Rose BERTIN …  » Ministre des modes  » de la reine Marie-Antoinette

 » Portrait présumé de Rose BERTIN  » par Elisabeth VIGÉE-LEBRUN –

  » Jeune fille pauvre, Rose Bertin quitte sa Picardie natale pour venir travailler à Paris en 1762. Talentueuse, attachante, elle se fait apprécier et vole vite de ses propres ailes en ouvrant bientôt sa propre enseigne Le Grand Mogol. Elle est à la fois couturière et modiste, avec  » quelque chose de plus « . Beaucoup de choses en plus. En cette fin de règne de Louis XV, le chemin de la jeune femme va prendre celui de Versailles et sa vie s’éclairer d’un lien des plus inattendus : une flamboyante et royale amitié. Car, en rose Bertin, Marie-Antoinette va trouver son ministre des modes . En sapant les bases de l’ Ancien Régime vestimentaire, en substituant aux robes paniers une mode légère, fluide et confortable, en développant les accessoires (chapeaux, coiffures et gants ) elle invente une nouvelle garde-robe qui va exploser de diversité et d’invention.

La reine décide de rencontrer Rose Bertin au début de l’été 1774. Madame Campan, première femme de chambre, confirme la date dans ses Mémoires. La duchesse de Chartres introduit la jeune femme auprès de la reine. Éblouie, Rose pénètre dans le cabinet blanc et or orné de sphinx et d’amours, de glaces drapées de soie, avec la harpe, le piano, la cheminée en marbre rouge, les chinoiseries, les fleurs fraîches. A partir de ce jour, Rose Bertin devient la parurière attitrée de la reine. Elle doit louer un appartement à Versailles afin d’être plus facilement auprès de sa Majesté. Désormais, tout ce qui est à la mode en France, des chaussures à la coiffure, est appelé » à la reine « . En Marie-Antoinette, Rose Bertin trouve la cliente idéale. Sa faveur ne démentira pas. » La Bertin » lance la reine dans de folles dépenses, dans des excès de plumage. Ainsi la faveur royale propulse Rose Bertin au premier rang. Rose Bertin ne manque jamais d’aplomb et n’hésite pas à parler à la souveraine sans trop de déférence, et même avec quelque hauteur sachant qu’elle la tient aussi sûrement qu’avec une corde lorsqu’il s’agit, pour la reine, de choisir une robe parmi les divers modèles

La reine MARIE-ANTOINETTE portant une robe dite De Gaulle et un chapeau créés par Rose BERTIN – Tableau de Elisabeth VIGÉE-LEBRUN
Robe Marie-Antoinette – Rose BERTIN ( Royal Ontario Museum )
» Robe dite à la Française » par Rose BERTIN ( Metropolitan Museum New York)

Le métier de marchande de modes est, pour la première fois, non seulement mentionné mais défini et situé socialement par Diderot en 1765 dans son Encyclopédie. Désormais, la marchande de modes, issue de la noble corporation des merciers, qui  » achève et ennoblit le vêtement  », n’est enchaînée par aucune des ordonnances qui paralysaient les tailleurs, simples artisans. Le travail de ces nouvelles venues ne connaît d’autres règles que l’inspiration. Elles garnissent les robes livrées par la couturière, orchestrent les coiffures, bonnets, fichus, mantilles ; jouent des ruches, des dentelles et des falbalas. Elles sont les artistes qui donnent à la robe son accent, son esprit et sa grâce.

 » La marchande de modes  » François BOUCHER

La marchande de modes sous l’Ancien Régime est à la fois modiste, un peu la couturière d’à présent et même quelque chose de plus. Que trouve t-on chez elle ? Des  » ouvrages faits  » : grands bonnets, demi-négligés, baigneuses, toques, chapeaux en fleurs et en plumes, mantelets, pelisses, respectueuses, calèches, cols et cravates, sacs à ouvrage, nœuds et épées, souliers, pantalons d’étoffes, bas etc… Sans oublier cet inventaire à la Prévert : bourses à cheveux, guirlandes, crêpes effilés, rubans et cordons de tous les ordres, manchons d’étoffes, éventails de toute façon, mitaines et gants de toutes espèces, dominos, habits de Cour et de théâtre. Quant aux assortiments de mercerie, ils consistent en dentelles noires, entoilages de soie, satins unis et à mouches, taffetas à la bonne femme, à mantelets, à tabliers, gazes blanches et couleurs, chenilles, velours pour colliers, carcans ordinaires à la Bourgogne et à l’aune, fleurs de tête etc… 

 » Les marchandes de modes  » 1769 (Gravure de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert)

Dès lors, Rose est réclamée dans toutes les Cours d’Europe.  » La Bertin  » est la première grande couturière française à avoir un nom qui est un label. Il y a eu d’autres célèbres marchande des modes avant elle, mais c’est la première à être une star. Alchimiste de la mode, elle jette quelques-unes des bases qui, au cours du siècle suivant, deviendront la haute couture parisienne.

Chapeaux Rose BERTIN

Le destin de Marie-Antoinette et de celui de sa modiste suivent des routes parallèles qui se rejoignent à Versailles et se séparent sur la Place de la Révolution en octobre 1793. L’exécution de Louis XVI en janvier 1793 et la condamnation à mort de Marie-Antoinette en octobre 1793 par le tribunal révolutionnaire, la glacent d’effroi. Elle va s’exiler à Londres. Malheureusement pour elle, Rose n’a pas laissé que ses cousettes à Paris. Elle y a également laissé des concurrents et des gros créanciers que son exil arrange bien. Rose a aussi trop servilement servi la Cour.

Elle regagnera la France en 1795, s’installera à nouveau Rue Richelieu. Malheureusement une nouvelle génération de marchands de modes a fait son apparition. Le charme est rompu. Elle devient même une créatrice dépourvue de valeur. L’avènement de l’Empire, en décembre 1804, marque l’arrêt irrémédiable de toutes les activités de Melle Bertin. Elle se retire dans sa maison à Epernay. Lorsqu’en 1814, après la première abdication de l’Empereur, Louis XVIII monte sur le trône, il se trouve des membres de la famille royale pour se souvenir de Rose Bertin et quérir de ses nouvelles. Elle était morte en 1813.

Aujourd’hui  Mademoiselle Bertin of Paris  est une griffe de vêtements chic aux Etats Unis et en Italie. Le succès du film de Sofia Coppola en 2006 sur Marie-Antoinette doit beaucoup aux costumes réalisés par Milena Canonero, s’inspirant fidèlement des robes de Rose Bertin. Elle reste à jamais la grande prétresse des chiffons du XVIIIe siècle  » Bertrand MEYER-STABLEY (Journaliste et écrivain français)

Film de Sofia COPPOLA « Marie-Antoinette » en 2006 – Les costumes se sont inspirés de Rose BERTIN et ont été réalisés par Milena CANONERO
Kristen DUNST dans le film de Sofia COPPOLA « Marie-Antoinette » en 2006 – Les costumes se sont inspirés de Rose BERTIN et ont été réalisés par Milena CANONERO