Passé, présent & avenir …

 » Qu’est-ce que le présent dans notre petit univers ? Pendant que je pense la phrase que je vais vous dire, elle fait partie de l’avenir. A mesure que je la prononce, elle tombe dans le passé. Le présent, est-ce le moment où je déguste cette merveilleuse liqueur ? Non ! Tant qu’elle n’a pas atteint mes lèvres, c’est l’avenir. Quand la sensation de son goût, de sa chaleur, qui m’emplit la bouche, quand ce plaisir atteint mon cerveau, il a déjà quitté mon palais. C’est le passé. L’avenir sombre dans le passé dès qu’il a cessé d’être futur. Le présent n’existe pas. Vouloir l’éterniser, c’était éterniser le néant. C’est ce que je fais !. » René BARJAVEL ( Écrivain, journaliste, scénariste et dialoguiste français – Extrait de son livre Le voyageur imprudent)

Le Clavier bien tempéré … Jean-Sébastien BACH

Chef-d’oeuvre pédagogique , œuvre culte, monument de la musique classique, le Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach regroupe deux recueils comprenant chacun 24 Préludes et 24 Fugues. Le premier, composé en 1722 (révisé jusqu’en 1750) portait le titre suivant  »Clavier bien tempéré ou Préludes et Fugues dans tous les tons et demi-tons, tous deux avec la tierce majeure ou ut, ré, mi, et avec la tierce mineur ou ré, mi fa. Pour la pratique et le profit des jeunes musiciens désireux de s’instruire, et pour la jouissance de ceux qui sont déjà rompus à cet art. » Le second sera écrit en 1744.

Frédéric Chopin en jouait chaque jour, Robert Schumann disait que c’était son pain quotidien et que la musique de Bach donnait du goût pour les beautés artistiques de la vie, Liszt, Mendelssohn et tant d’autres compositeurs ont affirmé que le Clavier bien tempéré fut leur livre de chevet. Les pièces ont la réputation de ne pas être faciles à interpréter. Elles sont toutes assez miraculeuses, imaginatives, denses, délicates, fantaisistes, sensibles, spirituelles, et géniales comme a su l’être ce merveilleux compositeur.

En voici quelques-unes interprétées par différents pianistes ou clavecinistes :

(Vidéo BW883 (dont parle ci-dessous le pianiste) : Glenn GOULD au piano)
( Vidéo : BWV 847 – Glenn GOULD au piano)

 » On trouve souvent dans le Clavier bien tempéré une réelle communion d’intérêt et d’esprit entre les fugues et les préludes qui les précèdent. Parfois certains préludes ne sont rien d’autre qu’un préliminaire prosaïque en forme d’étude; j’aurais tendance à faire entrer les Préludes en ut majeur et ut mineur du Premier Livre dans cette catégorie. En revanche, rien ne pourrait s’identifier plus complètement au caractère méditatif et mélancolique de la Fugue à cinq voix en ut dièse mineur du Premier Livre que son prélude langoureux et rêveur. A l’occasion, les Préludes eux-mêmes ont une orientation fuguée; c’est le cas de celui en mi bémol majeur du Premier Livre; en dépit de son absence d’égards pour les propriétés expositionnelles académiques, il présente une texture fuguée très enchevêtrée qui rejette dans l’ombre la fugue plutôt spécieuse et conventionnelle qu’il préface. Parfois encore, Bach utilise le prélude pour s’essayer aux raffinements bien formulés de structures binaires équilibrées offrant l’occasion d’une altercation thématique, et qui étaient devenus la préoccupation principale de la plupart de ses collègues. (Le Prélude en fa mineur du Deuxième Livre évoque certaines des créations les moins complaisamment tactiles du Signor Scarlatti.)
– Glenn GOULD (Pianiste, compositeur, écrivain, homme de radio et réalisateur canadien(Extrait de son livre Écrits)
(Vidéo : BWV 850 – Rosalyn TURECK au piano)
(Vidéo : BWV 865 par Trévor PINNOCK au clavecin)
(Vidéo : BWV 852 à 857 – Friedrich GULDA au piano)