A la découverte de : James ENSOR

 

James ENSOR dans son atelier 1860/1949

  » Ensor est le premier de tous nos peintres qui fit de la peinture vraiment claire. Il substitua l’étude de la forme épandue de la lumière à celle de la forme emprisonnée des objets. Cette dernière est violentée par lui, hardiment. Tout est sacrifié au ton solaire, surtout le dessin photographique et banal. A ceux qui, devant ses œuvres, vaticinent: «ce n’est pas dessiné», Ensor peut répondre: «c’est mieux que ça». Ensor a traduit cette liesse en des œuvres quasi sinistres et qui étonnent et qui font peur. Le pittoresque de l’accoutrement, l’usure de la défroque, la drôlerie muette de masque, l’ennui qui semble suinter des murs tout se ligue pour provoquer une impression sombre avec des éléments soi-disant gais.Ensor écrit assez volontiers. On sait que la plume est entre ses mains une arme –certes contournée, fantasque, chimérique- mais qu’elle est toutefois aiguë et pointée comme un couteau et qu’elle blesse souvent. Sa phrase est surabondante d’adjectifs pittoresques et cocasses, de substantifs soudains et inventés ; elle est folle, amusante, superlificoquentieuse ; elle écume et bouillonne ; elle monte et s’écroule en cataracte. Lorsqu’une bouteille d’ardent champagne se débouche et que le fourmillement des bulles gazeuses s’élève myriadaire et pétille vers le goulot pour se répandre et se résoudre en mousse, je songe au style fermenté de James Ensor. « Emile VERHAEREN (Poète belge flamand d’expression française)

James Ensor fut un peintre très original, inclassable, facétieux, spécial, original, en rupture avec l’académisme, avec ses masques, ses squelettes animés, ses métaphores picturales dérangeantes, ses obsessions, la mort, le rire. Un peintre solitaire qui a plongé dans le grotesque satyrique de la bourgeoisie. Il a franchement renouvelé l’art pictural belge et a anticipé les courants expressionnistes.

 » En regardant mes œuvres de jeunesse, je retrouve des ange cubistes, des éclats futuristes, des flocons impressionnistes En tous les cas j’ai toujours manœuvré envers et contre tous. » J.E.

Ce peintre, né à Ostende en 1860, fut très longtemps rejeté par le public et la critique, méconnu durant ses années glorieuses, et encensé à sa vieillesse, à une époque où il ne cessait de se plagier. Il a utilisé toutes les techniques de la peinture : huile, fusain, crayons de couleur, aquarelle, gouache, gravure à l’eau forte et pointe sèche, litho.

On l’a surnommé les peintre des masques : ceux qu’il a observés au départ depuis la fenêtre de sa chambre à Ostende durant le Carnaval, et ceux suspendus dans la boutique de sa mère, au milieu des dentelles, porcelaines, animaux empaillés, et autres objets qu’elle vendait dans sa boutique-bazar, et qui, plus tard, vont représenter ce qu’il pensait des hommes et de la réalité de la vie.

Une jeunesse pas très heureuse , ni sereine, avec un père alcoolique. Sa mère l’a élevé seule , tant bien que mal, lui inculquant quelques principes. Ses parents ne le soutiendront jamais quoi qu’il fasse et surtout pas dans la voie picturale où il s’enfermera. Un solitaire qui n’aura pas d’amis ou vraiment très peu.

A 17 ans, il entrera à l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles où il restera trois ans avant de se créer un petit atelier dans les combles de la maison familiale. Quatre ans plus tard, les premières œuvres ne seront pas appréciées du tout. Ce sont des paysages assez mystiques, des natures-mortes, des intérieurs dans un esprit assez « illuminé« .

On lui refusera l’entrée au Salon d’Anvers, on le rejettera au Salon de Bruxelles. Du coup il va se replier sur lui-même, fou de rage et de déception. Il se refugiera dans son atelier, produira alors des œuvres satyriques en réaction à une société artistique qui le rejette et ne le reconnait pas en tant que peintre et comme l’un des siens.

Durant vingt ans, amer et en colère, il va peindre ce qui va être la base même de son œuvre et son thème de prédilection : des séries de masques avec des couleurs très vives. Des masques qui passent du rire à la peur, et qui représentent pour lui les visages de la société, dissimulant leurs secrets, leurs angoisses, leurs peurs, leurs plaisirs, leurs obsessions. Des masques étranges, parfois horribles, souvent drôles aussi. Ce n’est pas l’homme vu de l’extérieur qu’il peint, mais l’homme vu de l’intérieur avec sa face bien cachée.

«  Le peintre et ses masques  » 1899 James ENSOR
 » L’intrigue  » James ENSOR

C’est aussi l’époque des têtes de mort, des squelettes, qu’il peint avec cet humour noir et macabre qui le caractérisait, lui qui a toujours éprouvé une fascination pour la mort et ses mystères, et qu’il accommodera au gré de sa fantaisie et de ses humeurs. Des têtes de mort qu’il fait apparaître sans artifice et qui elles aussi, dissimulent pour lui le vrai visage de la vie.

 » Squelettes se réchauffant entre eux  » 1889 – James ENSOR

Ce n’est que dans les années 1900 qu’on finira par le reconnaître. La situation va alors changer car il va devenir alors le peintre glorieux de la Belgique : l’achat de ses tableaux commence. Soudainement, on l’admire, on loue son talent, on l’adule même. Il est fêté, honoré, anobli par le roi Léopold III qui le fait baron !

Il finira donc bourgeois, recevant chez lui l’élite du monde artistique, scientifique, pictural, littéraire, musical, politique. Il déjeune très souvent avec Einstein. On le surnomme «  le prince des peintres « . Il va donc mourir heureux, apaisé, et serein dans sa ville d’Ostende en 1949 à l’âge de 59 ans.

 » Nos deux portraits  » (James Ensor et Augusta Bogaerts) 1905 – James ENSOR
 » Vue du théâtre à Ostende  » 1906 – James ENSOR
 » Mona Lisa parmi les masques  » 1934 James ENSOR