syllabes, la saison du milieu ? Graphiquement, cela figure comme une balance avec deux plateaux égaux : été. On peut l’aborder dans les deux sens, il est immuable. On peut le lire de gauche à droite, de droite à gauche, c’est toujours été ! Et l’automne ?  Quelle mélancolie, l’automne ! Écoutez se prolonger le son qui, sans force pour s’élever, retombe. Cela endort l’oreille. Voyez comme son m suivit d’un n fait descendre par degrés la dernière syllabe et lui donne cette grâce triste de déclin.  » Louis de ROBERT de LÉDERGUES dit Louis de ROBERT (Écrivain français- Extrait de son livre Paroles d’un solitaire(1923)

Aquarelle de Yulia SCHUSTER

La plaine trop dénudée …

 » … La plaine trop dénudée a mis sa robe de bure
Sur sa chair déchirée où sautillent les corbeaux.
Le givre du matin accroche ses oripeaux
Aux herbes du talus dans une blanche ceinture.

Le soleil ascétique n’a pas assez de foi.
Une brume légère comme la fumée d’un cierge
S’élève vers le ciel, mais l’azur reste vierge,
Pur comme une nonnette qui refoule ses émois.

Une cloche au loin s’éveille et tinte, un peu mutine,
Les oiseaux noirs s’égaient, envol d’un escadron,
Ils coassent lugubres, au dessus des sillons
Comme ces moines à l’aurore qui viennent chanter matines.

La plaine est un couvent où les arbres tonsurés
Qui dominent la haie glacée dans le silence
Viennent rappeler au champ, par leur seule présence,
Au moins jusqu’au printemps son vœu de pauvreté. « Antoine LIVIC (Poète et écrivain français / Vers extraits de l’un de ses poèmes dans son recueil Chants d’écume suivi de fleurs fanées)

Adieu …

 » Adieu ! mot qu’une larme humecte sur la lèvre ;
Mot qui finit la joie et qui tranche l’amour ;
Mot par qui le départ de délices nous sèvre ;
Mot que l’éternité doit effacer un jour !

Adieu !…. Je t’ai souvent prononcé dans ma vie,
Sans comprendre, en quittant les êtres que j’aimais,
Ce que tu contenais de tristesse et de lie,
Quand l’homme dit : « Retour !  » et que Dieu dit : « Jamais ! »

Mais aujourd’hui je sens que ma bouche prononce
Le mot qui contient tout, puisqu’il est plein de toi,
Qui tombe dans l’abîme, et qui n’a pour réponse
Que l’éternel silence entre une image et moi !

Et cependant mon cœur redit à chaque haleine
Ce mot qu’un sourd sanglot entrecoupe au milieu,
Comme si tous les sons dont la nature est pleine
N’avaient pour sens unique, hélas ! qu’un grand adieu !  » Alphonse de LAMARTINE (Poète, romancier, dramaturge, personnalité politique française – Extrait de son recueil  Nouvelles Méditations Poétiques)

 » L’adieu  » de Joseph RODEFER-DECAMP

Catherine & Grégoire …

Sophie Frédérique Augusta d’ANHALT-ZERBST dite la GRANDE CATHERINE ( 1729/1796 )

 » Princesse allemande devenue la mère tsarine de toutes les Russies, Catherine La Grande a gouverné d’une main de fer un pays qui nétait pas le sien. Cette conquérante était, côté coeur, autant amazone que midinette. Sa liaison avec Grégoire Orlov révèle une femme fidèle qui avait besoin d’être aimée.

Une stature de colosse, des yeux de velours, un sourire d’ange. C’est ainsi que Grégoire Orlov, fringuant lieutenant de l’armée russe, apparaît pour la première fois aux yeux de la grande duchesse Catherine. Nous sommes en 1760. Il a 25 ans, elle 5 de plus. Elle vient de se quereller ( une fois de plus ! ) avec son mari, le grand-duc Pierre et sèche ses larmes à la fenêtre de sa chambre. En contrebas, un gérant au sourire si doux la regarde avec adoration. Elle veut cet homme dans son lit. Ce qu’elle ignore encore c’est qu’il va lui permettre de gravir les dernières marches pour accéder au trône tant convoité de la Grande Russie.

Gregori (Grégoire) ORLOV 1734/1783

Catherine, de son vrai prénom Sophie, a été mariée quinze ans auparavant à son cousin, Pierre de Holstein-Gottorp. Physique ingrat, caractère perturbé, personnage falot, mari impuissant : sept ans après leur mariage, elle est toujours vierge. Il faudra l’intervention d’un comte et officier susse, Serge Saltykov pour qu’elle perde son pucelage. …. Toutefois, Pierre a pour lui d’être l’héritier de sa tante, l’impératrice de Russie Elisabeth Ière, fllle de Pierre le Grand. Il est donc promis à un grand destin. L’impératrice,  qui a brûlé la vie par les deux bouts, est certes tjrs de ce monde mais en sursis.

Karl Peter Ulrich De HOLSTEIN-GOTTORP deviendra PIERRE III (1728/1762)

Le couple princier, quant à lui, est en très mauvais termes. Pierre a, depuis des années, une maîtresse : Elisabeth Vorontzova, excellente compagne de beuveries qu’il affectionne. Stupide et marquée par la vérole. Il lui est si attaché qu’il veut en faire sa femme une fois qu’il se sera débarassé de son épouse. Catherine le sait, et craint pour sa vie. Son salut passe obligatoirement par l’accession au trône.

L’impératrice meurt en 1762. Son fils monte sur le trône et prend le nom de Pierre III. Catherine attend son heure. Les dieux ne sont pas avec elle, mais elle se console dans les bras de Grégoire. Elle est amoureuse et bientôt voilà qu’elle tombe enceinte. Catastrophe si son époux venait à l’apprendre ! Elle risque d’être répudiée. Elle cache donc sa grossesse et accepte donc le confinement dans lequel Pierre la tient loin de la Cour, des indiscrets et des ragots.

Le nouvel empereur accumule les erreurs. Il se comporte de manière infantile. Il s’attaque à l’église , mais le plus grave reste son attitude face à la Prusse, un pays avec lequel l’impératrice Elisabeth Ière était en guerre. Lui admire le roi de Prusse Frédéric II et alors même que la victoire de son pays était assurée, il arrête les hostilités et non seulement signe la paix mais rend tous les territoires conquis à son ennemi. C’est un camouflet pour l’armée russe toute entière.

C’est là que Grégoire Orlov et ses frères militaires entrent en scène. Profitant du départ de Pierre en Juin 1762 pour la résidence d’été, Ils enrôlent deux régiments aux côtés de Catherine et l’accompagnent à St Pétersbourg où elle est accueillie en souveraine par le Sénat et le clergé. Le coup d’état est acté. Pierre est arrêté et contraint de signer son abdication. Catherine succède à l’impératrice Elisabeth Ière.

CATHERINE en robe de couronnement

Arrivée au sommet, elle montre rapidement qu’elle a tout à fait l’ envergure d’un chef d’État. Championne du nationalisme russe, elle entreprend de grandes réformes pour son pays. Grégoire peine à trouver sa place en dehors du lit de l’impératrice et vit très mal la situation. Pourtant, ils s’aiment.

Elle va devoir faire face à de lourdes tâches : remplir les caisses de l’État, réformer en profondeur l’Administration. C’est une tête bien faite, un esprit formé à la lecture de Voltaire, Montesquieu, un bourreau de travail qui oeuvrent 15 heures par jour avec une efficacité redoutable. Par delà les frontières elle réaffirme l’intérêt de la Russie pour la Pologne, et, souhaite étendre son pouvoir au Moyen Orient. En trente quatre années de règne, elle va apporter un demi-million de kilomètres carrés supplementaires à l’Empire. Une seule chose l’anime : son amour pour la russie

Son amant est devenu l’un des personnages le plus puissant de la Cour. Elle lui est reconnaissante pour le coup d’état tout comme sa fougue au lit. Elle l’aime mais tout le monde s’étonne de cette union entre la carpe et le lapin. Orlov n’est pas noble, ni intelligent, ni cultivé. Mais elle le couvre de cadeaux, lui apporte une dote de 120.000 roubles par an et lui offre un palais à Gatchina.

Pourtant il ne va plus se satisfaire de ce traitement de faveur. Il devient arrogant et se conduit comme un petit chef. Des témoignages affirment qu’il se vautre dans un sofa de la chambre de l’impératrice en son absence, ouvre des plis officiels. Il est une maitresse entretenue et rêve d’officiliasation. Après tout elle est libre puise débarrassée de son mari sans doute assassinée par le frère de son amant Alexis Orlov. Tout le clan Orlov pousse au mariage. Elle pense à un mariage secret. Mais l’hostilité de la noblesse est telle qu’elle va renoncer et offrira à son amant, comme lot de consolation, un titre de comte et un portrait d’elle dans un médaillon de diamants en forme de coeur.

De plus, un complot contre Orlov et son frère, formenté par de jeunes officier est arrêté au dernier moment. Colérique, exigeant, jaloux, Orlov commence à se lasser de son impériale maitresse. Elle ne consent à le quitter. Pourquoi ? Par peur de sa réaction ? Par fidélité ? Par tendresse ? Les années passent et ne défont pas leur lien.

Il s’ennuie, cherche à briller aux yeux de l’impératrice, peine à trouver sa place auprès d’une femme conquérante. Elle lui refuse le droit de partir en guerre contre les Turcs. Il va sauter sur la première occasion venue : une épidémie de peste à Moscou a provoqué la panique du peuple. Il propose de s’y rendre. Elle y consent malgré le danger. Trois mois plus tard, l’épidémie est jugulée et la paix revenue. Orlov rentre en héros, l’impératrice le couvre d’honneur et fait dresser un arc de triomphe pour lui, mais lui ouvre de moins en moins la porte de sa chambre.

Les dix années de leur liaison vont avoir raison de leur passion. Elle souffre de ne pas avoir quelqu’un doté d’un esprit supérieur à ses cotés, lui de ne pas être à la hauteur. Tout les sépare : caractère, naissance, éducation, tout sauf l’amour ou du moins la tendresse.

Il ne saura plus que faire pour garder les faveurs de sa souveraine, cherchera à s’intéresser à différentes choses plutôt culturelles, mais l’intellectuel ne lui sied pas. Il s’ennuie, ronge son frein, et catherine ne sait plus que faire. Elle tentera de faire de lui un diplomate mais il est un soldat et ne réussira pas.

Il va se mettre à fanfaronner, devient de plus en plus arrogant et multiplie les conquêtes féminines. Elle l’apprend, ronge son frein et jette son dévolu sur le jeune Alexandre Vassiltchikov qui lui plait bien. Il a 28 ans, elle 43. Il devient le nouvel homme entretenu. Elle le couvre de cadeaux. Quand Orlov l’apprend, il entre dans une colère noire. Il était absent mais rentre très vite à Saint Pétersbourg. Elle fait changer toutes les serrures de ses appartements, l’assigne à résidence sous prétexte d’une quarantaine. Elui écrit tous les jours mais sort avec le jeune Vassiltchikov.

Aleksandr Semionovitch VASSILTCHIKOV (1746/1813)

Lorsque l’assignation a résidence est levée, Orlov retourne à la Cour. Elle ne le rencontrera pas, gardera ses distances, trop occupée à son nouvel amour. Orlov comprend que son temps est fini, il s’étourdit de plaisir, mène une vie de débauche et se jette sur tout ce qui passe. Avec le temps, les relations avec Catherine se sont calmées. Elle lui fait construire un palais de marbre à Saint Pétersbourg, tandis qu’il lui offre un diamant à 190 carats. Mais on achète pas une impératrice ! Il deviendra même ami avec son rival.

Un jour, la route d’Orlov croisera celle de sa jeune cousine de 15 ans alors qu’il en a le triple, il tombe amoureux. Catherine autorise le mariage. Hélas elle meurt assez vite. Orlov revient à la Cour en 1782. Il est désespéré. Catherine a du mal à le reconnaître. Il manifeste des signes de démence. La nuit il hurle. Elle viendra souvent le réconforter. Il meurt à 48 ans en avril 1783.

Elle écrira :  » Des bouffées de sanglots sont ma réponse et je souffre terriblement. Il était fort, courageux, plein de décision, doux comme un mouton. Il avait le cœur d’une poule.« 

L’insatiable Catherine a besoin d’un autre homme et un amant vigoureux, un esprit supérieur à la mesure du sien : elle vient de le trouve, il s’agit de Potemkine.  » Sophie DENIS (( Journaliste française, chroniqueuse en Histoire )

CATHERINE & Grigori Aleksandrovitch POTEMKINE (1739/1791)

Soleil d’hiver …

« Sous les fragiles rayons d’un soleil d’hiver

qui subliment l’espace d’un charme infini,

notre regard ne peut qu’à travers nos paupières

discerner la beauté de ce temps qui s’ennuie.

Dans ce monde en silence, on s’imprègne de paix.

Nul oiseau ne vient troubler cette atmosphère

ou même notre esprit par manque de respect

n’osera la parole en préférant se taire.

Lors, quand le bleu du ciel se met au diapason

pour adoucir au mieux l’ambiance générale,

on ne distingue plus au loin à l’horizon

où se situe le temps qui se meurt dans un râle.

L’hiver dans sa blancheur concède au paysage

une beauté que nul ne pourrait refuser

quand il revêt les arbres d’un aussi beau feuillage

qui maintient en silence une ambiance ouatée. « Guy TRONCHET(Poète français)

Photos-collage par ZZZOÉ